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Éditos

Un autre monde



De Hong Kong au Liban, du Soudan au Chili, de l’Irak à la Catalogne, de l’Egypte à l’Ethiopie, etc. En cette fin 2019, nous observons des mouvements de protestation qui émergent d’un continent l’autre, d’un pays à l’autre. Certes, les revendications sont toutes différentes, spécifiques aux situations locales ou nationales.



Et pourtant, à l’analyse, on trouve des points de convergence : une exigence de dignité, un besoin d’égalité, une pratique de la fraternité, une aspiration à davantage de démocratie ; mais aussi la dénonciation de la corruption, des atteintes aux droits de l’Homme et des travers d’une mondialisation qui est loin d’être heureuse pour tous.

Un autre point commun à tous ces mouvements est la mobilisation de la jeunesse qui est en première ligne pour dénoncer l’inadéquation des politiques gouvernementales avec l’urgence du moment.

En parallèle, un sujet semble les réunir tous : la cause environnementale, la lutte contre le réchauffement climatique. De Paris à New York, de Stockholm à Sydney, nous avons vu défiler, lors de marches géantes, une jeunesse qui a l’écologie chevillée au corps et la conscience qu’il faut agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Ces mouvements écolos s’inscrivent dans la longue lignée des mobilisations de désobéissance civiques – de Gandhi à Greta Thunberg, en passant par Martin Luther King et la lutte du Larzac des années 70 – qui ont permis d’importantes avancées sociétales et démocratiques… après souvent des années de mobilisation et de combats.

Face à l’urgence climatique, certains ne veulent justement pas attendre des années pour que la société et les gouvernements bougent ; d’où la radicalisation des revendications.

Aidés par la caisse de résonance que constituent les réseaux sociaux, spécialisés dans de spectaculaires actions coup de poing, ces activistes –comme ceux de Peta, de L214 ou d’Extinction Rébellion – veulent marquer les consciences, créer un électrochoc en bravant la loi, mais aussi, parfois, en franchissant la ligne rouge de la non-violence – pour une violence qu’on ne peut ni accepter ni cautionner en démocratie.

Au final, tous veulent la même chose : inventer un autre monde, convaincus, comme l’était Oscar Wilde, que "la désobéissance, vertu originelle de l’homme, a permis le progrès, la désobéissance et la rébellion…"

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 30 novembre 2019)

Mortelles Opex

Un mitrailleur de l’ALAT avec le badge de l'opération Barkhane. Photo Thomas GOISQUE


Quinze jours après l’inauguration par Emmanuel Macron d’un monument aux soldats morts pour la France en opérations extérieurs (Opex), voilà notre armée frappée par un terrible drame au Mali. Treize militaires, treize jeunes soldats sont morts lundi soir dans un accident d’hélicoptères alors qu’ils menaient une opération de nuit contre des jihadistes ; ce qui en fait la plus lourde perte enregistrée par l’armée française depuis 36 ans.

Après le choc et en attendant les explications pour comprendre ce qui a pu se passer sur ce difficile théâtre d’opérations, c’est évidemment l’émotion qui, aujourd’hui, fait que toute la Nation entoure les familles et les camarades de ces militaires – dont certains étaient originaires de notre région – et rend hommage à l’action de leurs régiments si loin de la France.

Car ce drame, qui peut légitimement faire s’interroger les Français sur la pertinence de notre présence en Afrique depuis 2013, doit nous rappeler, hors de toute polémique, pourquoi la France, avec l’opération Barkhane, est engagée au loin. Si 4 500 militaires, en effet, sont positionnés sur cette immense bande sahélo-saharienne, c’est d’abord pour aider les Etats qui la composent à faire face aux menaces déstabilisatrices de groupes terroristes islamistes, franchisés d’Al Qaïda ou émanations de Daech. En appuyant nos alliés africains, Barkhane permet d’éviter que des attentats soient perpétrés sur place – même s’il y en a, hélas, encore – et que ne se constituent des bases arrières jihadistes à partir desquelles seraient préparées des attaques en Europe. Qui sait quelle serait l’ampleur de la menace terroriste en France et chez nos voisins si la France n’était pas présente au Sahel ?

