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Éditos

A taille humaine

 

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Rodez. Photo Alain Pauziès

Il y a plus de deux siècles, au sortir de la Révolution, la création des départements allait faire des villes préfectures – à distance d’une journée de cheval du reste de leur territoire – des phares de développement économique et culturel.Des phares qui contribuèrent ensuite à l’exode rural au XIXe siècle. À l’heure de la mondialisation et de la globalisation des échanges, ces villes furent à leur tour victimes de la métropolisation et de la désindustrialisation, plongeant pour nombre d’entre elles dans d’importantes difficultés économiques et sociales. Aujourd’hui, après un confinement qui a bouleversé toutes les certitudes, les villes moyennes semblent tenir leur revanche.

Durement éprouvés par deux mois d’enfermement pour endiguer la propagation du coronavirus, les Français – et surtout ceux habitant dans les grandes villes – rêvent de maison avec jardin mais avec un bon niveau de services, de se mettre au vert mais avec la fibre pour télétravailler, de quitter les métropoles mais sans renoncer à la modernité de leurs services. Les villes moyennes ont donc des atouts à faire valoir ; des atouts dont leurs habitants sont d’ailleurs les meilleurs ambassadeurs. Proximité des services et commerces, bonnes dessertes routières, vie culturelle beaucoup plus dense que certains ne le croient, offres d’enseignements supérieurs en développement, environnement et nature préservés, etc.

Castres, Rodez, Lannemezan, Cahors… Autant de villes qui ont repris confiance en elles ces dernières années, notamment grâce à certains élus locaux dynamiques et des populations très attachées à leur cadre de vie. Aujourd’hui, ces villes à nouveau attractives participent à une révolution silencieuse qui peut potentiellement modifier en profondeur l’aménagement de la France. À condition que ce rééquilibrage en faveur des villes moyennes et des « territoires » soit accompagné d’une vraie vision d’aménagement – ce n’est pas toujours le cas – et de politiques volontaristes pour résorber les difficultés, nombreuses, qui subsistent et constituent des freins : coût de la vie, piètre santé du tissu économique local qui impacte l’emploi, offre limitée de commerces de proximité ou de transports en commun, accès aux soins et notamment aux médecins généralistes ou spécialistes…

Mais dans le « monde d’après » le Covid, il faudra compter avec les villes moyennes, tout simplement parce qu’elles sont à taille humaine.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 30 septembre 2020)

L'autre épidémie

 

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A l’approche d’un passage à niveau, on voit souvent un panneau "un train peut en cacher un autre". Transposé au domaine sanitaire, on pourrait tout aussi bien écrire "une épidémie peut en cacher une autre"… Car alors que nous sommes tous concentrés sur la lutte contre l’épidémie de Covid-19 qui connaît, sinon une deuxième vague, du moins un net rebond, voilà que pointe l’épidémie de grippe saisonnière. Une grippe qui fait tout de même chaque année un milliard de cas dans le monde, entraînant entre 290 000 et 650 000 décès selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, 2 à 8 millions de personnes sont touchées chaque hiver et on compte en moyenne 10 000 décès, à 90 % chez les plus de 65 ans. Autrement dit, pour cette catégorie de la population, c’est la double peine puisqu’elle est aussi la plus vulnérable au coronavirus…

Par chance – et contrairement au Covid-19 – un vaccin contre la grippe saisonnière existe, mis en place chaque année selon un remarquable protocole de collaboration sanitaire internationale. On pourrait penser le problème résolu. Las ! En France, non seulement toutes les personnes à risques qui devraient se faire vacciner contre la grippe saisonnière ne le font pas, mais les personnels soignants eux-mêmes semblent rechigner à se faire vacciner. Lors de la saison 2018-2019, la couverture vaccinale des soignants était ainsi estimée à seulement 35 % dans les établissements de santé et à 32 % dans les Etablissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes (Ehpad). Bien trop peu estime l’Académie de médecine qui vient de tirer le signal d’alarme pour réclamer une vaccination obligatoire des professionnels. En parallèle, de nombreux élus implorent les Français à risques de se vacciner massivement pour éviter que ne s’entrechoquent les malades du Covid et ceux de la grippe qui pourraient, de fait, surcharger un système hospitalier qui vit depuis quelques semaines dans la hantise de la saturation.

