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Éditos

Dans les pas de Roosevelt

JoeBiden

Lorsqu’il s’est installé dans le bureau ovale de la Maison Blanche le 20 janvier dernier, Joe Biden a pris soin de refaire la décoration laissée par son prédécesseur Donald Trump. Face à son célèbre bureau, le nouveau président démocrate a installé un grand portrait de Franklin D. Roosevelt, le président qui sortit les Etats-Unis de la grande dépression avec son New Deal.

Joe Biden s’est-il inspiré de Roosevelt pour conduire ses cent premiers jours à la tête du pays ? S’est-il rappelé le discours d’investiture de Roosevelt le 4 mars 1933 – « la seule chose dont nous devons avoir peur, c’est la peur elle-même » – ou cette anecdote lorsqu’après son élection, un visiteur lui fit remarquer « Monsieur le Président, si votre programme réussit, vous serez le plus grand président de l’histoire américaine. Si cela échoue, vous serez le pire », s’attirant pour toute réponse un « Si ça échoue, je serai le dernier… »

En tout cas depuis cent jours, Joe Biden – qui devait prononcer hier son premier discours sur l’état de l’Union devant le Congrès – peut revendiquer la filiation avec son illustre prédécesseur. Le Sleepy Joe (Joe l’endormi) raillé par Trump s’est révélé être un Speedy Joe avec une volonté et une détermination de fer pour appliquer au pas de charge son programme dès le jour de son investiture en signant 17 décrets. Jusqu’à présent, c’est un sans-faute sur la forme – le style du 46e Président de 78 ans, tout en empathie et en maîtrise séduit – que sur le fond.

Sur la gestion de la pandémie, après avoir imposé le masque dans les bâtiments fédéraux, il avait promis 100 millions d’Américains vaccinés en 100 jours. Il n’en aura fallu que 58 et c’est 200 millions d’Américains qui sont aujourd’hui vaccinés et se préparent à abandonner le masque. Sur la scène internationale, Biden applique un « America is back. » Un retour bienvenu pour les partisans du multilatéralisme et les alliés de l’Amérique après quatre ans de chaos trumpien, mais qui pourrait aussi à terme inquiéter l’Europe. Biden tient la dragée haute à la Chine, retire les Boys d’Afghanistan, s’implique dans l’Otan comme dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais c’est peut-être sur le plan économique et social que Biden surprend le plus. Fin connaisseur des arcanes du Sénat qu’il a arpentés pendant 36 ans, il a décroché un plan de relance de 1900 milliards de dollars. Puis c’est un plan d’investissements dans les infrastructures de 2 300 milliards qui a suivi avec une volonté claire de verdir l’économie et d’investir dans les technologies du futur. Enfin – et surtout – Biden ouvre un nouveau chapitre qu’on n’attendait pas venant d’un démocrate qui n’est pas le plus à gauche de sa famille politique : la fin de l’ère libérale entamée par Reagan et le retour d’une politique keynésienne faite d’investissements publics et de taxation des plus riches (grandes fortunes ou GAFA).

Hier Biden devait dévoiler un plan de 1 500 milliards de dollars dans les services à l’enfance et l’éducation, et un autre de 1 000 milliards pour la santé est dans les tuyaux. La dette publique va représenter 130 % du PIB et certains économistes craignent un retour de l’inflation. Mais la croissance devrait bondir de 6,5 % cette année, ouvrant une nouvelle ère de prospérité. Fort de la transformation des Etats-Unis qu’il impulse, Joe Biden – qui sait combien la tâche sera dure dans un pays aussi divisé – espère bien être celui qui aura renouvelé le « rêve américain » et ainsi entrer dans l’Histoire dans les pas de Roosevelt.    

(Analyse publiée dans La Dépêche du Midi du jeudi 29 avril 2021)

Rééquilibrage

maison
Photo DDM, Jean-Marie Lamboley

C’est une sorte de décentralisation qu’est en train de vivre la France, un rééquilibrage entre ses territoires urbains et ruraux, longtemps réclamé par les élus et les habitants de la province face à la toute-puissance décisionnaire parisienne, presque la possible revanche des Girondins sur les Jacobins que permet finalement l’épidémie de Covid-19.

Depuis un an, en effet, les restrictions nombreuses mises en place pour endiguer l’épidémie, et notamment les confinements qui ont assigné les Français à domicile, ont permis de jeter un regard neuf sur l’aménagement du territoire et les limites de la métropolisation qui était à l’œuvre depuis plusieurs années.

Confinés pour nombre d’entre eux dans des appartements trop petits, de plus en plus de Français ont commencé à s’interroger sur la pertinence de rester dans des grandes villes privées de leurs atouts, notamment en termes d’offres culturelles. L’émergence du télétravail qui permet de travailler de n’importe où pourvu que l’on ait une connexion à internet, l’envie de disposer d’un jardin, de plus d’espace pour sa famille dans une maison plutôt qu’un appartement mais aussi diminuer le poids du logement dans son budget ont profondément bouleversé les projets des Français en général et leurs projets immobiliers en particulier.