Le drame d’hier permet aussi de mesurer que c’est bel et bien la France qui est engagée – essentiellement seule – au nom de l’Europe. Lorsqu’au coût financier important s’ajoute un terrible bilan humain pour nos soldats, il convient sans tarder, comme l’a fait récemment Emmanuel Macron, de poser clairement la question de ce que devrait être une vraie défense européenne, dont les objectifs et les moyens seraient partagés par tous. En attendant, la France est en première ligne dans cette « guerre » asymétrique, sans front, guettée par l’enlisement, que l’on redoute sans fin voire sans issue rapide. Et au cours de laquelle, avant-hier, treize soldats courageux ont péri… Il nous appartient, collectivement, à ce que leur mort ne soit pas vaine lorsque viendra le temps d’aborder l’avenir de Barkhane.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 27 novembre 2019)

Exigence d'équité

tgv


Une ligne à grande vitesse (LGV) sans discontinuer reliera-t-elle enfin un jour Paris et Toulouse, quatrième ville de France ? Un TGV pourra-t-il demain rapprocher Montpellier de Perpignan et poursuivre même vers Barcelone ? Ces questions, lancinantes, les habitants d'Occitanie se les posent depuis bien trop longtemps. À telle enseigne que l'infinie patience dont ils ont fait preuve jusqu'à présent pourrait légitimement laisser la place à la colère. Car depuis des années, de promesses non tenues en délais sans cesse allongés, l'Occitanie, deuxième région de France avec ses plus de 5 millions d'habitants, est laissée sur la touche du développement du train à grande vitesse.

Les deux LGV en question sont pourtant réclamées de façon constante et régulière par une écrasante majorité des habitants. Il y a deux ans, un sondage Ifop-La Dépêche montrait que 88 % d'entre eux souhaitaient ces deux projets… mais que 52 % craignaient que l'Etat ne tienne pas ses engagements. Tristement prémonitoire…

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir été très conciliant. Les élus d'Occitanie de tous bords, majoritairement unis autour des deux projets, n'ont cessé de faire des propositions, notamment pour le financement des lignes. Les collectivités ont payé par ailleurs nombre d'études et même subventionné la ligne TGV Paris-Bordeaux qui connaît un évident succès. Ces deux LGV Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan s'inscrivent par ailleurs dans l'architecture globale du train en Occitanie où la Région a fait d'énormes efforts sur les trains du quotidien, notamment avec une SNCF qui n'a pas toujours été au rendez-vous. L'articulation entre TGV et TER est évidemment l'une des clés pour proposer aux habitants l'offre de transports qu'ils attendent, en phase avec la lutte contre le réchauffement climatique et permettant un aménagement du territoire harmonieux qui ne laisse personne isolé.

Carole Delga aurait pu dire tout cela au nouveau secrétaire d'Etat au Transport Jean-Baptiste Djebbari ce mercredi si leur rendez-vous n'avait été reporté au 4 décembre. On n'est plus à quelques jours près après des années d'attente…

Mais si la présidente PS de la Région monte à ce point au créneau sur ce sujet, c'est aussi parce qu'il dépasse évidemment le seul domaine du transport. Les tergiversations autour des LGV occitanes laissent, en effet, la désagréable impression que notre région reste moins bien traitée que d'autres. Derrière les LGV se jouent ainsi deux visions de la France, l'une où tout se déciderait à Paris, l'autre où les régions auraient une certaine capacité d'initiative. Cette ligne de fracture, certes ancienne, a profondément marqué les débuts du quinquennat d'Emmanuel Macron et a nourri à l'évidence le mouvement des Gilets jaunes. Le président de la République, qui (re) découvre l'importance des élus locaux, a assuré depuis vouloir un nouvel acte de décentralisation. Sans doute parce que la question des territoires sera au cœur des enjeux électoraux des prochaines années. Emmanuel Macron le sait ; Carole Delga aussi…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 23 novembre 2019)

Le temps du deuil

pont
Pont de Mirepoix-sur-Tarn deux jours après son effondrement


Il y a eu le temps du choc et de l'effroi, le temps de la colère et le temps des questions. Maintenant prend place le temps du deuil pour les victimes de l'effondrement du pont de Mirepoix-sur-Tarn survenu lundi dernier. De toutes les victimes.

D'abord, bien sûr, pour la jeune Lisa, cette adolescente souriante, sans doute remplie de projets et de rêves, qui a été fauchée dans sa belle jeunesse. On ne peut qu'imaginer la peine immense de sa famille, de ses amis, de ses professeurs et camarades face à une telle injustice. Leur dignité nous oblige.

Les proches des disparus, les blessés et tous ceux qui leur ont porté secours doivent ensuite, plus que jamais, être entourés, accompagnés, soutenus et aimés pour surmonter une épreuve aussi traumatisante dans une vie. L'expérience montre que le chemin est long mais possible.

Enfin, parce qu'une vie ne peut se résumer à une faute aussi terrible et dramatique soit-elle, le chauffeur – dont le camion pesait plus de deux fois le poids autorisé sur le pont suspendu – a droit au respect dû aux défunts, ne serait-ce que parce qu'il serait indécent de rajouter à la douleur de ses proches le poids d'une culpabilité qu'il appartiendra à l'enquête – et à elle seule – de déterminer précisément.

