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Éditos

En pleine lumière

onenation

 

Le hasard aura voulu que l’affaire OneLab dans le Lot – du nom de ce projet d’achat d’un vaste domaine du XVIIIe siècle par le mouvement complotiste One Nation – soit révélée le jour même où Emmanuel Macron installe la commission « Les Lumières à l’ère numérique ». Présidée par le sociologue Gérald Bronner, auteur de l’« Apocalypse cognitive » (PUF), celle-ci sera chargée de faire d’ici fin décembre des propositions face à la désinformation dans le débat public et à l’emprise des théories complotistes qu’on a vu se déployer à grande vitesse depuis le début de l’épidémie de Covid, dans les groupes antivax ou lors des manifestations anti-pass sanitaire, tant sur les réseaux sociaux que dans la rue. Trois mois pour imaginer une riposte et ramener de la rationalité paraît bien peu tant le phénomène complotiste a pris de l’ampleur et s’enchevêtre avec toute une galaxie où se mêlent le bien-être et des mouvements spirituels voire sectaires dont certains exercent emprise et contrainte.

La nouveauté est que ces mouvements n’agissent plus comme autrefois dans le secret d’un système de cooptation difficile à détecter, mais au grand jour avec l’aide des grandes plateformes numériques : des vidéos sur YouTube, des discours dans des groupes Facebook, des collectes de financement participatif sur des sites grand public. Autant dire que c’est en pleine lumière que se construit ce nouveau monde obscurantiste qui brise les consciences, profite de la naïveté ou de la faiblesse des gens et parvient à brasser, évidemment, des milliers d’euros, le tout en se jouant bien souvent de la justice et des autorités…

La lutte contre le complotisme et les mouvements sectaires dans une société de plus en plus numérique passe, d’évidence, par la loi – une nouvelle directive européenne dite DSA doit prochainement renforcer les obligations faites aux grandes plateformes internet en matière de modération des contenus – mais aussi par un combat sans failles contre les « faits alternatifs », ces mensonges qui ont fait le lit de Donald Trump ou du Brexit. Défendre la science, la raison, développer l’esprit critique des citoyens dès l’école est plus que jamais une urgence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 30 septembre 2021)

Se réinventer

absenteisme

 On n’a, d’évidence, pas fini de mesurer les conséquences de l’épidémie de Covid-19 sur le monde du travail. Au gré des confinements et des couvre-feux, des fermetures imposées et des ouvertures en jauge réduite, les entreprises ont dû s’adapter dans la douleur pour conserver leur activité et certaines ont joué leur survie, ne se maintenant à flot que par les aides du « quoi qu’il en coûte ». La mise en place de dispositifs spéciaux, la généralisation du télétravail et l’instauration du chômage partiel ont profondément bousculé nombre d’entreprises qui ont dû faire face à une forte hausse de l’absentéisme. Déjà en augmentation depuis 2016, l’absentéisme en entreprise a ainsi bondi de 20 % l’année dernière selon une étude Gras Savoye Willis Towers Watson et le nombre de salariés en arrêt de travail a augmenté de 30 % entre janvier et mai 2021 selon la dernière enquête de Makakoff-Humanis…

Cet absentéisme est un double fléau pour le monde du travail. Fléau pour l’entreprise, puisqu’il engendre des coûts directs et indirects importants, comme le maintien de salaire et le financement d’un régime de prévoyance, le recrutement d’un remplaçant mais aussi la baisse de la productivité et, donc, la désorganisation des services. Mais fléau aussi pour les salariés qui ne sont évidemment pas absents par plaisir. 

Au début de l’épidémie, certains salariés ont ainsi dû être absents pour s’occuper de leurs enfants non-scolarisés, d’un proche atteint du Covid ou tout simplement parce qu’eux-mêmes étaient vulnérables. La crise sanitaire, en rompant les liens sociaux que l’on entretient au travail avec des collègues, en isolant les salariés dans un télétravail que certains n’ont pas supporté a aussi augmenté les risques psychosociaux et donc mécaniquement les arrêts de travail. Le rythme qui s’accélère, la charge de travail qui augmente, le manque de clarté des missions et de reconnaissance ont précipité nombre de salariés dans une insécurité professionnelle et parfois dans des burn-out.