Dès lors, les Français se sont mis en quête de leur logis idéal, privilégiant les périphéries des grandes villes et, surtout, les villes moyennes voire les zones rurales. Longtemps victimes de l’exode vers les métropoles, parfois du délitement du tissu économique et industriel, les villes moyennes se retrouvent aujourd’hui redécouvertes pour leur qualité de vie. Ces municipalités à taille humaine ont d’ailleurs rapidement répondu à ce regain d’intérêt en vantant leurs atouts : proximité des services et commerces, vie culturelle beaucoup plus dense que certains ne le croient, offres d’enseignement supérieur en développement, environnement et nature préservés, etc.

Des atouts qu’il convient désormais de conforter avec des dessertes routières suffisantes, des offres de transports en commun pertinentes, une présence réelle de services publics et un soutien au développement économique pour créer les emplois indispensables.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 28 avril 2021)

Bis repetita

ecole

 

A force d’invoquer «Un jour sans fin», le film où le héros revit sans cesse la même journée, on en vient à avoir le sentiment de revivre –  à l’heure où l’on s’apprête à sortir progressivement du 3e confinement – les mêmes séquences que lors du premier déconfinement... Lorsqu’Emmanuel Macron avait, en effet, annoncé la réouverture des écoles pour le 11 mai 2020, s’affranchissant de l’avis des scientifiques, un vent d’incompréhension avait traversé le pays, inquiétant les parents, les enseignants et les élus locaux. 

Les enfants, qu’on croyait alors particulièrement contaminants, devaient-ils se retrouver ensemble ? Comment les enseignants allaient pouvoir faire classe avec une partie de leurs élèves à l’école et l’autre à la maison ? Et comment respecter un protocole sanitaire complexe à mettre en œuvre ? L’argument du décrochage de certains élèves pendant le confinement – bien réel pour 500000 d’ente eux –, invoqué par le ministre Jean-Michel Blanquer, n’était d’ailleurs pas passé et beaucoup dénonçaient une décision cynique pour pouvoir remettre les parents au travail à l’heure où l’économie française filait vers une récession historique. 

Et pourtant… ces quelques semaines d’école avant les grandes vacances avaient été bénéfiques pour les élèves car si l’école est bien sûr le lieu de l’apprentissage, de la découverte, de la transmission des savoirs, elle est aussi celui de la socialisation où l’on apprend la citoyenneté.

Ce lundi, bis repetita donc avec une nouvelle rentrée scolaire sous Covid qui suscite, là encore, toute une série d’interrogations légitimes. Là où l’on peut s’étonner, c’est que le gouvernement semble toujours manquer d’anticipation. En un an, rien ne semble avoir évolué, ni aucune leçon tirée, pour préparer l’école aux nouvelles vagues épidémiques. Les bugs du retour de la Classe à la maison début avril, les imprécisions sur l’emploi des tests salivaires et maintenant des autotests ou les atermoiements sur l’emploi de capteurs de CO2 en sont l’illustration.  

Dans ces conditions, Emmanuel Macron, qui a fait des écoles ouvertes un marqueur de sa gestion de l’épidémie et un motif de fierté, a-t-il raison de remettre les élèves sur le chemin des classes alors que l’épidémie est toujours à un niveau très élevé ? L’avenir dira si ce pari aura été pertinent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 26 avril 2021)

La fin de l’omerta

 

stop

L’affaire du violeur de Sorèze qui vient d’être jugée à Albi et s’est terminée par la condamnation de l’accusé à 12 ans de prison n’a pas eu le retentissement qu’espéraient les victimes, dont nous avons recueilli les témoignages poignants. "Nous avons le sentiment que cette affaire n’intéresse personne", nous disent-elles. Et pourtant, cette affaire est importante car elle raconte comment peut s’installer pendant des années, dans l’entre-soi d’un village, une omerta, un silence de plomb nourri par la honte, la peur ou l’ignorance, le qu’en-dira-t-on et le pas de vague,… Combien de villages ont-ils vécu de semblables affaires, longtemps étouffées, et qui n’ont été révélées parfois que trop tardivement pour que la justice s’en saisisse ? Combien de victimes attendent toujours que soient reconnues leurs souffrances ? Combien d’affaires – qui ne concernent pas des célébrités et ne sont donc pas sous les projecteurs – attendent de trouver une issue ?

Heureusement les temps changent et la vague de libération de la parole ouverte par le mouvement MeToo s’est généralisée dans toutes les couches de la société et peut donner, jusque dans le plus petit village, le surplus de courage aux victimes ou aux témoins pour rompre l’insupportable silence et l’impunité qui en découle.