Pour le gouvernement, qui s’apprête à lancer la campagne de vaccination contre la grippe dans 15 jours, voilà un nouveau casse-tête sanitaire qui préfigure peut-être ce qu’il adviendra lorsque l’on aura un vaccin contre le coronavirus. Au refus de certains de se faire vacciner aujourd’hui contre la grippe pourrait succéder demain ceux qui refuseront de se faire vacciner contre le Covid-19. Ils donnent d’ailleurs déjà de la voix sur les réseaux sociaux dans des groupes "antivax" très bruyants, relayant et confortant des théories complotistes qui touchent même certains élus de la République. La maire adjointe de Marseille Samia Ghali expliquait récemment qu’elle refuserait un vaccin contre le coronavirus, ne voulant pas servir de "cobaye"…

Alors que l’on va fêter la science le week-end prochain, il serait temps que la communauté scientifique et le gouvernement se mobilisent pour rappeler que les faits scientifiques ne sont pas des opinions et que les vaccins sont utiles. Début septembre, dans la quasi-indifférence, l’OMS a annoncé que la polio était officiellement éradiquée d’Afrique. Après la variole, la polio pourrait ainsi être la deuxième maladie infectieuse vaincue. Grâce à un vaccin…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 29 septembre 2020)

Faire bloc

 

fresque charlie

L’attaque à l’arme blanche qui a blessé hier deux salariés d’une agence de presse près des anciens locaux de Charlie Hebdo nous a littéralement pris aux tripes et au cœur. Les alertes sur nos téléphones portables, les images de la rue Nicolas-Appert à nouveau remplie de policiers et de pompiers, la venue sur place du Premier ministre Jean Castex et de la maire de Paris Anne Hidalgo, nous ont ramenés cinq ans et demi en arrière, lorsque le 7 janvier 2015 nous apprenions l’impensable, l’indicible, le massacre d’une rédaction au cœur de Paris, l’attaque d’un journal devenu le symbole de la liberté d’expression et de la liberté tout court.

Ce flash-back effroyable n’intervient évidemment pas par hasard. S’il appartiendra au Parquet national antiterroriste de déterminer les motivations de l’auteur, rapidement arrêté, et de dégager les éventuelles complicités dont il a pu bénéficier, on ne peut que constater que cette attaque fait suite aux menaces lancées le 11 septembre par Al Qaïda, contre Charlie Hebdo en particulier – qui a republié les fameuses caricatures de Mahomet –, mais aussi contre la France et les démocraties en général. Des menaces dont la réalité a contraint la directrice des ressources humaines de Charlie, Marika Bret, de quitter son domicile en dix minutes…

L’attaque de ce vendredi, alors que se déroule le procès des complices des attentats de janvier 2015, doit nous interroger à la fois sur la réponse que nous voulons apporter à ces menaces jihadistes toujours aussi nombreuses et diffuses, et sur notre capacité à faire bloc et à rester intransigeants sur nos valeurs républicaines. En janvier 2015, des millions de Français sont descendus dans la rue pour marquer leur attachement à la liberté d’expression, brandissant stylos et pancartes « Je suis Charlie ». Cinq ans plus tard, alors que certains veulent mettre des bémols et des « oui, mais… » à cette liberté chèrement conquise ou à la laïcité, il est temps, à nouveau, de faire bloc autour de l’essentiel. L’appel historique des médias aux Français pour défendre la liberté de la presse, publié cette semaine, ne dit pas autre chose que ce que disait la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». L’attaque d’hier nous oblige tous, individuellement et collectivement, à redoubler d’efforts pour défendre cette liberté.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 26 septembre 2020)

Effet boomerang

 

covid

En nommant début juillet Jean Castex à Matignon, Emmanuel Macron avait trois objectifs. Le premier était d'inaugurer la dernière séquence de son quinquennat, un "monde d'après" centrée sur la relance économique après le difficile confinement. Le second, plus général, était d'opérer un changement de méthode avec les élus locaux : snobés au début du mandat, ils devaient (re)devenir des partenaires avec lesquels l'Etat dialogue de façon respectueuse et constructive. Enfin, le troisième objectif était d'accompagner un changement majeur de stratégie sanitaire : passer de la "guerre" très verticale du début contre le coronavirus, avec l'arme suprême du confinement généralisé, à une phase plus horizontale où, faute d'un vaccin, il faut apprendre à "vivre avec le virus" pour ne pas voir s'effondrer l'économie ; et donc mettre en place des mesures ciblées, locales, prises en concertation entre préfets et maires. Jean Castex, le "monsieur déconfinement" à la geste pompidolienne, le chantre des territoires à l'accent rassurant, semblait ainsi l'homme idéal.

