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Bis repetita. Nous revoilà revenus à la case départ. Comme dans le film « Un jour sans fin » où Bill Murray revit sans cesse la même journée dans un village qui célèbre « la fête de la marmotte », nous retrouvons les habitudes que nous avions acquises lors du premier confinement du printemps – redevant pour le coup des marmottes – afin de freiner la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19. Toutefois, comme dans le film où le héros essaie de ne pas refaire les mêmes erreurs d’un jour sur l’autre, nous abordons ce reconfinement de manière différente, plus souple avec les écoles ouvertes, les entreprises ou le BTP en activité, les services publics fonctionnels.

Mais cette souplesse, pensée pour éviter de remettre la France et son économie sous cloche, n’en reste pas moins tout aussi douloureuse pour les petits commerçants « non-essentiels » qui se sentent lésés, d’autant plus qu’ils ont souvent tout fait pour s’adapter aux protocoles sanitaires. La peur de voir leur entreprise mettre la clé sous la porte les amène aussi à nous interroger : qu’est-ce qui est « essentiel » ? Déjeuner au restaurant, aller chez le coiffeur, se faire une toile au cinéma, aller au théâtre ou au musée, acheter un livre après l’avoir choisi dans le rayon d’une librairie : tous ces petits plaisirs qui font le sel de la vie ne sont-ils pas « essentiels » pour se sentir mieux et surmonter l’épreuve du confinement ?

Car ne nous y trompons pas, les semaines qui viennent s’annoncent difficiles, stressantes, angoissantes, particulièrement pour ceux qui sont seuls, qu’ils soient étudiants ou personnes âgées, qui vivent dans un petit logement ou qui n’ont pas de travail. Tous ces concitoyens auront besoin de notre attention et de celle de l’Etat. Cette solidarité qui nous permettra de rester unis et de tenir le choc, assurément, c’est essentiel.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 31 octobre 2020)

La faute à qui ?

 

macron

Depuis le week-end dernier et l’envol des chiffres des contaminations et des hospitalisations, les Français s’attendaient à ce que de nouvelles « décisions difficiles » soient prises face au Covid-19. Si le reconfinement annoncé hier par Emmanuel Macron n’est donc pas une surprise – même s’il paraissait inimaginable – il n’en constitue pas moins un choc. Certes, il sera plus souple que celui du printemps mais il restera une épreuve pour tous les Français et un coup de massue pour une économie à peine remise de la première vague. Face aux chiffres implacables d’une épidémie « hors de contrôle » et au risque d’un débordement de notre système hospitalier, il s’agit bien là de la solution la plus efficace, et sans doute la seule, pour casser les chaînes de contamination.

Jusqu’ici très disciplinés face à des mesures qui, depuis des mois, ont restreint leurs libertés, bouleversé leur vie quotidienne et parfois fait tomber dans le chômage et la pauvreté des milliers d’entre eux, les Français accepteront-ils ce nouveau confinement ? Ne serait-ce que pour soulager les soignants, aussi héroïques qu’épuisés, très certainement. Ce qui n’empêchera pas la colère et le désespoir de s’exprimer, ni les questions d’être posées au premier rang desquelles : à qui la faute ?

La faute au gouvernement ? Il a sa part de responsabilité. En dépit des alertes très claires du Conseil scientifique dès juillet sur la nécessité de se préparer à une seconde vague, l’exécutif a semblé minorer cette possibilité, pressé de mettre en place son plan de relance. Au lieu de nommer un nébuleux haut-commissaire à la relance pour récompenser un allié politique, Emmanuel Macron aurait sans doute été plus inspiré de nommer un haut-commissaire au Covid-19… Les réactions gouvernementales aux prémices de la deuxième vague ont, de fait, été aussi tardives que timorées, en tout cas toujours en réaction à la dégradation de la situation épidémique, rarement dans l’anticipation et avec une communication plus que perfectible.

Le reconfinement signe dès lors l’échec de la stratégie de déconfinement… gérée par l’actuel Premier ministre. De Monsieur déconfinement, Jean Castex est devenu Monsieur reconfinement… À la décharge du gouvernement, nos voisins européens n’ont guère mieux géré cette deuxième vague et les oppositions, logiquement promptes à la critique, n’ont pas émis de propositions alternatives. Bien maigre consolation.

Mais la faute du reconfinement incombe aussi aux Français. Collectivement, nous n’avons pas été suffisamment à la hauteur du danger, par ignorance ou arrogance. Éprouvés par les deux mois de confinement, nous nous sommes relâchés dès l’été – c’était bien naturel – en respectant moins les gestes barrières : masques mal portés, retrouvailles familiales et amicales trop nombreuses, lavage des mains moins fréquents, etc. À cela, on peut ajouter aussi les entreprises qui ont rejeté le télétravail et demandé à leurs salariés d’être présents sur site, contribuant par ricochet à grossir les foules dans les transports en commun…

Faute d’avoir appris suffisamment de la première vague et d’avoir anticipé la seconde, nous voilà tous ensemble revenus comme à la case départ avec ce nouveau reconfinement. Certains experts prédisent qu’il y aura une 3e vague… Il est urgent de se rappeler ce que disait Richelieu « On ne doit pas tout craindre, mais on doit tout préparer… »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 29 octobre 2020)

Le choc

 

covid

Les propos alarmants de nombreux experts qui depuis ce week-end parlent d’épidémie « hors de contrôle » en France ; la fatigue et la détresse qu’on a pu lire dans les témoignages de soignants, médecins ou infirmières, en première ligne dans tous les hôpitaux de France et non pas seulement ceux de Paris ; l’inquiétude qui n’a cessé de monter dans les Ehpad ; le constat fait par un nombre croissant de Français qu’ils connaissaient désormais dans leur entourage proche des personnes contaminées par le coronavirus et peut-être même décédées de la Covid-19 : autant de signes qui, ces derniers jours, ont acté une accélération dramatique de la propagation de l’épidémie en France, autant de signaux d’alerte qui ont conditionné les Français à se préparer à endurer de nouvelles mesures restrictives pour tenter de freiner le virus. Mais même en sachant tout cela, le reconfinement que s’apprêterait à leur annoncer ce soir Emmanuel Macron – s’il se réalise effectivement – constituera pour les Français un immense choc.