Accueillir la parole des victimes avec bienveillance, les écouter, les considérer, leur dire qu’elles ne sont pas seules est un devoir qui n’a pas toujours été rempli comme il se devait. Les institutions en ont pris acte et ont évolué ; la justice, les enquêteurs, avec des moyens encore insuffisants, traitent mieux ces affaires avec une réelle rigueur mais non sans difficultés. Car au tribunal médiatique des réseaux sociaux toujours prompts à condamner, il faut opposer le temps judiciaire, forcément plus long, qui doit tenir compte du respect de la présomption d’innocence ou des délais de prescription. Mais lorsque les faits sont pénalement établis, la justice peut faire son œuvre, dire le droit, et rétablir la vérité pour que la honte change de camp et que l’on en finisse avec ces omertas, qu’on ne puisse plus dire qu’on ne savait pas…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 25 avril 2021)

Souveraineté

 

argent

La pièce que l’on retrouve sous son oreiller apportée par la petite souris lorsqu’enfant l’on vient de perdre une dent, le petit billet glissé par sa mamie ou son papy qui viendra compléter l’argent de poche parental, les pièces rouges qui traînent au fond du porte-monnaie et qui grossiront les collectes des "pièces jaunes", ou encore ces billets en euros que l’on change hors d’Europe dans d’autres monnaies que l’on conservera au retour, pour, qui sait, commercer une collection de numismate. Pas étonnant qu’une majorité de Français soit attachée à la monnaie, pièces et billets, tant elle convoque de souvenirs forcément sonnants et trébuchants. Même le chéquier, cet ancêtre de l’assignat, boudé chez nos voisins, reste toujours très employé en France.

Cet attachement au liquide n’empêche nullement d’utiliser les autres modes de paiements bien au contraire : la carte bancaire d’abord – dont on doit l’invention de la puce au Français Roland Moréno en 1974 – mais aussi les applications de paiement sur internet ou sur mobile comme Paypal ou Paylib, ou désormais les cryptomonnaies numériques comme le Bitcoin ou Ethereum qui ont quitté les rives du darkweb pour intéresser aujourd’hui les spéculateurs puis le grand public. Par sa facilité, sa traçabilité a priori bien utile pour pister les fraudes fiscales ou les circuits criminels de blanchiment, l’argent numérisé a tous les atouts pour remplacer l’argent liquide ; et les fintech – les start-up spécialisées dans les services financiers – comme Revolut ou N26, ne cessent de challenger les banques sur leur cœur de métier en rabotant les frais et commissions encore trop élevés que ces dernières font payer à leurs clients.

Alors le liquide est-il ringardisé au point de disparaître ? Pas encore et pour au moins deux raisons. D’abord, tout le monde n’a pas accès à ces services bancaires numérisés loin s’en faut et cette égalité est, pour l’heure, portée par la seule monnaie. Ensuite cette numérisation a attiré de plus en plus d’acteurs privés qui se posent en égaux des banques centrales et des Etats. Or battre monnaie est bien l’une des prérogatives des Etats. Le projet de Facebook de créer une monnaie pour ses membres, le Libra, a été le déclencheur d’une prise de conscience tardive mais salutaire : en matière de monnaie, dématérialisée ou liquide, ce sont bien les puissances publiques, seules dépositaires de la souveraineté populaire, qui peuvent garantir équitablement le service public d’accès à la monnaie.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 18 avril 2021)

Le cap et l'horizon

covid

C’est un terrible cap qui a été dépassé hier par la France, longtemps redouté avant qu’il ne devienne inéluctable : celui des 100 000 morts du Covid-19. Notre pays devient ainsi le huitième au monde, le quatrième d’Europe à franchir ce seuil symbolique qui illustre toute la tragédie de l’épidémie et nous oblige, tous collectivement. Car derrière la litanie et la froideur anonyme des chiffres des décès – mais aussi des contaminations, des hospitalisations et des réanimations – égrenés chaque soir par Santé publique France par communiqué ou par le gouvernement lors de ses conférences de presse du jeudi, se trouvent des maris et des épouses, des frères et des sœurs, des amis et des collègues qui ont été foudroyés par le coronavirus. Emportés parfois en quelques jours, parfois en quelques semaines loin des leurs, laissant derrière eux un vide d’autant plus immense que les derniers adieux et les rites funéraires, qui permettent le travail de deuil, n’ont pu être faits.

Comme aux Etats-Unis et dans d’autres pays, un hommage national aux victimes françaises du Covid s’impose dès lors pour ne pas oublier toutes ces vies fauchées malgré tous les efforts faits pour les sauver. Un hommage solennel loin des polémiques, forcément stériles, qui nous minent. Aurait-on pu mieux faire face à cette épidémie redoutable et changeante ? Peut-être. L’exécutif a-t-il commis des erreurs ? Sans doute. La France a-t-elle tout raté si on la compare à d’autres pays ? Certainement pas.

Il y aura, assurément, un temps pour tirer le bilan – politique, sociétal, sanitaire, socio-économique – de l’épidémie et mettre au clair les responsabilités des uns et des autres, les manquements et aussi les réussites. Mais pour l’heure, au nom de ces 100 000 morts, au nom du travail quotidien de soignants mobilisés sans faille depuis un an, peut-on espérer avoir un moment de concorde à partir duquel rebondir ?

