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Éditos

Nouvelle donne

 

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On l’a souvent enterrée, promise à un lent déclin face aux géants du numérique qui mettent des moyens colossaux dans leurs plateformes de vidéos à la demande et aux réseaux sociaux qui désormais rythment le débat public et souvent l’agenda politique. Et pourtant, la télévision – ou, plus exactement, les chaînes de télévision – est non seulement toujours là, mais elle a montré son incroyable capacité de résilience et d’adaptation à l’occasion des confinements de la crise sanitaire. Assignés à domicile pour endiguer la propagation du coronavirus à trois reprises depuis mars 2020, les Français ont, en effet, redécouvert leur télévision, à la fois pour son contenu, les programmes, vidéos ou jeux qui y étaient diffusés, et pour son contenant, c’est-à-dire un écran toujours plus grand proposant une expérience immersive toujours plus forte capable de réunir toute la famille.

Certes, le pic historique d’audience de 4 h 38 par jour en avril 2020 n’a plus jamais été atteint, et l’intérêt pour la télévision s’est érodé, mais pour le premier semestre de cette année, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a mesuré une durée d’écoute qui reste au-dessus de son niveau d’avant-crise, particulièrement à la mi-journée et le soir. En revanche, l’engouement suscité par les plateformes de vidéos à la demande comme Netflix, Amazon Prime, Disney +, Apple TV +, Salto ou OCS, ont continué leur vertigineuse progression. Cette télé à la carte, qui séduit massivement les jeunes, totalise en moyenne 8,7 millions de consommateurs quotidiens dont beaucoup de fans de séries. Paradoxalement, ces plateformes font face à l’embarras du choix dans lequel elles précipitent leurs abonnés, qui passent souvent beaucoup de temps avant de choisir leur programme. À telle enseigne que certaines comme Netflix ont comme réinventé la télé en proposant un flux continu, autant dire une chaîne. Sacrée revanche pour les acteurs historiques.

Face au poids sans cesse croissant des plateformes, le secteur de la télévision traditionnelle n’a donc pas dit son dernier mot et les dernières grandes manœuvres industrielles – rachat de M6 par TF1, convergence CNews-Europe 1 – montrent qu’une nouvelle donne est en train de se mettre en place.

Enfin, si cette rentrée télé est loin d’être spectaculaire en termes d’innovations ou de mercato des stars du petit écran, elle n’en reste pas moins marquée par la présidentielle à venir. À huit mois de l’élection, l’info apparaît comme un axe majeur de développement pour les groupes audiovisuels d’autant plus que les journaux télévisés ont réalisé leurs meilleures audiences en 2020, avec des records lors des allocutions gouvernementales liées à la crise. Et chacun sait qu’au soir du second tour de l’élection présidentielle, c’est bien devant leur télévision que seront les Français pour découvrir leur président élu.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 août 2021)

Une rentrée contrariée

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Jean-Michel Blanquer a beau répéter que la rentrée scolaire sera « la plus normale possible », il n’empêche que, pour la deuxième fois, elle sera bien anormale, en tout cas fortement contrariée par l’épidémie de Covid-19. Les 12,2 millions d’élèves et les 869 300 enseignants qui reprendront le chemin de l’école le 2 septembre n’en ont pas fini avec le coronavirus, d’autant plus que la quatrième vague implique un variant beaucoup plus contagieux et que les enfants de moins de 12 ans y sont particulièrement vulnérables puisque non vaccinés. 

Dès lors, tandis que certains épidémiologistes alertent sur une possible « épidémie scolaire » et que la question de la vaccination des moins de 12 ans est dans le débat, le ministre de l’Education nationale a voulu rassurer hier pour apaiser les inquiétudes des parents et enseignants. Concédant qu’il y aurait des difficultés, il a assuré que la réponse du gouvernement saurait s’adapter, beaucoup mieux en tout cas qu’auparavant, à partir d’un nouveau protocole sanitaire construit sur quatre niveaux de gravité. L’objectif de l’exécutif reste, en revanche, le même que par le passé : maintenir autant que possible le maximum de classes ouvertes. Le décrochage de 500 000 élèves lors du premier confinement, mais aussi les difficultés et les conséquences de la « classe à la maison » sur le niveau des élèves sont évidemment dans tous les esprits. La France ne peut se permettre de revivre une telle situation.

Mais cette rentrée scolaire contrariée l’est aussi pour le ministre lui-même, contraint de davantage parler de problématiques sanitaires que de questions pédagogiques. Jean-Michel Blanquer – qui va battre le record de longévité rue de Grenelle détenu par Christian Fouchet le ministre de De Gaulle – arrive, en effet, à l’heure du bilan de son action. Une action pour le moins contrastée.

Au début du quinquennat, l’ancien haut fonctionnaire, plusieurs fois recteur, qui a fait toute sa carrière au sein du ministère de l’Éducation nationale, notamment à l’époque de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, a très vite été le bon élève de la macronie. Salué à droite pour son discours sur des valeurs conservatrices comme l’uniforme à l’école, la dictée quotidienne, la défense des langues mortes, le choix de la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture, ou encore ses positions sur le portable à l’école ou l’écriture inclusive, il avait aussi l’onction de certains à gauche pour son discours intransigeant sur la laïcité ou le dédoublement des classes de CP. Son appétence pour des sujets méconnus comme les neurosciences ou sa volonté de remettre le chant choral au goût du jour l’ont fait apprécier des Français – comme de la Première dame Brigitte Macron.

Mais l’exercice du pouvoir, on le sait, est un puissant abrasif et l’étoile de Jean-Michel Blanquer a pâli. Là où il assurait de son pragmatisme, les enseignants ont souvent vu un vrai dogmatisme, notamment lors de la réforme du bac, et le spécialiste pondéré de l’éducation s’est parfois mué en un polémiste très politique par exemple sur l’islamo-gauchisme. Il a dû aussi en rabattre sur ses ambitions : il n’a pas décroché le ministère de l’Intérieur qu’il convoitait, et encore moins Matignon. Partie remise ? Jean-Michel Blanquer entend bien s’engager dans la prochaine campagne présidentielle car dans un gouvernement qui compte peu de personnalités fortes, il est davantage un atout qu’un handicap pour Emmanuel Macron.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 27 août 2021)

Préserver l'enfance

 

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On a longtemps pensé que les enfants étaient épargnés par le Covid-19, puis on les a accusés d’être des super-contaminateurs, puis estimé que finalement, ils ne développaient pas, en général, de formes graves de la maladie. La réalité est que depuis le début de cette épidémie insaisissable et mouvante, le cas des enfants recèle encore une part de mystère, qui rend sans doute un peu plus palpable l’inquiétude des parents et des autorités à l’approche d’une rentrée scolaire qui se fait en pleine vague du très contagieux variant Delta. Car si le taux de vaccination en France est désormais élevé avec plus de 70 % de primo-vaccinés, les enfants constituent bien, mathématiquement, une population vulnérable car non-vaccinée.

