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Éditos

Objectif Lune

lune

Plus de cinquante ans après l’exploit d’avoir amené un Homme à poser son pied sur la Lune – ce petit pas pour l’homme mais ce pas de géant pour l’humanité accompli le 21 juillet 1969 par Neil Armstrong – la NASA se prépare à retourner sur notre astre le plus proche. Dans quelques mois désormais voire quelques années, le programme américain Artemis, qui fédère quelque 29 États dont la France, permettra à un équipage d’être en contact avec la Lune, avec le projet à terme d’y établir une base lunaire qui constituerait l’étape essentielle de plus lointains voyages, en premier lieu vers Mars.

Après la dernière mission de la NASA, Apollo 17 le 7 décembre 1972, la Lune ne semblait plus être la priorité des agences spatiales. D’autres enjeux avaient émergé, d’autres priorités, d’autres ambitions aussi : l’exploration des confins de notre système solaire, la meilleure connaissance de comètes ou de la planète Mars ont mobilisé des dizaines de missions.

Dans les années 90 pourtant, la NASA lance deux petites missions (Clementine en 1994 et Lunar Prospector en 1998) qui vont réamorcer l’intérêt pour la Lune, dont on sait qu’elle n’a pas révélé tous ses secrets ni tout son potentiel géologique. Dès lors, les missions exploratoires se multiplient et s’enchaînent à un rythme soutenu avec un double objectif cette fois, scientifique bien sûr mais aussi économique. Car si la Lune est protégée par le Traité de l’Espace de 1967, elle ne l’est pas par le Traité de la Lune de 1979 qui voulait restreindre l’exploitation de ses ressources naturelles par un seul pays. Ce traité n’a été ratifié par aucune grande nation spatiale…

L’exploitation des ressources lunaires est ainsi devenue le moteur de nouvelles ambitions, à commencer par celle de Donald Trump qui, en 2019, annonce le retour de l’Homme sur la Lune, martelant au passage que « l’Amérique sera toujours la première dans l’espace ». Car cette reconquête de la Lune est aussi une féroce compétition entre la NASA et ses partenaires comme l’agence spatiale européenne, les nouvelles nations spatiales que sont la Chine, l’Inde ou les Émirats arabes unis et toutes ces entreprises privées du « new space », ce nouvel espace dont Elon Musk, avec Space X, est la figure de proue, lui qui rêve de coloniser Mars.

En attendant d’habiter sur la planète rouge, il faudra d’abord construire une station spatiale puis une base lunaires qui assureront une présence permanente. Les défis pour y parvenir sont de taille, de la construction d’une telle base à la façon dont ses habitants vont pouvoir y vivre et y travailler.

Les plus optimistes des experts pensent qu’une première colonie de six à dix personnes (scientifiques, ingénieurs, techniciens) pourrait s’installer sur la Lune d’ici 2040. À terme, un millier d’hommes et de femmes pourrait fouler le sol lunaire en 2050 et s’endormir au clair de Terre...

En espérant que d’ici là, cet objectif Lune ne nous aura pas fait oublier de prendre soin de la Terre, qui va endurer ces prochaines années les effets du réchauffement climatique.

(Editorial publié dans La Dépêche du dimanche 28 octobre 2023)

Interdépendance

vache

Ce n’est pas la première fois que le secteur de l’élevage est touché par une crise sanitaire d’origine animale. On se souvient tous de la maladie de la vache folle dans les années 1990, des images de vaches tremblantes et ne tenant plus debout, et de l’angoisse qui avait saisi l’opinion. Cette encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) avait alors provoqué un effondrement de la consommation de viande bovine, après la découverte de sa transmission possible à l’homme sous la forme d’une variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Des mesures strictes avaient alors été prises par les autorités pour éradiquer l’épidémie, comme l’interdiction des farines animales ou l’abattage systématique des troupeaux contaminés, très douloureux pour des éleveurs attachés à leurs bêtes.

Aujourd’hui, avec la maladie hémorragique épizootique (MHE), la situation est toutefois très différente, mais tout aussi préoccupante. Cette maladie virale, transmise par des moucherons piqueurs, qui provoque de la fièvre, des ulcérations, des boiteries et parfois la mort chez les animaux infectés, est une maladie émergente, dont l’origine et l’évolution sont, d’évidence, liées au changement climatique. En effet, on le sait désormais, le réchauffement de la planète favorise la prolifération et la dispersion des insectes vecteurs de maladies, qui peuvent ainsi coloniser de nouvelles zones géographiques. C’est ce qui s’est passé avec la MHE, qui était présente essentiellement en Afrique et en Asie, et qui a atteint l’Europe l’année dernière avant de se diffuser rapidement, en France notamment dans le Sud-Ouest. D’autres maladies animales, comme la fièvre catarrhale ovine ou la peste équine, sont également susceptibles d’être influencées par les modifications climatiques selon les scientifiques.

À la différence de ce qui s’est passé avec maladie de la vache folle qui a pu atteindre l’homme, la MHE n’est pas contagieuse pour l’homme, mais elle représente clairement un nouveau risque économique et social pour les éleveurs et les consommateurs. Face à ce défi sanitaire et environnemental, il est nécessaire d’adapter les stratégies de prévention et de lutte contre les maladies animales. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande notamment de renforcer la surveillance épidémiologique et écologique, d’améliorer la connaissance des réservoirs et des vecteurs des maladies, et de développer la recherche et la coopération internationale. Il faut également sensibiliser les éleveurs et les vétérinaires aux signes cliniques des maladies émergentes, et leur fournir les moyens de protéger leurs animaux. Enfin, des aides financières pour les éleveurs touchés, comme le réclament la Coordination rurale et la Confédération paysanne, paraissent fondées.

La MHE nous rappelle en tout cas que nous sommes tous interdépendants. La santé des animaux est intimement liée à celle des hommes et à celle de la planète, comme le rappelle le concept One Health (une santé). Derrière ce terme, apparu il y a une vingtaine d’années, se trouve la prise en compte de l’interdépendance entre les santés humaine, animale, végétale et la protection de l’environnement. Lutter pour limiter le réchauffement climatique et ses conséquences néfastes sur la biodiversité et les systèmes alimentaires apparaît dès lors comme un enjeu majeur pour notre avenir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 octobre 2023)

Casse-tête

chauffage

La baisse des températures des derniers jours après une rentrée très douce va replonger les Français dans l’épineuse question du chauffage de leur logement. Épineuse parce que le coût de l’énergie, qui pesait déjà beaucoup dans le budget des ménages, a bondi ces derniers mois, particulièrement depuis la guerre en Ukraine qui a déstabilisé le marché du gaz, entraînant avec lui celui de l’électricité qui lui est encore lié. Les deux énergies sont, en effet, les plus utilisées pour chauffer les logements français, à hauteur de 41 % pour le gaz naturel et de 37 % pour l’électricité, selon les derniers chiffres clé 2022 du logement publiés par l’Insee.

La fin progressive du bouclier tarifaire gouvernemental d'ici 2025, qui limitait la hausse du prix de l’électricité et du gaz à 15 %, la perspective de nouvelles hausses début 2024, les conséquences encore inconnues du nouveau conflit ouvert entre Israël et le Hamas, la possibilité d’un nouveau choc pétrolier évoqué par les experts de l’Agence internationale de l’énergie : tout cela est source d’inquiétude et de questionnement.

Quel mode de chauffage choisir ? Quel est celui qui a le meilleur rendement ? Celui qui reçoit le plus d’aides pour son financement et son installation ? Celui qui est aussi le plus éco-responsable, une donnée à laquelle les Français sont de plus en plus sensibles ? Gaz, électricité, bois, granulés… ? Le chauffage est devenu un vrai casse-tête surtout quand circulent sur le marché quelques arnaques et quelques escrocs.

Le chauffage est aussi le marqueur de profondes inégalités et d’une précarité insupportable. Dans sa note sur la part des personnes en situation de privation matérielle et sociale, publiée en juillet dernier, l’Insee note que « parmi l’ensemble des difficultés déclarées, celle liée au chauffage du logement est en forte augmentation : début 2022, 10 % des personnes vivent dans un ménage qui n’a pas les moyens financiers de chauffer correctement son logement, contre 5 à 7 % entre 2014 et 2021. » Une situation qui est aggravée dans les zones rurales, où le fioul est encore très utilisé. Et si les Français ont adopté dans leur grande majorité des gestes de sobriété en chauffant leur logement à 19 °C, d’autres ont été contraints à ne plus se chauffer. 62 % des Français ont ainsi renoncé à chauffer correctement leur logement et 60 % ont réduit leur consommation d’eau chaude selon un sondage Odoxa paru ce mois-ci.

