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Éditos

Machine à cash et à rêves

euromillions

Qui n’a jamais rêvé d’être un jour le gagnant du loto, que l’on soit celui qui joue depuis des années les mêmes numéros en espérant qu’un jour ils constituent enfin la bonne combinaison ou que l’on soit même celui qui ne joue jamais mais qui se projette malgré tout dans la peau d’un gagnant, énumérant ce qu’il ferait avec ces centaines de millions d’euros qui grossiraient son compte en banque. Chacun se prend ainsi à rêver de vacances éternelles au soleil, de voyages au long cours, de montres de bijoux ou de voitures de luxe, de yachts XXL naviguant sur des mers turquoise, de grands restaurants étoilés ou plus simplement de réaliser ses projets longtemps différés faute de financements, de l’achat de sa maison au lancement de son entreprise, ou encore de partager ses gains avec sa famille ou avec ses collègues avec lesquels on a cotisé pour acheter le bulletin. Le loto, c’est une machine à rêver à laquelle chacun s’est adonné une fois dans sa vie et qui rythme toujours le quotidien des Français au gré des publicités mémorables entrées dans le panthéon de la culture populaire.

Le loto fait toujours rêver et il fera rêver encore un peu plus ce vendredi avec la cagnotte record mise en jeu par l’EuroMillions : 243 millions d’euros ! Du jamais vu. Jusqu’à présent, depuis le premier tirage réalisé en 2004, le plus gros gagnant de l’histoire de l’EuroMillions avait validé sa grille en Autriche, en 2023, empochant un gain de 240 millions d’euros. La somme colossale en jeu ce soir devrait en tout cas mobiliser les joueurs européens : les loteries nationales des douze pays participant à l’EuroMillions s’attendent à un volume record de quelque 50 000 grilles validées qui tenteront de trouver LA combinaison gagnante parmi les 139 838 160 possibles…

Pour les loteries, ce tirage historique est du pain béni et notamment pour la Française des jeux, devenu l’un des plus puissants opérateurs en Europe et qui vient de changer de nom pour le très international « FDJ United ». La loterie nationale, crée par l’État en 1933 – en s’inspirant du dispositif mis en place au lendemain de la Première Guerre mondiale par l’association des « Gueules cassées » pour venir en aide aux soldats défigurés – a fait du chemin. Du loto en 1976 à l’application sur les smartphones en passant par la multiplication des jeux de grattage ou la diversification vers les paris, la FDJ, privatisée en 2019, a connu une spectaculaire progression en France mais aussi à l’étranger. Le groupe opère en Italie, en Espagne, en Irlande, en Roumanie, en Belgique, au Danemark ou encore en Australie… et touche quelque 33 millions de joueurs réguliers. En 2024, le groupe français affichait ainsi un chiffre d’affaires de quelque 3 milliards d’euros, en progression de +17 %.

Cet engouement pour les jeux de hasard, les paris sportifs et les jeux en ligne en général a évidemment de quoi susciter la convoitise de l’État, en proie à un déficit abyssal. Dans le cadre du projet de loi 2025 de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), le gouvernement a alourdi la fiscalité du secteur des jeux d’argent et de hasard, qui a rapporté à l’État 7 milliards d’euros en 2023.

En revanche, rien ne change pour les gains issus des jeux de hasard comme l’EuroMillions : ils ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu. De quoi motiver un peu plus les joueurs d’aujourd’hui.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 28 mars 2025)

Le prix de la sécurité

pompiers


C’est l’une des professions les plus admirées et respectées des Français, celle que veulent exercer les petits garçons et aussi les petites filles quand ils seront grands, celle qui incarne au plus haut point le sens de l’intérêt général. Les pompiers, puisque c’est d’eux dont il s’agit, peuvent évidemment se réjouir de bénéficier d’une telle image positive dans l’opinion. Celle-ci les conforte et les porte au quotidien mais si elle est nécessaire, elle n’est plus suffisante pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, opérationnelles, humaines et financières.

Opérationnelle d’abord car leurs missions ont profondément changé et s’exercent avec plus de contraintes. De l’urgence à intervenir pour sauver des vies – presque 9 opérations sur 10 – on est passé à des interventions qui ne nécessitent parfois même pas de gestes de secours et relèvent bien souvent davantage de la médecine de ville voire des services sociaux.
C’est que les pompiers sont devenus l’ultime recours pour une partie de la population, tous ceux qui sont en grande détresse sociale, ceux qui se sentent trop éloignés des services publics ou des services d’urgences eux-mêmes en difficulté. La désertification médicale et la saturation des urgences d’un côté, la diminution du nombre de casernes de l’autre, sans oublier des aménagements urbains parfois mal pensés ou un flux de circulation trop dense rallongent désormais leur temps d’intervention.