Un choc, car depuis le déconfinement du mois de mai, le gouvernement, les chefs d’entreprise, les citoyens dans leur grande majorité pensaient qu’un reconfinement général était impossible, inimaginable même. De taboue, cette perspective, pourtant déjà utilisée en Israël ou en Irlande, est apparue au fil du temps inéluctable, et la solution la plus efficace pour casser les chaînes de contamination qui ne cessent de s’allonger.

Un choc car nous allons devoir recommencer à vivre confinés avec tout ce que cela suppose de contraintes, de pression psychologique et de détresse morale pour beaucoup de Français. Quand bien même ce reconfinement serait « adouci » par rapport à celui que nous avons connu au printemps, il n’en restera pas moins une épreuve qui va peser sur chacun de nous.

Un choc pour l’économie du pays, ensuite, déjà durement éprouvée par le premier confinement et qui, tout juste convalescente, se retrouve à nouveau un genou à terre. L’espoir d’un rebond de l’activité paraîtra impossible pour nombre de PME ou d’indépendants.

Un choc politique, enfin, puisqu’un reconfinement signe, d’évidence, l’échec du déconfinement et de la stratégie mise en œuvre par le gouvernement depuis mai. À la décharge de l’exécutif, nos voisins européens n’ont pas fait mieux, mais l’impréparation face à une deuxième vague pourtant annoncée de longue date, interroge. Les oppositions ne s’y trompent pas.

Face à cette situation exceptionnelle, gageons toutefois que nous retrouverons les réflexes de solidarité qui nous avaient permis de tenir il y a sept mois, et que cette fois sera la bonne…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 28 octobre 2020)

Au pied du mur

 

hopital

Jeudi dernier au moment d’étendre les couvre-feux à 54 départements, le Premier ministre Jean Castex lançait « Disons les choses clairement : la situation est grave. Elle est grave en Europe, elle est grave en France ». Depuis, la situation s’est encore dégradée au point que plusieurs experts estiment depuis ce week-end que l’épidémie en France est « hors de contrôle ». Dès lors l’hypothèse d’un reconfinement est désormais sur la table comme l’une des pistes pour casser les chaînes de contamination.

Inimaginable il y a encore quinze jours, ce reconfinement – fut-il partiel et ponctuel – semble être la meilleure solution sur le papier, mais comment la mettre en place ? Comment décider à nouveau un confinement qui éprouvera très durement les Français et frappera violemment une économie affaiblie et tout juste convalescente ? Au pied du mur, le gouvernement ne peut pourtant plus tergiverser et communiquer au compte-gouttes chaque semaine en donnant un tour de vis supplémentaire à des mesures restrictives qui paraissent, d’évidence, insuffisantes pour freiner la vague car prises avec beaucoup trop de retard et sans l’ampleur nécessaire.

À l’issue du conseil de défense qui se tient ce mardi, les « décisions difficiles » – qu’attendent depuis des semaines le professeur Delfraissy, président du Conseil scientifique Covid-19, mais aussi beaucoup de soignants déjà épuisés qui redoutent que la deuxième vague soit pire que la première – ne peuvent plus être différées.

La situation en France n’est hélas pas isolée. Cette seconde vague frappe l’Europe entière et a été mal anticipée. Il est d’ailleurs désolant que les leçons de la première vague n’aient pas été tirées collectivement, qu’aucune stratégie globale, coordonnée à l’échelle de l’Union n’ait été esquissée, quand bien même la santé publique relève par principe de la compétence interne des Etats membres.

Des Etats qui tentent aujourd’hui, et chacun dans son coin, de freiner le virus avec l’espoir que si la situation est grave, elle n’est pas encore désespérée.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 27 octobre 2020)

Cohérence et cohésion

 

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Les nouvelles mesures restrictives annoncées hier par le Premier ministre Jean Castex pour freiner la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, semblaient inéluctables. Inéluctables compte tenu des chiffres de contaminations pour 100 000 habitants qui ont dépassé la ligne rouge dans plusieurs régions, y compris dans certaines zones rurales et pas seulement dans les grandes métropoles dont neuf seulement étaient jusqu’à hier soumises à couvre-feu. Inéluctables parce que le nombre d’hospitalisations et le taux d’occupation de lits de réanimation ont augmenté ces derniers jours de façon alarmante. Inéluctables enfin parce que le pays ne peut pas se permettre un nouveau confinement, comme viennent de le décréter les Irlandais. Le gouvernement comme les Français n’ont pas envie de revivre des semaines éprouvantes d’assignation à domicile dont l’impact psychologique et les conséquences socio-économiques ont été ravageurs pour le pays.

Dès lors, les couvre-feux, ces confinements nocturnes, semblent être la meilleure solution, le meilleur compromis pour continuer à vivre et travailler tout en empêchant un débordement des hôpitaux dans lesquels les soignants sont épuisés depuis la première vague. Pris au cas par cas, ils correspondent aussi à la stratégie territorialisée du gouvernement et sa volonté d’associer les élus locaux. 

L’épidémie de Covid-19, on le sait, est un défi de longue haleine, une terrible mise à l’épreuve, particulièrement dans les démocraties où toute décision est logiquement questionnée, souvent critiquée et parfois contestée. Mais il n’y a pas de fatalité pour peu que l’on fasse preuve de cohérence et de cohésion ; la Nouvelle-Zélande qui a réussi sa lutte contre le virus – 25 décès pour 5 millions d’habitants – vient d’en faire la spectaculaire démonstration.

La cohérence, le gouvernement, instruit de ses erreurs – ah ! les masques… – s’y essaie sincèrement. Il semble aborder plus finement la deuxième vague, communique du mieux possible, est plus transparent, ce qui n’empêche ni les couacs ni les injonctions contradictoires, mal comprises ou pas assez anticipées. Mais qui ferait mieux face à une épidémie si imprévisible qui frappe pareillement tous les pays d’Europe ?

La cohésion, il appartient à tous les Français de la faire vivre, c’est-à-dire de faire preuve de civisme en respectant des mesures qui restreignent certes les libertés, mais pour un temps très limité, afin d’éviter le pire.