Las ! C'était sans compter l'effet boomerang de la Covid-19... La relance reste toujours devancée par les questions sanitaires dans un contexte de rebond de l'épidémie voire menacée par une kyrielles de plan sociaux à venir, le dialogue de l'exécutif avec les élus locaux reste toujours difficile voire méfiant, et la concertation pour mettre en place des mesures ciblées vient de connaître un spectaculaire cafouillage avec

les annonces de nouvelles restrictions faites mercredi soir par le ministre de la Santé Olivier Véran. En décentralisant les décisions concernant l'épidémie, l'exécutif espérait partager les responsabilités et se concentrer sur la relance ; il se retrouve avec une fronde qui rappelle les batailles entre Girondins et Jacobins... A Marseille, où l'on cède facilement à l'exagération, les élus, rouge de colère, évoquent "un affront" pour n'avoir été prévenus qu'in extremis du passage de la ville en zone d'alerte renforcé, vu comme "une punition". Le gouvernent assume ses décisions au vu de l'évolution de l'épidémie, mais se retrouve désormais plongé dans une défiance généralisée sur l'air du "pourquoi nous et pas les autres" et dans les méandres des contradictions françaises. Car ceux qui pestaient contre le confinement généralisé et réclamaient un stratégie régionale il y a quelques mois sont peu ou prou les mêmes qui aujourd'hui déplorent des décisions locales qui, par essence, s'éloignent d'un cadre national.

Pour le gouvernement, qui s'adapte sans cesse à l'évolution de l'épidémie, la tache est d'autant plus rude qu'il souffre de son pêché originel sur l'utilité des masques, celui-ci faisant que toute parole officielle est suspecte pour une partie de la population voire instrumentalisée à des fins politiques par une partie des élus et des oppositions - qui n'auraient peut-être pas fait mieux si elles étaient aux affaires...

Hier sur France 2, Jean Castex a tenté de faire de la pédagogie pour éteindre la fronde des élus locaux et rassurer les Français dont l'acceptation des mesures restrictives est capitale. Pour le gouvernement "vivre avec le virus" c'est aussi vivre avec une multiplication des polémiques...

(Mon éditorial publié sur ladepeche.fr du vendredi 25 septembre 2020)

De l’horreur à la vérité

 

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L’annonce, ce mardi par la justice, de la prochaine analyse d’une dizaine d’ADN inconnus retrouvés sur un matelas saisi en 2003 dans la maison de la sœur du tueur en série Michel Fourniret constitue une avancée majeure dans la compréhension du parcours criminel de « l’ogre des Ardennes. » Elle illustre aussi combien les enquêteurs font preuve d’une remarquable persévérance dans ce type de dossiers – tentaculaire et criblé de zones d’ombre en ce qui concerne Fourniret – et combien l’espoir de découvrir la vérité n’est jamais vain dans ces douloureuses affaires de disparition.

En premier lieu, on pense à la ténacité de toutes ces familles, et particulièrement celle de la petite Marion Wagon, disparue en 1996 à Agen et qui avait bouleversé notre région. Le courage, la dignité de tous ces parents qui réclament justice et non vengeance forcent le respect et appellent compassion et solidarité de notre part.

La ténacité est aussi du côté des magistrats, des juges d’instruction, des policiers, des gendarmes, des techniciens de l’identification criminelle qui continuent à faire un méticuleux travail, ne pouvant se résoudre à ce que des disparitions d’enfants ou d’adultes ne deviennent des « cold cases », ces affaires irrésolues qui restent suspendues, parfois des années, à la découverte d’un fait nouveau de nature à les relancer. Rappelons que sur les 40 000 disparitions enregistrées chaque année en France par le ministère de l’Intérieur, 10 000 sont classées inquiétantes dont un dixième concerne des mineurs.