Derrière le coût des énergies pour se chauffer se pose aussi la question de l’isolement des logements. La France compte entre 5,2 millions de passoires thermiques, selon le ministère en charge du Logement, et 7 à 8 millions selon la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim). Les logements notés F et G au titre du diagnostic de performance énergétique représentent ainsi plus de 17 % du parc des résidences principales…

S’attaquer à ce problème devrait faire consensus et déclencher un véritable plan Marshall de la rénovation énergétique qui aille bien au-delà des aides existantes – encore trop mesurées, trop complexes et trop restrictives – afin que chaque Français puisse correctement se chauffer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 octobre 2023)

Bénéfices-risques

 

rhume

Avec l’automne qui arrive – enfin – c’est aussi le retour des rhumes avec leur cortège de nez bouchés et de maux de gorge. Pour nombre de Français, afin de surmonter ces désagréments, il suffit de prendre un médicament vasoconstricteur. C’est d’autant plus facile que ceux-ci – Actifed Rhume, Humex, RhinAdvil, etc. – sont disponibles sans ordonnance en pharmacie et leur efficacité est réelle pour un soulagement rapide. Seulement voilà, comme tout médicament, il peut y avoir des effets secondaires et ceux des vasoconstricteurs, s’ils restent évidemment rares, ne sont pas bénins puisqu’il s’agit d’infarctus du myocarde ou d’accidents vasculaires cérébraux. Ces effets secondaires-là sont connus. Déjà l’année dernière, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait appelé les Français à la vigilance. « Ce type de médicament ne doit pas être utilisé en première intention en cas de rhume », rappelait l’Agence en novembre 2022. En vain…

Un an plus tard, en effet, l’ANSM ne peut que constater que son appel n’a pas été entendu et que les (mauvaises) habitudes ont perduré. Se basant sur des données récentes issues des bases de pharmacovigilance et de la littérature médicale, elle a donc décidé de passer à l’étape supérieure à savoir déconseiller l’utilisation des vasoconstricteurs compte tenu de « la gravité de ces accidents et (de) la persistance des cas – en dépit des actions déjà mises en place. » L’agence a reçu le soutien du Collège de la médecine générale, du Conseil national professionnel d’ORL, ainsi que l’Ordre national des pharmaciens et des syndicats de pharmaciens d’officine (Union de syndicats de pharmaciens d’officine et Fédération des syndicats pharmaceutiques de France). Pour l’heure, l’agence ne peut que déconseiller et pas interdire ces médicaments ; seule l’agence européenne du médicament a ce pouvoir. Rien n’a été décidé en ce sens pour l’instant.

Cette affaire soulève en tout cas plusieurs sujets qui dépassent le seul cadre des vasoconstricteurs. D’abord l’importance, cruciale, de la réévaluation des bénéfices-risques des médicaments en fonction des connaissances scientifiques et médicales. Si le risque zéro n’existe pas, vouloir s’en approcher est important. Ensuite, cette affaire met en lumière l’automédication, renforcée par la crise Covid et par les difficultés d’accès à un médecin généraliste. De plus en plus de Français optent pour elle : une étude Ifop pour le laboratoire Biogaran, indiquait en avril dernier que 88 % des Français ont eu recours à des médicaments sans ordonnance en 2022… contre 58 % vingt ans plus tôt. On mesure dès lors l’importance de ce marché, qui représentait 2 milliards d’euros en 2022 (+11,3 % sur un an), mais qui reste toutefois inférieur à celui de nos voisins selon NèreS, l’organisation professionnelle qui représente les fabricants de médicaments sans ordonnance (6 % en France contre 12 à 20 % dans les pays voisins).

Dernier problème soulevé, notre incapacité à ne plus savoir attendre et à vouloir guérir tout de suite en prenant des médicaments – même si les Français ont évolué et ont cédé en 2020 la première place du pays européen le plus consommateur de médicaments à l’Allemagne. « Le rhume guérit spontanément en 7 à 10 jours sans traitement », rappelle l’ANSM dans son alerte. Dès lors, est-il raisonnable de risquer un AVC pour un nez bouché ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 24 octobre 2023)


Maillon faible

moteurCFM56

Plus de vingt ans après le drame, les Français se rappellent encore avec émotion de l’accident tragique du Concorde en juillet 2000 à Gonesse, qui avait coûté la vie à 113 personnes et mis fin à la longue carrière du supersonique. Ils se rappellent peut-être moins que le crash a été en partie provoqué par une pièce contrefaite. Un avion de Continental Airlines qui précédait le Concorde sur la piste de décollage avait, en effet, perdu une lamelle. En roulant dessus, l’un des pneus du Concorde éclate et les débris perforent ses réservoirs pleins… Continental était pourtant la 6e compagnie aérienne mondiale.

Aujourd’hui, l’affaire récente impliquant la société AOG Technics met à nouveau en lumière l’étendue de ce problème de pièces contrefaites. Cette entreprise britannique – qu’une enquête de Bloomberg qualifie de société fantôme avec des employés fictifs – est soupçonnée d’avoir truqué des documents de certification accompagnant des pièces à l’origine inconnue pour la maintenance des moteurs CFM56. Produits par CFM International (une coentreprise entre le français Safran et l’américain GE), ces moteurs équipent de nombreux appareils de Boeing et d’Airbus. Après que l’alerte a été donnée l’été dernier par un atelier de maintenance de moteurs, CFM a alerté les autorités de régulation, la FFA américaine et l’EASA européenne qui ont demandé à toutes les compagnies aériennes de vérifier si certaines pièces leur avaient été livrées par AOG Technics et déclenché une enquête pour déterminer l’ampleur de la fraude, à ce jour inconnue.

Cette affaire, qui tétanise le secteur, n’est hélas pas isolée. Selon l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), jusqu’à 5 à 10 % des pièces utilisées dans l’aviation commerciale sont des contrefaçons. Cela représente ainsi des milliers de pièces potentiellement dangereuses dans des avions qui volent chaque jour… Que ce soient des pièces réparées à moindre coût sans respecter les spécifications ou des pièces récupérées frauduleusement sur des avions accidentés et remises sur le marché par des réseaux de distribution peu scrupuleux. Des composants vitaux tels que les moteurs, les systèmes de freinage ou les commandes de vol peuvent être compromis, mettant en péril la sécurité des passagers et des membres d’équipage.

Même si la contrefaçon dans l’aéronautique est sans commune mesure avec celle qui sévit dans l’automobile, et même si le secteur aérien a renforcé les contrôles depuis 20 ans, il y a tout de même urgence à réagir à plusieurs niveaux contre ce qui apparaît être un maillon faible de la sécurité aérienne depuis des décennies. Les compagnies aériennes doivent renforcer leurs procédures d’approvisionnement en s’assurant de la traçabilité des pièces et en vérifiant l’authenticité des fournisseurs. Une coopération internationale est également nécessaire pour contrer ce problème mondial : les gouvernements, les régulateurs et les agences de l’aviation doivent travailler ensemble pour mettre en place des normes et des réglementations strictes.

Enfin, les fabricants de pièces d’avion doivent investir dans des technologies à même de marquer et de mieux suivre leurs produits pour rendre plus difficile la contrefaçon et faciliter la détection des pièces contrefaites. L’utilisation de la blockchain, de puces RFID peut y contribuer. Toutes ces actions renforceront la confiance dans les pièces utilisées dans l’aviation, et, partant, celle des passagers et des membres d’équipages.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 octobre 2023)

Sang froid

lycee

Le château de Versailles plusieurs fois évacué, des établissements scolaires partout en France et une quinzaine d’aéroports subissant le même sort après des alertes à la bombe qui mobilisent de multiples services de secours et de sécurité, et perturbent la vie du pays. Une semaine après l’assassinat terroriste du professeur Dominique Bernard – dont on célébrait hier le courage lors de ses obsèques – la France se retrouve mise à l’épreuve avec ces multiples alertes qui toutes, heureusement, se sont révélées fausses. Les auteurs « seront retrouvés » et « punis », a averti le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, fustigeant des « petits guignols qui s’amusent ».

En attendant de remonter jusqu’aux auteurs pour les sanctionner aussi durement que le prévoit le Code pénal, les services de l’État sont contraints de prendre toutes ces alertes au sérieux, fussent-elles des blagues de très mauvais goût, car la menace terroriste, elle, est bien réelle. Les jihadistes qui ciblent la France depuis l’étranger doivent d’ailleurs se réjouir de trouver dans les « petits guignols » leurs idiots utiles, des complices de circonstance qui, pour le buzz, ne se rendent même pas compte qu’ils participent à déstabiliser la France dans un moment tragique.

Ces alertes, ces évacuations angoissantes, cette paralysie pour quelques heures ici d’un aéroport, là d’un lycée ou d’un musée, contribuent, en effet, à créer un climat anxiogène qui, ajouté aux événements terribles qui se jouent au Proche-Orient, à l’attentat d’Arras ou à celui de Bruxelles, pèse sur le moral des Français. Face à la menace terroriste, 84 % d’entre eux sont inquiets selon un sondage Elabe paru mercredi et 61 % des parents d’élèves craignent que l’établissement scolaire de leur enfant soit la cible d’une attaque terroriste. Mais surtout, plus de 4 Français sur 10 (43 %) ont l’intention de changer leurs comportements s’agissant de leur vie quotidienne. Renoncer à assister à de grands évènements, à faire du tourisme dans certaines grandes villes, à aller dans les restaurants et les bars, à fréquenter les salles de spectacle ou de cinéma, à moins prendre les transports en commun… : autant dire renoncer à tout ce qui fait une vie libre et qu’abhorrent les jihadistes.

À ces craintes légitimes, il faut répondre par un sang froid collectif, politique et citoyen, pour que la peur ne gagne pas les esprits ; à ces menaces terroristes, il faut opposer la force de notre unité et de nos valeurs. Il faut « faire bloc », comme l’a demandé Emmanuel Macron, et comme les Français ont toujours su le faire à de multiples reprises, depuis les attentats des années 80 jusqu’à celui d’Arras. Faire bloc ne signifie pas ignorer ou minimiser la menace mais être vigilant, ensemble, au-delà de nos divergences, pour surmonter la gravité du moment. Faire bloc pour être à la hauteur, comme l’a été Dominique Bernard. Faire bloc car, comme le disait Churchill, « la peur est une réaction, le courage est une décision ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 20 octobre 2023)

Amers adieux

airfrance

Un anniversaire… qui vire aux adieux. Air France, qui fête cette année ses 90 ans, a annoncé hier, à la surprise générale, qu’elle allait quitter en 2026 l’aéroport d’Orly et recentrer ses vols intérieurs sur son hub de Roissy-Charles de Gaulle. En quittant ainsi le deuxième aéroport du pays, la compagnie française tourne la page d’une histoire qui avait commencé en 1952, année de son arrivée à Orly. Histoire partagée depuis par des millions de Français qui, tous, peu ou prou, pour le travail ou les loisirs, ont un jour pris un avion d’Air France pour Paris-Orly, ont parfois confondu Orly-Ouest et Orly-Sud, ont accompagné le développement de la compagnie avec le lancement des Navettes vers Toulouse, Nice, Bordeaux, Marseille puis Montpellier, ont découvert au fil des ans les nouveaux Airbus, apprécié la qualité du service à bord, puis, une fois arrivés, emprunté l’OrlyVal pour rejoindre le centre de Paris ou continuer leur voyage avec une correspondance.