Cohérence, cohésion, la Nouvelle-Zélande y est arrivée, pourquoi pas nous ? Il y a urgence...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 23 octobre 2020)

Un héros de la liberté

 

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L’hommage de la Nation à Samuel Paty, le professeur décapité par un terroriste islamiste de 18 ans, hier à la Sorbonne, temple républicain de la connaissance, était évidemment nécessaire. Nécessaire comme l’ont été les nombreux rassemblements de soutien dimanche après-midi partout en France. Les discours et les bougies – pour reprendre les mots de certains à droite qui n’ont pas voulu participer à ces manifestations – ne sauraient être évidemment suffisants en réponse à la barbarie et à l’obscurantisme, mais il est des moments où le symbole n’est pas vain, où l’on doit faire corps, faire bloc, pour défendre les valeurs de la République et apporter aux enseignants toute la considération qu’ils méritent de la part de la Nation. Ainsi, à travers l’hommage à Samuel Paty, enseignant passionné par son métier et l’envie de transmettre à ses élèves les clés pour devenir les citoyens libres et éclairés de demain, c’est tous les enseignants qui étaient hier honorés et réconfortés. En saluant la mémoire de l’un des leurs – « héros tranquille, héros anonyme, héros de la liberté » pour reprendre la belle expression de Robert Badinter – ce sont tous les enseignants qui ont été honorés pour leur travail qui, toute l’année, fait véritablement vivre les valeurs de la République.

Hommage nécessaire donc, mais pas suffisant. Le drame de Conflans-Sainte-Honorine nous oblige tous, élus, médias, plateformes numériques des réseaux sociaux, parents d’élèves, citoyens, à ne plus être dans le déni des attaques perpétrées depuis plusieurs années contre la laïcité et contre l’école, donc contre la République. Les témoignages, nombreux et jusqu’à présent peu écoutés, des professeurs racontant leurs difficultés d’enseigner certaines matières face aux revendications communautaristes mais aussi aux pressions d’une administration tétanisée adepte du « pas de vague », doivent être entendus et susciter un électrochoc pour apporter de vraies réponses.

Ces réponses peuvent être immédiates lorsqu’il s’agit de faire cesser des troubles patents mais elles doivent être aussi de long terme, ce qui suppose de ne pas se laisser emporter par l’émotion, aussi légitime et compréhensible soit-elle, mais au contraire d’être guidé par la raison et l’Etat de droit. Avant de rédiger de nouvelles lois comme ce fut souvent le cas après un attentat terroriste, est-on bien sûr que les lois existantes sont correctement appliquées et ont les moyens de l’être ? Depuis vendredi, on observe avec effarement un emballement contre-productif, les uns réclamant la levée de l’anonymat sur internet – qui n’existe pas de fait –, d’autres mélangeant communautaire et communautarisme, comme le ministre de l’Intérieur dénonçant les rayons hallal ou cacher dans les supermarchés… Abaisser ainsi le débat n’est pas rendre service à la République. « Le système des droits n’a pas été fait seulement pour les temps calmes, mais pour tous les temps. Rien ne justifie de le suspendre. Cela n’apporte rien à la lutte contre le terrorisme. Cela lui procure au contraire une victoire sans combat montrant à quel point nos principes étaient fragiles », expliquait l’avocat François Sureau, qui vient d’entrer à l’Académie française.

Les réponses à apporter doivent ainsi être à la fois à la hauteur du drame pour qu’il ne se reproduise plus et montrer la solidité de nos principes, c’est-à-dire – pour paraphraser Albert Camus, cité hier la Sorbonne – empêcher que la République ne se défasse… C’est le meilleur hommage que l’on puisse rendre à Samuel Paty.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 22 octobre 2020)

Papy et mamie

papy

 

Papy et mamie. Ces doux noms qui emportent toute la tendresse des enfants et la bienveillance de leurs parents à l’égard des grands-pères et grands-mères ont subitement déclenché la colère de ces derniers quand le nouveau Premier ministre les a utilisés pendant l’été pour s’adresser à eux. Pour Jean Castex, papy et mamie devaient renoncer à aller chercher leurs petits-enfants à l’école en raison des risques qu’ils couraient face à l’épidémie du coronavirus. Peut-être Jean Castex a-t-il des grands-parents l’image de ces anciens que l’on voit parfois dans les villages, voûtés sur leur canne et le béret vissé sur la tête. Une image d’Epinal en somme bien éloignée de la réalité, comme le lui a vertement rappelé sur le plateau de France 2 Armelle Le Bigot Macaux, présidente de l’École des Grands-Parents Européens. En voulant infantiliser les seniors – sans mauvaise intention évidemment – le Premier ministre s’était retrouvé comme un petit garçon devant la dynamique septuagénaire en colère…

C’est que deux éléments viennent contredire le Premier ministre. Le premier est que les "seniors" recouvrent désormais non pas une mais deux catégories d’âge : un 3e âge actif où, de 65 ans à 80-85 ans, l’on reste dynamique, plutôt en bonne santé ; puis un 4e âge où l’on devient plus dépendant. Second élément, les grands-parents le deviennent souvent de plus en plus tôt et en tout cas de façon plus précoce que la génération précédente. Selon un sondage Ipsos pour Notre temps paru en novembre, on entre dans la grand-parentalité en moyenne à 54 ans pour les femmes et 56 ans pour les hommes. Autant dire à un âge où l’on est d’autant plus actif... qu’on travaille encore. Ce sondage établit aussi que les grands-parents ne lésinent pas quand il faut s’occuper des petits-enfants : ils assurent en moyenne 9 heures de garde hebdomadaire qui font fructifier les liens intergénérationnels… Des liens essentiels dont une majorité de grands-parents a été privée pendant le confinement.

Pas question dès lors de revivre la même chose avec la deuxième vague du Covid-19. Jean Castex l’a d’ailleurs reconnu l’avant-veille de l’annonce présidentielle des couvre-feux. "On peut aller voir papy et mamie enfin, ce serait ridicule ! Mais on fait très attention. On porte le masque au maximum, en tout cas s’agissant du papy, puisque vous savez que pour les petits-enfants, même le port du masque en dessous d’un certain âge est décommandé", a-t-il expliqué le 12 octobre.