Difficultés humaines ensuite lorsqu’il s’agit de maintenir un effectif de sapeurs-pompiers. La question du recrutement pour les pompiers volontaires, qui représentent 80 % des effectifs, se pose toujours de même que leur disponibilité. Lors du 125e congrès des sapeurs-pompiers en 2019, un « plan d’action » avait été acté pour relancer le volontariat, en stagnation depuis plusieurs années, un plan qui succédait déjà à un « engagement national » pris par François Hollande en 2013… Rendre attractif ce métier hors normes reste évidemment une priorité.

Enfin, les pompiers subissent les difficultés financières des SDIS, les services départementaux d’incendies et de secours. Dans un contexte budgétaire national qui est aux économies tous azimuts et qui impacte notamment les Départements – financeurs des SDIS à hauteur de 60 % – il y a urgence à sécuriser les budgets. Une mission parlementaire sur le financement des SDIS a fait une dizaine de propositions en mai dernier. Il faut notamment financer des investissements lourds et récurrents (casernes, matériel…), l’augmentation constante des charges de personnels, les nouvelles normes matérielles ou les évolutions statutaires. Il reste désormais à passer de la parole aux actes car les besoins et les missions des pompiers ne vont pas aller en diminuant, notamment en raison des conséquences du réchauffement climatique.

Cette semaine Météo-France a dévoilé comment il faudrait adapter une France qui vivrait en 2100 avec +4°. Un scénario marqué par un risque d’inondation aggravé, un risque de feux de forêt généralisé à l’ensemble de la France et multiplié par deux dans les régions méditerranéennes, une diminution de la ressource en eau ou encore une hausse des journées caniculaires. Autant dire que les pompiers seront plus indispensables que jamais…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 24 mars 2025)

Facteur humain

 

crash

Dans la longue liste de crashs aériens qui ont marqué l’histoire de l’aviation mondiale, celui de l’Airbus A320 de la Germanwings, survenu le 24 mars 2015, se distingue particulièrement. Car si le vol 9525, reliant Barcelone à Düsseldorf, a percuté les Alpes françaises, entraînant la mort de 150 personnes, ce n’est pas en raison d’une défaillance technique de l’appareil ou d’un événement extérieur qui aurait impacté l’avion, mais c’est à cause de la volonté du copilote de mettre fin à ses jours. L’enquête, en effet, a rapidement révélé que celui-ci, souffrant de problèmes de santé mentale non décelés par les procédures en vigueur, avait volontairement verrouillé la porte du cockpit, empêchant ainsi le commandant de bord de reprendre le contrôle de l’appareil. Ainsi, ce crash singulier touche au point le plus sensible qui soit : la confiance des passagers dans les pilotes à qui ils confient leur vie. C’est pour cela que cette tragédie a eu un tel impact sur l’opinion publique et a soulevé de multiples questions pour le secteur aérien.

Sur le suivi de la santé mentale des pilotes d’abord. Le système de dépistage et de suivi psychologique des pilotes était-il suffisamment rigoureux ? Les contrôles médicaux de l’aviation civile étaient-ils suffisamment efficaces ? Sur les procédures de sécurité du cockpit ensuite. Qu’un membre d’équipage puisse se retrouver seul dans le cockpit a relancé le débat sur la nécessité d’exiger la présence continue de deux personnes ou encore sur la possibilité d’intervenir pour ouvrir la porte de l’extérieur. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les avions de ligne sont équipés de portes blindées conçues pour résister à des balles et à des explosifs et la porte du cockpit peut être totalement et définitivement verrouillée de l’intérieur. Enfin, le drame a posé la question de la confidentialité médicale. Comment trouver l’équilibre entre le respect de la vie privée des pilotes et l’impératif de sécurité que l’on exige d’eux ?

Depuis ce crash, des mesures ont été prises. De nombreuses compagnies et autorités de l’aviation civile ont revu leurs procédures de sélection et de suivi de la santé mentale des pilotes, avec des contrôles plus stricts. Des recommandations ont été faites pour garantir que le cockpit reste occupé par au moins deux membres d’équipage – et des protocoles ont été mis en place pour détecter et réagir en cas de comportement anormal. Un resserrement des procédures donc plutôt que de nouvelles technologies qui enlèveraient la possibilité aux hommes d’avoir le dernier mot dans des situations extrêmes.