Membre du Conseil scientifique, l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur, prévoit d’ailleurs que « la moitié des nouvelles infections auront lieu chez les enfants à partir de l’automne ». Et ces contaminations à venir sont bien sûr de nature à angoisser les parents, tout comme les derniers bilans concernant les enfants. Depuis le début de l’épidémie, sept enfants de moins de 10 ans, dont un en Occitanie, sont morts en France (bien moins heureusement que dans certains pays comme l’Indonésie qui déplore 1 200 décès) ; et on observe en ce mois d’août une hausse des hospitalisations des moins de 10 ans. Si en général, l’évolution est bonne, des complications restent possibles. « Une étude britannique évalue de 4 à 8 % la proportion d’enfants ayant développé un Covid long », explique l’épidémiologiste Antoine Flahault.

Dès lors se pose la question de la vaccination des enfants de moins de 12 ans. Question éminemment sensible, qui suscite déjà de fortes oppositions – on a vu apparaître sur les réseaux sociaux des messages antivax #touchepasamesenfants – mais aussi des divergences au sein même de la communauté médicale, qui seront levées que lorsqu’on aura les résultats d’études montrant que le vaccin est efficace et qu’il n’a pas d’effets secondaires.

En attendant, il convient de préserver les moins de 10 ans des contaminations mais aussi de l’ambiance alarmiste que peuvent avoir sur eux toutes les contraintes sanitaires. Si la Convention internationale des droits de l’enfant stipule que les Etats doivent « assurer à tous les enfants l’assistance médicale et les soins de santé nécessaires », elle indique aussi qu’ils doivent assurer leur épanouissement. Autrement dit, malgré le Covid – et peut-être même plus encore à cause du Covid – nous devons tous préserver l’enfance insouciante des petits.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 août 2021)

Symbole

 

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Les tests Covid resteront assurément l’un des symboles de l’épidémie de Covid-19. Symbole d’angoisse au début de l’épidémie lorsque, inquiet d’être contaminé, l’on se retrouvait devant des personnels soignants bardés de lunettes, gants, masques, blouses et surblouses, prêts à manipuler un écouvillon à la longueur paraissant interminable qu’ils plongeaient et remuaient au fin fond de nos narines pour prélever un échantillon de mucus.

Symbole de la mondialisation de la santé lorsque les laboratoires d’analyses médicales ont parfois été en rupture de réactifs, ces derniers étant produits aux Etats-Unis, en Chine ou en Corée du Sud.

Symbole de la bureaucratie tatillonne lorsqu’à l’heure de mettre le paquet sur la stratégie tester-tracer-isoler, les labos vétérinaires ne pouvaient pas participer aux tests avant d’y être enfin autorisés.

Symbole ensuite de liberté lorsque certains d’entre nous, désormais habitués au côté désagréable et parfois irritant de l’écouvillon, nous sommes soumis de bonne grâce aux tests PCR ou antigéniques pour pouvoir voyager à l’étranger ou participer à certaines activités notamment culturelles.

Mais les tests sont désormais devenus le symbole d’un vrai gouffre financier pour l’Assurance maladie. Car la France – dont la stratégie sanitaire du gouvernement a été critiquée tous azimuts, parfois à raison, parfois sans raison – a été l’un des rares pays à rendre gratuits les tests pour ses citoyens. On ne peut évidemment que se réjouir que notre Sécu, née du Conseil national de la résistance, ait permis cette égalité de tous, ce droit de tous devant un acte médical qui était et est encore important pour apprendre de l’épidémie et la freiner.

Mais si le test était une arme pour empêcher que les personnes contaminées ne propagent le virus car elles ne connaissaient pas leur statut, une arme plus puissante est désormais à notre disposition : le vaccin. Un vaccin dont la dose coûte beaucoup moins cher que les tests. Dès lors, il est bien normal que si les tests pour les cas contacts restent, eux, remboursés sur prescription médicale, les tests « de confort » pour obtenir un pass sanitaire deviennent payants pour ceux qui refusent le vaccin, gratuit et accessible à tous…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 août 2021)

Refaire nation

 

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Il est de coutume de dire avant chaque rentrée politique qu’elle sera "chaude", que les questions sociales vont mettre l’exécutif sur des charbons ardents, que les syndicats aiguisent leurs revendications, que les oppositions feront feu de tout bois, bref que l’on va voir ce que l’on va voir. Et souvent – pas toujours – les pronostics ne se vérifient pas et les poussées de fièvre ne viennent pas d’où on les attendait et pas forcément à la rentrée de septembre. Qui aurait pu imaginer, par exemple, l’émergence du mouvement des Gilets jaunes fin 2018, concrétisation d’une accumulation de signaux et de colères nés bien avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir ?

Par conséquent, on se gardera bien de prédire une nouvelle rentrée "chaude". En revanche, on peut d’ores et déjà assurer que cette rentrée politique sera tout entière tournée vers la prochaine élection présidentielle. Depuis l’instauration du quinquennat, l’élection suprême est, en effet, devenue la seule véritable échéance qui compte, celle qui peut encore mobiliser l’électeur, celle qui a relégué les élections intermédiaires à des consultations minées par une abstention abyssale, celle autour de laquelle tout finit par s’organiser au risque d’un assèchement de la vie démocratique. L’élection présidentielle, il n’y a que ça qui compte…

Dès lors, à huit mois désormais du prochain scrutin, tous les états-majors des partis sont focalisés sur cette échéance capitale qui aura lieu dans le contexte totalement inédit d’une crise sanitaire majeure, d’une épidémie qui conditionne encore pour plusieurs semaines la vie du pays. Face à la défiance dans la parole politique, les formations, qui tiennent en ce moment leurs journées ou universités d’été, cherchent le ton juste, les idées fédératrices et le mode de désignation idéal de leur candidat à la présidentielle. Car l’élection reste bien, au-delà des programmes et de la vie des partis, la rencontre d’un homme ou d’une femme avec les Français, comme l’avait jadis théorisé le général de Gaulle.

Quatre ans et demi après le tsunami dégagiste qui a conduit à l’élection d’Emmanuel Macron, le paysage politique semble toujours en quête, sinon de cet homme ou cette femme providentiels, du moins d’un renouveau politique à même d’apaiser une France toujours plus "archipélisée". La présidentielle, qui aura – n’en doutons pas – son lot de surprises, doit être l’occasion de refaire nation mais aussi d’envoyer un signal à l’extérieur.

À l’heure où l’idée même de démocratie est fragilisée partout dans le monde sous la poussée des populismes et des fake news, nous avons tous une responsabilité collective à faire de cette élection un moment digne qui montre que le débat démocratique est toujours préférable au combat.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 24 août 2021)

Les enjeux des étiquettes

 

fruits legumes

L’analyse du prix des fruits et légumes rappelle ce qui se passe avec le temps : des tendances à long terme pour le changement climatique mais des événements météorologiques qui semblent dire le contraire. Ainsi, les prix actuels des fruits et légumes semblent repartir à la hausse comme chacun peut le constater sur les marchés, mais la tendance nationale sur une année est marquée par une baisse selon le dernier Observatoire des prix fruits et légumes 2021, publié en juillet et pour la 15e année consécutive par l’association Familles rurales. "Si cet été les prix de certains produits atteignent des sommets, il convient d’en favoriser d’autres qui demeurent accessibles au plus grand nombre. Après une année 2020, record en termes de prix, la plupart des produits de notre panier retrouvent des valeurs proches de celles relevées en 2019", indique l’association qui estime, que hormis les cerises, sur une année les prix ont baissé de 8 %.