Car s’il faut bien sûr maintenir le lien intergénérationnel dans les familles quelles qu’elles soient, et ne pas infantiliser les seniors, il faut rester prudent. Le dernier point épidémiologique de Santé publique France indiquait que chez les 65-74 ans, le nombre de cas a plus que triplé en six semaines… Grands-parents et petits-enfants peuvent se voir, mais, comme le martèle la publicité "quand on aime ses proches, on ne s’approche pas trop…"

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 21 octobre 2020)

Une France debout

 

capitole

Parce que chacun d’entre nous a rencontré au cours de sa scolarité un instituteur, une institutrice, un professeur, à l’école, au collège, au lycée ou à l’université dont la bienveillance, les encouragements, les connaissances, la passion de transmettre nous ont marqués à vie et ont fait ce qu’aujourd’hui nous sommes devenus… nous étions là.

Parce que nous sommes pères ou mères, fils ou filles, frères ou sœurs, amis ou époux d’un enseignant et que nous connaissons toute la beauté de ce métier, les difficultés qu’il y a à l’exercer, l’ingratitude qu’il fait parfois endurer… nous étions là.

Parce que nous sommes convaincus que l’école laïque et publique reste la matrice de la République, le creuset dans lequel se forment les citoyens éclairés de demain, des hommes libres qui s’en remettent à la raison plutôt qu’aux dogmes… nous étions là.

Parce qu’après la liberté d’expression, la liberté de croyance, la liberté de se divertir et de s’amuser, c’est la liberté d’enseigner, la liberté de penser, même, qui a été attaquée… nous étions là.

Parce que les attaques terroristes, quel que soit le lieu où elles frappent, Toulouse, Montauban, Nice, Paris, Saint-Étienne-du-Rouvray, Conflans-Sainte-Honorine, touchent au cœur l’ensemble des Français… nous étions là.

Parce qu’après des militaires, des enfants juifs, des religieux, des dessinateurs, des journalistes, des policiers, des jeunes et des moins jeunes, nous nous sommes immédiatement reconnus dans nos enseignants… nous étions là.

Parce que l’inquiétude légitime face au coronavirus ne saurait empêcher l’expression de notre solidarité, de notre unité, de notre fraternité… nous étions là.

Nous étions là, nombreux, hier après-midi, dans toutes les villes du pays, pour rendre hommage à Samuel Paty, modèle de notre Education nationale que la mort a érigé en symbole républicain face à l’obscurantisme et à la haine.

Hier, il était le visage de la France. Une France debout.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 19 octobre 2020)

Liberté ! Laïcité !

 

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Au lendemain de l’attaque terroriste qui a coûté la vie à un professeur d’histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine, la France s’est réveillée hier avec cette terrible sensation qui l’a trop souvent étreinte ces dernières années. L’effroi devant la barbarie islamiste, le sentiment d’impuissance face à l’hydre terroriste, la tristesse infinie pour les victimes qui pourraient être nos proches, mais aussi l’envie de se battre, de ne pas baisser les bras ni plier le genou, de ne pas se diviser, de "faire bloc" comme l’a demandé, à raison, le président Macron, invitant les Français à l’unité.

En janvier 2015, ils se sont attaqués à la liberté d’expression en décimant la rédaction de Charlie Hebdo, qui avait publié des caricatures du prophète Mahomet. Les Français ont fait bloc et sont descendus en masse dans la rue, et avec eux des chefs d’Etat du monde entier, pour affirmer leur attachement indéfectible à la liberté de la presse, à la liberté d’expression et crier "Je suis Charlie".

En janvier 2015 et en juillet 2016, ils se sont attaqués à la liberté religieuse en s’en prenant à une autre religion que celle qu’ils pensaient servir, assassinant les clients de l’HyperCacher parce que juifs, égorgeant un prêtre, Jacques Hammel, dans son église – avec la même haine qu’à l’école Otzar Hatorah de Toulouse, en 2012. Une fois de plus, les Français ont fait bloc, réaffirmant leur attachement à la liberté de croire ou de ne pas croire, garantie par loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, fondement de notre laïcité.

En novembre 2015 à Paris comme en juillet 2016 à Nice, ils se sont attaqués à notre façon de vivre, de se distraire, de se cultiver en massacrant des jeunes fans de rock ou des familles venues voir le feu d’artifice de la fête nationale. Là encore, les Français ont fait bloc, n’ont pas cédé à la division et ont continué à aller au restaurant, au théâtre, aux concerts.

Ce vendredi, ils se sont attaqués à la liberté de penser enseignée dans nos écoles publiques en assassinant un professeur qui avait à cœur de former ses élèves pour qu’ils deviennent, demain, des citoyens éclairés. Nul doute que, là encore, les Français vont faire bloc, de façon peut-être encore plus solide que les autres fois, car l’école reste la matrice de la République, le meilleur instrument émancipateur pour combattre tous les dogmes, tous les obscurantismes religieux. "Nos écoles, depuis qu’elles sont pleinement laïcisées, n’attaquent aucune croyance religieuse, mais elles se passent de toutes les croyances religieuses. Ce n’est pas à tel ou tel dogme qu’elles demandent les principes de l’éducation", estimait – déjà – Jean Jaurès, qui expliquait dans nos colonnes qu’"on n’enseigne pas ce que l’on veut ; je dirai même que l’on n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est."