Le facteur humain est le plus imprévisible mais aussi, souvent, le plus précieux. Le crash terrible de la Germanwings est sans doute le plus douloureux qui soit, puisqu’un homme a délibérément provoqué la mort des passagers, mais il ne doit pas faire oublier que si le risque zéro n’existera malheureusement jamais, avionneurs et compagnies aériennes font tout, tous les jours, pour tendre vers lui et font de l’avion le plus sûr moyen de transport à ce jour.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 23 mars 2025)

L'occasion manquée

 

bayrou

François Bayrou doit regretter de ne pas avoir tourné sept fois sa langue dans sa bouche avant de répondre, dimanche sur France Inter, à la question de savoir si un retour à la retraite à 62 ans – que plébiscite une majorité de Français – était possible. En disant « non », le Premier ministre a de fait torpillé le conclave sur les retraites qu’il avait lui-même installé. Quelques instants auparavant, le même François Bayrou défendait pourtant sa vision de la démocratie sociale et l’utilité du conclave en réponse aux critiques acides de son prédécesseur Edouard Philippe, qui juge l’instance « hors sol ».

Piqué au vif, François Bayrou s’est sans doute laissé aller à dire ce qu’il pensait vraiment… ce qu’un Premier ministre dans sa fragile situation – sans majorité à l’Assemblée, ni soutien populaire – n’aurait pas dû dire. Les réactions ne se sont pas fait attendre : l’U2P a claqué la porte mardi, la CGT a suivi mercredi. Et les socialistes, qui avaient fait de la révision de la contestée réforme des retraites un préalable à leur non-censure sur les textes budgétaires, se sentent désormais trahis et prêts à faire tomber le gouvernement.

Cette occasion manquée est d’autant plus dommage que François Bayrou a toujours été critique sur la façon dont a été adoptée par 49.3 la réforme des retraites de 2023 et qu’il a toujours défendu le dialogue social et le rôle des partenaires sociaux quand Emmanuel Macron, Président-pressé lorsqu’il s’est installé à l’Elysée en 2017, snobait les syndicats comme la plupart des corps intermédiaires.

Le conclave avait déjà été corseté par une lettre de cadrage du gouvernement imposant un retour à l’équilibre des comptes d’ici 2030. Avec le « non » à tout débat sur l’âge, on est loin des discussions promises « sans totem ni tabou » et on voit mal désormais comment le conclave, qui ne doit sa survie qu’à la présence de la CFDT, pourrait aller à son terme et aboutir à des avancées suffisamment substantielles.

Au-delà du conclave – dont le succès aurait pu être mis au crédit du Premier ministre – c’est bien la méthode Bayrou qui est questionnée. Illisible quand elle n’est pas brouillonne, floue quand elle n’est pas sinueuse, elle laisse la désagréable impression que le Premier ministre n’a aucun cap politique clair autre que celui de tout faire pour rester le plus longtemps possible à Matignon, le bâton de maréchal de sa longue carrière politique.

François Bayrou semble naviguer au gré des pressions de ses ministres – les droitiers Bruno Retailleau et Gérald Darmanin en tête – et sous la menace d’une censure qui rôdera un peu plus après les congrès du PS et des LR. Le Premier ministre, peu présent dans les médias et sur le terrain, semble se préoccuper davantage de sa ville de Pau que des affaires de l’État. Et si Emmanuel Macron est revenu au premier plan avec la guerre en Ukraine et la « nouvelle ère » géopolitique, lui est absent alors que la défense nationale relève pourtant bien de ses prérogatives gouvernementales.

La situation de François Bayrou n’est évidemment ni simple ni confortable dans un paysage politique polarisé et éclaté, mais sa connaissance des arcanes politiques aurait dû lui permettre d’éviter la majorité des écueils, de commettre moins de maladresses et de fautes politiques. Trois mois après sa nomination et par ailleurs englué dans le scandale des violences de Bétharram, certains se demandent si le Premier ministre n’illustre finalement pas l’effet Dunning-Kruger, ce phénomène de surestimation de ses compétences pour occuper un poste trop grand pour soi…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 21 mars 2025)

L'homme et l'ours

ours

L’année prochaine, cela fera trente ans que l’ourse slovène Ziva faisait ses premiers pas devant les caméras dans les Pyrénées, sur la commune de Melles, en Haute-Garonne. Le 19 mai 1996, il s’agissait là du premier lâcher organisé dans le cadre d’un plan de réintroduction européen pour sauver l’ours brun, dont on ne comptait alors les représentants que sur les doigts des deux mains. Entre les éleveurs opposés à l’ours et les associations environnementales, le dialogue a très vite viré à la foire d’empoigne et aux caricatures. Bobos écolos d’un côté, paysans butés de l’autre, défenseurs de la biodiversité contre partisans d’un maintien d’une activité pastorale ancestrale.