L’analyse des prélèvements ADN est toujours complexe, fragile, parfois insuffisante pour établir la culpabilité, mais elle constitue aujourd’hui, pour toutes les familles qui souffrent de la disparition d’un proche, un espoir, celui de passer de l’horreur à la vérité.

(Editorial publié dans La Dépêche du mercredi 24 septembre 2020)

Contrat d'avenir

 

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Le château de Bournazel en Aveyron.

Les Journées du patrimoine attestent chaque année combien les Français nourrissent un attachement viscéral à ce qu’il est convenu d’appeler les vieilles pierres : des plus grands monuments nationaux dont beaucoup sont exceptionnellement ouverts ce week-end aux plus petits bâtiments locaux, des figures de proue qui font la renommée de la France aux modestes édifices qui font la fierté d’une région, d’un village grâce au formidable travail de milliers de bénévoles. Cet attachement s’est d’ailleurs vérifié avec le succès du Loto du patrimoine. Certes, les montants que celui-ci a permis de dégager sont modestes au vu de l’immensité de la tâche, mais il contribue assurément à faire revivre des sites, des chefs-d’œuvre en péril, comme l’avait imaginé André Malraux. «Le siècle des machines est le premier qui ait retrouvé tout le passé des hommes. Dans notre civilisation, l’avenir ne s’oppose pas au passé, il le ressuscite», expliquait le ministre de la Culture en 1962 en présentant sa loi de sauvegarde du patrimoine.

Puiser dans le passé les ressorts de l’avenir, voilà aussi la mission importante de ces Journées, particulièrement cette année où le thème choisi, «Patrimoine et éducation : apprendre pour la vie» fait la part belle à la transmission. «Une Nation est à la fois un patrimoine historique et un contrat d’avenir», estimait Ernest Renan. Cette corrélation nous oblige tous, mais nécessite évidemment des moyens pour préserver l’un et garantir l’autre. Alors que le coronavirus va nous faire affronter une crise socio-économique dont on n’a vu pour l’heure que les prémices, beaucoup s’inquiètent de voir la culture – et donc le patrimoine – qui a terriblement souffert du confinement et continue d’être en difficulté, passer au second plan. Deux milliards d’euros du plan France relance ont été engagés pour un «soutien aux filières et aux rénovations patrimoniales.» Sans doute faudra-t-il faire plus et mieux afin que le secteur culturel résiste aux conséquences de l’épidémie et que la France puisse continuer à être fière de son patrimoine et de ceux qui en prennent soin.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 19 septembre 2020)

Obligation de consensus

5G

 

"Le meilleur moyen de se délivrer de la tentation… c’est d’y céder". Emmanuel Macron avait-il en tête cette phrase d’Oscar Wilde lorsqu’il s’est présenté lundi soir devant les start-up de la French Tech ? En tout cas, devant un auditoire acquis d’avance, le président de la République, qui voulait faire de la France une start-up nation au début du quinquennat, n’y est pas allé de main morte pour répondre aux élus écologistes et de gauche – dont ses opposants Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot – qui ont réclamé dimanche un moratoire sur le déploiement en France de la 5G. "J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine", a taclé le chef de l’État, faisant référence à cette communauté religieuse américaine hostile à la technologie et qui vit comme au XVIIIe siècle. Cette nouvelle petite phrase cinglante a sans surprise immédiatement fait réagir, suscitant tollé et tweets rageurs. Mais au-delà de cette pique provocatrice et très politique, dont on peut juger très maladroit le bien-fondé, Emmanuel Macron soulève une vraie question : le rapport des Français à la science et à la technologie et l’inquiétante défiance qui s’est installée.