Au-delà des polémiques dans lesquelles nous finissons parfois par nous noyer après chaque attentat, il faut dès lors témoigner aux enseignants notre soutien dans cette épreuve mais aussi leur offrir urgemment la reconnaissance qui leur fait défaut pour ce qu’ils accomplissent au quotidien, en héritiers des hussards noirs adhérant aux mots de Victor Hugo. "Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme…"

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 18 octobre 2020)

Bis repetita

 

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Comme un sentiment de déjà-vu, de recommencement. En regardant hier après-midi le Premier ministre Jean Castex et quatre de ses ministres tenir la conférence de presse explicitant la décision annoncée la veille par le président de la République de mettre en place des couvre-feux dans neuf métropoles, chacun s’est comme retrouvé quelques mois auparavant, lorsqu’Edouard Philippe s’appliquait au même exercice de « service après-vente ». Dans les deux cas, il s’agissait d’assurer aux Français qu’ils pouvaient avoir confiance, que la situation épidémique était sous contrôle, que le gouvernement était tout entier mobilisé pour conjurer la propagation de l’épidémie de Covid-19, pour donner de nouveaux moyens aux soignants, pour soutenir salariés et entrepreneurs en souffrance et pour préparer un « monde d’après », qui – à portée de main pourvu que chacun soit responsable – serait forcément celui des « jours heureux »… 

Bis repetita. La deuxième vague de l’épidémie semble appeler quasiment les mêmes réponses de l’exécutif, qui a toutefois essayé d’être hier moins paternaliste avec les Français et moins infantilisant à leur égard, mais qui a remplacé parfois le volontarisme par la méthode Coué.

La première vague pouvait appeler l’indulgence des Français à l’égard du gouvernement face à un virus mystérieux, qui a obligé tous les pays à tâtonner pour répondre à cette épidémie mondiale, insaisissable et meurtrière, souvent par un éprouvant confinement. Qui dans les oppositions, d’ailleurs, peut dire qu’il aurait fait mieux ?

La seconde vague, en revanche, ne pourra souffrir le moindre droit à l’erreur. Le gouvernement semble n’avoir pas anticipé suffisamment ce rebond cet été, tout concentré qu’il était sur le plan de relance économique de la rentrée, pendant que les Français relâchaient leur vigilance. Rattrapée par l’épidémie, l’équipe Castex tente désormais de corriger les failles d’une stratégie qui n’était pas optimale et qui a valu hier au précédent gouvernement une série de perquisitions ordonnées par la Cour de justice de la République qui enquête sur les décisions du printemps et vraisemblablement le mensonge originel sur les masques. Handicapé par les dysfonctionnements sur les tests et le traçage, le triptyque « Tester, tracer, isoler » n’a pas marché ; il est changé en un « Tester, alerter, protéger ». L’application StopCovid est un échec cuisant ; « Tous anti-Covid » va lui succéder. Le confinement général ne pouvant être reproduit, il est remplacé par des couvre-feux qui sont autant de confinements nocturnes aux conséquences socio-économiques potentiellement tout aussi désastreuses en dépit de nouvelles aides.

Comme hier Edouard Philippe, Jean Castex espère remobiliser les Français et gagner leur confiance. Comme hier, il fait face à leur inquiétude pour l’avenir et à leur défiance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 16 octobre 2020)

Les limites de l’acceptabilité

 


Il y a sept mois, lors de son allocution solennelle annonçant le confinement du pays, Emmanuel Macron avait estimé fort justement qu’avec l’épidémie de Covid-19 "beaucoup de certitudes, de convictions [allaient être] balayées, remises en cause". De fait, le coronavirus est devenu pour le Président une épreuve au long cours, un défi complexe et mouvant d’une ampleur qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait eue à affronter. Même la réponse à apporter aux attentats de 2015, terribles pour notre pays, paraissait plus maîtrisable.


couvre feu


Avec ce virus, Emmanuel Macron, qui se targuait d’être maître des horloges, a dû faire son aggiornamento. Là où le mouvement social inédit des Gilets jaunes avait échoué à le faire dévier de sa trajectoire libérale réformiste, l’épidémie l’a contraint à revoir son positionnement politique en inversant le mantra du quinquennat : Emmanuel Macron a ainsi dû passer du "libérer, protéger" à un social-déomocrate "protéger, libérer". Le besoin de protection pendant la première vague de l’épidémie s’est imposé, en effet, avec le retour en grâce d’un Etat providence disposé à dépenser "quoi qu’il en coûte" pour sauver l’économie, passée, derrière la santé, priorité n° 1. Après le déconfinement, le chef de l’Etat espérait ouvrir une nouvelle séquence, la dernière du quinquennat, avec un nouveau Premier ministre ; pour remettre l’économie en souffrance au premier rang avec un plan de relance inédit.

Las ! Le rebond – prévisible – de l’épidémie, qui s’est transformé depuis la rentrée en une dangereuse deuxième vague, impose, à nouveau, de remettre la santé au premier plan… mais cette fois sans placer sous cloche l’économie. Une vraie gageure pour l’exécutif, qui ne peut plus utiliser l’arme du confinement généralisé. Dès lors, les mesures sanitaires plus restrictives qu’Emmanuel Macon est contraint d’annoncer ce soir s’apparentent à de la dentelle : des couvre-feux mais pas partout, des reconfinements locaux mais très ponctuels, du télétravail mais suggéré, etc. 

Des mesures coercitives mais pesées au trébuchet car chacune se heurte à la préservation des libertés individuelles auxquelles les Français sont très attachés. Au-delà des critiques politiques – légitimes en démocratie – sur la gestion à tâtons de la crise sanitaire, l’exécutif entend la petite musique de ceux qui hurlent contre les masques, les interdictions ou une prétendue dictature sanitaire. La fronde de certains élus locaux, les manifestations de cafetiers ou de forains constituent un signal faible de ras-le-bol et d’épuisement face aux contraintes certes, mais aussi un signal qui pourrait conduire à une "giletjaunisation" de la crise sanitaire… 

C’est pour éviter cela qu’Emmanuel Macron va devoir parler ce soir un langage de clarté et de vérité en présentant des mesures qui puissent être comprises de tous, sans dépasser les limites de l’acceptabilité…

Clarté

 

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On ne pourra pas ôter à Jean Castex une qualité – qui joue parfois des tours en politique –, celle de la franchise. De la même façon qu’il avait spontanément et presque naïvement expliqué qu’il n’avait pas téléchargé l’application StopCovid dont son propre gouvernement vantait les mérites auprès des Français – hélas sans succès puisqu’elle va être remplacée dans dix jours – le Premier ministre n’a pas tergiversé et a admis hier sans ambages que « nous sommes dans une deuxième vague forte. » Si l’analyse est contestée par certains experts qui dénoncent une dramatisation excessive de la part de l’exécutif, mais confortée par d’autres qui voient les services hospitaliers se remplir dangereusement à grande vitesse, elle a le mérite de la clarté.

