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Affichage des articles du 2024

Urgences et surenchères

La colère des agriculteurs qui a percuté ses débuts à Matignon, effritant ses sondages flatteurs, a conduit Gabriel Attal à délaisser un peu ses habituelles astuces de bon communicant pour peaufiner ce qui pourrait devenir sa méthode, l’écoute puis l’action rapide. À un poste que l’on dit précaire – puisqu’Emmanuel Macron pourrait être tenté de revoir totalement l’architecture gouvernementale après les Jeux olympiques pour la fin de son quinquennat – le plus jeune Premier ministre de la Ve République a tout intérêt à montrer qu’il est parvenu à gérer sa première crise politique d’ampleur, qui plus est dans un domaine qui lui était totalement étranger et sous la surveillance constante et peut-être pesante du chef de l’État. Mais pour calmer la colère paysanne, qui rappelle à l’exécutif le traumatisant épisode des Gilets jaunes, le Premier ministre a-t-il trop cédé et trop vite, sur la forme comme sur le fond ? Sur la forme, la gestion Attal de cette crise agricole historique montre que

Respect

L’hôpital est un lieu de soin, de solidarité nationale, de dévouement. Il est aussi, hélas, devenu un lieu de violences. Depuis plusieurs années les faits de violences à l’hôpital contre les personnels soignants sont documentés. Chaque jour, des professionnels de santé sont victimes d’agressions verbales ou physiques, de la part de patients, de leurs proches, et parfois même de leurs propres collègues. Sans oublier les récentes intrusions au sein d’hôpitaux qui ont jeté la lumière sur d’inquiétantes failles de sécurité. Ces violences sont inacceptables et intolérables car elles mettent en danger la qualité des soins, la sécurité des personnels et des usagers, et au final la cohésion de notre système de santé. Les chiffres sont, en effet, alarmants. Les données de l’observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS) mettent en avant près de 20 000 signalements de violences par an, ce qui représente environ 30 000 atteintes aux personnes et 5 000 atteintes aux biens chaque ann

Sanctuaires menacés

Il n’existe plus beaucoup de terra incognita sur la Terre, mais l’Arctique et l’Antarctique, par leur éloignement, leur mystère et leur beauté appartiennent encore à cette catégorie. Jusqu’à quand ? L’Arctique est, en effet, une région du monde qui suscite aujourd’hui de plus en plus d’intérêt et de convoitise, et subit tensions et menaces. Cette zone, qui couvre environ 8 % de la surface terrestre, recèle de nombreuses ressources naturelles. Selon certaines estimations, l’Arctique détiendrait 13 % des réserves mondiales de pétrole et 30 % de celles de gaz naturel. Ces richesses attirent les regards des pays riverains, mais aussi de ceux qui veulent y accéder, comme la Chine ou l’Union européenne. L’Arctique est aussi un enjeu stratégique et militaire, car elle représente un potentiel théâtre de conflits entre les grandes puissances dans un ordre mondial en recomposition. La Russie, qui possède la plus longue frontière arctique, y déploie toujours une forte présence militaire, avec de

Au bord du gouffre

La scène – aujourd’hui entré dans l’Histoire – se passe en octobre 2008, à Lakeville dans le Minesota. Le sénateur républicain John McCain est en campagne pour l’élection présidentielle contre le futur président des États-Unis, Barack Obama. En meeting, John McCain se livre à une séquence de questions-réponses. Une femme de l’assistance se saisit du micro et explique « Je ne peux pas faire confiance à Barack Obama […] c’est un arabe ». Agacé, le sénateur lui prend le micro des mains. « Non madame. C’est un père de famille respectable et un honnête citoyen. Il se trouve que j’ai des désaccords politiques avec lui. Et c’est de cela, et de rien d’autre, dont il est question ici. Nous voulons nous battre et je veux me battre, mais nous serons respectueux », réplique alors John McCain, qui sera plus tard hué par ses propres partisans. Seize ans ont passé depuis cette scène, autant dire une éternité à l’échelle de la politique à l’heure des réseaux sociaux. Seize ans au cours desquels le par