Si l’annonce du départ d’Air France suscite depuis hier de nombreuses réactions, un certain émoi même, il faut les analyser à l’aune de ce lien particulier, presque affectif, qui unit depuis si longtemps les Français, l’aéroport d’Orly et la compagnie nationale. Les territoires desservis, leurs habitants et leurs élus qui se trouvent mis devant le fait accompli auraient, d’évidence, mérité plus d’égards et plus de considération.

À l’amertume face à la soudaineté de la décision s’ajoute ainsi la colère des élus qui, à l’image d’Eric Ciotti, président LR des Alpes-Maritimes, fustigent une décision « honteuse et scandaleuse » prise « sans aucune concertation ». Un « nouveau coup dur » pour Carole Delga, qui laisse le désagréable sentiment aux provinciaux d’être une nouvelle fois maltraités… Eric Ciotti a interpellé la Première ministre sur la pérennité de la liaison Nice-Orly ; la question se pose aussi pour la navette Toulouse-Orly. Dépourvue de liaison TGV avec la capitale, la Ville rose verra son lien avec Paris amoindri et compliqué : encore moins de navettes – dont le nombre avait déjà diminué depuis la crise Covid – et une arrivée au Nord de Paris dans un aéroport plus complexe, qui bouleversera les habitudes. La décision d’Air France suscite d’autant plus l’incompréhension qu’Orly avait récemment réaménagé ses halls et que la ligne 14 du métro doit y arriver dans moins d’un an…

Du côté d’Air France, le départ d’Orly semblait pourtant inéluctable. La compagnie met en avant le contexte et les chiffres du trafic. L’essor du réseau TGV, la loi Climat Résilience qui a instauré la suppression des lignes aériennes lorsqu’il existe une alternative en train de moins de deux heures et demie, ou encore les politiques RSE (responsabilité sociale et environnementale) des entreprises qui appellent à la sobriété, tout cela a évidemment changé la donne. La baisse du trafic – entre 2019 et 2023 – 40 % voire – 60 % pour les allers-retours journée – a fini de convaincre Air France-KLM de se recentrer sur son hub de Roissy pour structurer des correspondances entre ses réseaux international et français.

Air France sera certes encore présente à Orly avec sa filiale low cost Transavia. Il lui reste moins de trois ans pour convaincre que ce changement ne pénalisera ni les passagers, ni les territoires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 octobre 2023)

Guerres, terrorisme : empêcher que le monde se défasse...

israel


C’était le 10 décembre 1957. À Stockholm, Albert Camus reçoit le prix Nobel de littérature et livre un discours qui fera date, par la puissance de ses mots et aussi par son côté dramatiquement prémonitoire. « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

Plus de soixante ans après, ce discours prononcé à une époque où la planète sortait d’une meurtrière Seconde Guerre mondiale, où un nouvel ordre mondial s’était dessiné à Yalta, où la guerre froide s’installait avec son affrontement entre bloc de l’Est et bloc de l’Ouest pour trois décennies, ce discours donc résonne plus que jamais dans nos têtes et éclaire les enjeux du monde aujourd’hui, après une semaine noire marquée par le terrorisme, les guerres et les tensions internationales, d’Israël à Gaza, de l’Ukraine à l’Arménie en passant par Taïwan.


Empêcher que le monde se défasse, c’est d’abord dire, haut et fort, notre refus clair et implacable du terrorisme qu’aucune cause ne justifiera jamais. Les populations civiles qui sont la cible d’attentats, d’attaques terroristes, partout dans le monde, ne sauraient être comptables des positions de leur gouvernement et quand bien même le seraient-elles que rien ne justifierait des assassinats d’innocents aussi horribles que ceux que l’on a vus ces dernières années, que ceux que l’on a vus avec effroi samedi 7 octobre dans les kibboutz israéliens, lors d’une pacifique rave party ou dans la cour d’un lycée de France ce vendredi.

Ne pas condamner clairement ces actes, ne pas qualifier de terroristes ceux qui les commettent ou les organisations dont ils se réclament est une erreur politique et une faute morale. Qu’une partie de la classe politique de notre pays – la France insoumise pour ne pas la nommer – refuse de dire que le Hamas est une organisation terroriste et se noie dans des circonvolutions est indigne autant pour les victimes israéliennes que pour la mémoire de ceux qui, à Toulouse, Montauban, Paris, Nice, Magnanville, Conflans-Sainte-Honorine ou Arras sont morts dans des attentats.


Empêcher que le monde se défasse, c’est aussi accepter sa complexité, être nuancé et refuser l’affrontement « eux » contre « nous » qu’adorent tous les populismes. Oui, on peut condamner avec force les attaques terroristes du Hamas et en même temps condamner avec la même force les bombardements de l’armée israélienne sur la bande de Gaza qui tuent depuis le 7 octobre des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants.

Oui on peut assurer le peuple israélien de notre soutien indéfectible et les familles des victimes et des otages de notre affection, et en même temps critiquer le gouvernement de Benyamin Netanyahou qui, par cynique calcul politicien et pour échapper à la justice qui l’a inculpé dans trois affaires de corruption, a noué des alliances politiques et pris des décisions qui ont, d’évidence, mis en péril la sécurité du pays et que condamnent aujourd’hui beaucoup d’Israéliens.

« Netanyahou a explicitement renforcé le Hamas », estime ainsi Nitzan Horowitz, ancien ministre de la santé et opposant historique à l’actuel Premier ministre, qui appelle pour autant à l’unité du pays face au terrorisme.

À l’heure où les plus extrémistes attisent bruyamment les haines de part et d’autre, éloignant un peu plus l’espoir de paix qui semblait si proche lors des accords d’Oslo entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin il y a trente ans, il faut aussi écouter les voix d’apaisement, en Israël comme en France.

« Le droit à la légitime défense n’est pas un droit à une vengeance indiscriminée », assurait cette semaine Dominique de Villepin, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Jacque Chirac qui avait su dire aux États-Unis non à la guerre en Irak en 2003.


Empêcher que le monde se défasse, c’est justement respecter le droit international, patiemment mis en place depuis l’installation des Nations unies en 1947, et défendre la déclaration universelle des droits de l’Homme, inspirée de notre déclaration française de 1789.

Aujourd’hui, l’un et l’autre, accusés de porter une vision exclusivement occidentale et non pas universaliste, sont mis à mal partout. Ne pas avoir défendu fermement le premier en 2014 lorsque la Russie a annexé la Crimée, a donné à Vladimir Poutine l’occasion de pousser plus loin en déclenchant une guerre avec l’Ukraine il y a 19 mois qui continue, chaque jour, de faire des victimes civiles. Et qui sait si Xi Jinping ne rêve de faire de même en envahissant Taïwan, l’île démocratique autour de laquelle la flotte et l’aviation chinoises multiplient les actes d’intimidation ? Ne pas avoir défendu la seconde nous conduit à être les spectateurs impuissants de l’exode des Arméniens du Haut-Karabakh et peut-être demain d’autres régions.

Les Nations unies le sont de moins en moins lorsqu’il s’agit de partager une vision de la marche du monde. Le sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui s’est récemment élargi, se pose en alternative, voire en opposant aux démocraties. « La ligne de fracture du monde, aujourd’hui, recoupe celle de l’Ukraine. La voix de l’Europe, la voix de l’Occident n’est pas majoritaire. Tout ce qui va se passer, va l’être sous l’œil et le regard du monde qui ne voit pas les choses comme nous », rappelle fort justement Dominique de Villepin.


Empêcher que le monde se défasse, c’est défendre la base fondamentale autour de laquelle peuvent s’organiser les débats : le rapport aux faits indiscutables et donc à la vérité. Depuis plusieurs années maintenant, les deux sont malmenés, contestés par des voix qui étaient marginales, mais qui ont progressivement conquis les opinions publiques et finalement le pouvoir dans plusieurs pays. Donald Trump aux États-Unis, chantre des « faits alternatifs » et des théories complotistes, Jair Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson au Royaume-Uni au moment du Brexit en sont de parfaits exemples. Mais si les théories complotistes et antivax, l’antisémitisme, l’homophobie et le racisme décomplexés, la déstabilisation des élections, la haine et le harcèlement se sont à ce point déployés, c’est parce que certains géants d’internet ont préféré leurs profits à la défense du cadre démocratique.

La guerre en Ukraine, et cette semaine les événements en Israël ont donné lieu à un déferlement de fausses informations, de fake news, de manipulations dans des volumes rarement vus. « Les personnes qui se sont tournées vers X (ex-Twitter) pour obtenir des informations de dernière minute sur le conflit Israël-Hamas sont frappées par de vieilles vidéos, de fausses photos et des séquences de jeux vidéo à un niveau jamais vu par les chercheurs », a constaté le magazine Wired. « Renforcées par l’algorithme qui encourage les utilisateurs prêts à payer X 8 $ par mois pour un abonnement premium, les publications de ceux qui sont marqués d’une coche bleue sont placées en haut des fils d’actualité », au détriment des publications vérifiées par les journalistes.