La France a montré par le passé son incroyable résilience pour se relever de terribles épreuves, les deux Guerres mondiales ou les attentats terroristes de 2015 et 2016, à la condition qu’elle puisse se raccrocher à un espoir de jours meilleurs. Ces « Jours heureux », Emmanuel Macron les a souvent promis avant d’être rattrapé par l’épidémie. En abordant hier les conditions de réouverture des lieux fermés alors que l’on est encore dans la 3e vague épidémique, le chef de l’Etat veut ouvrir des perspectives. Car esquisser un horizon, fut-il démenti ou repoussé, préparer l’après et la vie qui continuera reste le meilleur hommage que l’on puisse rendre à tous ceux qui nous ont quittés.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 16 avril 2021)

Télé ou réalité ?

 

justice

L’anecdote est sans doute arrivée à tous les présidents de tribunal de France. Appelé à la barre, un témoin s’adresse à eux en leur donnant du "Votre honneur", la formule, incongrue ici, mais qui est la règle devant les tribunaux américains. On y verra le poids des films ou séries télé qui mettent en scène habilement des procès de fiction ou celui de l’actualité puisqu’outre-Atlantique les procès filmés en direct sont la règle, de celui d’OJ Simpson qui a battu des records d’audience à celui qui se déroule en ce moment de Derek Chauvin, le policier accusé d’avoir tué George Floyd à Minneapolis.

Filmer des procès en France, comme le propose la réforme de la justice présentée hier en Conseil des ministres par le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti participera-t-il à faire de la pédagogie auprès de Français qui connaissent mal leur justice ? Voire. Jusqu’à présent, seuls de grands procès étaient filmés : celui du tortionnaire de Jean Moulin Klaus Barbie, celui de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, ou celui plus récent de l’attentat contre Charlie Hebdo. Filmer certains procès moins retentissants médiatiquement risque de s’avérer complexe tant sur le plan des moyens techniques à mobiliser que du bouleversement que cela peut provoquer sur les déroulements des audiences et leur permanence dans le temps – quid du droit à l’oubli ?

Mais cette captation des procès que le garde des Sceaux a inscrite à l’article 1 de son projet de loi et qui suscite le débat n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt ? Car derrière la télé, il y a la réalité d’une loi qui entend bouleverser l’un des fondements de la justice française : la place du peuple au nom duquel elle est rendue. On peut comprendre la nécessité de tout faire pour que la justice soit plus rapide et en finisse avec d’insupportables délais pour organiser les procès d’assises notamment.

Généraliser les cours criminelles départementales pour les crimes passibles de quinze à vingt ans de réclusion permettra certes de désengorger les cours d’assises mais au détriment de la présence des jurés populaires, remplacés de fait par des magistrats. La loi Dupond-Moretti entend rétablir "la confiance en l’institution judiciaire". Pour accélérer les audiences, ne va-t-elle pas au contraire entamer un peu plus une confiance qui est déjà – plutôt à tort qu’à raison – bien basse ; un Français sur deux seulement ? Et relancer les critiques récurrentes sur une prétendue république des juges ? N’aurait-il pas fallu d’abord donner les moyens financiers et humains à une justice sous-dotée avant de toucher à la souveraineté populaire qui en est l’un des piliers ?

La réforme surprend d’autant plus qu’elle vient d’un ancien avocat pénaliste qui a gagné son surnom d’Acquitator justement auprès de jurés dont il a su faire basculer l’intime conviction… et qui connaît donc parfaitement ce qui se joue de droit, de démocratie et d’humanité dans les procès d’assises. On ne sait si Eric Dupond-Moretti a retourné sa robe en confondant vitesse et précipitation. Mais chacun devrait se souvenir de Voltaire qui assurait qu’"un jugement trop prompt est souvent sans justice"…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 15 avril 2021)



Les clics anti-Covid

vaccin

 

"Ne jamais jeter de dose, c’est la règle de base", martelait le 25 mars le ministre de la Santé Olivier Véran, rajoutant "je ne crois pas que nulle part en France qui que ce soit jette des vaccins". Et pourtant, des images de doses restantes non utilisées – notamment du mal-aimé AstraZeneca –, diffusées sur les réseaux sociaux par des personnels soignants révoltés, sont venues contredire le ministre. La campagne de vaccination française, critiquée pour sa lenteur notamment due aux livraisons chaotique des doses, peut-elle se satisfaire d’un tel gâchis alors que le pays affronte une troisième vague de Covid-19, que le vaccin reste la principale clé de sortie de la crise sanitaire et que l’Etat craint par ailleurs que 25 à 30 % des doses soient perdues en raison des contraintes logistiques ? Évidemment non. Mais face à ce problème majeur, la solution n’est pas venue de l’Etat mais des Français avec d’un côté le système D et de l’autre des initiatives numériques pour utiliser toutes les doses disponibles.

Le système D, c’est celui qui a vu le jour entre des médecins qui appellent leurs patients éligibles ou non à venir se faire vacciner pour ne pas jeter les précieuses doses en fin de journée ; c’est aussi celui qui voit des dizaines de Français faire la queue devant des vaccinodromes avant leur fermeture, avec l’espoir de bénéficier d’une dose surnuméraire. Espoir hélas souvent déçu…

Les initiatives numériques bénévoles et non lucratives, ce sont celles de Covidliste et de Vite ma dose qui, en 15 jours, ont rencontré un immense succès. Covidliste permet aux personnes non-éligibles de s’inscrire pour être recontactées par un centre de vaccination auquel il resterait des doses ; Vite ma dose, qui agrège les créneaux des plateformes de réservation privées, permet aux personnes éligibles au vaccin de trouver un rendez-vous.

