Ambitions
Il n’y a pas que les hommes et les femmes politiques qui font leur rentrée, les grands patrons aussi. Mais là où les premiers se focalisent désormais presque entièrement sur l’élection présidentielle de 2027, les seconds voient beaucoup plus loin qu’un simple quinquennat. Ce n’est pas Guillaume Faury qui dira le contraire. Dans l’interview qu’il a accordée à la presse régionale, dont La Dépêche du Midi, le président exécutif d’Airbus voit loin, jusqu’à l’horizon 2035-2040, et voit grand par ses ambitions industrielles et les innovations qu’il prépare pour l’avenir.
Airbus estime d’abord avoir désormais surmonté l’essentiel des difficultés industrielles qui freinaient sa remontée en cadence. L’avionneur considère que la période de reconstruction post-Covid touche à sa fin et qu’il entre dans une phase de réarmement industriel et technologique à long terme. Depuis la pandémie, le principal problème d’Airbus n’était pas de vendre des avions – son carnet de commandes est considérable – mais de les produire suffisamment vite malgré les tensions sur les fournisseurs, les moteurs et les chaînes industrielles. En affichant un objectif de 870 livraisons en 2026, le constructeur espère retrouver, puis dépasser, son niveau industriel de 2019.
Mais Guillaume Faury prépare déjà l’étape suivante : produire davantage d’A321, accélérer sur l’A350 et surtout construire l’appareil qui remplacera la famille A320neo. Une feuille de route à la hauteur des défis qui attendent l’aviation civile. Le trafic aérien devrait doubler d’ici aux années 2040, tiré notamment par l’essor des classes moyennes en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Les besoins sont immenses : entre 42 000 et 44 000 avions neufs d’ici à 2045, dont près de 80 % de monocouloirs. On comprend dès lors l’importance qu’Airbus accorde au successeur de l’A320neo. Pragmatique, l’avionneur ne promet pas une révolution complète de l’aviation, mais une évolution extrêmement ambitieuse de son modèle vedette, avec une consommation de carburant réduite de 20 à 30 %. En parallèle, Airbus met le frein sur l’hydrogène. Il n’y renonce pas, mais replace cette technologie dans une logique de recherche, sans calendrier industriel immédiat.
Enfin, au-delà de la volonté de produire davantage aujourd’hui et d’investir massivement pour demain, Guillaume Faury veut faire changer d’échelle l’industrie européenne face à ses concurrents, dans l’aéronautique mais aussi dans le spatial. À l’heure des bouleversements géopolitiques, du retour de la logique des blocs, du protectionnisme et des rapports de force, il veut appliquer au spatial ce qui a fait le succès d’Airbus.
Car l’Europe spatiale souffre du même mal qu’autrefois son industrie aéronautique : trop d’acteurs nationaux, trop de concurrence interne. L’Europe peut créer un véritable Airbus du spatial, comme elle pourrait demain créer un Airbus du train ou de l’intelligence artificielle. Mais là, l’ambition des industriels ne suffit plus. C’est aux politiques d’afficher leur vision. Guillaume Faury nous a livré la sienne. On attend maintenant celle des candidats à la présidentielle…
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 5 septembre 2026, photo Airbus)