Trente ans plus tard, la population d’ursidés a considérablement augmenté, l’image de l’ours et son impact touristique sont désormais consubstantiels aux Pyrénées. Et de l’autre côté les éleveurs se sont mieux organisés pour valoriser leur production et obtenir des labels de qualité qui font, là aussi, incontestablement, la marque et la fierté des Pyrénées. Mais les oppositions des premiers jours, au gré des prédations, perdurent toujours et se sont invitées dans le procès qui s’est ouvert hier à Foix.

Plus de trois ans après la mort de l’ourse Caramelles, le 20 novembre 2021, 16 chasseurs, qui ont participé à une battue aux sangliers en Ariège – territoire où vivent la majorité des 83 ours des Pyrénées selon une estimation de 2023 – comparaissent devant le tribunal correctionnel et doivent répondre d’un ensemble d’infractions, dont la chasse dans une réserve domaniale sans autorisation. L’un d’entre eux, âgé de 81 ans, est poursuivi pour « destruction d’espèce protégée », l’ours étant toujours une espèce en voie d’extinction. L’auteur du tir mortel plaide qu’il était en état de légitime défense face à l’ourse qui l’avait chargé, peut-être pour protéger ses deux oursons ; un argument qui ne passe pas chez les défenseurs de l’ours. Une vingtaine d’associations se sont ainsi portées partie civile, dont Pays de l’ours, Ferus, France nature environnement, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) ou One Voice.

Même si la présidente du tribunal assure que « ce n’est pas le procès des anti-ours ou des pro-ours, ni des pro-chasse ou des anti-chasse », derrière le procès se repose toujours la même question : l’homme et l’ours peuvent-ils cohabiter sur un même territoire ? Et une nouvelle fois, deux visions s’affrontent sous le regard de l’État qui sait le dossier miné : un nouveau lâcher d’ours pour conforter la population d’ursidés et c’est le tollé chez les éleveurs ; un moratoire pour permettre aux éleveurs de souffler face aux prédations et c’est la bronca dans le camp d’en face. Les éleveurs ne veulent pas entendre parler de nouveaux lâchers, soulignant que les ours descendent toujours plus bas.

Et pourtant, si l’accroissement annuel moyen de la population d’ours depuis 2006 est de 10,94 %, elle est sous la menace de la consanguinité qui renforce la vulnérabilité à l’extinction. Une expertise démogénétique de la population d’ours des Pyrénées est en cours jusqu’à la fin de l’année et devrait livrer des recommandations pour « relancer la restauration d’une population viable. » Ce sera ensuite à l’État de trancher et de tenter de réconcilier l’homme et l’ours.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 19 mars 2025)

Deux mondes

cerf

La vidéo, spectaculaire, a été vue des milliers de fois sur les réseaux sociaux suscitant consternation et indignation. Le 21 février dernier, la mère du cinéaste Luc Besson filme des chasseurs qui se sont introduits dans le jardin de sa résidence, dans l’Orne, à proximité du massif de Saint-Evroult, à la poursuite d’un cerf qui y avait trouvé refuge. La mère du réalisateur, qui assure que le cerf n’était pas blessé, tente alors de les déloger de sa propriété. En vain. Les deux chasseurs aux chasubles orange tuent le cerf à coups de dague. « La loi n’autorise aucune mise à mort de l’animal pour le servir, et ne justifie en aucun cas l’intrusion dans une propriété privée. Il s’agit bien d’une violation de domicile », a réagi Me Xavier Bacquet, l’avocat de la Fondation 30 millions d’Amis, qui s’est portée partie civile. Luc Besson a lui dénoncé « une boucherie ». Le président de la Fédération nationale de la chasse (FNC), l’éruptif Willy Schraen, maintient de son côté que l’animal était blessé possiblement à la suite d’une collision.

Cette affaire éclate alors qu’une consultation publique vient de s’achever sur l’éventuelle avancée de la date d’ouverture de la chasse au cerf, une mesure déjà très contestée. Le gouvernement, soutenu par les chasseurs, veut avancer le début de cette chasse au 1er juin au lieu du 1er septembre. La période de chasse passerait ainsi de six à neuf mois. Pour justifier l’extension, les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique se basent sur les indicateurs de l’Office français de la biodiversité (OFB) qui montrent une forte hausse de la population de cervidés : 87 802 cerfs élaphes ont été abattus lors de la saison 2023-2024 contre 9 076 en 1983-1984. Avancer la date de la chasse permettrait ainsi de mieux réguler la population de cerfs.

Sans surprise, les associations de défense de l’environnement et de la cause animale s’opposent à une telle extension, arguant d’un côté qu’elle mettrait en danger les promeneurs en forêt, plus nombreux l’été, et d’un autre côté qu’il existe des alternatives pour la nécessaire régulation, avec par exemple l’introduction de prédateurs comme le loup – ce qui renvoie à un autre débat tout aussi explosif.

