GiFi, le prix fort
Le redressement judiciaire demandé par GiFi est incontestablement un choc pour les 6 000 salariés de l’entreprise mais aussi pour de nombreux Français. Un choc empli de tristesse et d’inquiétude.
Tristesse de voir cette enseigne si familière être au bord du gouffre. Car depuis sa création en septembre 1981, GiFi a accompagné des générations de Français avec ses petits prix défiant, alors, toute concurrence. Ce bazar renouvelé arrivait toujours à surprendre et permettait à beaucoup de se faire plaisir en achetant l’essentiel comme l’accessoire, l’utile comme le superflu. Le concept avait même essaimé à l’étranger et GiFi, qui a installé dans les têtes son slogan joyeux "des idées de génie", semblait parti pour durer.
Las ! La pandémie de Covid est passée par là et, au sortir de celle-ci, des erreurs stratégiques, un pataquès informatique et, surtout, une concurrence exacerbée par l’essor du commerce en ligne et l’arrivée de nouveaux acteurs comme Action ont profondément fragilisé le modèle économique de l’enseigne. GiFi risque ainsi de rejoindre cette longue liste d’enseignes françaises, particulièrement dans l’habillement, disparues de notre quotidien. On pense à Camaïeu, Jennyfer, Naf Naf, Kaporal, André ou encore à Casa, Alinéa… et à tous ceux qui travaillaient dans leurs magasins.
Car derrière GiFi et ses 500 magasins, c’est bien le sort des quelque 6 000 salariés, dont 600 à Villeneuve-sur-Lot, qui doit nous préoccuper. On imagine l’angoisse de l’avenir qui étreint chacun, mais aussi celle de leurs proches. Car au-delà des salariés, ce sont des familles, des commerces et des bassins de vie entiers qui risquent de subir les conséquences de cette crise. Et l’on sait, pour l’avoir vécu par le passé, y compris dans notre Grand Sud, combien la fermeture d’un commerce ou d’une usine peut constituer une terrible saignée socio-économique pour un territoire, dont il ne se relève parfois qu’après des années.
C’est pourquoi la mobilisation, notamment celle des pouvoirs publics, doit être forte pour permettre de sauver le maximum d’emplois. Dans un secteur aussi concurrentiel, il sera sans doute difficile de préserver l’intégralité des magasins et des activités. Le scénario d’une reprise par morceaux, magasin par magasin ou par groupes de magasins, pourrait même s’imposer, au gré des intérêts d’investisseurs locaux ou d’enseignes concurrentes. Mais il faudra alors veiller à ce que les salariés ne soient pas les grands oubliés de ces opérations.
GiFi avait des idées de génie pour rendre la vie moins chère. Il faudra désormais beaucoup d’intelligence, de volonté et de solidarité pour éviter que ses salariés n’en paient le prix fort.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 22 octobre 2026)