Ces deux sites internet – qui soulignent en creux les carences de l’Etat – n’ont été rendus possibles que grâce à l’ouverture et la gratuité des données publiques. Cet open data est un enjeu de société aussi majeur que méconnu du grand public et l’épidémie de Covid a été, à cet égard, un accélérateur dans le domaine des données de santé.

La politique de la donnée, des algorithmes et des codes, que l’on retrouve dans quasiment tous les aspects de notre vie quotidienne recouvre aujourd’hui des enjeux économiques, démocratiques, administratifs et de souveraineté, capitaux dans l’organisation de nos sociétés, au niveau national comme dans les territoires. Face au poids et aux appétits des GAFA qui investissent de plus en plus la santé, Covidliste et Vite ma dose montrent ainsi que des solutions éthiques et françaises sont possibles.

Essentiel

 

CHU

C’est une souffrance. Une autre souffrance que celle des patients atteints de la Covid-19. Une souffrance vécue quasiment en silence mais qui commence à devenir de plus en plus audible car de plus en plus insupportable. Cette souffrance, c’est celle des patients non-Covid qui doivent prendre leur mal en patience. Faute de disposer de lits en nombre suffisant pour accueillir tous les cas Covid et notamment ceux qui doivent aller en service de réanimation, de nombreux hôpitaux ont été contraints d’organiser la déprogrammation des autres opérations. Les témoignages se multiplient ainsi entre ces patients qui attendent qui une reconstruction mammaire après un cancer, qui une opération pour une prothèse de hanche ou encore une greffe de rein. Des retards qui peuvent potentiellement aggraver l’état de santé de certains d’entre eux, et portent forcément un coup au moral. Comme il y eut des commerces non-essentiels, y aurait-il des patients non-essentiels ?

« La déprogrammation, c’est un tri qui ne dit pas son nom » estimait récemment Gérard Raymond, président de France Assos Santé, la fédération d’associations de malades, qui avait commandé lors du deuxième confinement un sondage montrant la grande détresse psychologique de ces patients à qui l’on demande d’être très patients.

La déprogrammation pour cette troisième vague touche quasiment tous les hôpitaux, des mastodontes, comme ceux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, aux plus modestes en province, à hauteur de 40 à 50 % des opérations prévues avec des pics jusqu’à 80 %. Les personnels soignants ont appris de l’épidémie et les déprogrammations sont faites évidemment avec le plus de précision, presque au cas par cas.

Reste que ce retard dans les opérations se double aussi d’un retard dans les diagnostics et le suivi médical, ce qui est particulièrement vrai pour les cancers, comme s’en alarme dans nos colonnes le Pr Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer. Lors de la première vague épidémique, en effet, 33 000 cancers ont été diagnostiqués, deux fois moins qu’en temps normal, ce qui impliquera vraisemblablement des morts précoces dans les années qui viennent.

« Notre but n’est pas de déprogrammer le plus possible mais de soigner les patients, tous les patients. Le bilan de cette crise se fera aussi sur les malades non-Covid », assurait Martin Hirsch, patron de l’AP-HP. Un bilan qui sera aussi celui des moyens dévolus à l’hôpital ces dernières années par les gouvernements successifs.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 13 avril 2021)

Rêve et réalité

 

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Lors de sa dernière allocution aux Français, Emmanuel Maron avait souligné combien l’épidémie de Covid-19 suscitait de lassitude, de fatigue, d’énervement et d’emportement. Toutes choses promptes à allumer des polémiques qui se transforment en feu de brousse. Dernier exemple en date avec les propos de la maire de Poitiers qui justifiait la suppression de 8 000 € de subventions à deux aéroclubs de sa ville, non pas sur l’autel d’économies qu’il aurait absolument fallu faire sur le budget de la ville, mais parce que l’édile estimait que la municipalité n’avait pas à soutenir un sport mécanique polluant. Et d’ajouter "l’aérien, c’est triste, mais ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui", oubliant qu’avec une telle décision punitive elle réservait le "rêve" aux enfants des plus riches... Un beau tollé s’en suivit, une énième polémique impliquant un maire Europe-Ecologie les Verts élu avec la vague écolo de septembre dernier.