Equilibre

uEn faisant rapidement de nombreuses et coûteuses concessions aux agriculteurs en colère qui bloquaient les autoroutes et encerclaient Paris, le gouvernement pensait, d’évidence, s’éviter un long conflit social du type du mouvement des Gilets jaunes, qui avait traumatisé Emmanuel Macron en 2018. Les annonces de Gabriel Attal faites le 26 janvier sur une botte de foin dans une ferme haut-garonnaise de Montastruc-de-Salies, puis les autres mesures dévoilées le 1er février par le gouvernement ont fini par payer puisque les blocages ont été levés. Peu importait alors que les associations environnementales se soient offusquées des renoncements sur des mesures écologiques. Après tout, la colère paysanne était massivement soutenue par les Français qui approuvaient les revendications des agriculteurs, et les nombreuses manifestations de ces derniers partout en Europe ont contraint la rigide Commission européenne elle-même à lâcher du lest sur son Pacte vert et sa politique agricole commune, no

Bombe à retardement

  La France est confrontée à une crise du logement sans précédent, qui menace la cohésion sociale, la croissance économique et la transition écologique. Les chiffres sont, en effet, alarmants : en 2023, seulement 287 100 logements neufs ont été mis en chantier et 373 100 logements ont été autorisés à la construction, soit - 23,7 %... Cette situation est le résultat d'une conjonction de facteurs défavorables : la flambée des taux d'intérêt, qui a rendu l'accès au crédit plus difficile pour les ménages ; la hausse des prix des matériaux et du foncier, qui a renchéri le coût de la construction ; la baisse des aides publiques, comme la fin du dispositif Pinel ou la réduction du prêt à taux zéro ; la complexité des normes environnementales, ou encore la frilosité des collectivités locales... Les conséquences sont dramatiques pour le secteur du bâtiment, qui représente 5 % du PIB et 2,5 millions d'emplois. Selon la Fédération française du bâtiment, près de 100 000 postes pour

Le casse-tête de l'affaire Jubillar

L’affaire Jubillar, du nom de cette infirmière de 33 ans disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn, connaît un nouveau rebondissement. Ce jeudi 8 février, la chambre de l’instruction de la cour d’Appel de Toulouse a ordonné un supplément d’information, en raison de nouveaux éléments à « vérifier », en l’occurrence la découverte d’un échange téléphonique entre un détenu et sa mère évoquant l’affaire, révélée par La Dépêche du Midi. Les deux magistrats instructeurs vont donc devoir reprendre leurs investigations, alors qu’un procès se profilait dans quelques mois. Cette décision, qui intervient après plus de trois ans d’enquête, est un coup dur pour les parties civiles, qui espéraient voir le suspect renvoyé devant les assises pour homicide volontaire. Elle témoigne aussi de la complexité de ce dossier, qui repose essentiellement sur des éléments à charge indirects, tels que les contradictions dans les déclarations du mis en cause, les traces de san

Confiance

Les images sont spectaculaires et vite devenues virales sur les réseaux sociaux. Début janvier, un Boeing 737 MAX 9 d’Alaska Airlines a frôlé la catastrophe. Quelques minutes après son décollage de Portland, l’une de ses portes s’est arrachée en plein vol, provoquant une dépressurisation brutale de la cabine. Par miracle, aucun passager n’a été aspiré par le trou béant, mais l’incident a suscité une vive émotion et une nouvelle crise de confiance envers le constructeur américain, déjà ébranlé par les deux crashs mortels de son modèle phare en 2018 et 2019. Cet événement, rarissime, nous rappelle que l’avion n’est pas un moyen de transport comme les autres. Il suscite à la fois fascination et crainte, admiration et méfiance, rêve et cauchemar. Et s’il nous fait voyager aux quatre coins du monde, il nous expose aussi à des risques que nous ne maîtrisons pas. Pour autant, les statistiques sont formelles : l’avion est bien le mode de transport le plus sûr qui soit. Selon l’Association du t

Agricultures

La colère du monde agricole qui s’est levée en Occitanie avant de s’étendre à tout le pays – en résonance avec l’exaspération des agriculteurs partout en Europe face aux incohérences des politiques agricoles et du Pacte vert de l’UE – a permis de mieux mesurer l’importance et les difficultés de l’agriculture pour penser notre souveraineté alimentaire… ou plutôt des agricultures. Car contrairement à d’autres mouvements de protestation par le passé, organisés nationalement par la FNSEA ou les JA le plus souvent, celui-ci a commencé hors cadre syndical, de la base, de petites exploitations, d’agriculteurs – souvent jeunes – qui veulent conjuguer la passion de leur métier, l’attachement à leur territoire, à leurs racines, et leur volonté de faire de bons produits en en vivant correctement. Ces paysans d’Occitanie, comme François Manent avec lequel nous avons passé 24 heures dans sa ferme de Saint-Pé-Delbosc, en Haute-Garonne, incarnent cette agriculture familiale bien différente des méga-e