La situation est telle qu’elle a conduit Thierry Breton, commissaire européen au Numérique, à rappeler cette semaine à Elon Musk, Mark Zuckerberg et Shou Zi Chew, patrons de X, Facebook et Tik Tok, les obligations de modération qu’ils doivent respecter dans l’Union européenne sous peine de sanctions.


Empêcher que le monde se défasse apparaît, en 2023 autant qu’en 1957, comme un immense défi. Les enjeux ne sont pas les mêmes, les acteurs ont évidemment changé, le monde est globalisé, hyperconnecté, l’idée de démocratie est en recul.

Mais, après cette semaine noire, on sent bien que le «monde d’après» – et donc un monde meilleur – dont nous rêvions tous pour la sortie de la crise Covid ressemble de plus en plus, non pas au monde d’hier, mais à celui d’avant-hier. On le sent dans le même état que le percevait Jean Jaurès dans ces colonnes à la veille de la Première Guerre mondiale. Le 30 juillet 1914, il écrivait dans La Dépêche, son avant-dernier article « L’oscillation au bord de l’abîme », appelant au sursaut pour éviter, en vain, la guerre. Parviendrons-nous à éviter cet abîme ?

(Article publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 15 octobre 2023)

L’ombre et la proie

docteur

On n’a, d’évidence, pas fini de mesurer les conséquences de la crise du Covid, notamment l’impact qu’elle a eu sur le monde du travail. Le chômage technique que le coronavirus a imposé à des milliers de Français lors des confinements, la complexité de la mise en œuvre du télétravail qui était si peu adopté par les entreprises en France, l’isolement au sein des équipes éclatées. Et, au-delà, une profonde évolution du rapport au travail des salariés, puis du marché de l’emploi au gré de nouvelles mobilités professionnelles et de réorientations. Tout cela a bouleversé le monde du travail et explique pour une part – mais une part seulement – l’explosion des arrêts de travail constatée par divers organismes comme l’Observatoire mis en place par le groupe Apicil ou les enquêtes du groupe Malakoff-Humanis.

Ainsi, après une baisse entre 2020 et 2021, on constate un retour à la hausse de l’absentéisme en 2022, tous secteurs et populations confondus. 35 % des salariés (39 % des 30-39 ans) ont eu au moins un arrêt de travail en 2022, une proportion en forte hausse puisqu’ils n’étaient que 28 % en 2021. Et si la durée moyenne des arrêts diminue à 22,13 jours par salarié, les arrêts de courte durée (3 à 7 jours) augmentent. Les secteurs aux plus forts taux d’absentéisme sont ceux de la santé, de l’économie sociale et de l’éducation, suivis par ceux du transport et du commerce, autant de domaines dont les conditions de travail, selon Apicil, ont été particulièrement éprouvées ces derniers temps et qui sont touchés par les affections psychiques et les TMS (trouble musculo-squelettiques).

La multiplication des arrêts de travail – 12,7 millions en 2022 – représente évidemment un coup pour la Caisse nationale d’assurance maladie, qu’elle a chiffré à 14 milliards d’euros, selon un rapport publié fin juin. Un coût auquel le gouvernement veut s’attaquer à l’occasion du projet de loi de finances 2024 de la Sécurité sociale en faisant la chasse aux arrêts de travail « de complaisance ». Pour ce faire, le gouvernement prévoit la multiplication des contrôles par des médecins dont le rapport défavorable suspendrait automatiquement le versement des indemnités journalières au salarié. Il veut également encadrer la prescription d’arrêts de travail en téléconsultation – téléconsultation pourtant largement promue pour faire face au déficit chronique de médecins. L’occasion de montrer ainsi son sérieux budgétaire pour redresser les comptes sociaux dont le déficit va s’aggraver en 2024 à 11,2 milliards d’euros et aussi d’afficher sa volonté de lutter contre la fraude sociale, éternelle marotte de la droite mais aussi du patronat prompt à dénoncer un système « laxiste » et des salariés que se complairaient dans la fainéantise…

Lutter contre les abus qui finissent par fragiliser tout le système est évidemment légitime, mais à trop se focaliser sur leur chasse avec moult déclarations tonitruantes, le gouvernement – qui a jadis abaissé le nombre de critères de pénibilité ou supprimé les CHSCT – prend le risque de lâcher la proie pour l’ombre. La hausse du nombre de personnes en emploi, notamment des seniors, le nombre encore trop élevé d’accidents du travail – pour la prévention desquels une campagne d’information vient d’être lancée – et l’impact persistant de la crise Covid sur les salariés méritent d’être considérés à leur juste niveau si l’on veut penser le monde du travail de demain, efficace pour l’économie du pays et épanouissant pour tous les salariés.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 9 octobre 2023)


Sur tous les fronts

terroriste

La guerre en Ukraine ou le poids de l’inflation qui pèse sur le pouvoir d’achat des Français nous ont – presque – fait oublier combien notre pays restait sous la menace du terrorisme islamiste. Frappé en 2012 avec les attentats de Toulouse et de Montauban, puis en 2015 avec l’attaque contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher et le Bataclan, et Nice en 2016, la France a payé un très lourd tribut ces dernières années. Elle reste toujours l’un des pays les plus menacés par le jihadisme comme vient de le montrer le dernier numéro du « magazine » de propagande d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), « Sada al-Malahim ».

Repéré par Le Figaro mi-septembre, celui-ci contient un texte violent qui promet de frapper un « ministère » à Paris et de détruire une « ambassade suédoise ». « Il est désormais clairement apparent que la Suède a choisi de prendre la tête dans la guerre contre l’islam et les musulmans parmi les pays de l’Union européenne, rivalisant ainsi avec la France, le Danemark et d’autres pour la première place dans la course à l’opposition à Dieu et à son messager », écrit l’organe de propagande. Illustré par un homme armé, cagoulé, posant devant une image de policiers français en pleurs, l’article demande de laisser « les enfants musulmans tranquilles », probable référence à l’interdiction de l’abaya à l’école.

La menace de cette organisation jusqu’ici concentrée sur le Yémen est prise d’autant plus au sérieux que c’est elle qui avait revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo. Elle illustre aussi combien la mouvance jihadiste internationale est en pleine recomposition, voire se renforce. La mort d’Oussama Ben Laden en 2011 puis la chute de Daech en 2019 avaient à chaque fois bousculé ces organisations, éclatées en de multiples entités avec des capacités opérationnelles amoindries. Mais selon le Centre d’Analyse du Terrorisme, Al Qaïda est désormais en train de reconstituer ses capacités de projection de menace exogène, en Afghanistan notamment, mais aussi dans la zone irako-syrienne et dans le Sahel où « l’épidémie » de coups d’État est l’occasion pour les jihadistes de pousser leur avantage face au chaos ambiant.

Ces nouvelles menaces des organisations terroristes s’ajoutent à celles d’individus isolés et radicalisés, très difficilement détectables car inconnu des services de police ou de renseignements, et qui ont jusqu’à présent perpétré sur notre sol de nombreux attentats ces dernières années. Depuis 2012, les attentats terroristes ont causé la mort de 271 personnes et fait près de 1200 blessés selon la DGSI. Début septembre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est donc, à raison, inquiété du retour de cette menace « projetée » d’attentats d’envergure très préparés.

Une menace islamiste à laquelle s’en ajoute une autre venue de l’extrême droite. Dans un récent bilan, Europol, la police européenne, soulignait que la moitié des projets d’attaques de l’ultradroite déjoués dans l’Union européenne en 2022 l’ont été en France.

Plus que jamais notre pays, qui va accueillir le monde pour les JO de Paris en 2024, doit être vigilant. Sur tous les fronts.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 2 octobre 2023)

Nouvelles guerres

espionnage

Lorsque l’on évoque les services secrets, on se projette immanquablement dans un film de James Bond, un roman de John Le Carré, ou une série d’espionnage de Netflix. Un monde où les intrigues se nouent à Berlin, Moscou, Washington, Le Caire ou Damas. Et on imagine cet univers mystérieux, parfois inquiétant, se déployer en parallèle à notre quotidien, inaccessible, réservé à un aréopage d’agents surdoués. Pourtant, la réalité est bien différente et il suffit pour s’en convaincre de voir les petites annonces que postent, depuis déjà plusieurs années, les services secrets français sur les plateformes numériques comme LinkedIn pour recruter les agents qui travailleront par exemple au sein de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE).

Pour faire face aux nouvelles menaces qui ciblent la France, la DGSE – qui n’hésite d’ailleurs pas à convoquer l’imaginaire populaire du monde de l’espionnage dans des vidéos promotionnelles – recrute en effet quelque 600 à 1 000 personnes chaque année dans rien moins que 300 métiers. Que l’on soit sans diplôme ou titulaire d’un doctorat, on peut ainsi correspondre à des postes à pourvoir. Car aujourd’hui plus que jamais, la DGSE doit se muscler et a notamment besoin de mathématiciens, d’informaticiens, de spécialistes du « Big Data » ou de l’intelligence artificielle pour écouter, décrypter, analyser les communications et les flux numériques, et comprendre ce qui se joue dans le monde pour pouvoir protéger la France et les Français. La loi de programmation militaire 2024-2030, adoptée au Parlement en juillet, l’a d’ailleurs bien intégré, qui va dédier 5 milliards d’euros au renseignement et à la contre-ingérence.