C’est peu dire, en effet, que depuis plusieurs années, les polémiques sur l’environnement, la santé, les technologies et les sciences se sont multipliées et les discussions se sont tellement polarisées qu’on n’arrive plus à débattre sereinement de nombreuses questions comme les organismes génétiquement modifiés, les vaccins, les ondes électromagnétiques de la téléphonie mobile – dont la 5G – le compteur communicant Linky, le nucléaire et plus récemment encore les masques pour lutter contre le coronavirus. Là où il faudrait de la prudence, de l’écoute, de la nuance, on assiste à des affrontements, des arguments parfois spécieux, de vrais fake news voire des théories complotistes. Les scientifiques, qui doutent par essence, n’arrivent plus à se faire entendre dans le brouhaha des réseaux sociaux qui entretiennent l’entre-soi ou sur les plateaux des chaînes d’information en continu qui ne se nourrissent que de clashs entre pseudos experts toutologues… Idem pour les institutions dont la moindre parole est contestée… Chacun est désormais sommé de choisir son camp, et malheur à ceux qui voudraient faire la part des choses. La situation s’est par ailleurs d’autant plus complexifiée que le principe de précaution, une belle idée pourtant, s’est délité au point de devenir un principe de refus a priori pour les tenants d’un illusoire risque zéro.

Comment retrouver un peu de sérénité ? La question semble insoluble tant les positions sont tranchées et paraissent irréconciliables autour d’une position commune. Et pourtant, cette capacité à dégager un consensus, en tenant compte des connaissances et des risques sanitaires, est capitale si l’on ne veut pas que la France et l’Europe ratent les innovations qui vont façonner le siècle et voient leurs souverainetés dominées par d’autres…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 16 septembre 2020)


La révolution du télétravail

 

teletravail


Souvent, l’urgence permet d’accomplir ce qu’on imaginait irréalisable. Il en va ainsi du télétravail. Chimérique pour nombre de chefs d’entreprise et parfois de directeurs des services informatiques, il s’est imposé comme LA solution permettant pour les sociétés du tertiaire de continuer leur activité durant le confinement. Un succès inattendu car la France accusait un vrai retard par rapport aux pays de l’Europe du Nord. La culture très ancrée du présentéisme, les craintes nombreuses qui entouraient le télétravail (manque de productivité, perte de confiance…) se sont avérées être des digues qui ont cédé. Auparavant seuls 7 % des Français pratiquaient le télétravail, ils étaient 33 % pendant le confinement. Et beaucoup de ceux qui y ont goûté – une écrasante majorité selon les enquêtes – veulent désormais poursuivre l’expérience. Mais cette révolution du télétravail, pour qu’elle soit profitable au plan économique, comme au plan sociétal, impose de conduire une vraie réflexion partagée par tous, de fixer un cadre réglementaire clair mais aussi d’avoir une stratégie numérique.

La réflexion devra déterminer les points positifs et les points négatifs en s’appuyant sur un retour d’expérience de ce qu’ont vécu salariés et managers. Faire le distinguo entre petites et grandes entreprises, apprécier le gain de temps gagné lorsqu’on ne va pas au bureau physiquement, mesurer aussi les difficultés de formation aux outils numériques, aider peut-être les salariés à avoir le bon matériel à domicile, etc.

Le cadre réglementaire, déjà assoupli en 2015, pourrait aussi évoluer ou en tout cas se préciser. Les syndicats et le patronat en discutent. Ce dernier – qui s’est peut-être rendu compte de l’inutilité de certains cadres intermédiaires – était très réticent mais semble désormais plus ouvert à la négociation sur le télétravail face à l’ampleur du phénomène de société.

Enfin, à côté de cette réflexion, il convient aussi d’avoir une vraie stratégie numérique et c’est peut-être là l’enjeu le plus difficile. Car le succès du télétravail n’a été possible qu’en utilisant des logiciels quasi exclusivement américains. Microsoft, Google, Facebook, Zoom… ont pulvérisé des records de fréquentation avec leurs outils. Ce qui pose d’évidents problèmes de souveraineté numérique et de confidentialité des données des entreprises et de l’Etat. La France et l’Europe – qui n’a pas su faire émerger de géants du numérique sur le Vieux continent – ont tout intérêt à favoriser le développement d’alternatives. Enfin, l’une des clés de cette révolution du télétravail réside dans la capacité d’avoir de bons réseaux de télécommunication, en ville comme dans les zones rurales afin que le télétravail soit accessible à tous, partout.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 8 septembre 2020)

Les batailles de la relance

 

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Le plan de relance de 100 milliards d’euros désormais présenté, ce ne sont pas moins de quatre batailles qui vont dès maintenant s’enclencher sous la houlette du nouveau commissaire au plan et à la prospective François Bayrou. Quatre batailles qui vont être tout particulièrement suivies en Occitanie.