À l’heure où la 4e vague est derrière nous et où la reprise s’esquisse, il y a urgence à repenser notre rapport au travail, imaginer de nouvelles organisations, flexibles, hybrides, qui tiennent compte à la fois du bien-être des salariés et des besoins des entreprises. Bref, faire de l’épreuve du Covid qui nous a tous touchés l’opportunité de se réinventer collectivement.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 28 septembre 2021)

Souveraineté

jouet

Y aura-t-il des jouets à Nöel ? Voilà bien l’angoissante question qui commence à saisir les parents à peine sortis du marathon de la rentrée scolaire de leur progéniture. À trois mois de l’échéance, cette préoccupation pourrait naturellement faire sourire de prime abord, même si – tout le monde en convient lorsqu’il convoque ses souvenirs d’enfance – les cadeaux de Noël sont l’un des rendez-vous les plus importants pour les bambins et qu’on ne saurait le traiter à la légère.

Mais derrière cette question se trouve aussi l’illustration parfaite de ce qu’est l’économie mondialisée… et de ses limites. Des jouets imaginés en Europe ou aux Etats-Unis, par exemple, puis produits à coût serré en Chine, le pays-usine de la planète, et enfin acheminés par container dans le monde entier jusqu’à la grande surface spécialisée ou non, le magasin de jouets près de chez soi, ou l’un des entrepôts des plateformes de vente en ligne. Jusqu’à présent, cette chaîne logistique était une belle mécanique bien huilée dans laquelle tout le monde y trouvait son compte. Il aura fallu un coronavirus et une pandémie mondiale pour en perturber le bon fonctionnement.

Production à l’étiage durant les confinements, et désormais ports toujours perturbés par l’épidémie, le variant Delta sévissant sévèrement en Asie. Résultat : les commandes de jouets ont le plus grand mal à être entièrement honorées, puis rencontrent de multiples obstacles pour être livrées et livrées à temps. La pénurie guette et la rareté conduit à une hausse des prix, CQFD…

Comme pour les masques chirurgicaux au début de l’épidémie, comme pour les matériaux de construction, les puces électroniques, les constructeurs automobiles ou certains médicaments, l’Europe touche du doigt ce qu’il en coûte d’avoir délocalisé la production industrielle dans des secteurs stratégiques mais aussi dans ceux qui le sont moins mais font notre quotidien.

Le Covid-19, par ses conséquences sur les économies partout dans le monde, aura au moins eu le mérite de rouvrir le débat sur la question de la souveraineté industrielle. Une souveraineté qu’il convient sans doute de réinventer entre incontournable ouverture au monde et nécessaire réindustrialisation.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 25 septembre 2021)

Humilité

 

volcan

L’éruption du volcan Cumbre Vueja sur l’une des îles de l’archipel espagnol des Canaries, dimanche dernier, est de ces catastrophes naturelles qui marquent profondément l’Histoire et les Hommes. Voir la coulée de lave de ce volcan qui était endormi depuis cinquante ans incendier et engloutir maisons ou cultures convoque en chacun de nous, outre l’effroi et la compassion pour les populations touchées, le souvenir de nos cours d’école où l’on découvrait dans les manuels les tragédies de Pompéi ou Herculanum et leurs habitants statufiés, ou les documentaires du volcanologue Haroun Tazieff qui a popularisé auprès du grand public sa discipline scientifique. 

Depuis l’Antiquité, les volcans, d’évidence, fascinent, autant craints pour leurs éruptions que vénérés pour la fertilité des terres qui les entourent. Et la progression de la science pour comprendre leur fonctionnement n’a rien enlevé à leur magnétisme. De l’Etna au Fuji-Yama, de la chaîne des volcans d’Auvergne au Piton de la fournaise, qu’ils soient endormis depuis des siècles ou encore actifs, les volcans aimantent notre attention, nous rappelant combien la Terre est vivante et mouvante et combien l’Homme est impuissant face aux forces de la nature. « Face à l’avancée de la lave […] on ne peut rien faire », soulignait ainsi le président de la région des Canaries, Ángel Víctor Torres alors que des pompiers espéraient dévier la coulée de lave menaçant des habitations.