L’extension de la chasse au cerf ravive en tout cas l’opposition récurrente et ancienne entre chasseurs et randonneurs ou riverains, ces derniers dénonçant incidents et provocations de la part de chasseurs – une minorité – qui se croient tout permis. Deux mondes qui s’affrontent sans se comprendre, sans doute parce que seuls leurs porte-voix les plus radicaux s’expriment. Deux mondes qui, pourtant, gagneraient à chercher un terrain d’entente en appliquant des lois déjà nombreuses et suffisantes.

Pour concilier la protection des espèces chassables dont certaines font l’objet d’inquiétudes quant à leur statut de conservation selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et la nécessaire régulation de certaines espèces comme les sangliers qui prolifèrent. Pour concilier, surtout, la possibilité pour les Français de se promener dans la nature sans risquer d’être blessés ou tués par des tirs de chasse, et le droit de chasser, un acquis du peuple français depuis la Révolution de 1789…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 15 mars 2025)


Mauvais génie

 

Trump Musk

Elon Musk est devenu le mauvais génie de Tesla, la marque de voitures électriques qu’il a contribué à développer et qu’il est en train de précipiter dans l’abîme. Tesla symbolisait l’innovation de rupture, l’audace technologique, la « coolitude » d’une Amérique pionnière prête à reconquérir le monde de l’automobile. En quelques mois, la voilà marquée par des cours en Bourse en chute libre, des ventes en baisse notamment en Europe, des difficultés qui grossissent face à la féroce concurrence chinoise, et une réputation en capilotade. L’image de Tesla est aujourd’hui amochée par le flot de critiques et les opérations de boycott qui visent la société et à travers elles son PDG depuis qu’il est devenu un personnage politique central du second mandant de Donald Trump et un acteur majeur de ce qu’Emmanuel Macron a récemment appelé « l’internationale réactionnaire. »

Dépeint il y a une semaine par le sénateur Claude Malhuret comme un « bouffon sous kétamine » à la cour de Trump-Néron, Elon Musk avait pourtant tout pour incarner l’image du self-made-man génial et excentrique dont raffolent les Américains. Une sorte de « Gatsby le magnifique » de la Silicon Valley comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. À la tête de Tesla, Space X, Neuralink ou encore The Boring Company, Elon Musk a souvent défié les dogmes, bousculé les marchés, persuadé d’avoir raison contre tous en se fiant, avec succès, à ses seules intuitions. Elon Musk, bourreau de travail, assume ses ambitions qui paraissent démesurées : redéfinir l’avenir de l’humanité, qu’il s’agisse d’électrifier la mobilité, de conquérir Mars ou d’intégrer l’intelligence artificielle au cerveau humain. Son style de management abrupt, pour ne pas dire toxique, son usage compulsif de Twitter – qu’il a racheté pour la somme colossale de 44 milliards de dollars – et ses déclarations souvent provocatrices et mégalomaniaques ont toujours alimenté une aura médiatique où s’entrelaçaient admiration et scepticisme. Jusqu’à ce qu’il entre en politique…

En 2016, en se mettant dans la roue d’une autre figure aussi extravagante que lui, Donald Trump, Musk le libertarien assumé a commencé à délaisser les habits du patron génial pour endosser ceux de l’idéologue incendiaire, un mouvement qui s’est accéléré l’an passé. Mettant sans compter sa fortune d’homme le plus riche du monde au service de la campagne de Trump – au point de parfois éclipser celui-ci en meeting – manipulant les algorithmes de Twitter pour les mettre à son service et à celui du candidat républicain, Musk est devenu incontournable comme jadis d’autres magnas, Rockefeller ou Carnegie. Mais là où les présidents McKinley et Roosevelt ont su remettre à leur juste place ces milliardaires intrusifs, Trump a donné au sien les clés d’un ministère de l’efficacité gouvernementale, chargé de sabrer dans les dépenses publiques fédérales. Pire, Musk double les canaux habituels de la diplomatie américaine pour soutenir explicitement des partis d’extrême droite en Europe, amplifier des fake news ou s’en prendre à des dirigeants élus.