Dans un monde numérisé à l’extrême, avoir le bon renseignement au bon moment est, en effet, capital pour contrecarrer les menaces, offensives numériques et ingérences étrangères, qui tentent particulièrement de déstabiliser les démocraties, comme le montre le dernier livre de l’historien David Colon « La guerre de l’information » (Ed. Tallandier). Si, en matière d’ingérences, la Russie est bel et bien la menace la plus importante pour la France, la Chine n’est pas en reste, comme l’a montré il y a deux ans déjà l’imposant rapport de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire sur « Les opérations d’influence chinoises » de Paul Charon et Jean-Baptiste Jangène-Vilmer. Les menaces peuvent aussi venir de pays amis, on se souvient du scandale de la NSA américaine qui a espionné des dirigeants européens ou du logiciel Pegasus utilisé par plusieurs pays pour pirater les smartphones de journalistes ou de chefs d’État comme Emmanuel Macron.

Ce dernier est d’ailleurs très sensibilisé au sujet lui qui, candidat à l’Elysée, avait été victime d’une cyberattaque. Face à la guerre informationnelle, hybride et complexe, aux nouveaux champs de conflictualité dans le cyber et le spatial, le président de la République a promis en novembre 2022 que « nous ne serons pas les spectateurs patients de cette évolution. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 1er octobre 2023)

L'énigme Poutine

putin

Il y a un an tout juste l’hebdomadaire tchèque « Respekt » publiait une caricature représentant Vladimir Poutine. Le maître du Kremlin, qui avait raté sept mois plus tôt son « opération militaire spéciale » en Ukraine – cette Blitzkrieg qui devait en quelques jours renverser le régime de Volodymyr Zelensky – était dessiné assis, l’air accablé dans un fauteuil surmonté d’un aigle bicéphale, symbole de la Russie, à côté d’un téléphone rouge, le bouton nucléaire en pendentif. Dans sa main, un pistolet comme s’il était prêt à se suicider dans ce bunker, une allusion à Hitler qui s’est donné la mort 30 avril 1945 à Berlin. En lettres capitales au-dessus de la scène : « La Russie est en train de perdre ». Un an plus tard, alors que le conflit s’enlise dans une interminable guerre de position et que l’armée ukrainienne peine à concrétiser sa contre-offensive, personne ne peut dire que la Russie est « en train de perdre » même s’il faudrait pourtant qu’elle perde pour avoir violé le droit international et perpétré des crimes de guerre.

À l’incroyable résistance des Ukrainiens galvanisés depuis le début de l’invasion par leur président répond celle, implacable, de Vladimir Poutine, sur lequel tout semble glisser… pour l’instant. Les sanctions internationales ? Elles n’ont toujours pas mis à genoux l’économie russe ni même isolé diplomatiquement la Russie qui s’est rapprochée de la Corée du Nord et des pays des Brics et s’immisce comme médiateur dans le conflit territorial du Haut-Karabakh. Les difficultés logistiques de son armée qui ne parvient pas à prendre le dessus sur celle bien plus petite de l’Ukraine ? La mobilisation massive et les stocks d’armes permettent toujours de tenir la ligne de front. La tentative de coup d’État de son ami Evgueni Prigojine ? La milice Wagner a été démantelée et son chef tué dans le « crash » de son avion qui ressemblait à une exécution mafieuse, pour l’exemple. 

Dix-neuf mois après l’invasion de l’Ukraine, Poutine est toujours là et se prépare à gagner une élection présidentielle sans surprise l’année prochaine, quasi-assuré de la victoire après avoir emprisonné ses opposants et muselé la partie de l’opinion qui ne lui ferait toujours pas allégeance.

Ceux qui espéraient voir Vladimir Poutine emporté par la maladie, un putsch ou une révolte populaire en sont pour leur frais. De Kiev à Paris, de Berlin à Washington chacun se demande non seulement jusqu’où peut et veut aller Poutine mais aussi comment appréhender cet homme dont on a tout dit de lui, son parcours d’espion, sa paranoïa, ses ambitions impérialistes, sa brutalité, mais que l’on connaît finalement très peu. Poutine reste un mystère, une énigme inquiétante et contrairement à d’autres despotes dont on connaissait la famille, les proches voire les successeurs, rien ne filtre de celui qui a verrouillé son entourage dont les membres lui doivent tout, cadenassé sa vie privée et qui contrôle la moindre image de lui depuis des années. Personne ne sait comment est Poutine dans l’intimité, ce qu’il aime, ce qu’il lit, ce qu’il regarde. Qui sait si, le soir, il ne pense pas à la dédicace du prisonnier de Pouchkine, « Seul, innocent, accablé de tristesse, j’étais entouré d’ennemis et mourais de détresse… »

Car aussi puissant reste-t-il, le tyran du Kremlin, accroché au pouvoir, est seul, donc vulnérable et pas invincible…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 22 septembre 2023)

Des paroles aux actes

harcèlement

En réclamant lundi soir un « électrochoc » dans la lutte contre le harcèlement scolaire après qu’un rectorat a expédié un courrier comminatoire « honteux » à une famille dont l’enfant, Nicolas, 15 ans, moqué et violenté, a fini par se donner la mort, Gabriel Attal a, d’évidence, pris la mesure d’un fléau qui n’a que trop duré. Non pas que les prédécesseurs du ministre de l’Education nationale n’aient jamais rien fait sur ce sujet. Des dispositifs ont été lancés, des numéros verts mis en place, des plateformes internet de signalement déployées, des formations prodiguées aux personnels de l’Éducation nationale et des campagnes de sensibilisation ont été conduites auprès des élèves eux-mêmes en particulier et du grand public en général. Il y a même tous les ans une Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école…

Mais le phénomène a continué à perdurer, prenant d’autant plus d’ampleur que s’il s’arrêtait jadis aux portes de l’école, il est devenu désormais permanent avec les réseaux sociaux, où le harcèlement en meute se fait sans réelle entrave. Une pression permanente qui fait vivre un enfer aux enfants harcelés… comme à ceux qui redoutent de l’être un jour. 60 % des 10-15 ans pensent ainsi qu’ils pourraient être victimes de harcèlement selon une enquête de l’institut CSA pour Milan Presse parue en juin. 40 % ont été témoins de faits de harcèlement et 20 % en ont été directement victimes. Effarant. Un rapport sénatorial pointait il y a deux ans déjà que 6 à 10 % des élèves subiraient une forme de harcèlement lors de leur scolarité, et que 800 000 à 1 million d’enfants en seraient victimes, chaque année. Insupportable.

Les Français ne s’y trompent pas et un récent sondage montre que 89 % d’entre eux – quelles que soient leurs appartenances sociale ou politique – considèrent que l’Éducation nationale, coupable d’entretenir une forme d’omerta, n’en fait pas assez en matière de lutte contre le harcèlement scolaire. Elisabeth Borne avait annoncé en juin vouloir « faire de la lutte contre le harcèlement la priorité absolue de la rentrée 2023. » Nous y sommes.

Il est temps pour le gouvernement de passer des paroles aux actes. Gabriel Attal a demandé un audit pour recenser tous les cas de harcèlement dans les rectorats, mais l’heure ne peut plus être aux études et aux statistiques. L’heure doit être à l’action. Le changement d’établissement de l’élève harceleur plutôt que de l’élève harcelé, entré en vigueur cette rentrée, est assurément un premier pas, mais il faut aller plus loin, sans doute avec des moyens financiers et humains conséquents pour mieux détecter et mieux prévenir tout acte de harcèlement. Et aussi avec une exigence beaucoup plus forte à l’encontre des plateformes américaines qui modèrent si mal les contenus sur leurs réseaux sociaux.

Il est temps d’en finir avec ce fléau qui pousse des jeunes garçons et des jeunes filles à commettre l’irréparable. Nous le devons à Nicolas, à Ambre, à Lucas, à Lindsay et hélas à tant d’autres enfants qui se sont donné la mort et à tous ceux qui, un jour, ont vécu le calvaire d’être harcelés sans avoir pu être protégés par les adultes…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 20 septembre 2023)

Transformer l'essai

cancer

À quelques jours du lancement d’Octobre rose, la campagne annuelle de communication destinée à sensibiliser les femmes à l’importance du dépistage du cancer du sein – et à récolter des fonds pour la recherche – l’annonce d’OSE Immunotherapeutics apporte une nouvelle bouffée d’espoir dans la longue lutte contre le cancer. Cette société de biotechnologie nantaise vient, en effet, de publier des résultats positifs de phase 3 de Tedopi, son vaccin contre le cancer du poumon, l’un des plus meurtriers, responsable de 1,8 million de décès dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dont plus de 22 000 en France. Ce vaccin pourrait recevoir son autorisation de mise sur le marché en 2027.

Dans la lutte contre les cancers, l’idée du vaccin a pris corps déjà l’an passé lorsque les cofondateurs de BioNtech, la start-up allemande qui s’était associée avec Pfizer pour développer le vaccin contre le Covid-19, s’étaient dits convaincus que les travaux réalisés pour ce dernier avec l’ARN messager pouvaient servir à développer des vaccins contre différents types de cancers. Depuis, de nombreux laboratoires se sont lancés et certains ont obtenu des résultats prometteurs pour lutter contre les cancers de la peau, du pancréas et donc du poumon.

Certes, il convient d’être prudent. Par le passé des promesses de traitements révolutionnaires se sont révélées n’être que de simples effets d’annonce. Ensuite, ces vaccins ne concerneront d’abord que certains malades, à certains stades de leur maladie. Mais tout de même, l’arrivée de nouveaux outils pour les médecins est une bonne nouvelle pour mener le combat du siècle face au mal du siècle, qui coûte la vie à quelque 10 millions de personnes dans le monde chaque année.

