Reprendre le contrôle
Libérés, délivrés ? Les Français en auront-ils fini, le 11 août, avec l’exaspérant démarchage téléphonique ? On peut en tout cas l’espérer avec le nouveau cadre qui entre en vigueur et qui va leur donner – enfin – le contrôle. Au lieu de considérer qu’ils acceptent par défaut d’être démarchés, les sociétés de télémarketing devront, au contraire, considérer qu’ils s’y opposent par défaut. Pour les démarcher, elles devront explicitement recueillir leur consentement, libre, éclairé et révocable à tout moment. Une petite révolution.
Cela sera-t-il suffisant ? C’est toute la question, car avant le 11 août existait déjà un dispositif, Bloctel, une liste anti-démarchage sur laquelle il suffisait d’être inscrit pour éviter – normalement – d’être importuné. Las ! Le système, qui s’arrêtera le 11 août, a montré ses limites face à des prospecteurs qui l’ont contourné, notamment depuis l’étranger. Ces pratiques ont également jeté le discrédit sur les professionnels qui, eux, respectaient la loi. Mais trop d’abus – et trop de Français arnaqués au sujet de leur compte personnel de formation ou de leur projet de rénovation – ont conduit les parlementaires à légiférer pour finalement redonner le pouvoir aux principaux intéressés : les abonnés au téléphone.
Reprendre le contrôle de sa vie numérique est une excellente chose qui ne devrait d’ailleurs pas s’arrêter aux numéros de téléphone. Alors que la France est l’un des pays les plus ciblés par le vol et les fuites de données personnelles, il y a urgence, là aussi, à redonner la parole et le contrôle aux internautes sur l’utilisation de leurs données, une mine d’or que convoitent les géants du Web pour un ciblage publicitaire de plus en plus intrusif. Là aussi, comme au bout du fil, les Français doivent pouvoir dire non au profilage publicitaire construit jour après jour à partir de leur navigation sur Internet et de l’utilisation de leur smartphone.
Dans notre société de plus en plus numérisée, l’esprit démocratique commande de protéger les citoyens contre l’utilisation abusive ou cybercriminelle de leurs données. Cela doit passer par des lois protectrices, mais aussi par de la pédagogie et une formation à l’hygiène numérique qui doit commencer dès l’école.
Car le démarchage téléphonique n’est finalement que la partie la plus audible d’une pression commerciale devenue permanente. Appels, courriels, SMS, notifications, publicités personnalisées : chacun est désormais suivi, sollicité, relancé, parfois manipulé, jusque dans les moments les plus privés de son existence. Le progrès numérique ne peut pas consister à transformer chaque citoyen en consommateur disponible à toute heure et chacune de ses données en marchandise. Le nouveau cadre du 11 août pose donc un principe qui devrait en inspirer bien d’autres : notre silence ne vaut pas consentement.
À l’heure où les technologies permettent de tout savoir de nous, la liberté commence peut-être par le droit de ne pas être dérangé, observé ou ciblé. Bref, par le droit de rester maître de son téléphone, de ses données et, finalement, de son temps.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 4 août 2026)