L’éruption du volcan des Canaries nous rappelle aussi combien un événement qu’on pense localisé peut se répercuter partout sur la planète. Ainsi, un vaste nuage chargé de dioxyde de soufre, né aux Canaries va arriver en Europe ce week-end. De la même façon, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en Islande le 20 mars 2010 après 187 ans d’inactivité, avait provoqué un immense panache volcanique qui avait atteint l’Europe, paralysant plusieurs semaines le trafic aérien mondial. Les premières particules de cendres projetées, très fines, dures et tranchantes, constituaient, en effet, un vrai danger pour les avions. Depuis, ce risque a été intégré, notamment par Airbus qui a développé la technologie AVOID, capable de détecter et mesurer la concentration de cendres volcaniques dans l’atmosphère.

Autrement dit, les éruptions volcaniques nous rappellent que c’est à l’Homme, avec humilité, de s’adapter à la Terre et non l’inverse…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 24 septembre 2021)

Le bilan et la méthode

80km/h

 

La vitesse étant, avec l’alcool au volant, parmi les premières causes des accidents mortels en France, pour réduire la mortalité, il suffit donc d’abaisser la vitesse. CQFD. C’est sans doute en faisant ce raisonnement aussi basique qu’implacable que l’ancien Premier ministre Edouard Philippe avait décidé le 9 janvier 2018 de faire passer la limitation de vitesse de 90 km/h à 80 km/h sur ces routes. Sans concertation avec les élus locaux ou avec les associations d’automobilistes, sans négociations avec les collectivités locales ou les services de l’Etat pour mesurer ce qu’impliquait de changer des milliers de panneaux routiers sur près de 400 000 km, sans se donner du temps pour faire de la pédagogie auprès des Français, et, vraisemblablement, sans la bénédiction d’Emmanuel Macron qui s’est retrouvé contraint de soutenir la controversée mesure de son Premier ministre.

Dès lors, le passage aux 80 km/h – qui pouvait se justifier pour faire face à une hausse des accidents de la route constatée pour la première fois depuis un demi-siècle – est sorti du seul cadre de la sécurité routière pour devenir une affaire très politique et un boulet pour le gouvernement. Parfaite illustration de ces décisions prises d’en haut par Paris et imposées en bas sur tout le territoire sans la moindre concertation, l’obligation de passer aux 80 km/h a non seulement froissé les élus locaux déjà excédés d’être snobés par l’exécutif depuis mai 2017, mais elle a aussi mis en évidence les écarts considérables entre territoires en termes d’aménagement et de mobilité. 

Vivre à 80 km/h en Ile-de-France quand l’offre de transport est pléthorique est une chose ; la situation est tout autre lorsque l’on habite et travaille dans un département rural, isolé, aux routes parfois vieillissantes, aux transports en commun rares et où la voiture reste bel et bien le seul moyen de locomotion. Le mouvement des Gilets jaunes fin 2018 rappelait d’ailleurs cette réalité-là. Face à la bataille de chiffres entre gouvernement associations de défense d’automobilistes pour savoir si la promesse de sauver 350 à 400 vies par an était effective et face à la grogne des élus locaux exprimée notamment lors du Grand débat, Emmanuel Macron a concédé que des aménagements étaient nécessaires, c’est-à-dire qu’un retour aux 90 km/h devenait possible ; un choix fait aujourd’hui par un tiers des départements.

Plus de trois ans après, tirer le bilan de la mesure est quasi-impossible puisque la survenue de l’épidémie de Covid et ses confinements a bouleversé tous les chiffres de circulation. Impossible aussi de parler de fiasco puisque la mesure a peut-être effectivement sauvé des vies.

Si le bilan est infaisable, en revanche, une leçon peut en être tirée : la méthode utilisée pour imposer les 80 km/h est tout ce que ne veulent plus les Français…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 20 septembre 2021)

Leçon retenue ?

essence

"L’homme sage apprend de ses erreurs, l’homme plus sage apprend des erreurs des autres", disait Confucius. On ne sait quel est le degré de sagesse du président de la République et du gouvernement mais une chose est sûre : ils ne referont pas les mêmes erreurs que celles qui ont débouché, fin 2018, sur le mouvement des Gilets jaunes. Cette crise sociale, totalement inédite par son côté protéiforme et l’étendue de ses revendications, avait bousculé le quinquennat et profondément affecté Emmanuel Macron. 

