Panser et repenser
À la détresse de voir les touristes contraints de quitter leurs lieux de vacances devant l’avancée du mégafeu de Gironde s’est ajoutée, pour les professionnels du tourisme, la communication zigzagante du gouvernement. Dans un premier temps, les pouvoirs publics ont privilégié un message général d’évitement. Sophie Brocas, préfète de la Gironde, et Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, ont demandé aux touristes de ne pas venir, voire d’envisager une autre destination. Une consigne compréhensible à proximité des flammes, mais désastreuse pour les professionnels des secteurs du département qui n’étaient pas menacés.
Face à leur inquiétude, le gouvernement a ensuite corrigé son discours, jusqu’à ce que le Premier ministre invite ce week-end les Français à partir en vacances en Gironde. « C’est même un geste de solidarité », assurait dimanche Sébastien Lecornu.
C’est que le tourisme est vital pour le département. Il représente 7 % de son PIB et fait travailler près de 49 750 personnes. L’été concentre jusqu’à 40 % du chiffre d’affaires de nombreux professionnels. Sans compter tout l’écosystème d’artisans, de commerçants et de services qui vit, lui aussi, de la fréquentation touristique. Un incendie ne brûle donc pas seulement des forêts et des paysages : il menace toute une économie locale.
Le mégafeu étant désormais maîtrisé, le temps de l’après commence : un temps pour panser et repenser.
Panser, d’abord, en soutenant les entreprises directement touchées par le feu et, plus largement, par les canicules à répétition de cette année. Sans rééditer le « quoi qu’il en coûte » des années Covid, Roland Lescure, ministre de l’Économie, et Serge Papin, chargé des PME et du Tourisme, ont présenté un plan reposant sur l’activité partielle, des aides financières directes pour les indépendants ainsi que des reports ou aménagements de cotisations sociales et d’impôts. Assurances, chambres de commerce et banques se mobilisent également pour tenter de sauver une saison qui avait pourtant bien commencé.
Mais il faudra aussi repenser plus profondément le modèle économique du tourisme français face aux risques climatiques. Il y a trois ans déjà, Atout France avait engagé cette réflexion dans une étude prospective intitulée « Horizons 2040. Construire ensemble les tourismes de demain ». Canicules, sécheresses, inondations, pénuries d’eau et incendies y figuraient parmi les principaux facteurs appelés à bouleverser le secteur.
L’étude annonçait le passage progressif d’une économie fondée sur la promotion des destinations à une économie centrée sur l’habitabilité des territoires. Ce basculement est déjà perceptible. Cette année, les températures plus douces de la Bretagne, de la Normandie ou du Nord ont exercé un attrait nouveau sur les vacanciers.
Autrement dit, demain, le tourisme ne choisira plus seulement ses destinations : c’est aussi le climat qui les choisira. Il y a donc urgence à préparer notre économie touristique à cette nouvelle donne.
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 5 août 2026)