Ses sorties commencent à nuire au business et chez Tesla, on s’inquiète de cet encombrant PDG. Faut-il le remplacer pour sauver la réputation de l’entreprise ? Attendre que Trump se lasse et s’en sépare ? Tesla est à la croisée des chemins et si Elon Musk est passé d’atout à boulet, la société espère rebondir à partir d’un savoir-faire technologique qui lui confère encore une belle avancée sur ses concurrents. À condition de maîtriser son mauvais génie…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 12 mars 2025)

Déconnexion

  

peintre

Voilà une polémique que personne n’avait vu venir et qu’on n’attendait pas. Celle qui a déclenché un tollé chez les auto-entrepreneurs, après que le gouvernement a tenté de modifier leur seuil d’assujettissement à la TVA dans la loi de finances 2025 pour escompter de nouvelles recettes fiscales ; afin de combler le déficit public abyssal et résorber une dette qui dépasse les 3 000 milliards d’euros.

Polémique surprenante à deux titres. Le premier est que depuis sa nomination à Matignon, François Bayrou s’est posé en chantre des territoires, lui, l’élu local à la longue carrière, qui a décidé de conserver son mandat de maire de Pau en plus de ses fonctions de Premier ministre et qui rappelle sans cesse sa proximité avec « le terrain ». Un ancrage mis en avant à l’envi pour marquer le contraste avec les précédents gouvernements macronistes, plutôt très parisiens et souvent très « technos » ; et donc supposément déconnectés de la réalité de la « France d’en bas. »

Comment dans ces conditions, le gouvernement Bayrou n’a-t-il pas mesuré combien les auto-entrepreneurs sont très nombreux et très présents dans le quotidien des Français ? Combien ils interviennent dans de multiples domaines – dans le nettoyage, la vente, le bâtiment ou le transport –, répondent à des attentes, permettent à certaines personnes d’avoir une activité d’appoint ou de se lancer et créent du lien social ? Et combien assujettir quelque 200 000 d’entre eux à la TVA conduisait à bouleverser non seulement leur activité mais aussi la vie des Français ?

La seconde erreur du gouvernement Bayrou, plus politique que sociétale, est qu’en voulant s’attaquer aux auto-entrepreneurs pour récupérer quelque 400 millions d’euros – une somme modeste par rapport au Budget de la France – il s’en est pris à une disposition largement défendue par Emmanuel Macron. Si le régime de la micro-entreprise remonte à 2003 et si le régime de l’auto-entrepreneur découle de la loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008, ce dispositif colle avec l’ADN du président de la République, arrivé à l’Elysée en 2017 avec la volonté de libérer le travail et les initiatives entrepreneuriales, notamment pour les plus modestes. Le projet gouvernemental a même réussi la performance de réunir en défense des auto-entrepreneurs Jean-Luc Mélenchon et Gabriel Attal. Le premier fustigeant une attaque contre des Français modestes, le second défendant « l’esprit d’entreprise » qui serait freiné si la mesure était maintenue.

Face à ce qu’il faut bien appeler un couac, le gouvernement a reculé, suspendu la réforme jusqu’au 1er juin et demandé à la ministre du Commerce, Véronique Louwagie, de conduire une concertation. Si la réforme devrait vraisemblablement sauter – Gabriel Attal demandant au gouvernement d’y « renoncer définitivement » – la concertation pourrait en revanche être utile pour mieux évaluer l’impact de l’auto-entreprise par rapport aux autres régimes et sur l’artisanat, corriger des distorsions de concurrence préjudiciables, et, à l’heure de la simplification, apporter des assouplissements. Bref se reconnecter à la réalité du terrain…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 10 mars 2025)

 

Nouveau cri d'alarme

  

maternite

Le livre d’Anthony Cortes et Sébastien Leurquin, « 4,1. Le scandale des accouchements en France » sonne comme une nouvelle alerte concernant les maternités dont 75 % ont fermé en 50 ans. Fermeture des petites structures, surcharge et cadences infernales dans les CHU, restriction du recours aux césariennes… : leur enquête au long cours devrait tous nous interpeller avec en point d’orgue ce chiffre terrible de 4,1 décès pour 1 000 naissances, en constante augmentation depuis 2020. Leur cri d’alarme doit d’autant plus être entendu qu’il fait suite à d’autres alertes qui ont été émises ces dernières années pour appeler à une refonte du système, sans que celle-ci ne voie le jour…

Ainsi, il y a deux ans, un rapport du Pr Yves Ville, chef de la maternité de l’hôpital Necker à Paris, préconisait la « planification d’une politique en matière de périnatalité en France » qui devait passer à l’époque par la fermeture de 111 maternités (sur 452) qui assuraient moins de 1 000 accouchements par an. Le spécialiste conseillait alors de regrouper ces petites maternités « dont les contraintes structurelles et de ressources humaines doivent garantir à la fois la sécurité et la satisfaction des usagers tout en offrant des conditions de travail acceptables et pérennes. »

Au même moment, la société française de médecine périnatale (SFMP), plusieurs sociétés savantes et une association appelaient à « repenser le système de soin périnatal », réclamant aux pouvoirs publics de mettre fin à leur « inertie ». Dans une tribune, elles estimaient alors que sans réforme – et notamment sans regroupement des petites structures – notre système allait vers un « naufrage », appuyant leur raisonnement sur la hausse inquiétante de la mortalité infantile en France qui a fait passer notre pays de la 2e place en 2012 à la 25e dix ans plus tard… Ce que soulignent Anthony Cortes et Sébastien Leurquin dans leur livre.