D’aucuns estimaient que le chef de l’Etat, faute de disposer de relais de terrain suffisants, n’avait pas mesuré que les signaux faibles qui remontaient des territoires après une hausse des prix des carburants et la perspective de la taxe carbone, puisaient leurs racines dans des maux plus profonds, des fractures sociales qui traversaient – et traversent encore aujourd’hui – la société française. Avec le grand débat et quelque 17 milliards d’euros de mesures en faveur du pouvoir d’achat, Emmanuel Macron s’est extrait de cette séquence qui a laissé des traces dans le pays.

Alors quand ces dernières semaines, le prix des carburants à la pompe a commencé à monter, mais aussi que ceux de l’électricité, du gaz ou du fioul ont suivi le même chemin, l’exécutif s’est mis en mode alerte face à cette bombe à retardement. Et pour éviter que la colère de 2018 ne se réveille, le gouvernement a dégainé un chèque énergie supplémentaire. Près de 6 millions de ménages modestes vont ainsi recevoir 100 € pour faire face à la hausse des prix de l’énergie, qui sont souvent des dépenses contraintes. Certains dénoncent un cadeau pré-électoral, font remarquer qu’il aurait peut-être été plus judicieux que l’Etat baisse tout simplement les taxes ou qu’il agisse en régulant mieux les mécanismes conduisant aux hausses de prix. Avec son chèque, le gouvernement désamorce en amont la grogne avant même qu’elle ne s’installe.

Reste à savoir si cela n’intervient pas justement trop tôt…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 19 septembre 2021)

Paradoxe français

 

maths

Voilà un paradoxe bien français aussi complexe que peut l’être un problème de mathématiques. D’un côté, la France peut s’enorgueillir d’être sur le podium des nations récompensées par la médaille Fields, le Nobel des mathématiques, avec 13 lauréats, d’avoir formé des dizaines de chercheurs dans ce domaine clé pour les innovations de demain, de disposer de structures reconnues pour leur excellence sur le plan international comme l’École normale supérieure de Paris ou l’institut Henri-Poincaré, et d’avoir donné à l’Histoire mondiale des sciences de grands noms comme Descartes, d’Alembert, Blaise Pascal, Condorcet ou plus près de nous Alexandre Grothendieck, Laurent Lafforgue ou Cédric Villani.

Et d’un autre côté la France se distingue par des résultats calamiteux dans les classements internationaux des performances scolaires. Dans la dernière évaluation scientifique TIMSS publiée en 2019, ou encore le fameux classement PISA, la France est en queue de peloton : en CM1, le score de 485 points en mathématiques place la France loin derrière ses voisins européens (527 points en moyenne) ou les pays de l’OCDE (529). Comme si les élèves français avaient perdu une année d’enseignement... Des résultats catastrophiques corroborés par les propres évaluations françaises qui montrent une baisse inquiétante du niveau : moins 17 points en entre 2014 et 2019 et 42,4 % des élèves qui ont une maîtrise fragile des mathématiques, voire de grandes difficultés.

Les raisons de cette chute française sont évidemment complexes, multiples, parfois lointaines, entre formation insuffisante de professeurs parfois en souffrance, modifications trop fréquente des programmes – les mathématiques sont devenues facultatives à partir de la première – manque de moyens et aussi développement d’un sentiment d’autodépréciation très répandu, tant chez les élèves que chez les adultes alors que les maths restent l’une des clés pour accéder aux études et aux écoles les plus recherchées… Autant de dysfonctionnements relevés par le rapport Villani-Torossian qui a proposé, en 2018, 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques.

Car il n’y a pas de fatalité. Si les maths font encore peur, une majorité d’élèves se dit intéressée par la matière, qui, débarrassée de ses clichés, donne les clés et des méthodes pour comprendre le monde d’aujourd’hui et penser celui de demain. Retrouver le goût des sciences et la bosse des maths est, dès lors, à notre portée et doit être une priorité.

Immense défi

 

inondation

Ce sont des images que l’on a déjà vues par le passé mais qui toujours nous saisissent d’effroi lorsqu’elles surviennent dans l’actualité. La montée soudaine des eaux qui piège des habitants dans les étages de leurs maisons, des automobilistes bloqués sur des routes subitement submergées, la violence des flots qui emportent un pont, des maisons ou ces terribles glissements de terrain et torrents de boues qui laissent des paysages ravagés et d’immenses dégâts. Et, surtout, le terrible cortège de disparus et de morts que ces catastrophes météorologiques provoquent. Tout cela, nous l’avons déjà vécu, de Vaison-la-Romaine en 1992 à la vallée de la Roya l’année dernière en passant bien sûr par les inondations dans l’Aude en 1999 et 2018 et la semaine dernière à Agen.