L’annonce d’OSE Immunotherapeutics, les travaux d’autres laboratoires comme Moderna et même Pierre Fabre, qui vient de racheter une biotech suisse, montrent que la recherche scientifique, publique ou privée, dans la lutte contre le cancer avance à grands pas. Le rêve de « guérir les cancers une bonne fois pour toutes », comme l’espérait l’an passé le président américain Joe Biden en se fixant pour objectif de réduire la mortalité liée au cancer de 50 % en 25 ans aux États-Unis, est plus que jamais à portée de main. À condition que les financements suivent…

Car l’argent reste le nerf de la guerre et, en Europe, la France, en dépit de la qualité de ses chercheurs, n’en fait pas suffisamment, comme l’a souligné le Pr Alain Fischer, l’ex-monsieur vaccin. « Moyens insuffisants, stratégie peu lisible, organisation complexe sous une administration trop lourde, perte de vocations… Quel que soit l’indicateur observé, pour la recherche scientifique en général et la recherche en santé en particulier, notre pays n’est pas au rendez-vous », estimait-il dans un rapport pour Terra Nova. Quant à l’Europe, « les politiques nationales de recherche restent largement isolées les unes des autres. Deux décennies marquées par un mouvement réussi vers l’union économique et monétaire n’ont pas vu l’émergence d’un espace européen intégré pour la science et la technologie », déplorait Maria Leptin, présidente du Conseil Européen de la Recherche.

Face au Covid, l’Europe a su mobiliser tous les moyens humains et financiers pour faire accélérer la recherche. Face au cancer, il faut maintenant le même état d’esprit.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 septembre 2023)

Patrimoine(s)

elysee

Avec la fête de la musique en juin, les Journée du patrimoine de septembre, qui célèbrent cette année leurs quarante ans d'existence, sont incontestablement l’un des rendez-vous préférés des Français, qui en font tous les ans un immense succès. Depuis que Jack Lang les a lancées en 1984, ces journées très populaires – devenues européennes en 1991 – attirent toujours un public nombreux car elles restent, avec quelques grands moments sportifs, la Fête nationale ou les drames qui ces dernières années ont soudé le pays, un rare moment d’unité nationale, ce qui n’est pas rien dans une société de plus en plus polarisée.

Le temps d’un week-end, en effet, les Français se retrouvent, quelles que soient leurs origines ou leurs convictions, pour célébrer partout sur le territoire, en métropole et outre-mer, leur patrimoine, cette richesse nationale qui fait de la France la première nation touristique mondiale. Ou plutôt leurs patrimoines au pluriel. Il y a bien sûr ces grands monuments connus du monde entier, du château de Versailles aux remparts de Carcassonne, du musée du Louvre au Palais de l’Elysée, du Mont Saint-Michel aux châteaux de la Loire en passant par Notre-Dame de Paris dont l’incendie avait bouleversé les Français et le monde. Il y a ensuite cet immense maillage dans les départements et les préfectures de bâtiments et de sites classés ou inscrits aux monuments historiques, qui font l’objet d’une réelle attention tant des services de l’État que de ceux des collectivités locales. Et puis il y a le petit patrimoine, vernaculaire, très local, peut-être insignifiant au regard du grand livre de l’Histoire de France mais tellement important dans la vie des habitants qui vivent autour de lui et en font un repère du quotidien. Ici une église, là un lavoir, plus loin une collégiale, un manoir remarquable ou une simple chapelle qui tiennent grâce à l'implication de milliers de bénévoles associatifs.

Comme autrefois les grands monuments dont on disait qu’ils étaient des chefs-d’œuvre en péril, cette myriade de petits monuments, essentiellement d’origine religieuse, est aujourd’hui en bien mauvais état. Sur 50 000 lieux de culte en France, environ 2 500 à 3 000 édifices, bousculés par les conséquences du réchauffement climatiques ou tout simplement le temps qui passe, craquellent, se fissurent et menacent ruine si des travaux nécessaires à leur restauration ne sont pas rapidement entrepris. Des chantiers complexes et onéreux, très souvent hors de portée des budgets des petites communes à qui ces édifices appartiennent.

Dans un pays où le patrimoine est une véritable passion, peut-on laisser partir ces monuments qui ont rythmé la vie de nos aïeux et constituent une part de notre identité, au-delà de toute considération cultuelle ? Poser la question, c’est bien sûr y répondre et l’initiative d’une collecte nationale destinée uniquement aux communes de moins 10 000 habitants qu’a lancée hier Emmanuel Macron est une bonne chose pour peu que l’on conserve un cadre national dans la sélection et les modalités.

Préserver notre patrimoine, c’est non seulement se montrer digne de notre héritage, mais aussi concevoir qu’au-delà de tout, nous avons pour notre pays l’ambition d’un avenir commun.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 16 septembre 2023)

Piqûre de rappel

 

vaccin

La pandémie de Covid-19 ne fait bien sûr plus la une des médias dans le monde, chassée par d’autres actualités et aussi sans doute par l’envie de beaucoup d’entre nous de passer à autre chose que cette épidémie qui a mis le monde à genoux pendant presque deux ans et nous a tous épuisés. Pour autant, le coronavirus n’en reste pas moins toujours présent. Le rebond des contaminations cet été est venu, en effet, nous rappeler que le Covid se transforme en une maladie chronique comme la grippe saisonnière et qu’il faudra vivre avec lui, au gré de la kyrielle de variants qui apparaissent mois après mois. Le dernier en date, BA.2.86, a ainsi été détecté début septembre en France, dans le Grand Est, et fait l’objet d’une attentive surveillance.

Si de nombreux Français souffrent encore de Covid long, d’autres continuent ainsi à être contaminés et les spécialistes préviennent qu’une nouvelle vague automnale aura bien lieu, comme celle de la grippe qui survient chaque année. « L’augmentation du nombre d’hospitalisations et de décès montre que la Covid est là pour durer et que nous continuerons d’avoir besoin d’outils pour la combattre », a assuré la semaine dernière le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le rebond de l’épidémie – ou son installation dans la durée – amène dès lors à poser, comme pour la grippe, la question d’une vaccination régulière annuelle, notamment pour les personnes les plus fragiles. Alors que l’automne arrive, ce rappel de vaccination semble prendre du retard. « L’OMS est particulièrement inquiète face au faible nombre de personnes à risque ayant reçu une dose de vaccin contre la Covid-19 récemment. Notre message : ne tardez pas à vous faire administrer une dose supplémentaire si elle vous est recommandée », a martelé le patron de l’OMS, qui a mis à jour à destination des pays membres son Plan stratégique de préparation et de riposte et ses recommandations pour lutter contre le Covid-19.

Aux États-Unis fin août, l’administration Biden a commencé à inciter tous les Américains à recevoir un vaccin de rappel contre le coronavirus cet automne. Les laboratoires Moderna, Novavax ou Pfizer ont d’ailleurs créé des versions de leurs vaccins visant l’un des derniers sous-variants, XBB.1.5.

En France, pour l’instant, les pharmacies administrent une dose de rappel à ceux qui le souhaitent, mais le gouvernement est prêt à avancer au besoin sa campagne de vaccination. Prévue en octobre, elle ne concernera que les personnes âgées, les immunodéprimés, les femmes enceintes ou encore les personnes vivant avec des personnes fragiles.

Reste que le sujet est délicat car, si les Français sont majoritairement favorables à la vaccination, les antivax sont toujours en embuscade pour enclencher la machine à polémiques. Le ministre de la Santé Aurélien Rousseau, qui fut directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France pendant la crise Covid, devra mettre à profit son expérience pour faire œuvre de pédagogie et convaincre – davantage que contraindre – les Français de la nécessité d’une nouvelle piqûre de rappel.


Bombe sociale

immobilier

Le politique du logement constitue depuis 2017 un angle mort du macronisme. Le sujet n’a, en effet, que peu intéressé Emmanuel Macron au point qu’en mai 2022, juste après sa réélection, le gouvernement Borne ne comprenait pas de ministre du Logement, ni de ministre délégué et encore moins de secrétaire d’État. Le logement se trouvait alors fondu dans le tentaculaire ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Une situation inédite qui avait, à l’époque, ému l’ensemble des professionnels du secteur. L’exécutif avait ensuite corrigé le tir en nommant Olivier Klein, ministre délégué chargé de la Ville et du Logement, qui a piloté le lancement en novembre 2022 du Conseil national de la rénovation (CNR) dédié au logement. Sept mois plus tard, Elisabeth Borne montait en première ligne pour en présenter les conclusions et une série de mesures. Prolongation mais forte restriction du prêt à taux zéro (PTZ), fin du dispositif Pinel d’investissement locatif, aides à la location et soutien à la construction via le rachat de logements aux promoteurs par Action logement et la Caisse des dépôts…

Un plan d’action qui avait laissé dubitatifs les professionnels de l’immobilier, les uns le trouvant « minimaliste, imprécis » comme Véronique Bédague, PDG de Nexity, premier promoteur immobilier, d’autres masquant mal leur « déception » comme Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, voire leur désapprobation comme l’ancienne ministre Sylvia Pinel à l’origine du dispositif qui porte son nom. « Il n’y a pas de mesure magique, seule et unique, qui permettrait de débloquer la situation », rétorquait la Première ministre quand son ministre concédait qu’il y avait « un risque de bombe sociale » lié à la violente crise du secteur.

Car la crise immobilière, protéiforme, touche autant les propriétaires que les locataires alors que la construction neuve est en chute libre, que la location est grippée et que le mal-logement touche près de 4,1 millions de personnes. Le marché locatif est peut-être celui qui inquiète le plus. Face à une envolée des taux de crédit immobilier, de nombreux Français ne parviennent plus à accéder à la propriété et restent donc locataires. Quant aux propriétaires, certains finissent par se séparer de leurs biens locatifs en raison d’une réglementation trop contraignante, notamment concernant l’interdiction de la location des passoires thermiques, ce qui fait mécaniquement augmenter la pénurie d’appartements à louer.