Si le violent épisode de gel du printemps a épargné de nombreux produits, d’autres se sont trouvés très impactés comme les cerises ou les abricots dans certaines régions. Ces productions plus rares ont donc mécaniquement fait grimper les prix.

Ce yo-yo sur les étiquettes est évidemment problématique pour les familles qui ne peuvent pas acheter comme elles le voudraient des fruits et légumes de saison et, de ce fait, ne peuvent respecter ni les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de consommer au moins 400 grammes de fruits et légumes par jour et par personne, ni respecter les préconisations du Plan National Nutrition Santé (PNNS) et son fameux "5 fruits et légumes par jour". "Respecter le PNNS représente entre 4 et 16 % d’un SMIC net mensuel pour une famille de 4 personnes selon la composition du panier", observe Familles rurales.

Dès lors la hausse des prix provoquée notamment par les intempéries constitue non seulement un problème socio-économique important pour tous les maraîchers de France, mais aussi un enjeu de santé publique majeur puisque beaucoup de Français modestes n’ont plus les moyens d’avoir une alimentation saine et équilibrée.

Les premiers méritent évidemment le soutien de la Nation et de leurs assureurs ; les seconds doivent aussi être aidés, pourquoi pas avec un chèque "fruits et légumes" comme le propose l’association ou via d’autres projets qui s’inséreraient dans le cadre du Programme national pour l’alimentation (PNA).

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 août 2021)

La place des vieux

vieux

On n’a pas fini de mesurer combien l’épidémie de Covid aura bouleversé les sociétés dans le monde. Non seulement sur le plan sanitaire évidemment mais aussi sur les plans socio-économique et sociétal. Les mesures de restrictions comme les confinements ou les couvre-feux que nous subissons depuis 19 mois ont souvent révélé le meilleur avec des élans de solidarité et des gestes bien concrets de générosité, mais aussi provoqué le pire en termes de tensions et violences conjugales ou familiales. Dès lors, que les violences envers des seniors aient été mesurées à la hausse par la fédération du 3977 – la ligne d’écoute nationale pour les maltraitances envers les personnes âgées ou en situation de handicap qui a reçu 36 % d’appels supplémentaires en 2020 – n’est, hélas, pas étonnant.

La violence contre les vieux, qu’elle soit physique (coups, blessures…), morale et psychologique (injures, exclusion…) ou médicamenteuses (abus ou privations de médicaments…), qu’elle intervienne dans des Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) – dont la réputation est régulièrement entachée par des scandales – ou à domicile par des personnels pourtant formés ou la famille elle-même, cette violence contre ceux qui nous ont élevés et qui n’aspirent qu’à finir leur jour dignement et en paix est insupportable et appelle autant que nécessaire des sanctions.

Au-delà, ces actes de maltraitance imposent une vraie prise de conscience sur la place des vieux dans notre société, à l’heure où certains estiment cyniquement qu’avec le Covid la jeunesse aurait été sacrifiée en leur faveur… Il y a d’autant plus urgence que de plus en plus de Français vont entrer dans le quatrième âge, l’âge de la dépendance, et qu’une majorité d’entre eux souhaite finir ses jours à domicile.

Il y a un an, une nouvelle branche de la Sécurité sociale a été créée, un cinquième risque, celui de l’autonomie. Pour 2021, selon le budget de la Sécurité sociale, cette branche sera financée à hauteur de 2,5 milliards d’euros et 150 millions d’euros en 2021 puis 200 en 2022 vont être débloqués pour renforcer l’attractivité des métiers de l’aide à domicile. Un premier pas en attendant la grande loi sur l’autonomie promise par Emmanuel Macron mais toujours pas mise à l’agenda du Parlement. Il est temps que cet enjeu de société susceptible de trouver un large consensus politique soit enfin traité. Le psychiatre Lucien Bonnafé estimait qu’« on juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous » ; on pourrait ajouter « et dont elle traite ses vieux. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 22 août 2021)

Un combat permanent

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Des pancartes qui reprennent le nouveau slogan préféré des antisémites, « Qui ? », entouré sur l’une par les noms de personnalités publiques juives ou supposées l’être, des étoiles jaunes bariolées de la mention « non-vaccinés » arborées sur les poitrines de manifestants, des cris haineux « collabo » lancés, entre autres, à des pharmacies pratiquant des tests PCR ou à des journalistes physiquement agressés pour certains, des slogans « dictature sanitaire » dans lesquels le « s » est remplacé par le graphisme des « SS » des nazis, Emmanuel Macron affublé d’une moustache comme Adolf Hitler ou sous les traits du maréchal Pétain, et jusqu’au détournement de la photo du portail d’entrée du camp de concentration d’Auschwitz où l’inscription originale « Arbeit macht frei » a été remplacée par « le pass sanitaire rend libre. » 

Ces images écœurantes, vues par les Français à la télévision ou sur les réseaux sociaux, à l’occasion des manifestations anti-pass sanitaire – et en 2018-2019 dans certains cortèges des Gilets jaunes – ont légitimement révulsé tout républicain digne de ce nom et donné la nausée aux descendants des victimes de la Shoah ou à nos compatriotes de confession juive. La condamnation de ces slogans jusqu’au sommet de l’Etat a été évidemment la bienvenue et l’on attend maintenant que les poursuites judiciaires qui ont été engagées à plusieurs reprises aboutissent à de sévères condamnations car, faut-il le rappeler, l’antisémitisme et le racisme ne sont pas des opinions mais des délits.

Au-delà, l’émergence ou la persistance de ces slogans antisémites doivent nous interroger. Comment peut-on, en 2021, faire un lien entre l’outil provisoire de lutte contre une épidémie que constitue un pass sanitaire – que tout un chacun peut obtenir par le vaccin, des tests réguliers ou un certificat de rémission de la Covid-19 – et un symbole de l’ignominie nazie qui discriminait des personnes, non pas pour ce qu’elles faisaient, mais pour ce qu’elles étaient, dans le but ultime d’être déportées et tuées pour nombre d’entre elles ? Pourquoi établir un lien entre des contraintes sanitaires, votées par le Parlement et validées par le Conseil constitutionnel, et des faits remontant à la Seconde Guerre mondiale ? Et comment expliquer que ces slogans antisémites, qui sont le fait d’une minorité dans les rangs des manifestants, n’aient pas été davantage et explicitement condamnés par tous ceux qui marchaient à leur côté ?

Par envie de choquer en faisant référence à un épisode de l’Histoire mondiale qui a le plus marqué l’Humanité ? En raison d’une méconnaissance totale des faits historiques de cette période ? Par idéologie pour certains, qui voient dans les manifestations l’occasion de cracher leur haine anti-Juifs ? Ou par la conviction que ces slogans relèvent de la liberté d’expression ?