C’est pour cela qu’après l’épisode de pluies diluviennes qui vient de s’abattre sur notre région hier, c’est tout naturellement vers les sinistrés que va notre soutien, notre compassion et notre solidarité face à ces épreuves dont on met longtemps à se remettre, matériellement comme psychologiquement. Solidarité régionale en premier lieu, mais aussi solidarité nationale envers les habitants de notre région qui subissent à nouveau un de ces phénomènes cévenols qu’on a appris à connaître sur l’arc méditerranéen. Ces épisodes pluvio-orageux suivis d’inondations ne sont, en effet, pas nouveaux mais plus que leur nombre, c’est bien leur intensité, vraisemblablement liée au réchauffement climatique, qui doit nous interpeller et nous pousser à agir. Car si l’on ne pourra bien sûr pas arrêter ces phénomènes, il n’y a pas de fatalité lorsqu’il s’agit de les anticiper et de faire en sorte d’en limiter les conséquences sur les villes et villages.

Adapter nos modes de vie, nos territoires, nos constructions devient un impératif pour pouvoir mieux faire face à ces intempéries. Revoir les modalités d’aménagement sans entraver le développement socio-économique, stabiliser les zones à risques existantes en tenant compte des particularités locales, mais aussi informer le plus en amont possible et sensibiliser les populations aux bons gestes. Le défi est immense mais il peut être collectivement relevé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 15 septembre 2021)

Enfin sur les rails...

 

tgv

Les lignes à grande vitesse (LGV) Toulouse-Bordeaux et Montpellier-Perpignan sont-elles enfin sur de bons rails ? Les 5 millions d’Occitans pourront-ils enfin prochainement embarquer gare Matabiau pour un trajet en TGV vers Paris ou gare Saint-Roch pour un voyage vers Barcelone ? Ces questions, cela fait désormais bien trop longtemps que les habitants de la région se les posent. L’impatience a laissé place à l’incompréhension, voire l’exaspération tandis que leur détermination n’a pas varié d’un iota au fil des ans.

En 2017, un sondage Ifop-La Dépêche montrait que 88 % d’entre eux souhaitaient ces deux projets… mais que 52 % craignaient que l’Etat ne tienne pas ses engagements. Tristement prémonitoire quand on voit la lenteur avec laquelle ces dossiers ont avancé, laissant l’Occitanie sur le bord du chemin de la grande vitesse, une région comme oubliée dans le maillage national du TGV… qu’elle a pourtant contribué à financer. À ce que l’on sache, les Occitans ont bien participé par leurs impôts au développement du TGV en France et notre région a bien financé en partie la ligne Bordeaux-Paris… Dès lors, le dossier des deux LGV a jusqu’à présent laissé la désagréable impression que l’Occitanie était moins bien traitée que d’autres par l’Etat, subissant des décisions parisiennes éloignées des réalités du terrain, et se retrouvant victime d’une insupportable fracture ferroviaire avec le reste du pays, comme il peut y avoir des fractures sociales ou numériques.

Bataillant depuis des années contre cette idée d’une France à deux vitesses – celle-là même sur laquelle a émergé en 2018 le mouvement des Gilets jaunes – les élus locaux de tous bords politiques, qui n’ont pas ménagé leur peine pour proposer des solutions de financement, ont cette année enfin eu l’oreille de l’exécutif et plus particulièrement du Premier ministre, alors même que la remise en cause de la coûteuse politique du "tout TGV" pour la SNCF était d’actualité. Il est vrai que Jean Castex, ancien maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales, ne pouvait pas ignorer la situation anormale occitane.

Sous la pression de Carole Delga et Jean-Luc Moudenc, ulcérés de voir l’Etat financer sans barguigner 40 % de la LGV Marseille-Nice, le Premier ministre a acté en avril l’engagement de l’Etat à hauteur de 4,1 milliards d’euros, soit 40 % du coût total des 222 kilomètres de la LGV Toulouse-Bordeaux, les collectivités locales participant pour 40 % et l’Union Européenne pour 20 %.