Depuis, rien n’a vraiment été fait hormis des « Assises de la Pédiatrie et de la santé de l’Enfant » lancées par le ministre de la Santé François Braun, qui ont débouché en mai 2024 sur un rapport « Investir dans la santé de l’enfant : une urgence nationale ». Celui-ci a proposé 20 mesures pour améliorer la prise en charge de l’enfant, mais sans lancer une véritable action ciblée sur les maternités. Le problème reste donc entier…

Un problème qui ne saurait être traité que part des spécialistes. Ce qu’ils disent est médicalement fondé, c’est incontestable… mais leur expertise se heurte à la réalité vécue. Fermer des maternités, particulièrement en zones rurales isolées, c’est mécaniquement allonger le temps de trajet des parturientes et de leurs proches. « Le totem du temps de trajet pour aller à la maternité est un totem qui doit tomber » assurait le Pr Ville ; un argument difficilement audible par les futures mamans vivant à plus de 45 minutes de voiture de la maternité la plus proche.

Cette réalité-là est vécue douloureusement dans notre région aux routes parfois difficiles et où de nombreuses maternités ont fermé en dépit de la mobilisation des habitants. Car leur fermeture, ressentie comme une injustice, intervient souvent dans le sillage de la fermeture d’autres services publics…

Il y a un an, Emmanuel Macron plaidait pour un « réarmement démographique », promettant de repenser et renforcer l’ensemble des politiques de soutien à la natalité en France. Une réflexion visiblement insuffisante : en 2024, 663 000 bébés sont nés soit 15 000 naissances de moins qu’en 2023…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 8 mars 2025)

 

La force de l’Europe

Europe

Quelle place aura l’Europe – l’Union européenne à laquelle on peut associer le Royaume-Uni – dans la « nouvelle ère » décrite méticuleusement par Emmanuel Macron mercredi soir lors de son allocution aux Français ? Car c’est bien, au final, de cela dont il s’agit. Quelle place à l’heure où le multilatéralisme, patiemment construit après la fin de la Seconde Guerre mondiale, semble s’effacer, où les alliances séculaires de part et d’autre de l’Atlantique sont renversées, et où la paix sur le Vieux continent, qu’on croyait définitivement installée après la chute du mur de Berlin et la fin de la Guerre froide, s’est déjà éloignée avec la guerre en Ukraine ?

Quelle place face au retour des impérialismes ? L’impérialisme de Donald Trump, qui, à coups de taxes douanières, d’attaques contre l’État de droit et la science et de « vérités alternatives », promet le retour d’un âge d’or – référence au Gilded Age entre 1865 à 1901 – et d’une Amérique conquérante comme le fut celle de William McKinley ou de Theodore Roosevelt. L’impérialisme de Vladimir Poutine, l’ex-espion paranoïaque du KGB, qui assurait que la chute de l’URSS était la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle et qui, depuis 25 ans de pouvoir sans partage, s’ingénie à tout faire – y compris donc la guerre – pour rebâtir l’ancienne sphère d’influence soviétique qui étouffa la liberté en Europe de l’Est. L’impérialisme, enfin, du Chinois Xi Jinping qui, s’il n’occupe pas le devant de la scène, reste bien présent avec des visées territoriales sur Taïwan et des opérations d’ingérence aujourd’hui largement documentées.

Face à la Russie et aux États-Unis dont les intérêts s’alignent à son détriment, l’Europe est aujourd’hui seule et ne doit – et ne peut – que compter sur elle-même pour assurer sa sécurité et défendre ses valeurs humanistes qui remontent à l’Antiquité. Les Européens, qui ont sans doute trop tardé à détecter les signaux faibles de cette « nouvelle ère » où les démocraties libérales sont attaquées par des autocrates fascisants, sont aujourd’hui au pied du mur pour prendre des décisions existentielles qui vont les engager sur le long terme. La prise de conscience est tardive mais, heureusement, réelle. Il suffit d’écouter les récentes déclarations de ses dirigeants.