L’utilisation de ces mots résulte sans doute un peu de tout cela et créé un dangereux « antisémitisme d’atmosphère » selon l’expression de l’historien Jean Garrigues. Un antisémitisme qui se nourrit de la crise que traverse notre société et se renforce sur les réseaux sociaux avec les vieilles théories complotistes véhiculées sur le lobby juif mondial qui contrôlerait le pouvoir économique, politique et médiatique. Un antisémitisme qui doit faire l’objet d’un combat permanent, aujourd’hui comme hier lorsque Bertold Brecht nous disait, dans La résistible ascension d’Arturo Ui : « Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds… Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 21 août 2021)

Être à la hauteur

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Un aparté devant les caméras de télévision pour fustiger ses opposants qui le critiquent, plusieurs messages sur son compte Twitter pour dénoncer ceux qui voudraient « détourner » les propos qu’il a tenus durant son allocution de 11 minutes sur la situation en Afghanistan lundi soir, des ministres de premier plan et des responsables de la majorité présidentielle appelés à la rescousse et faisant feu de tout bois pour justifier les propos présidentiels. Rien n’y a fait, le malaise a persisté.

En expliquant qu’il fallait certes « protéger celles et ceux qui sont les plus menacés », mais – dans le même paragraphe – « nous protéger contre des flux migratoires irréguliers importants », Emmanuel Macron a, sinon commis une faute politique, fait une vraie maladresse, en opérant un « en même temps » aussi brutal que dénué d’empathie, 24 heures après la chute de Kaboul et alors que des milliers d’Afghanes et d’Afghans étaient terrorisés devant le nouveau régime islamiste des talibans. 

En allant si rapidement sur le terrain de la politique migratoire chère à la droite et l’extrême droite, Emmanuel Macron a donné l’impression de répondre davantage à des impératifs de campagne électorale présidentielle que de se hisser à la hauteur de l’enjeu humanitaire. Le contraste avec Angela Merkel – qui avait déjà sauvé l’honneur de l’Europe en 2015 en accueillant massivement des réfugiés Syriens fuyant le régime meurtrier de Bachar Al Assad – voire avec Boris Johnson était, dès lors, saisissant. 

Que la lutte contre l’immigration illégale soit importante, nul n’en disconvient, mais face au drame que vivent les Afghans, le Président aurait, d’abord, dû mettre en avant l’article 14 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme qui stipule que « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

Si les propos d’Emmanuel Macron ont vivement ému, particulièrement à gauche, ils ont aussi suscité un élan de générosité de la part de collectivités locales prêtes à accueillir, en lien avec les services de l’Etat, des réfugiés Afghans, comme l’a d’ailleurs demandé aux pays membres de l’ONU, son secrétaire général António Guterres.

De Lille à Strasbourg, de Paris à Bordeaux et jusqu’en Occitanie – où reste si vif le souvenir de la Retirada, l’exil et l’accueil des réfugiés républicains espagnols – des initiatives voient le jour. La France, dans cette affaire, a un évident devoir d’exemplarité humaniste et républicain, non seulement parce qu’elle a inspiré la déclaration universelle des Droits de l’Homme mais parce que le pays des Lumières doit protéger les « combattants de la liberté », comme les a appelés le fils du commandant Massoud, qui, en Afghanistan, font face aux ténèbres de l’obscurantisme religieux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 20 août 2021)

La déroute et le déshonneur

 

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"Je le sais maintenant, c’est une erreur d’affirmer que l’on peut enterrer le passé : il s’accroche tant et si bien qu’il remonte toujours à la surface", écrivait Khaled Hosseini dans son livre "Les cerfs-volants de Kaboul" paru en 2003. L’avenir, hélas, lui a donné raison.

La chute de Kaboul, conquise hier par les talibans au terme d’une offensive éclair qui n’a rencontré que très peu de résistance de la part d’une armée afghane anémique, signe un retour vers l’enfer islamiste pour une population qui, depuis 1978 et l’invasion soviétique, n’aura connu que la guerre et le chaos. Si les talibans, appuyés en sous-main par le Pakistan voisin, assurent qu’ils ont changé par rapport à l’époque où ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001, la réalité est, hélas, tout autre. Un rapport de la Commission afghane indépendante des droits de l’Homme (AIHRC) a d’ailleurs clairement documenté des violences – massacres de civils, décapitations, enlèvements d’adolescentes pour les marier de force – perpétrées durant la conquête des capitales provinciales qui sont tombées une à une depuis le mois de mai.

La chute de Kaboul signe aussi un terrible échec pour les Occidentaux et une déroute cinglante pour les Etats-Unis. On comprend que le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken réfute toute comparaison entre la situation afghane et la chute de Saïgon en 1975. Et pourtant, les rotations d’hélicoptères US qui doivent évacuer près de 30 000 personnes rappellent évidemment les évacuations de l’opération Frequent Wind qui marqua la fin de la guerre au Vietnam et une traumatisante défaite pour les Etats-Unis. En décidant de confirmer le retrait des troupes américaines décidé en 2018 par son prédécesseur Donald Trump, Joe Biden a acté la fin d’une présence militaire de vingt ans qui aura coûté des milliards de dollars sans finalement obtenir le résultat escompté, mais aussi pris le risque d’endosser la création d’une situation chaotique et explosive. Le 11 septembre 2021, vingt ans après les attentats des tours jumelles, lorsque le retrait des troupes américaines sera effectif, on sera comme revenu à la situation de 2001… avec à nouveau au pouvoir ceux-là mêmes qui en avaient été chassés.

"Si les talibans arrivent à Kaboul, je me suicide avant d’être tuée ou réduite en esclavage". Tel était le message, le 28 juillet dernier, de Fatima A., une jeune Afghane de 28 ans, employée comme auxiliaire par l’armée française en Afghanistan entre 2011 et 2012 et qui s’est vu refuser une demande de visa par la France au prétexte qu’elle ne pouvait prouver la réalité des menaces la visant… La France ne peut pas ne pas entendre ce SOS, ni l’appel du fils du commandant Massoud à ce qu’elle n’abandonne pas les combattants de la liberté. Autrement dit, que le déshonneur ne s’ajoute pas à la déroute…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 16 août 2021)

La France à cran

dispute



Pris à partie mercredi à Carcassonne par une passante vaccino-sceptique qui accusait le gouvernement rien moins que de "tuer la France", le Premier ministre Jean Castex avait reconnu que "la société est fatiguée, incandescente" après dix-huit mois d’une éreintante épidémie de Covid. Un constat sans doute partagé par une majorité de Français, car si le Covid-19 a provoqué une crise sanitaire majeure, il a aussi introduit le virus de la division dans les familles ou dans les cercles amicaux et professionnels. Le sujet de l’épidémie, omniprésent dans les médias et les conversations, a provoqué des débats, d’abord policés mais qui ont vite viré à la foire d’empoigne, les disputes se terminant parfois par des ruptures nettes et peut-être même irrémédiables.

Sur les masques, les confinements, les couvre-feux, les protocoles sanitaires, les attestations, l’hydroxychloroquine, les allocutions d’Emmanuel Macron, les couacs gouvernementaux et évidemment le vaccin et le pass sanitaire, les avis sont tranchés et frontaux, voire brutaux. 

Que ce soit sur les réseaux sociaux – où le complotisme a, hélas, largement trouvé ses aises – dans les repas de famille ou à la machine à café, les sujets de discorde ne manquent et apparaissent épuisants pour ceux qui tentent de contrer les nombreuses fake news et se retrouvent confrontés… à la loi de Brandoloni. Énoncé par un programmeur italien, Alberto Brandolini, il s’agit d’un principe d’asymétrie qui stipule que "la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire". 