La première est bien sûr économique. Empêcher la destruction d’emplois, sauver de la faillite un maximum d’entreprises qui ont vu leur activité et leurs carnets de commande s’effondrer avec le confinement et redémarrer trop lentement depuis le déconfinement du 11 mai. Le secteur aérien, qui pèse lourd dans l’économie régionale – l’Occitanie est la plus grande région aéronautique d’Europe ex-aequo avec l’Île de France – a été l’un des plus touchés. Le retour à la normale n’étant pas prévu avant fin 2024, il y a donc urgence à se mobiliser. Pour Airbus bien sûr, qui a prévu de supprimer 15000 postes dont un tiers en France, mais surtout pour tous ses sous-traitants qui constituent un vaste tissu industriel dans tous les départements. Les 25 milliards d’euros du plan prévus pour les PME-TPE ne seront pas de trop.

La seconde bataille est donc logiquement sociale. C’est celle de l’emploi érigée en "priorité" jeudi par le Premier ministre. L’Etat et les collectivités vont faire face à d’innombrables plans sociaux qui devront être les plus protecteurs possibles pour accompagner celles et ceux qui vont perdre leur travail. Le soutien à l’activité partielle de longue durée, le renforcement de Pôle emploi, l’accent mis sur la formation aideront à coup sûr.

La troisième bataille, de plus long terme, est stratégique. Le plan de relance invite – à raison – à se projeter au-delà de l’urgence du moment pour imaginer la France de 2030. Quels secteurs innovants faut-il développer (15 milliards vont être consacrés à l’innovation) ? Comment réussir l’indispensable transition écologique ? Où faut-il prioritairement investir ? Quelles formations vont faire les métiers de demain ? L’Occitanie, qui souffre aujourd’hui d’avoir sans doute trop misé sur le seul secteur aéronautique au détriment d’une vraie diversification, ne manque ni d’atouts, ni de talents. La région dispose de start-ups innovantes, de scientifiques et de laboratoires reconnus internationalement dans de multiples domaines, et de PME qui savent s’adapter. Les pouvoirs publics doivent à la fois fixer le cadre, impulser les grandes orientations et surtout faciliter les projets.

Enfin, la dernière bataille, beaucoup plus feutrée, est politique, alors que se profilent les régionales et dans moins de 600 jours la présidentielle. Le Premier ministre a certes placé son arrivée à Matignon sous le signe d’une nouvelle méthode de travail avec les collectivités, partenaires incontournables, faite de dialogue et de concertation. Reste que la mise en œuvre du plan est éminemment politique et la tentation des uns et des autres de tirer la couverture à soi sera grande pour revendiquer auprès des Français la paternité de telle ou telle mesure. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui a insisté pour que chaque mesure soit estampillée du label "France relance" pour être bien identifiée comme étant nationale...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 5 septembre 2020)

Les paradoxes de la relance

 

tirelire

La présentation du plan de relance, concocté par l’exécutif, se déroulera donc enfin ce jeudi, après avoir été décalée d’une semaine en raison de la hausse des cas de contamination au coronavirus et d’une rentrée scolaire qui nécessitait, à l’évidence, des précisions. Un décalage somme toute mineur, car le plan de relance est, dans ses grandes lignes, déjà connu, le gouvernement ayant égrainé au fil des semaines le montant des aides qu’il va débloquer et les secteurs qui seront aidés à compter de début 2021. Ce plan de 100 milliards d’euros – du jamais vu ! – veut relancer l’activité économique alors que le PIB de la France a connu une baisse historique de 13,8 % au deuxième trimestre et que le taux de chômage a bondi depuis le confinement. Partiellement financé par l’Europe, il doit répondre à la plus grave crise depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Souveraineté économique, transition écologique, relocalisations, solidarité avec les jeunes : c’est une ambitieuse feuille de route que dessine le gouvernement, celle du "monde d’après", telle que fixée par Emmanuel Macron. Le Président, qui assurait, en effet, dès le 16 mars que "le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant" et qui promettait même de se "réinventer", a bien mesuré qu’après trois ans de réformes libérales, le besoin des Français d’être davantage protégés par un Etat providence s’était manifesté avec force durant le confinement.

