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Éditos

Fracture énergétique



« L'énergie est notre avenir, économisons-la. » La phrase est dans toutes les têtes. Et pour cause puisque ce qui n'était qu'un slogan publicitaire pour EDF entre 2006 et 2009 est devenu une obligation légale – bientôt une injonction ? Depuis la loi du 13 juillet 2005 fixant les orientations de la politique énergétique française, la sentence est, en effet, systématiquement présente dans les publicités de tous les acteurs de l'énergie. Mais l'État aurait tout aussi bien pu expliquer que l'énergie est notre avenir pour peu qu'on ne la gaspille pas. Car, s'il est bien sûr primordial d'un côté de redéfinir notre mix énergétique pour donner moins d'importance à l'énergie nucléaire et davantage de place aux énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, hydraulique, géothermique) afin de respecter les accords de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique, il est tout aussi crucial de s'attaquer à l'amélioration de l'habitat en luttant contre les déperditions d'énergie.

L'habitat représente près de 50 % de la consommation totale de l'énergie de notre pays, qu'elle serve à chauffer les locaux ou produire de l'eau chaude. Dès lors, il est urgent d'améliorer la performance énergétique des bâtiments tant les logements des particuliers que les bureaux des entreprises. Les solutions existent, les technologies sont là, que ce soit pour dresser des diagnostics précis des travaux à réaliser, mieux connaître et donc mieux maîtriser sa consommation en temps réel, utiliser de nouveaux matériaux d'isolation, avoir recours à des panneaux solaires pour produire sa propre électricité, ou encore construire des logements de haute qualité environnementale, etc. Mais tout cela a un coût. Et le prix à payer pour être un éco-citoyen est encore trop souvent hors de portée de beaucoup de Français.

L'Observatoire national de la précarité énergétique a récemment montré que ce sont 5,1 millions de ménages (12 millions d'individus) qui sont en situation de précarité énergétique, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas un accès normal et régulier aux sources d'énergie nécessaires pour leurs besoins primaires… Non seulement ces ménages sont contraints de consacrer une part croissante de leurs revenus modestes à l'énergie, mais plusieurs études ont montré que leur état de santé était plus dégradé que celui des personnes qui ne sont pas dans une telle situation de précarité. Et, à ces ménages en difficultés peuvent s'ajouter tous ces Français qui, mal informés ou perdus devant la complexité administrative, renoncent à optimiser leur logement.

Face à cette fracture énergétique, les pouvoirs publics ont une responsabilité majeure pour permettre à tous les Français de bénéficier d'une énergie au juste prix et, en même temps, de pouvoir maîtriser leur consommation. C'est tout l'enjeu des aides et de l'accompagnement à la rénovation. Quels que soient les dispositifs (crédit d'impôt, primes, ristournes) et quels qu'en soient leurs initiateurs (État, Régions), la rénovation thermique du parc immobilier apparaît comme un élément-clé pour la réussite de la transition énergétique – et nécessairement solidaire – dont la France a besoin.

(Editorial publié dans La Dépêche du 29 janvier 2018)

Bac : pari politique



Un peu plus de deux siècles après son institutionnalisation par Napoléon Ier, le baccalauréat va donc être réformé. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que de voir que cette réforme sera portée par un ministre de l'Éducation nationale réputé pour être conservateur. De Jean-Michel Blanquer, certains se sont gaussés de son côté «vieille France», réactivant, ici la dictée quotidienne ou la méthode de lecture syllabique; là, le chant choral matinal; ailleurs, son penchant pour un retour de l'uniforme à l'école. Ses défenseurs ont, a contrario, souligné son pragmatisme. Avec la réforme du bac, si elle est menée à son terme, il faudra aussi saluer le courage de ce ministre « techno » qui déploie, d'évidence, un vrai sens politique. Car, en s'attaquant à ce « monument national » , pour reprendre l'expression de Jack Lang, l'un de ses prédécesseurs rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer fait ce que tous les ministres de l'Éducation nationale ont rêvé de faire depuis au moins trente ans sans jamais y parvenir.

Alléger et moderniser le bac pour l'adapter au monde d'aujourd'hui : chaque gouvernement, de droite comme de gauche, en a caressé l'idée, se nourrissant de copieux rapports rédigés par les meilleurs experts qui, aussitôt présentés, se retrouvaient enterrés au gré des réactions, parfois par ceux-là mêmes qui les avaient commandés ! Car toucher au « monument national », c'est forcément froisser des parents-électeurs nostalgiques de leur propre bac, crisper des enseignants-électeurs gardiens du temple de leur discipline, mettre potentiellement dans la rue une jeunesse lycéenne soupçonnant d'odieuses tentatives de sélection… De fait, depuis 1995 et la transformation des sections (A, B, C, etc.) nées en 1959 en séries (L, ES, S, etc.), le baccalauréat général n'a pas connu de remise en jeu véritable.

Mais les temps ont changé : Emmanuel Macron, qui a fait de la réforme de l'examen une promesse de campagne, et Jean-Michel Blanquer sentent que l'opinion est prête à accepter une réforme du bac. Ce bac qui, aujourd'hui, est acquis par 80 % d'une classe d'âge – et c'est une bonne chose quoi qu'on en dise –, mais qui ne permet pas à une majorité de bacheliers de dépasser la licence…

En réformant le bac à marche forcée, après avoir récemment réformé l'accès à l'université, l'exécutif fait un pari politique osé en instaurant notamment l'évaluation continue, possiblement sujette à l'arbitraire. La réussite de cette réforme dépendra de l'adhésion de l'ensemble de la communauté éducative, souvent rétive au changement lorsqu'on la brusque. Mais aussi au sentiment qu'avec cette réforme, chaque jeune, quel que soit son milieu social, quelles que soient ses capacités à l'entrée en seconde et quel que soit l'emplacement de son lycée en France, aura les mêmes chances de décrocher, ce qui reste, bien plus qu'un monument national, un rite de passage vers l'âge adulte.

(Editorial publié dans La Dépêche du 25 janvier 2018)