Autrement dit, démonter des fake news nécessite une telle énergie qu’il vaut parfois mieux abandonner, surtout quand on sait qu’une infox se répand six fois plus vite qu’une vraie information, selon une étude du MIT publiée dans Science… Pas étonnant, dès lors, que certains décident de ne plus discuter pour ne plus se fâcher, de ne plus débattre pour ne pas se combattre…

Il va pourtant bien falloir retisser les liens avec ses proches comme dans le pays, pour faire famille et pour faire Nation. Encore faut-il s’accorder sur un socle de faits, de vérité communément admis par tous. On en est encore loin…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 15 août 2021)

Opération déverrouillage

 

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Du dossier de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, tout aura été dit. Depuis vingt-cinq ans, depuis le 19 mai 1996 exactement, date à laquelle s’est déroulé le premier lâcher d’une ourse slovène – organisé dans le cadre d’un plan de réintroduction européen pour sauver l’ours des Pyrénées – les oppositions sont restées à vif entre les pro et les anti, chacun campant sur sa logique et sur deux idées que l’on se fait de la place de l’homme dans la montagne.

D’un côté, fortes du soutien d’une opinion publique qui connaît finalement peu l’économie de la montagne et le quotidien des éleveurs qui y vivent à l’année, les associations de défense de l’environnement et de la biodiversité se félicitent de voir que la population d’ursidés a considérablement augmenté, que l’image de l’ours et son impact touristique sont désormais consubstantiels aux Pyrénées et qu’il faut évidemment poursuivre le programme ours. 

De l’autre, les éleveurs ont consenti de nombreux efforts pour sécuriser leurs troupeaux avec des chiens Patou ou réalisé des aménagements. Engagés dans des démarches de valorisation et de labellisation de leur production qui participent elles aussi à la renommée de la région, ces éleveurs n’en peuvent plus des déprédations commises par les ours qui, même si elles sont indemnisées, constituent un stress permanent.

Entre les deux camps, chacun soutenu par des élus locaux et nationaux, l’Etat a toujours tenté de contenter les uns et les autres, de trouver dans ce dossier miné, une voie médiane entre deux conceptions quasi irréconciliables, ménageant les engagements internationaux de la France et en même temps préservant l’économie de la montagne. Cette voie médiane, assumée avec plus ou moins de courage et de clarté par les différents présidents de la République, est un chemin de crête qui ne satisfait personne. Vingt-cinq ans après, le dossier paraît toujours aussi verrouillé.

C’est pour tenter de le débloquer que des éleveurs et des élus ariégeois veulent lancer l’idée d’un « Parlement de la montagne ariégeoise », en s’appuyant sur le projet de loi « 4D » (décentralisation, différenciation, déconcentration et décomplexification). Adopté en première lecture au Sénat fin juillet, celui-ci veut promouvoir la démocratie locale et donner aux élus locaux la capacité de prendre des décisions aujourd’hui prises à l’échelle nationale, notamment sur des questions écologiques. L’objectif de ce « parlement » serait au final d’obtenir de l’Etat le transfert du dossier ours de Paris vers les Pyrénées pour une gestion plus locale. Reste que si cette instance traduit incontestablement l’exaspération des éleveurs face à un Etat jugé sourd à leurs difficultés, elle soulève de nombreux problèmes : quid de sa représentativité ? de sa légitimité démocratique ? de sa composition ? de son articulation avec la kyrielle d’instances politiques, associatives ou syndicales qui représentent déjà les habitants du territoire ?

Le dossier ours est un dossier complexe, qui soulève évidemment des enjeux locaux mais aussi d’autres nationaux et internationaux. L’État ne peut pas s’en désengager et ne pas en être le garant, à condition qu’il sache donner la parole et écouter vraiment ceux qui vivent dans les Pyrénées.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 13 août 2021)

Retour à la réalité

 

CHU
Photo Xavier de Fenoyl.

Dix-huit mois après l’apparition de l’épidémie de Covid-19 en France, c’est peu dire que nous avons tous ardemment envie tous d’en finir avec le coronavirus. Après des confinements, des couvre-feux, des restrictions de déplacements, des protocoles sanitaires auxquels il a fallu sans cesse s’adapter, bref après autant de restrictions nécessaires pour endiguer l’épidémie, mais étouffantes dans la vie quotidienne, chacun rêve de retrouver au plus vite sa vie d’avant. Toute nouvelle restriction devient dès lors source d’agacement et d’énervement.

Les manifestations des anti-pass sanitaire – dernier outil mis en place en France comme dans plusieurs pays européens pour limiter les contaminations dans les lieux dont on sait qu’ils sont les plus à risques – ne disent pas le contraire mais leur discours, plus politique que sanitaire, est l’arbre qui cache la forêt. Une forêt de propos complotistes et anti-vaccin relayés sur les réseaux sociaux, accusant le gouvernement de dramatiser volontairement la 4e vague pour contraindre la population à se faire vacciner, le tout en piétinant les libertés…

Las ! Il est temps pour les uns de sortir de cette bulle, et pour tous de ces débats sur le bien-fondé des nouvelles mesures ou de la gestion de la crise par le gouvernement – il sera toujours temps de les analyser – pour se confronter à l’implacable réalité de l’épidémie.

Car aujourd’hui, dans les Antilles comme en Occitanie, les soignants – ceux-là mêmes que l’on applaudissait en mars 2020 – sonnent l’alerte. Il faut les écouter. Les services de réanimation sont saturés par des patients plus jeunes et très majoritairement non-vaccinés, des opérations sont déprogrammées, des transferts de patients d’Occitanie vers d’autres régions moins touchées sont organisés, des soignants sont rappelés pour soutenir leurs collègues épuisés. L’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, l’Assurance Maladie, les représentants des professionnels de santé libéraux, des établissements hospitaliers publics et privés et la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie viennent de lancer un appel solennel à la vaccination et aussi au respect des gestes barrière car, faute de traitement contre le Covid, ce sont nos seules armes. Il faut les entendre.

Si la 4e vague est différente des précédentes, montrant combien cette épidémie reste insaisissable, elle n’en est pas moins dangereuse. Pour faire face à ce danger et pouvoir l’écarter, il importe plus que jamais de manifester notre solidarité avec les soignants et les uns envers les autres.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 11 août 2021)

Ne pas désespérer

 

fire

Ce n’est pas la première fois que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), créé en 1988, tire la sonnette d’alarme. Mais le président britannique de la COP26, Alok Sharma, a beau dire que ce sixième rapport est « l’avertissement le plus sévère jamais lancé » par l’institution sur le rôle du comportement humain dans le réchauffement de la planète, rien ne dit que le sursaut politique qui serait nécessaire pour corriger la dangereuse courbe de la hausse des températures sera cette fois au rendez-vous. 