Adroit, à droite

Ceux qui estimaient qu’Emmanuel Macron avait quasiment fait une déclaration de politique générale de Premier ministre lors de sa conférence de presse du 16 janvier et que Gabriel Attal ne serait finalement que le porte-parole des mesures détaillées par son mentor, en auront été pour leur frais. Hier à la tribune de l’Assemblée nationale, Gabriel Attal a voulu montrer que tout n’avait pas été dit, tout n’avait pas été explicité et qu’il entendait bien exercer pleinement ses prérogatives de chef du gouvernement et de la majorité. Percuté par la colère paysanne, son discours – qui intervenait 21 jours après sa nomination, un record, et sans que son gouvernement ne soit au complet – a fait référence à plusieurs mesures spécifiquement destinées aux agriculteurs, mais c’est bien tous les thèmes qui font une politique globale qui ont été abordés : autorité, sécurité, emploi, école, logement, déserts médicaux, lutte contre la drogue, Service national universel, transition écologique, fin de vi

Lueur d'espoir

La série télévisée américaine « Cold cases », qui met en scène une équipe de policiers spécialisés dans les affaires classées non résolues, a contribué à sensibiliser le grand public à cette problématique. Mais la réalité dépasse souvent la fiction. Car, aux États-Unis comme en France, ils sont des centaines à attendre, depuis des années, parfois des décennies, que la vérité éclate sur le sort de leur enfant, de leur frère ou sœur, de leurs proches, victimes de crimes non élucidés. Ces familles, parfois oubliées, ont un impérieux besoin de savoir, de comprendre pour pouvoir, peut-être, espérer faire leur deuil. Et elles comptent sur la justice pour que, justement, justice soit rendue. Leur détresse et la nécessité de retrouver les coupables de crime ont conduit la justice française à se doter d’un dispositif spécial, lancé après l’adoption de la loi pour la confiance dans la justice promulguée en décembre 2021. Depuis bientôt deux ans, un pôle judiciaire dédié aux affaires criminelles

L'épreuve du feu

Le moins que l’on puisse dire est que Gabriel Attal n’aura pas profité du moindre état de grâce après sa nomination surprise comme Premier ministre le 9 janvier dernier et qu’en moins de 15 jours il a déjà pris la mesure de cet « enfer de Matignon » expérimenté peu ou prou par tous ses prédécesseurs. Mais peu d’entre eux ont eu à affronter si rapidement après leur prise de fonction une crise aussi majeure que celle née en Occitanie ce mois-ci : la colère du monde paysan. Pour le très parisien jeune Premier ministre, qui n’a aucune expérience du monde agricole ni ne dispose d’un solide réseau d’élus locaux – et qui, depuis 2017, s’est davantage illustré par son aisance dans la communication et le maniement d’éléments de langage que par la construction d’un solide bilan politique – résoudre cette crise s’apparente à une redoutable épreuve du feu… qui peut toutefois lui donner l’occasion de dessiner une « méthode Attal ». Ce chemin de crête l’a amené hier en Haute-Garonne, épicentre de la

Se faire entendre de Paris

Dans un pays aussi centralisé que le nôtre, où le jupitérien président la République s’est montré, depuis sa première élection en 2017, bien plus jacobin que girondin, chacun sait que les colères sociales qui grondent en province ne se font bien entendre – et bien comprendre – que lorsqu’elles résonnent aux portes des préfectures ou dans les rues de la capitale. Et cela est particulièrement vrai pour les manifestations agricoles qui, à côté du déversement de fumier ou de lisier, à côté des barrages routiers et des opérations escargot dans les « territoires », ont fait de la « montée sur Paris » le point culminant à même de faire basculer leurs revendications. La marche des bergers sud aveyronnais contre l’extension du camp militaire du Larzac qui avaient fini, en 1978, avec leurs brebis sous la Tour Eiffel, les grandes manifestations à Paris en 1982 ou en 1991 contre la réforme de la politique agricole commune (PAC), celles plus récentes, en 2014, pour demander « un nouveau plan loup e

