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Cause nationale

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Il n’y a pas si longtemps, les tentatives de cyberarnaques pouvaient être déjouées avec un peu de bon sens, d’observation et d’entraînement. Les e-mails ou les SMS des arnaqueurs qui voulaient nous hameçonner pour qu’on leur livre nos coordonnées bancaires étaient truffés de fautes d’orthographe, avaient une syntaxe approximative et les logos de grandes sociétés dont ils usurpaient l’identité étaient mal imités. Tout cela nous incitait à nous méfier. Cette époque est révolue. Aujourd’hui, nous sommes passés dans une nouvelle ère où même les plus aguerris d’entre nous peuvent se laisser surprendre.

Et plus personne n’est vraiment à l’abri. Ce changement repose sur deux évolutions majeures. D’une part, les vols ou fuites massives de données qui se sont multipliés chez les commerçants en ligne, voire les services de l’État ; des données qui se vendent ensuite sur le dark web, le marché noir numérique. Les escrocs peuvent alors disposer de données précises – prénom, nom, adresses électroniques et physiques, numéros de téléphone, etc. – qui vont leur permettre de créer des messages ultra-personnalisés.

Le second facteur, qui marque un véritable basculement, est l’irruption de l’intelligence artificielle. Là où autrefois il fallait un vrai talent de faussaire numérique, du temps et des outils précis pour concevoir des messages destinés à des arnaques, avec l’IA tout se simplifie, pour la création comme pour la diffusion des cyberarnaques. Que ce soit par e-mail ou sur mobile, ces dernières ont atteint une sophistication impressionnante. Messages vocaux, robots conversationnels, fausses vidéos – les deepfakes – : tout cela pour seulement quelques euros. La panoplie qui faisait le sel des films de science-fiction est désormais installée dans la réalité.

Et la France est particulièrement exposée. Notre pays est le 2e le plus attaqué en Europe (13 % des incidents, derrière le Royaume-Uni à 17 %) et figure dans le top 3 mondial avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Par ailleurs, plus de 40 millions de comptes compromis en 2025 placent la France au 2e rang mondial pour les fuites de données.

Face à ce tsunami de cybercriminalité, la France s’organise et agit en amont comme en aval. En amont, il s’agit d’avoir des entreprises davantage conscientes des risques et qui sécurisent mieux leurs données. En aval, c’est tout un travail de sensibilisation du grand public à une culture numérique de vigilance qui est mené. Car comme le rappelle le dernier « Panorama des menaces » de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), les escrocs « continuent d’exploiter les biais inhérents à la nature humaine, entre autres en s’appuyant sur le bon vouloir des personnes ciblées. »

Dès lors, sensibiliser et former la population aux risques numériques, sans alarmisme inutile mais sans naïveté, doit devenir un enjeu national. Apprendre à reconnaître les cyberarnaques comme la désinformation en ligne, comprendre les biais des algorithmes des réseaux sociaux ou des modèles d’intelligence artificielle qui sont entrés dans nos vies comme ChatGPT et ses équivalents : c’est toute une culture et une hygiène numériques que chaque Français doit pouvoir acquérir, dès l’école et tout au long de la vie.

Un numérique sûr et citoyen : voilà qui ferait une excellente grande cause nationale pour le prochain quinquennat… à condition de ne pas attendre la prochaine arnaque massive pour s’en convaincre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 29 mars 2026)

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