Depuis la COP21 en 2015 qui déboucha sur l’historique Accord de Paris sur le climat, la prise de conscience semble s’être émoussée, les promesses des états tardent toujours à se concrétiser, la communication et le greenwashing prennent parfois le pas sur des actions réelles et puissantes, et des décisions aberrantes sont toujours en cours. Dernier exemple en date : Alok Sharma lui-même défend le projet controversé du Royaume-Uni d’autoriser de nouvelles explorations de gisements de gaz et de pétrole, en contradiction avec les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie pour limiter la hausse des températures à +1,5°…

D’évidence, seule une forte mobilisation citoyenne mondiale, qui dépasse le cercle des personnes sensibles à la cause environnementale, fera sans doute bouger les choses. Cet instant de bascule pourrait rapidement advenir, car le rapport du Giec intervient dans un moment où chacun peut mesurer concrètement des effets du réchauffement climatique, devenus « irréversibles ». On n’est plus sur les hypothèses à long terme des premiers constats, ou sur des événements sporadiques qui surviennent loin de chez nous. Désormais on voit concrètement à nos portes des catastrophes environnementales extrêmes : inondations en Allemagne et Belgique, méga-feux aux Etats-Unis, en Sibérie ou en Grèce, typhons en Asie, fonte accélérée des glaces… Autant de catastrophes qui jettent sur les routes de nouveaux réfugiés climatiques et qui devraient nous obliger à agir collectivement sans tarder avec au moins la même détermination que nous le faisons contre la pandémie de Covid-19.

Des solutions existent, combinant engagements politiques et innovations scientifiques et technologiques. Non pas celles qui veulent modifier et dominer le climat, mais plutôt celles qui veulent aider l’Homme à changer ses habitudes et entamer une transition écologique qui ne doit être ni punitive ni excluante. Partout dans le monde des initiatives vertueuses voient le jour, souvent ingénieuses et abordables. La Fondation Solar Impulse, présidée par l’explorateur Bertrand Piccard – qui sera le parrain en octobre du forum organisé par le Groupe La Dépêche, « Le Monde nouveau » – a déjà répertorié « 1 000 solutions pour la planète ». Il n’est peut-être pas encore trop tard pour tout. 

On peut encore agir et en tout cas ne pas désespérer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 10 août 2021)

Le sens du collectif

pass

En inventant le QR Code en 1994 pour améliorer le suivi des pièces des usines Toyota, l’ingénieur japonais Masahiro Hara, n’imaginait sans doute pas la révolution qu’il venait de déclencher. Ni que 27 ans plus tard, le QR Code serait à ce point intégré dans notre  vie quotidienne et qu’il se retrouverait au cœur de la lutte contre une redoutable épidémie mondiale, comme élément clé des pass sanitaires. 

Emboîtant le pas à plusieurs de ses voisins européens, la France va, à son tour, vivre à compter de ce lundi sous QR Code pour tenter d’enrayer les contaminations de la 4e vague de Covid-19 et freiner la diffusion du virus dans les lieux où l’on sait qu’il circule le plus ; évitant ainsi un nouveau confinement dont on ne connaît que trop les conséquences.

Ce sésame est-il une atteinte à la liberté de circulation comme le crient depuis quatre samedis des manifestants ? Oui, mais cette atteinte est proportionnée en raison d’un impératif de santé publique évident dont l’ambition est simplement d’éviter que la population ne soit contaminée. Un impératif reconnu tant du point de vue juridique que sanitaire, et approuvé par une majorité de Français... Le pass sanitaire ne restreint aucun déplacement, il les conditionne seulement, pour une période donnée. 

Le pass sanitaire introduit-il une rupture d’égalité entre Français ? Non, a jugé le Conseil constitutionnel, pour la bonne et simple raison que tout Français peut obtenir un pass en utilisant trois moyens à sa disposition : la vaccination, des tests réguliers ou un certificat de rémission.

Dès lors le débat pourrait être clos. Il n’en sera sans doute rien et après cette première semaine de rodage, il y a fort à parier que les anti-pass seront à nouveau dans la rue samedi pour se poser en «résistants» ou en «défenseur des libertés» contre la «dictature sanitaire». 

Faut-il dès lors ne pas se préoccuper de ces cortèges, bruyants mais minoritaires, aux accents complotistes, aux profils et aux motivations très disparates, comme Olivier Véran le suggère en disant «ça suffit» à ce «magma antivax» adepte de vérités alternatives ? La question est plus politique que sanitaire, mais il est plus que jamais nécessaire d’affirmer nos principes démocratiques, dire que face au chacun pour soi, il existe le sens du collectif qui fait Nation et que, comme le dit notre déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, «la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui»...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 9 août 2021)

Refuser la loi du Far West

 

rodeo

Les rodéos urbains ne datent bien sûr pas d’aujourd’hui. On pourrait même dire que cette passion pour la mécanique rugissante et la grisante vitesse est un incontournable de la jeunesse, reconduit depuis qu’un certain James Dean incarna la Fureur de vivre. Mais ces rodéos sont devenus des événements trop récurrents pour qu’on les regarde avec indifférence ou indulgence. De jour comme de nuit, des jeunes – et moins jeunes – rendent le quotidien des habitants infernal, entre vacarme incessant et mise en danger des riverains, que ceux-ci soient d’ailleurs dans de grandes métropoles comme Toulouse ou Montpellier, ou dans des villes moyennes.

En 2018, une loi a été votée pour « renforcer la lutte contre les rodéos motorisés ». Un premier pas nécessaire dont l’action a mobilisé les forces de l’ordre pour multiplier les contrôles et les saisies. Au final, les condamnations ont été multipliées par plus de dix entre 2018 et 2020. Sans pour autant empêcher les rodéos qui, durant le premier confinement, ont connu une hausse de 15 %. Exutoire contre l’étouffante mesure d’assignation à résidence pour ce confinement inédit et très éprouvant dans les quartiers ? Bravade contre les forces de l’ordre ? Opportunité de profiter d’artères désertées ? Un peu de tout cela sans doute.

Trois ans après cette première loi, une mission d’information parlementaire va rendre un rapport pour renforcer les dispositifs, notamment sur les saisies ou la surveillance des réseaux sociaux sur lesquels les « exploits » des rodéos filmés sont souvent publiés. Mais à côté de l’aspect répressif qui reste une nécessité, il faudra aussi intégrer la dimension sociale de la prévention, comme le suggérait à raison Christophe Castaner lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Car les quartiers de banlieues dans lesquels se déroulent le plus souvent ces rodéos sont toujours en souffrance et en déficit de structures culturelles ou sportives. Le plan Borloo sur les banlieues en 2018 avait laissé espérer une vraie vision partagée pour l’avenir… avant qu’Emmanuel Macron ne l’enterre à peine publié.

Si certaines mesures ont toutefois été menées à bien, il reste encore beaucoup à faire pour ces quartiers et leurs habitants afin que ceux-ci, et notamment ceux qui subissent les rodéos, n’aient pas l’impression de vivre sous la loi du Far West…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 8 août 2021)

Histoire d’un fiasco

 

foot

À quelques heures du coup d’envoi de la saison 2021-2022, le football français a évité l’écran noir pour la retransmission des matchs de la Ligue 1. Sommée jeudi par la justice de payer la Ligue de football professionnel (LFP) et retransmettre deux matchs par journée, Canal + – qui a fait appel – va diffuser à contrecœur le foot français dès ce soir en compagnie d’Amazon, le géant américain d’internet aux appétits d’ogre dans le sport. La chaîne cryptée n’a pu résilier la sous-licence qui la liait au groupe qatari BeIN. Ce dernier a d’ailleurs lui aussi été contraint mercredi par le tribunal judiciaire de Paris de respecter le contrat le liant à la LFP et de payer cette dernière.

