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Articles

Affichage des articles du mars, 2026

Retraites : l'impasse française

    Il y a des réformes qui passent, et d’autres qui s’enlisent… La question des retraites appartient à la seconde catégorie car depuis 2022, le débat ne cesse de rebondir sans jamais se résoudre. La tentative avortée d’un système à points, puis la réforme de 2023, adoptée dans la douleur et finalement suspendue en 2025, ont laissé un pays fracturé. Et surtout, à un an de l’élection présidentielle, le problème reste entier. Car le constat politique est implacable : la réforme Borne n’a jamais été acceptée. Contestée par une majorité de Français et tous les syndicats, elle a cristallisé un sentiment d’injustice, alimenté par une méthode jugée brutale et un effort perçu comme mal réparti. Le conflit social a, d’évidence, laissé des traces profondes, au point de rendre toute nouvelle tentative plus risquée encore ; on l’a vu avec l’échec du "conclave" Bayrou. Pourtant, derrière la crise politique, la réalité démographique, elle, n’est pas suspendue. Le système français ...

Cause nationale

Il n’y a pas si longtemps, les tentatives de cyberarnaques pouvaient être déjouées avec un peu de bon sens, d’observation et d’entraînement. Les e-mails ou les SMS des arnaqueurs qui voulaient nous hameçonner pour qu’on leur livre nos coordonnées bancaires étaient truffés de fautes d’orthographe, avaient une syntaxe approximative et les logos de grandes sociétés dont ils usurpaient l’identité étaient mal imités. Tout cela nous incitait à nous méfier. Cette époque est révolue. Aujourd’hui, nous sommes passés dans une nouvelle ère où même les plus aguerris d’entre nous peuvent se laisser surprendre. Et plus personne n’est vraiment à l’abri. Ce changement repose sur deux évolutions majeures. D’une part, les vols ou fuites massives de données qui se sont multipliés chez les commerçants en ligne, voire les services de l’État ; des données qui se vendent ensuite sur le dark web, le marché noir numérique. Les escrocs peuvent alors disposer de données précises – prénom, nom, adresses élec...

Trump, l'orgueil et le bourbier

    Il y a, dans certaines décisions politiques, une part d’aveuglement qui tient moins à l’erreur qu’à l’orgueil. La guerre engagée par Donald Trump contre l’Iran appartient à cette catégorie. Pensée comme une démonstration de force, elle est devenue un engrenage que son initiateur ne maîtrise déjà plus et dont il a le plus grand mal à reprendre la main. Le scénario était pourtant écrit d’avance – du moins le croyait-il. Une guerre courte, ciblée, spectaculaire. Une séquence politique maîtrisée, destinée à nourrir l’image d’un président fort à l’approche des élections de mi-mandat. Las ! Rien ne s’est déroulé comme prévu et en trois semaines on est passé d’une séquence calibrée avec promesse d’une guerre brève à une dynamique d’escalade régionale. L’attaque israélienne d’un site gazier iranien, suivie des représailles iraniennes contre les installations énergétiques des monarchies du Golfe, puis ce désaveu précipité d’Israël par Washington soi-disant pas au courant, sous...

Fracture démocratique

    Les élections municipales devaient apporter une respiration démocratique bienvenue après le chaos parlementaire, les débats budgétaires sans fin et la succession de trois Premiers ministres en moins d’un an – séquences interminables provoquées par la dissolution ratée de 2024. L’élection des élus préférés des Français – les maires – devait permettre, pensait-on, de retrouver l’essence et la noblesse de la politique : le débat contradictoire et respectueux, la volonté d'améliorer le quotidien des Français, la défense de l’intérêt général ou encore une vision renouvelée de l’aménagement des territoires face aux défis du pays (santé, mobilités, climat, écoles…). Après des municipales bouleversées par la pandémie de Covid-19 en 2020, certains pariaient même sur un sursaut de participation. Las ! Il n’en fut rien. Et l’on se retrouve presque malgré nous dans la situation décrite par Albert Camus lorsqu’il estimait que la politique pouvait devenir une machine à désespé...

La ligne invisible

  Les guerres modernes ne se déclarent plus, elles s’étendent. Depuis des années, le Moyen-Orient vit dans une zone grise stratégique faite de frappes ciblées, de cyberattaques et d’affrontements indirects entre puissances rivales. Cette guerre diffuse semblait jusqu’ici contenue dans ses marges. Jusqu’à ce que Donald Trump et Benyamin Netanyahou décident de frapper l’Iran, déclenchant un conflit dont personne aujourd’hui – et surtout pas eux – ne sait comment il se terminera ni quelles en seront les conséquences géopolitiques, économiques et humaines. Depuis le 1 er  mars, le conflit s’est déjà développé. L’Iran bombarde les Émirats et plusieurs pays voisins, notamment les bases militaires qu’ils accueillent. Dans le même temps, les groupes armés qui se réclament du régime des mollahs entrent en action. Le groupe pro-iranien Ashab al-Kahf, vraisemblablement à l’origine de l’attaque qui a coûté la vie à l’adjudant-chef Arnaud Frion et blessé plusieurs de ses frères d’armes, me...