À Bordeaux (le sapin de Noël), Lyon (le tour de France), Strasbourg (la subvention à la mosquée) et maintenant Poitiers, les nouveaux élus se défendent de tout dogmatisme, plaident la maladresse, d’avoir été mal compris et d’être la cible systématique de leurs oppositions et plus particulièrement de la République en Marche et du gouvernement, qui – inquiets de la nouvelle force politique que constituerait EELV à un an de la présidentielle – viennent leur chercher noise à tout bout de champs. Il est vrai que la réponse du secrétaire d’Etat aux Transports à la maire de Poitiers était tout aussi ridicule : décerner la Légion d’honneur aux responsables des aéroclubs, ramenant ainsi la plus haute décoration française au rang d’outil pour batailles politiques picrocholines…

Reste que cette polémique a empêché d’aborder sérieusement le fond. L’aérien est-il le plus polluant des secteurs ? La réponse est non quant aux émissions mondiales de CO2 puisqu’il ne pèse que 2 % d’entre elles, très loin derrière la production d’électricité, le transport routier ou le bâtiment. Le secteur aérien – durement impacté par l’épidémie de Covid-19 – se moque-t-il de son impact environnemental ? La réponse est là aussi non puisque puisqu’il a, depuis plusieurs années, un vrai souci environnemental, que ce soit dans les aéroports ou chez les avionneurs qui imaginent l’avion du futur, plus propre.

L’aérien peut-il faire mieux ? Assurément mais comme bien d’autres secteurs. À l’instar des agriculteurs victimes d’agribashing, le secteur aérien est devenu un bouc émissaire facile, vilipendé par les écolos radicaux adeptes du flygskam, la honte de prendre l’avion, ou… l’Assemblée nationale qui vient de voter, dans le prolongement de la convention citoyenne, la fin des liaisons aériennes intérieures de moins de 2 h 30 s’il existe une solution en train…

Il serait peut-être temps de sortir de ces postures, de travailler à trouver collectivement des solutions, bref de prendre un peu de hauteur… et de laisser les enfants rêver. Qui sait, comme Antoine de Saint-Exupéry le conseillait, ils feront de leur vie un rêve et de ce rêve une réalité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 12 avril 2021)

(Eco)sytèmes

 

foret

Les images de la forêt de Perles-et-Castelet ravagée, victime d’une mystérieuse coupe rase sauvage, font froid dans le dos et mal au cœur pour ces petits propriétaires privés qui, aujourd’hui, se battent pour connaître la vérité et être reconnus comme les victimes d’un potentiel odieux trafic. Un trafic qui illustre aussi combien le bois est devenu l’objet d’enjeux économiques colossaux et mondiaux au détriment parfois de la préservation de la biodiversité et de la lutte contre le réchauffement climatique, les forêts restant l’un des meilleurs absorbeurs de CO2.

Au-delà de l’affaire ariégeoise, qui doit appeler une réponse ferme de la part des autorités, on voit que la forêt est aujourd’hui sous tension. La forêt française est certes en croissance puisqu’elle est passée de 14,1 millions d’hectares en 1985 à quelque 17 millions aujourd’hui, mais cette croissance ne signifie pas pour autant qu’elle est en pleine forme. Au contraire, elle reste très fragile, ébranlée par la multiplication de coupes rases – légales – qui font disparaître des pans entiers de forêts anciennes, remplacées plus tard par des "champs" de sapins douglas dont sont friandes les grandes scieries. La récente émission Sur le front consacrée aux forêts françaises récemment diffusée sur France 5, montrait aussi des aberrations comme d’un côté un producteur de hêtres obligé d’exporter vers l’Asie sa production faute de trouver une scierie pour préparer ses troncs et donc des acheteurs, et de l’autre un charpentier contraint… d’importer du hêtre de l’étrange.

Ces dysfonctionnements portent forcément atteinte au trésor national que constituent nos forêts, qui doivent aussi faire face au changement climatique. À l’occasion de la journée internationale des forêts, le 21 mars, un sondage BVA a montré l’attachement des Français à leurs forêts, plus de 8 sur 10 se disant favorables à l’entretien durable des forêts, c’est-à-dire la préservation de l’équilibre des trois dimensions de la forêt : économique, environnemental et sociétale. Ce qui suppose des moyens pour les acteurs de la forêt, une volonté autour d’objectifs partagés et aussi la lutte contre les trafics...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 11 avril 2021)

Le bac quand même

 

bac

Il n’y a pas si longtemps, dans le monde d’avant l’épidémie de coronavirus, l’approche des vacances de printemps correspondait, pour les élèves de terminale, à la dernière ligne droite avant les épreuves du baccalauréat. Des heures de révisions et de bachotage s’annonçaient ainsi pour préparer les écrits et les oraux de ce qui reste un rite de passage vers l’âge adulte et un sésame pour la poursuite de ses études dans l’enseignement supérieur. Mais ça, c’était avant… Aujourd’hui, les lycéens, leurs parents et leurs professeurs se retrouvent confrontés à une triple difficulté : la réforme du bac portée par Jean-Michel Blanquer qui a mis fin aux filières et institué des contrôles continus, d’épreuves terminales et de grand oral ; une année de cours compliquée par l’épidémie de Covid-19 avec l’alternance de cours en présentiel et en distanciel, la peur de la contamination et la détresse psychologique parfois ; et enfin la menace de la troisième vague épidémique qui rajoute autant de complexité avec un reconfinement que d’inconnu.