Une clarté qui reste à décliner en revanche pour les nouvelles mesures sanitaires en vigueur dans les « zones d’alerte maximale », qui ont accueilli hier les deux métropoles d’Occitanie, Toulouse et Montpellier. C’est peu dire qu’après un confinement qui les a très durement éprouvés psychologiquement comme économiquement au printemps, les bars et restaurants sont plongés dans une inquiétude légitime pour leur avenir, voire une colère froide d’être pris pour des boucs émissaires. L’incompréhension domine : pourquoi eux et pas les autres, pourquoi leur ville et pas les autres ? Ces mesures fortes, qui touchent de plus en plus de villes s’apparentent à des reconfinements locaux, un terme que Jean Castex n’a pas écarté hier. « Rien ne doit être exclu » a-t-il expliqué face à « la situation dans nos hôpitaux. » Rien, sauf un reconfinement généralisé dont le pays ne pourrait pas se relever…

Dans ce contexte tendu, la parole du chef de l’Etat est importante et attendue. Cinq mois après le déconfinement, Emmanuel Macron navigue sur un chemin de crête : après avoir privilégié –à raison – la santé à l’économie, le Président doit redresser l’économie sans sacrifier la santé. Mercredi soir, c’est donc un langage de clarté et de vérité qu’attendent de lui les Français. Le seul qui permettra de passer collectivement la deuxième vague.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 13 octobre 2020)

Cas d'école

 

ecole

En abordant l’école dans son discours sur la lutte contre les séparatismes – intitulé "La République en actes" – Emmanuel Macron a assumé d’aller sur un terrain toujours sensible pour les gouvernements et les présidents tant chaque citoyen a de l’école une conception presque intime. "J’ai pris une décision, sans doute, et je la mesure, […] l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969", a assuré le Président en annonçant un bouleversement : l’école obligatoire – et non l’instruction, différence de taille – dès 3 ans, et en corollaire la fin programmée de l’école à domicile telle que nous la connaissions.

En appeler à l’universalisme de l’école républicaine permet, d’évidence, d’anesthésier ceux qui voudraient trop critiquer l’entièreté du discours sur les séparatismes. En effet, qui peut s’opposer, à gauche comme à droite, à la scolarisation des enfants dès le plus jeune âge dans l’école de la République, ce creuset "qui façonne des esprits libres" ? En conséquence de cette décision, l’école à domicile, qui a pu donner lieu à des dérives, sera strictement limitée aux impératifs de santé, comme cela peut se faire chez certains de nos voisins européens.

Ce discours volontariste du chef de l’Etat sur l’école se heurte pourtant à deux écueils. La scolarisation des enfants de 3 ans et plus était déjà une réalité grâce à des écoles maternelles publiques dont on ne dit pas assez l’excellence. De fait, la mesure ne concernerait "que" 20000 d’élèves. Des enfants qu’il va falloir accueillir dans des écoles et mettre face à des instituteurs. Autant dire que cela constituera un coût d’abord pour les municipalités, car pour les écoles privées sous contrat les classes maternelles n’étaient pas comptabilisées ; elles se retrouvent de facto intégrées dans le dispositif. Et pour l’Etat, il y aura la nécessité de recruter des centaines de professeurs supplémentaires, ce qui ne se fait pas du jour au lendemain.

La limitation stricte de l’école à domicile, qui concerne 50000 élèves sur 12 millions est le second point problématique. Une décision du Conseil constitutionnel de 1977 a reconnu que "le principe de la liberté de l’enseignement… constitue un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République". Y toucher est donc périlleux juridiquement. Sur le fond, si l’on comprend que le chef de l’Etat souhaite lutter – à raison – contre tout embrigadement religieux de jeunes qui suivent l’école à domicile, il vise surtout les établissements privés hors contrat qui peuvent ponctuellement accueillir ces jeunes. Mais sur ces 1 700 établissements seul un tiers est confessionnel, les autres promeuvent des pédagogies alternatives (Freinet, Montessori), qui ne peuvent être de taxées de séparatisme. D’autant que ces dernières années les contrôles de ces établissements – comme des parents à domicile – sont devenus plus stricts. Ceci explique que la pétition lancée par les associations de parents instruisant en famille avec le soutien d’établissements d’enseignement à distance, dépasse les 60 000 signatures.

Derrière la belle idée de l’école républicaine obligatoire à 3 ans se trouve donc une vraie complexité qui va demander du temps et des moyens. L’exécutif peut-il garantir les deux ? Un vrai cas d’école...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 12 octobre 2020)


Comment se réinventer

 

ski
Photo DDM, Joël Boyé

L’image avait tantôt fait sourire et parfois s’indigner : mi-février de cette année, pour sauver la saison de la petite station de Luchon-SuperBagnères, le Conseil départemental de Haute-Garonne avait fait livrer par hélicoptère 50 tonnes de neige. L’affaire était devenue politique, la ministre de la Transition écologique de l’époque, Elisabeth Borne, estimant qu’"enneiger une station de ski" de la sorte, "ce n’est pas une voie possible".

Assumée par le Département, cette opération exceptionnelle n’était pourtant pas une première. Montclar-les-2-Vallées, une station des Alpes-de-Haute-Provence, avait procédé de même deux mois auparavant et Gérardmer, dans les Vosges, s’était fait livrer de la neige par camion. Ces épisodes semblant opposer écologie et économie locale montrent combien le défi est grand pour les stations de ski pour faire face au réchauffement climatique qui, inéluctablement, ne cesse de réduire le domaine skiable français.

Dans les 10, 20 ou 30 prochaines années, de nombreuses stations ne pourront plus jouer les Sisyphe pour offrir une qualité de ski suffisante.

Dès lors, c’est tout un modèle qu’il faut totalement repenser pour les stations dont l’enneigement ne sera pas garanti et imaginer en version "quatre saisons". En 2015 déjà, la Cour des comptes estimait que les stations des Pyrénées devaient faire face à "une érosion continue de leur fréquentation", affichaient des "situations budgétaires et financières souvent tendues" avec une forte sollicitation des "finances publiques locales" mais avaient lancé des initiatives pour s’adapter. Le ski peut évidemment rester le produit phare le plus attractif pour les clients, notamment grâce à la neige de culture, qui est moins développée ici qu’ailleurs : 30 % seulement en France contre 48 % en Suisse et 60 % en Autriche. Mais les stations, et particulièrement celles en dessous de 1500 à 1700 mètres, doivent développer d’autres activités, tout au long de l’année, proposer des offres attractives pour des clientèles plus ciblées, et mieux s’insérer dans les économies des territoires.