L'horreur et l'honneur

À partir de ce lundi, la France va se replonger dans l’un des pires attentats terroristes islamistes commis sur son sol : les attaques de Carcassonne et Trèbes du 23 mars 2018, qui ont fait quatre morts. Six ans après les tueries perpétrées par Mohamed Merah à Montauban et Toulouse, l’Occitanie avait suivi avec effroi le périple meurtrier de Radouane Lakdim, abattu par le GIGN à l’issue de la prise d’otage au supermarché Super U de Trèbes, et l’acte de courage du gendarme Arnaud Beltrame, qui s’était substitué à une otage, au prix de sa vie. Comme lors de précédents procès d’actes terroristes dont le ou les auteurs sont morts, la cour d’assises spéciale de Paris va chercher à comprendre comment le projet barbare de Lakdim a pu se concrétiser en jugeant sept de ses proches, six hommes et une femme âgés de 24 à 35 ans. Pour la plupart libres sous contrôle judiciaire, ils comparaissent pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle », et risquent une peine maximale de 30 ans de r

Le choc et la raison

Nordahl Lelandais, condamné à la perpétuité pour le meurtre de la petite Maëlys et à 20 ans de prison pour celui du caporal Arthur Noyer, est devenu père en prison il y a deux mois. L’annonce de cette nouvelle a suscité un choc dans l’opinion et, naturellement, dans les familles des victimes où l’émotion le dispute à la colère. Jennifer de Araujo, la mère de Maëlys, a ainsi fait part de son « écœurement », regrettant que « la castration chimique ne soit pas utilisée en France », tandis que Joachim de Araujo, le père de la fillette, a dit sa légitime incompréhension. « Autoriser un assassin, un tueur d’enfant, un pédophile à donner la vie dans une prison, j’étais loin d’imaginer ça. Je ne comprends pas », a-t-il réagi, bouleversé et s’interrogeant sur l’avenir du petit garçon mis au monde avec « un père qui est en prison, une maman qui n’est sûrement pas très équilibrée ». Derrière cette situation qui choque, un phénomène et une réalité. Le phénomène, qui n’est pas nouveau, est celui de

« Giletjaunisation »

Une grogne qui couve depuis plusieurs mois voire plusieurs années, un ras-le-bol qui s’exprime non plus en aparté mais au grand jour, une colère qui n’est plus contenue mais se traduit par des actions chocs, spectaculaires voire potentiellement violentes. Il y a comme un air de déjà-vu dans les manifestations des agriculteurs qui, depuis plusieurs mois, se déroulent en France – et notamment en Occitanie, encore hier sur l’A64 ou la RN20. Un air de déjà-vu car c’est le même enchaînement qui a prévalu pour donner naissance au mouvement des Bonnets rouges, en octobre 2013, en réaction à la taxe poids lourds et aux nombreux plans sociaux de l’agroalimentaire, ou à celui des Gilets jaunes, en novembre 2018, contre, initialement, la hausse des prix des carburants. Le point commun de ces mobilisations est qu’elles se sont toutes déployées hors des cadres politiques, associatifs et syndicaux traditionnels, donc avec une absence de structuration propre à nourrir la radicalité d’une base qui est

Combat pour la paix

Nous avions commencé l’année 2023 plongés dans la guerre en Ukraine dont les combats s’enchaînaient depuis un an, nous commençons l’année 2024 par une autre guerre qui fait rage, au Proche-Orient, entre Israël et le Hamas. Deux guerres à nos portes, différentes mais qui toutes deux questionnent autant nos valeurs démocratiques que notre conception de l’Homme et de ses Droits ; deux guerres qui s’ajoutent à tant d’autres conflits qui traversent le monde en Somalie, au Yémen, en République démocratique du Congo. Deux guerres qui sont en train de bouleverser l’ordre international né de la Seconde Guerre mondiale. Sur l’Ukraine comme sur le conflit israélo-palestinien, on a ainsi entraperçu ce que l’on appelle le Sud Global, cet ensemble hétérogène de pays très différents – Brésil, Inde, Afrique du Sud, Chine, Arabie saoudite, etc. – qui nouent des alliances mais n’ont parfois pour seul point commun que leur volonté de s’affranchir des États-Unis et de l’Occident, on l’a vu lors des votes