Le 23 février, le vainqueur des législatives en Allemagne, Friedrich Merz inaugure une révolution. Le futur chancelier déclare, en rupture avec la position atlantiste allemande depuis 80 ans : « Ma priorité absolue sera de renforcer l’Europe le plus rapidement possible, de manière à ce que nous obtenions peu à peu une véritable indépendance vis-à-vis des États-Unis. Je n’aurais jamais cru devoir dire une chose pareille dans une émission de télévision. Il est devenu clair que les Américains, ou en tout cas cette partie des Américains, ce gouvernement, sont largement indifférents au sort de l’Europe », estime-t-il, aujourd’hui prêt à rompre le dogme de l’orthodoxie budgétaire pour dépenser sans compter pour la défense.

Le 2 mars, le tout aussi Atlantiste Premier ministre polonais Donald Tusk expose un « paradoxe. » « 500 millions d’Européens demandent à 300 millions d’Américains de les défendre contre 140 millions de Russes. Pouvez-vous compter ? Commencez à compter sur vous-même », exhorte-t-il. Et d’expliquer que « l’Europe doit comprendre sa force ».

C’est-à-dire qu’après 80 ans de paix et de prospérité, l’Europe, conçue comme un marché, doit se considérer non comme un empire mais comme une puissance qui compte. L’Europe doit se donner enfin les moyens de ses ambitions en se rappelant ce que disait l’un de ses pères fondateurs Robert Schuman : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des Hommes ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 7 mars 2025)

Nouvel Eldorado

mines

En proposant, dès son investiture, de racheter le Groenland au Danemark, puis en faisant pression sur l’Ukraine pour qu’elle signe un accord léonin en faveur des États-Unis pour l’exploitation de ses gisements miniers, Donald Trump a mis sur le devant de la scène, avec la brutalité verbale qui le caractérise, la course mondiale sur les terres rares et les minerais critiques, ce nouvel Eldorado.

Telle la ruée vers l’or à la fin du XIXe siècle dans un Far West où régnait la loi du plus fort, cette course de fond mobilise tous les pays car il en va de leur souveraineté industrielle et de leur capacité à devenir acteurs et non spectateurs dans les nouvelles technologies, des batteries pour les voitures électriques aux éoliennes, en passant par les panneaux solaires, les ordinateurs, les aimants ou les smartphones.

Ces terres rares, qui regroupent dix-sept éléments (scandium, yttrium et les lanthanides) possédant des propriétés physiques et chimiques exceptionnelles, portent d’ailleurs bien mal leur nom puisqu’elles ne sont pas rares en abondance dans la croûte terrestre, mais leurs gisements exploitables, eux, sont rares et souvent très dispersés. Leur faible concentration rend leur extraction complexe, énergivore et, trop souvent, synonyme d’un lourd impact environnemental avec des risques importants de pollution.

L’approvisionnement de ces métaux critiques – les terres rares et d’autres métaux comme le lithium, le graphite ou le titane – essentiels à la haute technologie et à la transition énergétique, est dès lors vulnérable aux aléas géopolitiques. La production de ces métaux est concentrée dans quelques pays qui contrôlent parfois la quasi-totalité d’un minerai. À l’horizon 2030, la Chine contrôlera 54 % de la production des terres rares et 77 % de leur raffinage… On comprend mieux l’empressement de Donald Trump à s’assurer de pouvoir disposer de suffisamment de minerais et pour cela, le président des États-Unis est prêt au bras de fer avec la Chine. Pékin, qui a investi massivement dans des mines au Congo, en Indonésie ou en Malaisie, vient d’ailleurs de répliquer aux taxes douanières américaines par des restrictions d’exportations de cinq métaux essentiels pour l’industrie numérique…

Dans cette bataille mondiale, l’Europe, fortement dépendante de la Chine, cherche aussi à sécuriser ses approvisionnements. Elle mise sur les gisements du Groenland et de l’Ukraine ou négocie des traités de libre-échange avec des pays producteurs en contrepartie de l’ouverture de son marché agricole… Mais l’Europe peut aussi regarder son propre sous-sol comme le fait la France, qui s’est dotée dès 2022 d’une stratégie sur les métaux critiques et s’apprête à entamer un nouvel inventaire de ses ressources minières.

La France avait déjà lancé tel inventaire dans les années 70, mis à jour jusque dans les années 90. Celui-ci portait sur 22 substances correspondant aux priorités de l’époque, mais pas à celles d’aujourd’hui. Doté d’outils de détection plus performants, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) va étudier cinq grandes zones en France jusqu’en 2030. Au terme de cet inventaire, la France devra décider si elle peut mettre en place les conditions d’une exploitation minière responsable qui prenne en compte les impacts environnementaux et réponde à l’urgence d’être souverain. Vaste débat en perspective…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 1er mars 2025)