En Occitanie, beaucoup de stations se sont déjà engagées dans cette voie de la diversification, comme la petite station de Laguiole, et cet été, les stations ont pu affiner les besoins – les Français ayant préféré rester en France, coronavirus oblige. Mais cet hiver, outre le possible manque de neige dû au réchauffement climatique, les stations se retrouvent sous la menace de la crise sanitaire. Face au Covid-19, elles ont mis en place un protocole sanitaire sérieux. Pour que skier reste, encore cette année, un plaisir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 10 octobre 2020)

Profiteurs de malheur

 

charlatan

À chaque malheur, ses profiteurs. L’épidémie de coronavirus n’échappe évidemment pas à cette règle vieille comme le monde. L’inquiétude légitime des Français pour leur santé et celle de leurs proches, les mystères qui entourent encore la compréhension de ce virus SARS-CoV-2 apparu il y a moins d’un an, la difficulté à obtenir, sinon un vaccin, du moins des traitements efficaces, la défiance qui s’est installée entre l’opinion et le monde médical, mais aussi entre les citoyens et leurs gouvernants contraints de prendre des mesures restreignant les libertés souvent mal expliquées : tout cela constitue un terreau sur lequel les complotistes de tout poil et les gourous marchands de guérison miraculeuse prospèrent allègrement.

Les quelque 70 signalements reçus pendant le confinement par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) montrent bien que l’épidémie de Covid-19 est devenue le théâtre d’oiseaux de mauvais augure qui trompent des Français en détresse pour leur vendre de l’espoir, souvent très cher, à coups de colliers grigri, de tisanes anti-Covid ou de coaching psychologique. Autant de "recettes" dont les conséquences sur la santé peuvent être dramatiques.

Face à ces pratiques, la vigilance doit donc être plus que jamais de mise de la part de tous les acteurs de l’épidémie. Les responsables publics d’abord, qui doivent faire preuve de transparence et de cohérence. Les deux, d’évidence, ont manqué depuis le mensonge de communication sur les masques en mars jusqu’aux récentes restrictions sanitaires, différenciées localement mais souvent confuses et peu compréhensibles.

Le corps médical, ensuite. Les polémiques à répétition et au grand jour depuis le début de l’épidémie ont clairement affaibli la parole scientifique. Là où l’opinion attend de la pondération, on a vu s’écharper en direct à la télévision ou sur les réseaux sociaux d’éminents spécialistes dépassés par leur hubris. Pas étonnant dès lors que ceux qui attendent des explications scientifiques se tournent vers des éclaircissements plus fantaisistes…

Les médias, ensuite, et particulièrement les chaînes d’information en continu. C’est peu dire que pour remplir leurs plateaux, certaines ont donné la parole à des médecins qui n’étaient aucunement spécialistes des virus ou à des experts toutologues que le doute habite rarement.

Enfin, les réseaux sociaux ont aussi leur responsabilité. Au nom d’une liberté d’expression conforme au premier amendement de la constitution américaine, ces plateformes ont lutté très mollement contre des contenus fallacieux sur le Covid-19 mais tellement porteurs d’audience…

Au final, le seul moyen de freiner l’activité des charlatans, qui surfent sur les fake news et les théories du complot, rejoignant les anti-vaccins et les opposants à la 5G, est bien de restaurer la confiance dans la parole publique. Il y a urgence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 7 octobre 2020)

Tenir le choc

 

avion

À la crise sanitaire du coronavirus succède cet automne la crise socio-économique tant redoutée. Depuis le confinement, nous nous étions bien sûr préparés à ce choc. En mars dernier déjà, le Premier ministre Edouard Philippe parlait de "risque d’écroulement" économique quand le ministre de l’Economie Bruno Le Maire évoquait la perspective de "la pire récession depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale."

Et pourtant, les annonces de plans sociaux qui s’enchaînent depuis quelques semaines – actuellement on en compte près de 450 partout en France – nous saisissent tous d’effroi, parce que derrière les chiffres bruts, ce sont bien sûr des familles qui basculent du jour au lendemain dans l’angoisse de l’avenir, ce sont des entreprises qui, solides hier, se retrouvent au bord de la faillite aujourd’hui, ce sont des territoires qui voient leur tissu économique se déliter. Plus de 65 000 emplois sont en passe d’être supprimés, selon un rapport de la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES) publié le 29 septembre. C’est trois fois plus qu’en 2019 à la même époque… "Nous nous attendons dans les semaines et les mois qui viennent à un nombre de licenciements élevé et à des faillites", concède Bruno Le Maire, qui entend faire "plus que tout" pour "éviter ces faillites et trouver des solutions" dans cette crise totalement inédite.

Car contrairement aux crises économiques précédentes, celle due à la pandémie de Covid-19 présente une spécificité : un fort effet sectoriel. Certains secteurs se retrouvent ainsi plutôt préservés quand d’autres sont particulièrement touchés comme le tourisme, la culture, l’automobile ou l’aéronautique. L’Occitanie, dont le moteur – et quasiment le seul – est de longue date le secteur aérien, se retrouve ainsi en première ligne face à la vague des plans sociaux. Les suppressions de postes chez Airbus, tel un effet domino, se répercutent sur de nombreuses autres entreprises du secteur et fragilisent toute l’économie régionale. Le plan France relance, mais aussi les aides mises en place par les collectivités locales, Région en tête, sont dès lors les bienvenues pour limiter les pertes d’emplois d’une part, mais aussi préserver les compétences, les savoir-faire pour préparer d’ores et déjà l’après.