Avec la nomination vendredi 3 septembre du préfet de la région Occitanie, Etienne Guyot, pour boucler le plan complet de financement et prévoir la création d’une société publique de financement, la LGV est enfin sur les rails. Les travaux pourraient démarrer en 2024 pour que Toulouse ne soit plus qu’à 3 h 20 de Paris en 2030, presque 50 ans après l’inauguration de la première ligne TGV Paris-Lyon…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 13 septembre 2021)

Retour sur investissement

 

paie

La question de la hausse des salaires qui émerge depuis quelques semaines maintenant dans le débat public apparaît d’autant plus légitime qu’elle représente comme un retour sur investissement. L’investissement, en l’occurrence, des salariés qui, depuis le début de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, n’ont pas ménagé leur peine pour les uns, ni rechigné aux sacrifices financiers pour les autres qui ont été mis au chômage partiel. 

Pour les premiers, la mobilisation et l’implication a été bel et bien présente, en distanciel comme en présentiel. La mise en place dans l’urgence du télétravail a permis aux salariés de maintenir non seulement l’activité de nombreuses entreprises mais aussi de leur assurer un bon niveau de productivité. Et que dire de tous ceux qui ont été en deuxième ligne pour maintenir l’activité du pays, son approvisionnement, son quotidien pendant les différents confinements ? Autant de « petits » métiers jusqu’alors invisibilisés et que l’on a (re)-découverts à l’occasion de ces mois sous Covid.

À l’heure où s’esquisse la reprise et où les perspectives de croissance sont bonnes, il est donc juste que ces salariés, bien souvent sous le salaire médian, soient récompensés par une hausse de leur rémunération, quel qu’en soit le mode (hausse de salaire, primes, intéressement, participation ou actionnariat salarié).

En évoquant la « modération salariale » le 14 juillet 2020 – c’est-à-dire une baisse de salaire momentanée pour éviter des licenciements dans une entreprise en difficulté – Emmanuel Macron avait parfaitement expliqué « qu’il faut que le salarié qui accepte dans cette période de faire un effort, le jour où ça va mieux, il ait droit aussi à sa part du mieux », rajoutant « c’est-à-dire que si on dit aux salariés de faire un effort, l’actionnaire doit faire un effort aussi. » 

Appliquée à la crise du Covid, cette analyse a été reprise par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire qui demande aux entreprises de « faire un effort ». Une demande d’autant plus légitime que les entreprises ont été massivement aidées avec la très keynésienne politique du « quoi qu’il en coûte » (à hauteur de 240 milliards d’euros) et bénéficieront bientôt de la baisse de plusieurs impôts de production… Une demande de nature à compenser la faible hausse du salaire médian de seulement 0,6 % en 2020 contre plus de 2 % avant crise, selon l’enquête annuelle sur les salaires du cabinet de conseil Deloitte.

Reste à savoir si la « demande » du gouvernement sur la hausse des salaires – qui fait aussi partie des revendications syndicales – sera davantage suivie d’effet que celle sur le non-versement des dividendes formulée, en vain, au début de l’épidémie…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 3 septembre 2021)

Imprévisible

 

ecole

Le ministre de l’Education nationale ou le porte-parole du gouvernement ont beau marteler que la rentrée des plus de 12 millions d’élèves français ce matin sera la plus normale possible, il est évident qu’elle sera au contraire, une nouvelle fois, exceptionnelle, car menacée par l’épidémie de Covid, même si la 4e vague semble marquer le pas. 

Entre les alarmistes, syndicats d’enseignants ou scientifiques, qui craignent une « épidémie pédiatrique » avec une multiplication des contaminations entre enfants de moins de 12 ans non-vaccinés et les rassuristes qui, à l’instar de l’exécutif, tablent sur une situation maîtrisée grâce au nouveau protocole sanitaire à quatre paliers, nul ne peut dire, à l’évidence, de quel côté la balance va pencher. Car depuis mars 2020, l’épidémie de Covid a montré combien elle était imprévisible dans son évolution, déjouant bien souvent les modélisations.

