Le profits et la facture
D’un côté, des prix des carburants qui n’ont jamais été aussi élevés. Depuis le déclenchement de la guerre en Iran par Donald Trump et le blocage du détroit d’Ormuz par lequel transitait 20 % du pétrole mondial, les prix à la pompe ont atteint des niveaux records (+49,3 % depuis janvier pour le gazole).
De l’autre côté, des profits records pour les énergéticiens comme TotalEnergies qui a annoncé hier un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre grâce à l’envolée du cours des hydrocarbures, dont bénéficient aussi ses concurrents internationaux. La multinationale a ainsi plus que doublé sur un an son bénéfice net.
Entre les deux, des ménages étranglés. Fin juillet, Rémi Branco et Jérôme Fourquet montraient dans une note de la Fondation Jean-Jaurès combien les Français avaient renoncé à certains déplacements, que ce soit pour partir en vacances ou simplement rendre visite à un proche. 58 % considéraient alors que leur vie s’était « rétrécie »… Et que dire de ceux qui ne peuvent se passer de leur voiture pour travailler – infirmières, aides à domicile, artisans, taxis – et dont beaucoup n’ont pas les moyens de passer à l’électrique ?
Face à cette situation, on aurait pu imaginer une baisse des taxes prélevées par l’État sur chaque litre de carburant et une contribution exceptionnelle des énergéticiens qui font des profits exceptionnels. Las ! Le gouvernement a choisi de n’actionner aucun de ces deux leviers.
Sur la baisse des taxes, Emmanuel Macron a encore justifié mercredi son refus au prétexte qu’elles serviraient à financer les dépenses de notre modèle social. Le manque à gagner pour un État impécunieux pourrait pourtant être compensé par d’autres choix budgétaires et fiscaux, notamment la remise en cause de dispositifs d’optimisation fiscale. Le gouvernement, subitement adepte d’un principe d’équité qu’il s’est gardé d’appliquer dans d’autres domaines, dit privilégier des aides ciblées pour les gros rouleurs plutôt qu’une baisse des taxes qui profiterait indistinctement à tous. Un argument qui n’est pas sans fondement, mais qui ne saurait justifier à lui seul l’inaction fiscale. D’autant que d’autres pays ont fait des choix différents : cette année, au moins 14 pays de l’Union européenne ont abaissé, à un moment donné, les taxes sur l’essence ou le gazole en jouant sur la TVA ou les accises.
À défaut de toucher aux taxes, le gouvernement espère désormais que la libération sur trois mois de 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques fera baisser de 12 à 18 centimes le prix du litre à partir du 1er novembre. Mais quid après trois mois ? Et quid de ceux qui roulent à l’essence ? Mystère.
Quant à la taxation des superprofits, le gouvernement n’en veut pas davantage. Tout comme le PDG de TotalEnergies qui a laissé entendre que si elle était instaurée, il pourrait renoncer au plafonnement du prix des carburants qu’il vend – avec le succès que l’on sait – dans ses stations. Une forme de chantage à peine voilé, alors même que les bénéfices du groupe atteignent des sommets.
Pourtant, rien n’interdit de mettre à contribution ceux qui profitent de la crise. Dans une note publiée hier, l’Institut Veblen propose même d’instaurer un impôt permanent sur les superprofits pétroliers, qui pourrait rapporter jusqu’à 3 milliards d’euros en France et 26,4 milliards en Europe. De quoi contribuer à protéger les ménages tout en accélérant la transition énergétique.
Cette flambée des prix rappelle qu’on ne choisit pas toujours les crises que l’on subit, mais qu’on choisit toujours la manière d’en répartir les conséquences. Et c’est bien là que commence la responsabilité politique…
Philippe Rioux
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 30 octobre 2026)