Assurément, le bac 2021 qui aurait dû marquer l’aboutissement de la réforme Blanquer sera, comme l’an passé où nombre d’épreuves écrites avaient été annulées, un bac très particulier. Les aménagements qui ont d’ores et déjà été pris pour organiser au mieux l’examen et peut-être les futures mesures qui seront décidées en cas d’aggravation de la situation sanitaire, font dire à certains, tantôt que le bac sera "donné", tantôt que le contrôle continu – qui reste soumis à l’arbitraire – va renforcer les inégalités sociales en fonction des lycées là où les épreuves écrites finales permettaient aux candidats de se surpasser. Autant d’inquiétudes qui poussent les lycéens à se demander s’ils seront notés avec autant de rigueur que de bienveillance mais aussi quelle valeur aura leur bac ? Et si ce diplôme sera au rabais ?

La même question s’était posée il y a plus de cinquante ans avec le bac 1968, qui avait été passé en une journée, entièrement à l’oral. Depuis ce bac bousculé par les événements de Mai-68, l’idée simpliste du "bac donné" était restée des années dans l’inconscient collectif, au moins jusqu’à ce qu’en 2005 des chercheurs s’intéressent à ce qu’étaient devenus ces bacheliers. Et leur conclusion était sans appel : cet "accident" dans l’organisation du bac n’a en rien gêné l’avenir des bacheliers, bien au contraire.

Gageons dès lors que ce bac 2021 sera décroché par des lycéens qui n’ont pas démérité, qui ont su s’adapter à cette année Covid éprouvante et qu’il leur offrira l’avenir qu’ils méritent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 8 avril 2021)

Pollueurs payeurs

décharge

 

C’est une scène que malheureusement chacun d’entre nous a un jour vécue. Une promenade dans la nature et l’on tombe sur des monticules de déchets entassés là en toute illégalité : au mieux des déchets verts, au pire des gravats de chantiers, des appareils électroménagers ou tout simplement des ordures ménagères. Ce fléau des décharges sauvages a pris des proportions considérables et inquiétantes pour la pollution des sols qu’elles engendrent, alors même que les Français, paradoxalement, mettent l’environnement aux premiers rangs de leurs préoccupations.

En 2020 en France, 80 000 tonnes de déchets ont ainsi échoué dans la nature dans quelque 600 dépôts illégaux. Et il est toujours aussi difficile pour les élus locaux de lutter contre ce phénomène qui recouvre de multiples pratiques. Chacun d’ailleurs garde en mémoire le décès du maire de Signes (Var), renversé le 5 août 2019 par une camionnette dont les occupants, que l’élu voulait verbaliser, avaient jeté des gravats en bord de route en toute illégalité. Si ces dépôts sauvages sont le fait de particuliers qui cèdent à la facilité en jetant leurs déchets dans la nature plutôt que de les mettre en déchetteries, ils sont aussi le fait de juteux trafic, parfaitement organisés par des réseaux dont les méthodes n’ont rien à envier aux réseaux du crime organisés, mais aussi d’acteurs du BTP qui se débarrassent des déchets de leurs chantiers en dehors de toutes règles pour ne pas avoir à payer leur recyclage.

Face à ce fléau, il existe heureusement plusieurs leviers mais dont l’efficacité risque de prendre du temps alors que l’urgence de mettre en place le principe du pollueur payeur est là. Premier levier, la sanction, dont l’absence ou la faiblesse favorise le passage à l’acte des pollueurs. L’année dernière, grâce à loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, le gouvernement a durci les sanctions, en multipliant par dix l’amende pour dépôt sauvage et en permettant, entre autres, l’immobilisation des véhicules. Le second levier est le développement de filières de recyclage, notamment pour le secteur du BTP. La filière à responsabilité élargie des producteurs (REP) sur les produits ou matériaux de construction du bâtiment, devrait avoir un impact majeur sur les dépôts sauvages. Les déchets du bâtiment, qui représentent la majeure partie des dépôts sauvages, seront repris gratuitement lorsqu’ils sont triés par la filière REP.

Mais le dernier levier, peut-être le plus difficile parce que le plus simple, dépend de la société tout entière : prendre conscience que la nature n’est pas une poubelle…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 6 avril 2021)

Le message de Lourdes

 

lourdes

Depuis plus d’un an maintenant et le début dans le monde de l’épidémie de Covid-19, une ville en France souffre peut-être plus encore que d’autres des conséquences socio-économiques de la pandémie, car justement son ADN est l’ouverture au monde. Lourdes, cette petite citée pyrénéenne de 15 000 âmes devenue depuis 1858 un haut lieu de la foi catholique, s’est recroquevillée sur elle-même, privée des millions de pèlerins qui, chaque année, font le voyage vers la grotte de Massabielle, entourés de centaines de bénévoles et de près de 2 500 saisonniers qui font tourner celle qui reste la deuxième ville hôtelière de France après Paris. Rue de la grotte et boulevard de la grotte, les deux artères qui rejoignent les sanctuaires, les joyeuses cohortes de pèlerins venus chercher l’espérance ne sont quasiment plus là, les pensions de familles et les magasins d’articles religieux ont baissé leurs rideaux. Pour la deuxième année, Pâques est bien triste et Lourdes s’interroge sur son avenir. Parviendra-t-elle à surmonter l’épreuve du Covid ? Trouvera-t-elle les ressorts d’un rebond économique et touristique, la force de recommencer avec la même opiniâtreté mais de façon différente ?