Cet happy end, on le sait, est évidemment provisoire tant l’imbroglio juridique est loin d’être terminé dans ce qui reste une affaire de gros sous qui a mal tourné. La LFP en porte la lourde responsabilité, elle qui s’était éloignée des acteurs historiques de diffusion pour choisir, à la surprise générale, le groupe Mediapro et sa promesse mirobolante de 800 millions d’euros. Il n’aura pas fallu six mois pour que le carrosse se transforme en citrouille et que la chaîne Téléfoot spécialement créée ne plie bagage.

D’un coup de théâtre à l’autre, la LFP a rebattu les cartes en choisissant Amazon et en déroulant le tapis rouge à la société de Jeff Bezos riche à millions : 250 millions d’euros pour 302 matchs quand BeIN et Canal doivent payer… 332 millions d’euros pour 76 matchs. On comprend dès lors que la bataille juridique est loin d’être terminée : quatre procédures au total sont ainsi lancées par Canal et/ou BeIN contre la LFP dont une qui remontera jusqu’à la Commission européenne pour "distorsion concurrentielle".

Dans ce long feuilleton, les téléspectateurs fans de foot apparaissent comme les plus lésés. Beaucoup se sentent tantôt perdus dans une offre devenue illisible, tantôt comme des "vaches à lait" obligées de jongler entre plusieurs abonnements au final très onéreux pour suivre les matchs. 75 % des Français et 59 % des amateurs de football ne savaient d’ailleurs pas sur quelles chaînes de télévision les matchs seront retransmis, indiquait un sondage Odoxa paru jeudi. Et seuls 11 % des Français et 20 % des amateurs avaient un abonnement ou comptent en prendre un… En revanche, 22 % des premiers et 40 % des seconds assurent qu’ils contourneront leur absence d’abonnement en se débrouillant pour voir tout de même les matchs. Autrement dit, le grand gagnant de ce fiasco sera bien le piratage, passé de 1,5 million personnes par mois il y a trois ans à 4 millions l’an passé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 7 août 2021)

La voix des sages

pass


Depuis qu’il a à trancher des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) qui lui sont soumises par tout citoyen, le vénérable Conseil constitutionnel – que le grand public ne voyait guère que lors de la proclamation des résultats des élections présidentielles – est devenu un acteur majeur de la Ve République. L’attente de la décision qu’il a rendue hier sur le projet de loi portant, entre autres, sur l’extension du pass sanitaire, montre que depuis quelques années maintenant il a, d’évidence, acquis une nouvelle dimension le rapprochant de ce que peut être la Cour suprême américaine, c’est-à-dire l’ultime instance à même de dire le droit bien sûr et le respect de la Constitution, mais aussi de trancher des enjeux sociétaux majeurs.

Il était peu probable que le Conseil censure la totalité du texte présenté par le gouvernement et rejette ainsi la vaccination obligatoire des soignants ou un pass sanitaire qui, de plus en plus dans le monde, s’impose pour freiner une épuisante épidémie de Covid-19 qui en est à sa quatrième vague. Ceux qui espéraient un camouflet pour le gouvernement et le président de la République en seront pour leurs frais.

En revanche, le Conseil constitutionnel, après quelque dix jours d’examen, a retoqué les points les plus controversés du texte, éclairé des zones d’ombre, précisé le flou de certaines parties. On pourrait dire qu’il a fait entendre la voix de la sagesse dans un climat qui vire trop souvent à la foire d’empoigne, à la violence verbale et, parfois, physique. Au final, le texte ainsi remanié apparaît comme le plus équilibré possible, le plus respectueux de la Constitution et d’une des libertés fondamentales, celle de circuler, conditionnée temporairement à la présentation d’un pass sanitaire que chacun est en mesure d’obtenir, par la vaccination, des tests très réguliers ou un certificat de rémission.

Le débat est-il pour autant clos ? Sans doute pas et les opposants – très minoritaires en l’espèce – devraient encore donner de la voix ce samedi. Car si le droit constitutionnel a été dit, il reste le ressenti sociétal et la dimension éminemment politique du dossier. Le pass sanitaire sera-t-il, comme le prétend Jean-Luc Mélenchon, « une fausse bonne idée », inaugurant entre autres une surveillance numérique que certains rêvent de pérenniser ? Ou sera-t-il, comme l’affirme Emmanuel Macron, le meilleur outil pour éviter un énième reconfinement du pays ? L’avenir le dira lorsque nous pourrons analyser la façon dont nous serons sortis de la quatrième vague.

Pour l’heure, la loi – qui « est l’expression de la volonté générale » selon l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, comme l’a rappelé le Conseil constitutionnel – va s’appliquer à tous.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 6 août 2021)

Des vacances quand même

plage

Après une année de restrictions sanitaires pour endiguer l’épidémie de Covid-19, de couvre-feux, de confinements, de limitation de déplacements, de restaurants et de lieux culturels fermés, c’est peu dire que nous avions envie de nous retrouver cet été, ce moment de respiration pour lequel nous espérions reconquérir (un peu) de la vie d’avant. La situation sanitaire fin juin était bonne, la vaccination, rassurante, était là et cette année il y aurait moins de manifestations et d’événements sportifs ou culturels – que nous aimons tant fréquenter chaque année en juillet et en août – annulés ou reportés comme en 2020.

Le mois de juillet laissait ainsi présager un bel été Las ! Après le variant britannique Alpha qui avait bousculé les fêtes de fin d’année, le variant Delta chamboule à nouveau notre vie. Beaucoup plus contagieux, il se déploie sur les zones touristiques à vitesse grand V : Corse, Côte d’Azur, Occitanie, côte atlantique, Outremer sont désormais confrontées à une quatrième vague épidémique…

Les chiffres du tourisme de juillet, encore à consolider mais plutôt bons et qui montrent une bonne résistance, avaient redonné espoir à un secteur qui a été durement mis à l’épreuve depuis mars 2020. Le variant Delta va-t-il ruiner tous ces efforts ? L’extension, à compter du lundi 9 août, du pass sanitaire pour freiner la quatrième vague inquiète vivement les professionnels qui craignent de voir leur clientèle déserter leur établissement. La complexité de mise en œuvre de ce pass – qui va aussi dépendre de la décision du Conseil constitutionnel ce 5 août – va-t-elle replonger le pays dans cet Absurdistan de règles absconses et incompréhensibles que dénonçait la presse étrangère ?