Il faut, en effet, anticiper dès à présent la fin de la crise sanitaire, envisager une économie plus diversifiée, investir aussi de nouveaux domaines liés par exemple à la transition écologique. L’économie mondiale n’est pas totalement à l’arrêt et plusieurs experts estiment qu’une fois la pandémie vaincue, il y aura un effet rattrapage de la consommation et de l’investissement, freinés pendant de longs mois. La lumière est donc au bout du tunnel. En attendant, la solidarité doit jouer à plein pour tenir et amortir le choc des plans sociaux.

(Editorial publié dans La Dépêche du mardi 6 octobre 2020)

Frondeurs

 

vieux

On a beaucoup parlé ces derniers jours de la fronde des élus locaux mécontents des mesures de restrictions ponctuelles prises par le gouvernement pour limiter le rebond de l’épidémie de Covid-19. Il y a une autre fronde, à bas bruit, qui gronde depuis le début de l’épidémie et qui pourrait, elle aussi prendre de l’ampleur : celle des seniors, des plus de 65 ans, des aînés ou des vieux, comme certains veulent farouchement qu’on les appelle. Car depuis l’arrivée de l’épidémie de Covid-19 en France, voilà une catégorie de la population qui estime – souvent à raison – avoir été maltraitée, discriminée et pour tout dire infantilisée. Cela a commencé, en mars, avec la perspective d’un confinement dont ils auraient été les seuls concernés – perspective vite abandonnée par Emmanuel Macron lui-même. Cela s’est poursuivi ensuite avec de multiples conseils vécus comme autant d’injonctions comminatoires pour ne pas recevoir leurs proches et leurs petits enfants chez eux, éviter tout déplacement, etc. Pire encore, cela s’est traduit pour les résidents d’Ehpad par une absence totale de visites avant qu’elles ne soient autorisées qu’au compte-gouttes et derrière des parois de plexiglas… La goutte d’eau a peut-être été la recommandation du Premier ministre Jean Castex, déconseillant "à papy et mamie" d’aller chercher leurs petits enfants à l’école, ce qui lui a valu de se faire copieusement sermonner sur le plateau de France 2 par la présidente septuagénaire d’une association de grands-parents.

Cette colère sourde chez les seniors – qui sont tout à fait conscients des risques du coronavirus – mérite toute notre attention car elle dit beaucoup de la société française et de la place que les "vieux" y occupent. Une société qui n’a, d’évidence, pas assez pris en compte le fait qu’après l’enfance et la vie active, il n’y a pas une ultime étape mais bien deux. D’abord un 3e âge actif où, de 65 ans à 80-85 ans, l’on reste dynamique, souvent en bonne santé, où l’on ne manque ni de projets ni d’envies ; puis un 4e âge où l’on devient plus dépendant.

Cette articulation entre 3e et 4e âges est restée trop longtemps un impensé des politiques publiques. Il est plus que temps que cela change et qu’on en finisse avec cet "âgisme" : voilà ce que disent les seniors, en France mais aussi en Europe, qui réclament – et proposent – des solutions pour rester pleinement acteurs dans la cité, prêts à apporter leur expérience comme leurs idées.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 5 octobre 2020)

De la démocratie...

 

us debate

Lorsqu’il revint des Etats-Unis au début du XIXe siècle, Alexis de Tocqueville rédigea son ouvrage majeur "De la démocratie en Amérique", décortiquant les rouages de ce jeune pays et pressentant la guerre de sécession autour de l’abolition de l’esclavage, mais aussi comment les Etats-Unis étaient une superpuissance en devenir. Le philosophe avait montré combien les institutions démocratiques américaines – adossées à une constitution toujours en vigueur – étaient solides. Cette solidité a pour l’heure résisté à l’ouragan Donald Trump. Cela sera-t-il toujours le cas après le scrutin présidentiel du 3 novembre prochain ? À un mois de l’échéance, la question est sur toutes les lèvres tant le président sortant – après quatre années de défiance, souvent face à sa propre administration – semble vouloir s’affranchir des règles démocratiques les plus essentielles : celles qui garantissent la sincérité du scrutin.

Dans le brouhaha stupéfiant – mais hélas pas surprenant – du premier débat qui l’a opposé mardi au démocrate Joe Biden, Donald Trump est, en effet, resté ambigu quant au respect du verdict des urnes. Il a ainsi refusé de s’engager à ne pas revendiquer la victoire si le résultat n’était pas certain ; et il ne le sera pas, compte tenu du temps qu’il faudra pour dépouiller les votes par correspondance qui seraient, selon Donald Trump qui n’en apporte aucune preuve, l’instrument d’une fraude massive ourdie par les démocrates… Surtout, refusant de condamner les suprémacistes blancs, Donald Trump s’est adressé aux Prouds Boys, une milice armée d’extrême droite, leur demandant de se "mettre en retrait"… et de "se tenir prêt". Prêt à quoi ? Au chaos peut-être que redoutent certains après le scrutin ; à une possible guerre civile craignent les autres.

Depuis quatre ans, jamais l’Amérique n’a été aussi divisée, aussi fracturée, aussi polarisée. Entre les partisans de Trump et les soutiens de Biden, les positions semblent totalement irréconciliables, hermétiques à toute nuance, à tout constat partagé. Sur tous les sujets, les Américains ne se parlent plus, confortés dans leurs opinions par la bulle numérique des réseaux sociaux ou des groupes idéologiques chauffés à blanc, adeptes de "faits alternatifs" ou de théories complotistes. Le débat de mardi entre Trump et Biden aurait pu être l’occasion de les réunir pour confronter les idées et les programmes. Las ! À la place, les téléspectateurs ont eu droit au pire débat présidentiel jamais vu. Un débat qui entache l’une des premières démocraties du monde, ce qui aura des conséquences ailleurs bien au-delà des Etats-Unis.

Car le trumpisme a fait des émules dans bien des pays, y compris en Europe où des démocraties se retrouvent fragilisées par des leaders populistes ou des dirigeants autocratiques . "J’avoue que dans l’Amérique, j’ai vu plus que l’Amérique ; j’y ai cherché une image de la démocratie elle-même", disait Tocqueville, qui avait aussi perçu les maux qui peuvent ronger les Etats-Unis : la tyrannie de la majorité et la tentation despotique. "Cela ne va pas bien se terminer" a lâché Donald Trump mardi soir. Comme une promesse glaçante…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 3 octobre 2020)