En tout cas, la ville veut y croire et se donner les moyens de réussir une transformation qui, Covid ou pas, paraissait inéluctable ces dernières années. Elle pourra compter sur le plan de relance et des crédits plus particuliers qui correspondent à sa spécificité. Car Lourdes porte en elle non seulement une dimension religieuse, chrétienne certes, et plus largement spirituelle ; mais elle délivre aussi un message de paix, destiné aux croyants comme aux non-croyants, un message universel d’humanité qui mérite d’être préservé. Le message de Lourdes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 5 avril 2021)

Sursaut

 

élus

Les maires et élus locaux sont quotidiennement sollicités parce qu’ils sont, "à portée d’engueulade", les élus les plus proches des Français, leurs préférés même selon les enquêtes d’opinion. Mais leur engagement au service de l’intérêt général et auprès de leurs administrés se heurte de plus en plus à la violence d’une société toujours plus consumériste et individualiste. Insultes et menaces, notamment sur les réseaux sociaux, tags sur les murs de leur domicile, intimidation et menace physiques, jusqu’aux coups et parfois jusqu’à la mort. En 2020, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les élus ont été 1 276 fois la cible d’agressions, soit une hausse de 200 % par rapport à 2019 ! Certes l’épidémie de Covid-19 a suscité son lot de colère face à une vie complètement chamboulée, marquée par des confinements éprouvants et des restrictions aux libertés publiques douloureuses, mais rendues nécessaires pour lutter contre la propagation du coronavirus. Emmanuel Macron lui-même a reconnu, mercredi dans son adresse aux Français, que la pandémie a charrié lassitude, fatigue, énervement et emportement. Mais face à la violence inadmissible qu’essuient les élus il est plus que temps que les citoyens de tous bords se fassent entendre et se lèvent pour dire stop.

"La République affirme le droit et impose le devoir" disait Victor Hugo. Nous avons tous, collectivement, le devoir de la défendre et de défendre ceux à travers lesquels elle s’exprime. Dire stop aux violences physiques mais dire stop aussi aux violences verbales qui minent depuis trop longtemps le débat public à force de polémiques stériles qui ne font que le jeu des extrêmes, ou de pompiers-pyromanes de plateau télé. La force d’une démocratie comme la nôtre est justement qu’elle permet l’expression de toutes les opinions pour peu qu’elles respectent le cadre républicain. Mais cette force, attaquée de toutes parts, est aujourd’hui fragilisée, en France comme d’ailleurs dans d’autres pays où la polarisation des opinions ne laisse plus place à la nuance.


C’est pour cela, pour retrouver le sens du débat entre adversaires plutôt que celui du combat entre ennemis, qu’il ne faut rien laisser passer, l’agression physique d’un élu comme l’intrusion d’un groupuscule d’extrême droite dans l’enceinte d’un conseil régional.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 4 avril 2021)

Desserrer la tenaille

 

masque

Nous revoilà donc revenus au temps du confinement comme un éternel et épuisant recommencement face à une épidémie sans cesse mouvante. Emmanuel Macron avait espéré jusqu’au bout repousser cette échéance que les Français attendaient fin janvier et qui restait depuis suspendue au-dessus de leur vie comme une épée de Damoclès. Le Président voulait être le seul chef d’Etat en Europe à avoir maintenu les écoles ouvertes comme un symbole de notre résistance et de notre résilience face à la pandémie. Las ! La virulence du variant britannique, épidémie dans l’épidémie, et les chiffres alarmants venant des hôpitaux ont fini par doucher les espoirs et contraint Emmanuel Macron à reconfiner le pays, fermer les écoles et les commerces non-essentiels pour quatre semaines et revoir une nouvelle fois le calendrier de la vaccination.

Dans l’urgence, les Français s’organisent ou tentent de le faire, les parents jonglant avec les emplois du temps, les enseignants avec le casse-tête de l’école à la maison et les entreprises avec le télétravail ou le chômage partiel. Triste mois d’avril, démoralisant début de printemps.

Pour autant au-delà de la lassitude, de la fatigue, de l’énervement et de l’emportement dont Emmanuel Macron a dit mercredi avoir pleinement conscience, au-delà aussi des polémiques qui finissent par nous épuiser tous, il convient de garder espoir. « Les efforts d’avril d’une part, et le déploiement de la vaccination d’autre part, c’est cette tenaille qui va nous permettre de contenir progressivement ce nouveau virus. Cette tenaille qui va nous permettre, à partir de la mi-mai, de commencer à rouvrir progressivement le pays », a assuré le chef de l’Etat, appelant une nouvelle fois à la « mobilisation de tous ». La formule semble usée mais elle reste essentielle pour pouvoir sauver des vies et bientôt, espérons-le, desserrer la tenaille.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 avril 2021)