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Coupable déni

 

airbag

À partir de combien de morts – évitables – une réponse adéquate est-elle mise en place par les pouvoirs publics pour dire stop ? Cette question, brutale, est à la mesure du scandale Takata, après que les airbags défaillants de ce fabricant japonais ont fait une deuxième victime avérée en France, une femme de 37 ans, dans un accident sur l’autoroute le 11 juin à Reims. L’explosion de l’airbag de sa Citroën C3 de 2014 a provoqué « de très graves blessures » ayant entraîné sa mort. Il a donc fallu attendre six jours pour que le ministre des Transports demande l’immobilisation de toutes les Citroën C3 et DS3 nécessitant un changement d’airbags. Jusqu’à présent, certains conducteurs – 150 modèles fabriqués par 30 marques différentes sont concernés – avaient été invités à faire remplacer leurs airbags… mais pas à ne plus utiliser leurs véhicules. Ubuesque et révoltant !

Car on ne découvre pas l’ampleur du scandale Takata aujourd’hui ; il remonte même à quinze ans et cumule depuis tous les dysfonctionnements possibles. Le défaut majeur des airbags Takata réside dans l’utilisation du nitrate d’ammonium comme agent propulseur, instable dans des conditions de chaleur et d’humidité et qui peut se dégrader avec le temps. Lors du déclenchement de l’airbag, ce composé chimique risque alors d’exploser de façon incontrôlée, projetant des fragments métalliques à grande vitesse vers les occupants du véhicule.

Dès le début des années 2000, plusieurs ingénieurs de Takata avaient identifié ce problème mais le fabricant a ignoré les rapports alarmants, quand il ne les a pas modifiés voire dissimulés pour continuer soin business comme si de rien n’était. Les premiers incidents ont ensuite été signalés aux États-Unis dès 2008, mais le scandale n’éclatera vraiment qu’au début des années 2010 après plusieurs décès suspects.

Takata a reconnu avoir dissimulé le défaut et a plaidé coupable de fraude en 2017… avant de déposer le bilan la même année. Depuis, les airbags défectueux ont causé des dizaines de morts et des centaines de blessés à travers le monde sans que ni les constructeurs, ni les pouvoirs publics ne semblent prendre les mesures adéquates : ne plus utiliser les airbags Takata, et réparer obligatoirement ceux en circulation.

Le scandale Takata révèle non seulement une défaillance technique tragique, mais aussi un symptôme plus profond : celui d’une industrie prête à sacrifier la sécurité humaine à la logique financière. Beaucoup de constructeurs ont, en effet, continué à faire appel à Takata et ses airbags aux prix compétitifs, malgré les alertes, les premiers incidents, voire les premières victimes.

Si l’on ajoute à ce scandale celui du dieselgate – le trucage des tests d’émissions polluantes des véhicules diesel pour réussir les contrôles antipollution – on ne peut que s’interroger sur une industrie qui place ses profits au-dessus de toute autre considération.

Aujourd’hui, il appartient aux constructeurs, sous le contrôle vigilant des pouvoirs publics, de sortir du déni et du silence, d’agir vraiment pour réparer leurs fautes et indemniser les victimes et leur famille. Ce sera le minimum pour espérer regagner la confiance des automobilistes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 juin 2025)

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