Cette imprévisibilité n’est bien sûr pas de nature à rassurer les parents d’élèves qui, en cas de fermeture de classe en primaire, doivent trouver dans l’urgence des solutions, ni les enseignants qui se retrouvent en première ligne face à des contaminations inéluctables.

L’école pourtant, comme le reste de la société, va devoir vivre avec le virus. Même les pays qui avaient adopté la stratégie « zéro Covid » ont été rattrapés par la dernière vague épidémique. Car pour l’heure seuls deux outils sont à notre disposition : les gestes barrières, pénibles et pédagogiquement très gênants entre enseignants et élèves, et le vaccin. 

Si les premiers sont désormais bien entrés dans nos habitudes, le second soulève encore des interrogations lorsqu’il s’agit de vacciner les moins de 12 ans, qui ont bien moins de risques de développer une forme sévère du Covid, mais dont le rôle est important pour atteindre une immunité collective. Déjà, des pays ont décidé de vacciner dès l’âge de trois ans… En attendant des études plus poussées et en l’absence de consensus scientifique, cette vaccination-là n’est pas à l’ordre du jour en France. Pas avant 2022 et peut-être une troisième rentrée sous Covid…

Relever le niveau

ecole

Pour la deuxième année consécutive, la rentrée scolaire se fera sous la menace de l’épidémie de Covid. Certes, septembre 2021 n’est pas septembre 2020 : la campagne vaccinale a atteint son rythme de croisière et affiche de bons résultats sur les 12-17 ans, l’exécutif, les collectivités locales et le corps enseignants ont appris des précédentes vagues, le protocole sanitaire a été revu et adapté, et s’il reste encore beaucoup d’inconnues, d’agacements et la crainte d’une « épidémie scolaire » que pronostiquent certains épidémiologistes, cette rentrée sera différente sur le plan logistique. En revanche, une crainte diffuse reste la même : entre les confinements du début de l’épidémie, les conséquences de l’école à la maison via internet qui a laissé quelque 500 000 élèves décrocher, l’impact psychologique de la pandémie sur les jeunes, la réforme du bac bousculée au point que le diplôme a été décerné quasiment avec le seul contrôle continu, une question lancinante se pose, celle du niveau des élèves.

Ce n’est évidemment pas la première fois que cette question est sur la table. Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses études internationales et notamment l’étude Pisa menée dans les pays de l’OCDE, montrent que la performance du système scolaire français est médiocre et en baisse, en dépit d’un budget de l’éducation nationale qui affiche 76 milliards d’euros pour 2021, le premier de l’état. À l’analyse détaillée, on voit aussi et surtout que le niveau baisse non pas à cause d’une moindre réussite des meilleurs élèves, mais parce que les élèves les moins bons le sont de moins en moins.

Autrement dit, pendant que certains pays comme l’Allemagne, le Portugal ou la Pologne ont mené des réformes pour corriger leur mauvais classement Pisa, notre système scolaire a continué à cultiver à la fois l’élitisme pendant qu’il laissait se creuser les inégalités. Les dernières évaluations des CP et CE1 publiées en novembre 2020 ne disent pas le contraire. Si Jean-Michel Blanquer a estimé qu’on avait « évité la catastrophe » et trouvé dans les mesures qu’il a mises en place les raisons d’une bonne résistance au choc du Covid, il n’en reste pas moins que l’augmentation des inégalités scolaires était déjà présente avant la crise sanitaire, y compris, selon les syndicats enseignants, là où les dédoublements des CP et CE1 ont été opérés… D’ailleurs, la Commission européenne a rappelé que, déjà, avant la crise sanitaire, le contexte socio-économique était le « déterminant le plus important des résultats scolaires dans l’Union européenne », un effet plus marqué « en Hongrie, en Roumanie, en Bulgarie, au Luxembourg, en Slovaquie et en France ».

À sept mois de l’élection présidentielle, voilà une question qui devrait mobiliser les énergies tout en appelant chaque acteur à l’humilité, les différentes alternances politiques ces dernières années n’ayant, d’évidence, pas été couronnées de succès. Regarder ce qui marche ailleurs et peut être appliqué chez nous, éviter les vaines polémiques dogmatiques, laisser aux réformes le temps de s’installer et, surtout, écouter ce que les enseignants ont à dire, serait sans doute un bon début pour relever le niveau.

(Editorial publié dans La Dépêche du mercred 1er septembre 2021