Société fatiguée

  Le constat est aussi simple qu’inquiétant. Selon l’enquête annuelle de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), les Français dorment en moyenne 6 h 50 par nuit en semaine, soit bien en dessous des besoins physiologiques, et un quart d’entre eux passe sous la barre des six heures. Résultat : près d’une personne sur deux se réveille fatiguée, signe d’une dette de sommeil chronique qui s’installe dans notre quotidien. Dans un pays qui a longtemps revendiqué l’art de vivre, ce déficit nocturne devrait nous alerter. Car le sommeil n’est pas un luxe, ni un temps perdu entre deux journées de travail. Il est au contraire l’un des piliers les plus fondamentaux de la santé. La science l’a largement démontré. La nuit, le cerveau trie, consolide et organise les informations accumulées dans la journée. Les circuits de la mémoire se réinitialisent, l’attention se restaure, les émotions se régulent. Dormir, c’est littéralement réparer l’organisme. À l’inverse, do...

Derrière les maires

  Dans la dernière ligne droite avant le premier tour des élections municipales, dimanche prochain, le suspense monte au gré de la publication de sondages d’intentions de vote – dont les marges d’erreur nourrissent toutes les interprétations – et de l’organisation des derniers débats et des ultimes grands meetings. Si des passes d’armes nationales portées par les chefs de parti – toujours tentés de nationaliser le scrutin – occupent le devant de la scène, les municipales restent éminemment locales. Elles le sont même profondément. 34 875 batailles comme autant de communes dans lesquelles vont se jeter pas moins de 904 042 candidats, répartis entre 50 478 listes. En dépit des difficultés du mandat de maire régulièrement soulignées par les associations d’élus, en dépit du discrédit qui affecte la classe politique en général, il est plutôt heureux de voir que beaucoup de Français veulent s’engager au service de leurs concitoyens et pour leur commune. La plupart de ces c...

La République des maires

    La dernière ligne droite de la campagne des élections municipales s’ouvre ce lundi. Six jours pendant lesquels les candidats vont jeter leurs dernières forces dans la bataille, avec de grands meetings, du tractage et du porte-à-porte renforcés pour convaincre les Français d’aller voter dimanche prochain et de les choisir, alors que les professions de foi arrivent dans les boîtes aux lettres. La participation devrait d’ailleurs être plutôt bonne selon les dernières enquêtes d’opinion, y compris parmi les jeunes. Et pour cause. Même si la campagne a démarré lentement, elle a, d’évidence, retrouvé le souffle démocratique que la pandémie de Covid avait éteint il y a six ans, avec un premier tour organisé dans la peur de la contamination et un second convoqué des semaines après le premier. Cette année, retour à la normale. Mais un autre aspect intervient qui pourrait amener les Français aux urnes : après les législatives anticipées de 2024 et l’exaspérant chaos politique e...

Combat universaliste

  Jusqu’à présent, lors de la Journée internationale des droits des femmes, beaucoup d’entre elles dans le monde pouvaient se dire qu’il y avait globalement des progrès arrachés de haute lutte, en dépit de situations terribles. Si tout restait à faire – encore et toujours – ou à parfaire, la prise de conscience était tout de même là. Mais nombre de femmes se demandent désormais s’il ne faudra pas tout recommencer, tant les attaques contre leurs droits sont aujourd’hui massives, organisées et parfois assumées politiquement, y compris en Occident. Ce grand recul, inquiétant, est documenté par plusieurs organisations internationales, au premier rang desquelles l’agence ONU Femmes, qui lance cette année une alerte mondiale à agir. « Partout dans le monde, les systèmes judiciaires qui sont censés faire respecter les droits, ainsi que l’État de droit, manquent à leurs obligations envers les femmes et les filles. À l’échelle mondiale, les femmes ne bénéficient que de 64 % des dr...

Flou stratégique

  Jusqu’à présent, les dernières interventions militaires américaines menées à l’étranger avaient des objectifs certes parfois très contestables mais identifiables : en 2001, la chasse aux terroristes d’Al Qaïda et d’Oussama Ben Laden responsables des attentats contre le World Trade Center à New York ; en 2003 la guerre en Irak pour déloger Saddam Hussein ; en 2011 l’opération en Libye pour mettre un terme au régime sanglant du colonel Kadhafi. Des interventions militaires lancées parfois au prix de mensonges – sur les armes de destruction massive irakiennes – qui se sont toutes finies en fiasco pour les États-Unis, mais qui avaient débuté avec un habillage multilatéral minimal et la recherche d’une légitimité internationale. Les frappes menées conjointement contre l’Iran par Israël et les États-Unis le week-end dernier semblent s’affranchir des règles du droit international – que Donald Trump et Benjamin Netanyahou exècrent – et laissent apparaître une rupture plus ...