Si l’on ajoute le fait qu’une partie du parc locatif est louée en meublés touristiques sur des plates-formes de type Airbnb, que les prix de location sont parfois démesurés, que les conditions demandées aux locataires sont exorbitantes voire inatteignables pour beaucoup, et notamment les étudiants qui subissent un épuisant parcours du combattant, que l’encadrement des loyers dans certaines villes en tension n’est pas bien respecté, alors oui, le risque d’une bombe sociale est bien là.

Il y a urgence pour le gouvernement et la société à trouver un démineur et faire du logement une priorité…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 septembre 2023)

Petite musique

impots

L’arrivée des premiers avis de taxe foncière est un coup dur pour les ménages et met clairement le gouvernement en mauvaise posture à l’heure de la préparation du Budget 2024. La taxe foncière va, en effet, subir cette année une hausse minimale de +7,1 % en raison de la revalorisation forfaitaire des valeurs locatives, votée lors de la dernière loi de finances. Une taxe qui peut par ailleurs augmenter si les communes – dont l’autonomie fiscale s’est réduite ces dernières années, notamment avec la suppression de la taxe d’habitation voulue par Emmanuel Macron – décident de jouer sur les taux. À Paris la hausse est de 51,9 %, à Grenoble de 25 %…

Peu importe pour les Français que le gouvernement et les collectivités se renvoient la responsabilité de la hausse finale. Le résultat pour eux constituera bien une hausse de la fiscalité qui tombe mal pour le gouvernement. Depuis des semaines, en effet, Elisabeth Borne et Bruno Le Maire ne cessent de marteler qu’il n’y aura pas de hausses d’impôts, tant pour les ménages que pour les entreprises.

Mais l’exécutif a beau vouloir stopper « la petite musique sur les hausses d’impôts » selon l’expression d’Emmanuel Macron, il joue, d’évidence, sur les mots. Car s’il ne touche effectivement pas à l’impôt sur le revenu, celui sur les sociétés ou la TVA, il s’apprête bien à opérer un certain nombre de choix qui vont directement ou indirectement peser sur le budget des Français et particulièrement ceux des classes moyennes. Les diverses taxes à venir sur les transports aériens et autoroutiers se répercuteront au final sur les Français. Et que dire du doublement des franchises médicales que l’opposition a tôt fait de qualifier de « nouvel impôt qui ne dit pas son nom. » La hausse de la taxe foncière ne fait qu’ajouter une note à la « petite musique »…

Avec une croissance attendue autour de 1 % en 2023, des recettes fiscales moins dynamiques qu’en 2022 et une dette publique de plus de 3 000 milliards d’euros, le Budget 2024 est évidemment compliqué à bâtir. L’exécutif cherche à économiser 15 milliards d’euros pour arriver à ramener le déficit public à 2,7 % du PIB en 2027, sans renier l’ADN libéral du macronisme.

Alors que le taux de prélèvements obligatoires en France atteint des sommets à 45,4 % de la richesse nationale, et que l’inflation, notamment alimentaire, ampute toujours le pouvoir d’achat des Français, le gouvernement doit faire des choix pour répondre finalement à un double objectif : redresser les comptes publics lestés par les aides du « quoi qu’il en coûte » né pendant la crise du Covid-19, et en même temps trouver les ressources pour financer l’indispensable mais très coûteuse transition écologique du pays.

En appelant à la retenue fiscale des collectivités qu’il a bousculées, en choisissant de jouer sur des taxes et en s’interdisant de créer de nouveaux impôts – notamment sur les plus aisés comme le préconisait l’économiste Jean Pisani-Ferry pour financer la transition écologique – le gouvernement fait ses choix. Mais pour les Français, quelles que soient les circonlocutions et les dénominations, ils se traduisent bien par des hausses d’impôts.

(Editorial publié dans La Dépêche du jeudi 31 août 2023)

Sous surveillance

attal

Après le technicien de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, et l’universitaire Pap Ndiaye, Emmanuel Macron a décidé, lors du remaniement de juillet, de confier l’Éducation nationale à un pur politique, Gabriel Attal, fidèle d’entre les fidèles et l’un des premiers à avoir rejoint En Marche en 2016. Charge au plus jeune ministre installé rue de Grenelle, à 34 ans, de faire oublier les errements de ses deux prédécesseurs : le dogmatisme et les obsessions de Blanquer, dont la réforme du baccalauréat a mis sous tension des enseignants avec lesquels le dialogue s’était rapidement et durablement rompu ; l’effacement de Ndiaye, qui n’a pas su trouver sa place et a dû endurer, avec une solidarité gouvernementale quasi-inexistante, les attaques souvent odieuses de l’extrême droite et d’une partie de la droite sur sa personne plutôt que sur son action.

Pour faire oublier ses prédécesseurs et imprimer sa patte sur un ministère réputé difficile, l’ambitieux Gabriel Attal a bien compris qu’il fallait marquer les esprits et gagner des points dans l’opinion à l’occasion de sa première rentrée scolaire.

D’où les deux annonces principales qui émergent d’une kyrielle de nouveautés pour cette rentrée scolaire : la révision en profondeur de la réforme Blanquer du baccalauréat et l’interdiction des abayas à l’école.

La première, habile, permet à Gabriel Attal de répondre aux revendications et aux inquiétudes des parents d’élèves et des enseignants qui alertaient depuis longtemps sur l’aberration de passer des épreuves de spécialités au mois de mars plutôt qu’en juin. La seconde permet au ministre d’affirmer fermement son positionnement sur le respect de la laïcité à l’école, aujourd’hui malmené, et de répondre à une demande d’interdiction majoritaire dans l’opinion, qui considère l’abaya comme un vêtement religieux. Politiquement, elle lui permet aussi de faire d’une pierre deux coups : envoyer un signal à la droite et notamment aux Républicains dont la Macronie espère toujours le soutien et mettre en difficulté la gauche, très divisée sur la question et toujours prête à s’invectiver sur le sujet.

Gabriel Attal pourrait toutefois rapidement se rendre compte que ces deux « coups » politiques vont avoir des conséquences en cascade. Si les épreuves de spécialités se passent en juin, Parcoursup ne pourra plus intégrer leurs notes et sera donc plus dépendant encore du contrôle continu. Sauf à engager de nouveaux ajustements aussi complexes que périlleux qui rouvriront l’épineuse question de savoir à quoi doit servir le bac. Sur l’interdiction de l’abaya, le ministre s’expose à de multiples recours qui pourraient faire traîner le dossier et à des polémiques à répétition.

En devenant capitaine du paquebot Éducation nationale, deuxième budget de l’État, Gabriel Attal va mesurer combien il est délicat à manœuvrer, entre revendications de l’équipage, les enseignants, et attentes des passagers, les élèves et au-delà la société. Surtout quand l’armateur, le président de la République, vient de décider, six ans après son entrée à l’Elysée, de faire de l’Éducation son nouveau « domaine réservé ».

Face à ce superministre qui l’a, de fait, placé sous surveillance, Gabriel Attal aura-t-il encore des marges de manœuvre ou saura-t-il en trouver ?

(Editorial publié dans La Dépêche du mardi 29 août 2023)

Etre sur ses gardes

 

masque

Le rebond du nombre de contaminations au Covid-19 cet été, notamment avec le fulgurant variant Eris, nous a rappelé que si la fin de la pandémie en tant qu’urgence sanitaire mondiale avait bien été actée au printemps par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle n’en restait pas moins une menace pour la santé partout dans le monde. Le coronavirus continue, en effet, de circuler dans tous les pays, il continue de tuer les plus fragiles et il continue à changer, de variant en variant.

La question maintenant est de savoir si le rebond du Covid-19, qui est considéré comme une maladie chronique à l’instar de la grippe saisonnière, pourrait être plus fort qu’attendu à la rentrée.

Ce n’est pas un hasard si l’OMS, qui surveille de près l’apparition de tout nouveau variant du coronavirus, a incité les pays à mettre à jour leur stratégie de lutte contre le Covid. Surveillance, information transparente, poursuite de la vaccination si besoin, soutien à la recherche scientifique pour mieux comprendre la maladie, facilitation de l’accès aux soins, aux traitements et aux vaccins sont quelques-unes des préconisations listées par le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l’agence onusienne, qui martelait récemment que « l’OMS n’oubliera pas le Covid-19, et les gouvernements non plus ».

En France, le nouveau ministre de la Santé Aurélien Rousseau a pris bonne mesure de ces recommandations. « On n’a pas désarmé notre système de suivi mais on a basculé dans un système plus classique comme pour la grippe », a-t-il rappelé alors que le décompte des contaminations est désormais différent qu’au plus fort de l’épidémie. Le ministre a aussi indiqué qu’il fallait que les Français retrouvent les bons réflexes acquis au début de l’épidémie, c’est-à-dire renouent avec les fameux gestes barrière qu’on a tous un peu oubliés. Tousser dans son coude, garder une distanciation sociale et porter le masque si besoin. La simple évocation de ce dernier, symbole de l’épidémie, a bien sûr de quoi inquiéter.

Si le ministre de la Santé ne peut pas exclure de le rendre un jour à nouveau obligatoire – ce qui posera débat puisque la France est sortie de l’état d’urgence sanitaire – il se veut rassurant. « Je pense qu’il y a une étape intermédiaire : la banalisation du masque quand vous avez des symptômes respiratoires. Il faut qu’on se dise tous que porter le masque c’est quelque chose de banal qui doit être un réflexe », assure Aurélien Rousseau, qui se défend de toute infantilisation des Français, l’une des critiques qui avaient été émises contre les campagnes de communication à répétition des gouvernements Philippe et Castex…

Remettre le masque en cas de besoin, retrouver les gestes barrière pourquoi pas. Mais il reste encore d’autres actions à envisager comme recourir à des capteurs et purificateurs d’air, notamment dans les écoles, mettre en place un rappel vaccinal pour les plus fragiles ou conforter des urgences hospitalières aujourd’hui au bout du rouleau.