Ce plan de relance, porté par un nouveau Premier ministre s’affichant comme l’homme des "territoires" et censé concrétiser ce nouvel état d’esprit, ne manque toutefois pas de paradoxes, un sur fond, l’autre sur la forme.

Alors que d’habitude, une relance est une politique centrée sur la demande pour relancer la consommation en berne, l’exécutif a fait le choix d’une politique de l’offre et notamment d’une baisse significative de la fiscalité des entreprises, les fameux "impôts sur la production" dont la suppression est une revendication de longue date du patronat. Emmanuel Macron reste ainsi fidèle au credo de la théorie du ruissellement.

Le second paradoxe est davantage sur la forme. Pour mettre en musique ce plan de relance qui doit "préparer la France de 2030", selon son expression, Emmanuel Macron va nommer comme haut-commissaire au Plan François Bayrou, malgré sa mise en examen dans l’affaire des assistants européens du MoDem. Autant dire que pour penser le "monde d’après", le chef de l’Etat a choisi une figure du "monde d’avant", son principal allié politique. Surtout, à l’heure où l’on parle de simplification administrative, la mise en œuvre effective du plan de relance à l’échelon local sera conduite par de nouveaux sous-préfets à la transformation et à la relance chargés de faire remonter au gouvernement "tous les blocages administratifs." On a connu plus simple.

Ces deux paradoxes révèlent en tout cas combien le plan de relance économique est éminemment politique : il doit ouvrir la dernière séquence du quinquennat sur de nouveaux sujets, sans renier les premières années de réformes. Autant dire que ce plan de relance est aussi un plan de relance… du quinquennat. Un difficile exercice d’équilibrisme dont le succès ou l’échec pèsera sur une nouvelle candidature d’Emmanuel Macron en 2022.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 3 septembre 2020)

Retrouver confiance

 

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L’épidémie du coronavirus, qui pourrait être marquée par une seconde vague selon certains experts, n’a pas fini d’inquiéter les Français. Cette peur de la Covid-19 et ses conséquences pour les mois à venir sur leur vie quotidienne, leur emploi notamment, les incite à continuer à épargner toujours plus pour faire face à des lendemains qui ne chanteraient pas pour tous. Certes, après le déconfinement du 11 mai, on avait observé un sursaut de fièvre acheteuse, la consommation avait dépassé en juin son niveau de février sans toutefois rattraper le retard pris pendant le confinement. Le bilan mitigé des soldes a d’ailleurs montré combien les Français restaient prudents. Au total, depuis la mi-mars, l’Office français des conjonctures économiques (OFCE) estime que 75 milliards d’euros auraient dû être dépensés par les ménages. L’épargne accumulée pendant le confinement atteindrait même les 100 milliards d’euros, selon l’économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne.

Cette épargne de précaution d’un niveau rarement vu recèle un paradoxe et une inquiétude. Le paradoxe est que, quitte à épargner, les Français auraient pu miser sur des produits leur rapportant le plus. Mais par facilité ou méconnaissance, c’est sur leur Livret A et sur leurs comptes courants qu’ils ont laissé leur argent. Il existe pourtant bien d’autres solutions comme nous le détaillons dans notre dossier.

L’inquiétude, c’est que cet argent qui dort ne profite pas à l’économie. Or la consommation représente la moitié du PIB et l’OFCE estime que si toute l’épargne supplémentaire du confinement était dépensée, les impacts de la crise en seraient réduits de moitié. On comprend mieux dès lors les injonctions de Bruno Le Maire, qui doit détailler ce jeudi le plan de relance de 100 milliards du gouvernement. Le ministre de l’Economie n’a eu de cesse ces derniers jours d’inciter les Français à dépenser leur épargne pour faire redémarrer l’économie.

Dans un cas comme dans l’autre, tout est question de confiance. Épargner ailleurs que sur les très sûrs livret A et compte courant suppose d’avoir confiance dans les autres supports. Dépenser son épargne en consommant suppose d’avoir confiance pour son avenir. Pour l’heure, et la dernière enquête de l’Insee sur le moral des ménages le montre, la confiance n’est pas encore revenue.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 2 septembre 2020)