En attendant, chacun espère sauver la saison qui restera cette année encore majoritairement bleu-blanc-rouge. Plus encore que les années précédentes, cet été est, pour les Français, l’occasion de redécouvrir leur pays et, par exemple, les trésors de notre région, tout en étant solidaire de tous les professionnels du tourisme. Des vacances sous Covid, des vacances compliquées avec gestes barrière, vaccination et protocoles sanitaires contraignants… mais des vacances quand même, pour ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 août 2021)

Culture numérique

carte bancaire


La crise sanitaire de l’épidémie de Covid-19 a bouleversé nombre de domaines de notre vie quotidienne et plus particulièrement la façon dont nous avons consommé en 2020. Les confinements qui nous ont contraints à rester chez nous, la peur de la transmission du virus en manipulant de la monnaie dans les commerces alimentaires – avant que l’on sache qu’il ne se transmettait essentiellement que par aérosol – ont contribué à nous faire davantage utiliser notre carte bancaire. Que ce soit pour les achats en ligne sur les sites de cybercommerce – Amazon en tête – dont l’activité a battu tous les records ou chez les commerçants en utilisant le paiement sans contact dont le plafond avait été judicieusement relevé à 50 €, la carte bancaire a renforcé son statut de moyen de paiement préféré des Français… tout en suscitant forcément, en parallèle, l’intérêt des escrocs.

Car si le taux de fraude sur les cartes de paiement françaises s’est maintenu à un niveau globalement maîtrisé à 0,068 %, soit l’équivalent d’un euro de fraude pour 1 500 euros d’opérations, selon le rapport annuel de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France, les voleurs ont adapté leur activité pour cibler davantage les Français, notamment les plus vulnérables, lors de leurs achats sur internet.

Face à ce fléau des arnaques, les banques ont renforcé l’authentification des titulaires des cartes lorsqu’ils font un achat en ligne avec de nouvelles méthodes de validation des paiements via des applications sur smartphones qui font appel à la biométrie. « Plus de 80 % des porteurs de cartes réalisant des achats sur internet ont été enrôlés dans un dispositif d’authentification forte » se félicite l’Observatoire… ce qui laisse tout de même 20 % d’utilisateurs en situation de fragilité, notamment ceux qui n’ont pas de smartphones récents.

Ces mêmes utilisateurs qui sont par ailleurs soumis à une offensive de plus en plus forte des pirates qui cherchent par tous les moyens à leur soutirer les numéros de leur carte bancaire. Selon le dernier rapport de l’éditeur d’antivirus Avast, la probabilité qu’un utilisateur français rencontre un logiciel malveillant sur ordinateur est de 26,87 % (28,05 % en Occitanie). Mais c’est surtout en jouant sur le manque de vigilance et la naïveté des Français que les pirates parviennent à leur fin.

C’est pour cela qu’au-delà des dispositifs de sécurité renforcés déployés par les banques, il est urgent de développer une vraie culture numérique dans la population pour que chacun puisse apprendre à détecter les tentatives de fraude.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 4 août 2021)

Prise de conscience

 

bruit

L’ampleur des chiffres du coût social du bruit en France, révélé fin juillet par une nouvelle étude conduite conjointement par le Conseil national du bruit (CNB) et par l’Ademe (Agence de la transition écologique), aurait dû créer un électrochoc. 155,7 milliards d’euros, c’est plus que les budgets de l’Education nationale et des Armées réunis, plus que le Plan de Relance post-Covid, l’équivalent de 420 Airbus A350… Et pourtant, ce coût social, c’est-à-dire les effets sanitaires induits par le bruit (gêne, perturbations du sommeil, maladies cardiovasculaires, obésité, diabète, troubles de la santé mentale, difficultés d’apprentissage, médication, hospitalisation, maladies et accidents professionnels…) et les effets non sanitaires (pertes de productivité et dépréciation immobilière…) est quasiment passé inaperçu en dépit de sa progression. Entre 2016, date du précédent rapport et 2021, le coût social annuel a bondi de plus de 98,3 milliards d’euros. Certes, le périmètre a été élargi, les mesures affinées, mais cette hausse spectaculaire doit nous interroger et, surtout, déclencher la prise de conscience qui nous permettra d’agir.

Car le bruit n’est pas une fatalité ; des solutions existent pour en limiter les nuisances et les conséquences, notamment en agissant sur les trois domaines responsables du coût social : les transports, le voisinage et le travail. La réduction de la vitesse sur les voies rapides, la création de Zone à Faibles Emissions et la diminution du trafic, l’amélioration de la qualité acoustique des bâtiments (en lien avec l’enjeu de rénovation globale) incluant ceux d’enseignement pour traiter notamment le bruit en milieu scolaire, la réduction des émissions (sonores et pollution) des chantiers de construction et de démolition en milieu urbain sont quelques-unes des pistes lancées par le CNR et l’Ademe.

À ces pistes qui bousculent les habitudes on peut également ajouter l’innovation technique qui peut permettre de diminuer les nuisances. Cela passe par exemple par de nouveaux enrobés routiers : depuis 2020, le Cerema accompagne Limoges Métropole et Colas pour l’évaluation des performances acoustiques d’un enrobé intégrant du liège. Cela passe aussi par la mesure du bruit, par exemple avec des bornes indiquant quand le bruit d’un open space en entreprise est trop élevé. Et cela passe aussi par des réglementations comme la limitation du volume sonore des casques audio ou les décibels émis lors de concerts. 

Au final, c’est bien une culture de la gestion du bruit qu’il convient de développer, sur laquelle tout le monde devrait pouvoir s’entendre…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 3 août 2021)

Fractures françaises

 

pass

Une décision qui ne passe pas et déclenche la colère, une coagulation de profils très différents où la sincérité et les doutes légitimes des uns se retrouvent mêlés puis dépassés par les agendas de militants plus radicaux, professionnels de la colère et du chaos, le tout dans un climat qui dérive de la contestation à la haine, avivée par des réseaux sociaux minés par les théories complotistes et les fake news.

Il y a dans les manifestations contre le pass sanitaire et la vaccination, organisées chaque samedi depuis trois semaines, des similitudes évidentes avec le mouvement des Gilets jaunes né à l’automne 2018. L’ampleur est certes différente, les revendications beaucoup plus diffuses et fourre-tout, la récupération politicienne plus saillante, et les outrances – notamment quand certains ont comparé le pass sanitaire à l’apartheid ou ont arboré l’étoile jaune que portaient les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale – indignes et honteuses au regard de l’Histoire et de la réalité. Non, la France n’est pas une dictature…

Mais les deux mouvements illustrent toutefois des fractures françaises. Des fractures anciennes, entre les élites et le peuple, entre la France heureuse, à l’aise dans la mondialisation, et celle qui subit des discriminations sociales, économiques et géographiques ; des différences que l’on a d’ailleurs retrouvées dans les cartes de France de la vaccination publiées cette semaine.

De l’"Atlas des nouvelles fractures sociales en France" du géographe Christophe Guilluy paru en 2004 à "L’Archipel français : une nation multiple et divisée" du politologue Jérôme Fourquet paru en 2019, les signaux d’alerte ont pourtant été nombreux ces dernières années pour souligner combien le pays se divisait, se polarisait, combien les fractures se creusaient et combien il était urgent d’y apporter une réponse politique. Parce qu’il est l’actuel chef de l’Etat, il revient à Emmanuel Macron – qui ne saurait être seul comptable de ces fractures – de proposer des réponses, des solutions, sans stigmatiser un citoyen par rapport à un autre, mais en cherchant à unifier, à réconcilier.

En novembre 2018, le Président concédait qu’il n’avait "pas réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants." Plus de deux ans plus tard, cette difficile réconciliation reste toujours à bâtir…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 1er août 2021)