Bref, être sur ses gardes face au Covid, qui pourrait surfer sur une nouvelle vague à l’automne, comme face à tous les virus respiratoires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 28 août 2023)


Derrière les hausses


electricité

C’est la mauvaise nouvelle au cœur de l’été : de nombreux Français ont reçu une facture de régularisation de leur consommation d’électricité et se voient réclamer des centaines d’euros supplémentaires. Pour beaucoup, c’est d’autant plus incompréhensible qu’ils avaient fait des efforts de sobriété ces derniers mois et que leur consommation a baissé d’une année sur l’autre. Mais pas suffisamment pour compenser une électricité dont le prix a augmenté de 15 % en février et de 10 % le 1er août dernier.

Cette dernière hausse a mis le gouvernement dans l’embarras, accusé par les oppositions d’avoir menti, lui qui avait promis de plafonner la hausse à 15 % sur l’année. Sauf que cette hausse était prévisible puisqu’elle traduit une baisse de la prise en charge par l’État du bouclier tarifaire, qui a permis d’éviter une augmentation des factures d’électricité des Français de 35 % en 2022 et de 100 % en 2023. Le bouclier va continuer à prendre en charge 37 % de la facture réelle, contre 43 % précédemment, fait remarquer Bercy, qui rappelle que la Commission de régulation de l’énergie (CRE) préconisait une augmentation de 74,5 % pour compenser la hausse des coûts énergétiques, ce qu’a refusé d’entériner le gouvernement.

Aussi logiques soient ces calculs, ils n’en restent pas moins douloureux pour des Français qui subissent toujours une forte inflation, particulièrement dans l’alimentaire. Cette électricité très chère impacte durement les foyers les plus modestes et les précipite vers une insupportable précarité énergétique. 27 % des Français ont déclaré avoir rencontré des difficultés pour payer certaines factures de gaz ou d’électricité, un taux qui monte à 50 % chez les 18-34 ans, selon les chiffres du Médiateur de l’énergie, qui réclame, à raison, l’instauration d’un « droit à une alimentation minimale en électricité » tout au long de l’année et non plus seulement pendant la trêve hivernale.

Mais ce qui est peut-être le plus insupportable pour les Français, c’est la formation même des prix de l’électricité. « Ces niveaux de prix ne sont pas cohérents avec les projections sur l’état de tension du système électrique français et apparaissent, en résumé, problématiques », euphémise RTE dans sa dernière note de perspective pour cet hiver. Les ménages et les entreprises paient, en effet, le kilowattheure au prix auquel il est produit dans la dernière centrale, souvent à gaz, mise en service pour répondre à la demande au niveau européen. Un prix qui serait bien différent s’il ne dépendait que de l’électricité produite sur notre sol, issue majoritairement du nucléaire et des renouvelables et très peu des hydrocarbures… contrairement à l’Allemagne qui a décidé de sortir du nucléaire en 2011 et tout miser sur le renouvelable et des énergies fossiles.

La France et l’Allemagne s’affrontent ainsi depuis des mois autour de deux visions de la réforme du marché européen de l’électricité qui veut contenir la volatilité des prix de l’électricité décarbonée. La France veut pouvoir financer la modernisation de son parc nucléaire quand l’Allemagne redoute de perdre sa compétitivité économique et pèse pour que les prix de l’électricité restent élevés.

Derrière la hausse des factures se joue ainsi une bataille politique franco-allemande à l’issue inconnue...


Enlisement

ukraine

En découvrant il y a quelques mois les images des tranchées creusées par les Russes et les Ukrainiens de part et d’autre de la ligne de front, chacun a pensé aux images de Verdun. Comme sur les photos prises lors de la Première guerre mondiale, on découvrait à la télévision ou sur les réseaux sociaux des soldats vivant dans la boue, le froid et l’angoisse de la mort au combat. On voyait aussi la détermination des Ukrainiens à tenir coûte que coûte. On mesurait surtout combien cette guerre allait s’installer dans la durée.

Dix-huit mois après le lancement de l’ «opération spéciale » de Vladimir Poutine qui, en 48 heures, devait « dénazifier » l’Ukraine et renverser son gouvernement, la guerre est effectivement toujours là avec son cortège d’horreurs sur le front et à l’arrière où les civils sont tués par des bombardements et des drones. La contre-offensive lancée en juin par Kiev semble à la peine, incapable, faute d’appui aérien, de venir à bout des défenses russes pour percer la ligne de front. Si la découverte des tranchées rappelait la bataille de Verdun en 1916, cette guerre d’usure aux portes de l’Europe rappelle désormais l’enlisement de 1917 et l’échec de l’offensive du Chemin des Dames qui déclencha des mutineries et instilla le doute.

Plus d’un siècle après, la contre-offensive ukrainienne, qui récupère au prix fort chaque kilomètre carré occupé par les Russes, est sans doute décevante par sa lenteur, mais elle n’est pas encore un échec. La population soutient toujours massivement son gouvernement et son président Volodymyr Zelensky. Et, malgré l’âpreté des combats et les pertes humaines, il n’y a pas de mutineries, les militaires étant focalisés sur le seul objectif résumé cette semaine par le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba : la victoire et le rétablissement de la souveraineté de l’Ukraine dans ses frontières de 1991, c’est-à-dire avec la Crimée annexée par Vladimir Poutine en 2014.

L’objectif est légitime, mais pourra-t-il se réaliser ? Des voix s’élèvent parmi les alliés de l’Ukraine pour estimer que des négociations avec la Russie sont inévitables et que l’Ukraine, qu’on ne pourrait soutenir indéfiniment, devra « abandonner » certains de ses territoires à son voisin contre, par exemple, une adhésion à l’Otan. Ces propositions faites souvent en coulisses et parfois au grand jour – comme celle, stupéfiante de cynisme, de l’ancien président Nicolas Sarkozy – ne sont finalement que des ballons d’essai pro-russes qui ne proposent rien d’autre que d’entériner l’invasion de Vladimir Poutine. C’est-à-dire d’accepter que la force prime sur le droit international, que la signature des traités n’a aucune valeur, que le mensonge et les fake news supplantent les faits, qu’une démocratie soit attaquée non pas pour ce qu’elle aurait fait mais pour ce qu’elle est.

La perspective de négociations est évidemment inacceptable pour les Ukrainiens, elle n’est pas plus envisageable pour les Européens qui connaissent le prix de la guerre et dont les valeurs sont aujourd’hui défendues par Kiev.

En 1917, les Américains entraient en guerre et impulsaient un tournant décisif au conflit mondial. En 2023, les Ukrainiens attendent aussi des Américains et de leurs alliés, plus que des promesses, l’impulsion qui les aiderait à sortir de l’enlisement et décrocher la victoire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 19 août 2023)

Anticiper et s'adapter

soleil

S’il y a bien un épisode qui a traumatisé la classe politique française, c’est bien celui de la canicule de 2003. Il y a vingt ans, en effet, aux prémices de cet épisode identifié plus tard comme la vague de chaleur la plus forte qu’a connue la France métropolitaine depuis le début des mesures en 1947 et qui fera 15 000 morts, le ministre de la Santé Jean-François Mattéi était apparu à la télévision décontracté, en polo depuis son lieu de vacances, pour expliquer que le gouvernement n’avait nullement manqué d’anticipation. Peu importaient finalement les justifications, le décalage à l’image entre un ministre en vacances et ce que vivaient les Français était ravageur. Depuis, chaque gouvernement est sur le qui-vive tous les étés et lorsque Météo-France a annoncé la pire vague de chaleur ce mois d’août en France, le gouvernement a immédiatement réagi, la Première ministre Elisabeth Borne convoquant hier une réunion de crise interministérielle.

D’aucuns y verront bien sûr une opération de communication – c’en est une – mais en vingt ans, l’État comme les collectivités, Météo-France comme notre système de santé ont appris de la canicule 2003 pour améliorer notre appréhension de ces phénomènes. Dès 2004, Météo-France intègre le phénomène canicule dans ses bulletins de vigilance et peaufinera les années suivantes la prévision de température maximale pour la journée du surlendemain, qui est aujourd’hui aussi bonne que celle que l’on faisait il y a dix ans pour la journée du lendemain. Les collectivités ont multiplié les actions d’informations envers les séniors, les Ehpad ont mis en place des pièces rafraîchies, etc. En juin dernier, le gouvernement a présenté un nouveau plan national de gestion des vagues de chaleur pour en limiter les impacts sur la vie quotidienne des Français, assurer la continuité des services publics essentiels et de la vie économique, et protéger les milieux et les ressources naturels.

Un plan évidemment utile mais qui ne constituera vraisemblablement que la première étape d’une inéluctable adaptation du pays à ces vagues de chaleur qui vont se multiplier. En dépit des climatosceptiques et autres complotistes qui trouvent les cartes météo « trop rouges » à la télévision, le consensus scientifique mondial est implacable : le réchauffement climatique va conduire à de plus en plus d’épisodes de forte chaleur et de sécheresse. L’Organisation météorologique mondiale a établi que l’Europe se réchauffe deux fois plus que la moyenne mondiale depuis les années 1980, ce qui a des répercussions considérables sur le tissu socio-économique et les écosystèmes.

L’humanité est face à un double défi : tout faire pour limiter la hausse des températures et tout faire pour s’adapter à des changements qui ont déjà commencé. Et qui ont fait dire au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, que l’humanité avait quitté l’ère du réchauffement climatique pour entrer dans celle de « l’ébullition mondiale ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 18 août 2023)