Que l'on soit victime d'une tragédie de la route, d'un accident industriel d'ampleur comme l'explosion d'AZF ou d'un attentat terroriste comme on en a, hélas, beaucoup trop vécu à Toulouse, Montauban, Paris ou Nice, la société française sait trouver pour les siens la force fraternelle de continuer à vivre. Cette résilience – ce «tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale » pour reprendre la définition du neuropsychiatre Boris Cyrulnik – est cette énergie collective qui doit tous nous mobiliser aujourd'hui pour soutenir ceux qui ont été marqués par le drame de Mirepoix.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 22 novembre 2019)

Responsabilités



pont


Le drame de l'effondrement spectaculaire du pont de Mirepoix-sur-Tarn doit plus que jamais être abordé avec prudence, pondération, ne serait-ce que par égards aux victimes de cet accident hors normes.

Après l'émotion légitime qui a largement dépassé les frontières du département, la solidarité nécessaire exprimée envers la commune sinistrée, et la compassion envers les proches des victimes, le temps est celui des responsabilités.

Responsabilités d'abord que doivent établir les enquêteurs qui sont depuis lundi sur le terrain pour comprendre ce qui a pu se passer. Le poids du camion, plus du double de ce qui était autorisé pour cet ouvrage, est vraisemblablement un facteur clé pour expliquer le drame. Y en a-t-il d'autres ? L'entretien du pont a-t-il été parfaitement réalisé ? Les contrôles ont-ils été suffisamment réguliers et approfondis ? Ce sera aux enquêteurs – et à eux seuls – de le dire.

Responsabilités ensuite des commentateurs, quand on voit certains d'entre eux, qui n'ont pas le début d'une compétence en ponts et chaussées, tantôt évoquer la faute à pas de chance, tantôt faire un lien obscur avec un « système économique dirigé par l'Union européenne » (sic) sur le plateau d'une chaîne d'information en continu…

En revanche, le drame de Mirepoix-sur-Tarn peut être l'occasion pour les pouvoirs publics de regarder si toutes les leçons ont bien été tirées du rapport parlementaire très fourni sur l'état des ponts en France, publié en juin dernier. Ce document sénatorial de 180 pages, réalisé après l'effondrement du pont italien de Gênes, estimait qu' « au moins 25 000 ponts sont en mauvais état structurel et posent des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers ». Pire, le rapport observait qu'on ne connaissait pas le nombre exact de ponts et que certains se trouvaient dans un vide juridique quant à leur propriétaire… D'où le souhait des sénateurs de voir la France, capable de construire le viaduc de Millau, mettre en place un « plan Marshall » pour tous les ponts en souffrance.

En second lieu, le drame haut-garonnais doit être aussi l'occasion de s'interroger sur la réalité des convois routiers. Il s'agit là de la responsabilité de l'Etat.

(Editorial publié dans La Dépêche du mercredi 20 novembre 2019)

Droits et devoirs

eau


Safer water summit, sommet sur l'interaction permanente entre l‘eau et l'homme, organisé ce lundi à Toulouse, n'est certainement pas le premier colloque autour de l'importance de l'eau pour la vie des hommes et les conséquences que sa pollution peut occasionner sur la santé humaine. Mais à l'échelle d'un territoire régional, en l'occurrence le bassin Adour-Garonne, c'est une première. Et au vu de la qualité des experts et intervenants, cela démontre que le traitement des enjeux mondiaux de l'eau peut trouver des solutions au plus près du terrain. Ce colloque inédit montre finalement que pour la gestion de l'eau, il faut penser global pour agir local.

Penser global, c'est une évidence. Dans un monde de plus en plus mondialisé, les décisions liées à l'eau ont des incidences sur tous les pays, rappelait récemment le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau. Événements extrêmes, dégradation de l'environnement, croissance démographique, urbanisation rapide, conflits et troubles sociaux, flux migratoires qui s'intensifient : autant de pressions qui frappent les populations les plus vulnérables du fait de leurs impacts sur l'eau. Dès lors, le droit à l'accès à une eau potable reste un horizon de développement majeur pour l'humanité. Améliorer la gestion des ressources en eau et l'accès aux services d'approvisionnement et d'assainissement, est ainsi la condition sine qua non pour lutter contre la pauvreté et contre les inégalités sociales et économiques, rappelait encore l'Unesco.

En regard de ce droit universel à l'eau se trouvent des devoirs. Et c'est bien localement que ceux-ci peuvent être mis en œuvre en prenant en compte les spécificités régionales et en mobilisant tous les acteurs de l'eau. Car face aux pollutions agricoles, industrielles, domestiques ou accidentelles, chacun peut adopter les bons réflexes et les bonnes pratiques pour, in fine, préserver ce bien précieux, cet or bleu sans lequel nous ne serions rien.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 novembre 2019)

Météo et climat

hiver


La scène se passe au début de cette année. Alors que des millions d’habitants du nord des Etats-Unis sont confrontés à une vague de froid historique, Donald Trump ironise sur son compte Twitter. « Dans la belle région du Midwest, les températures ressenties atteignent – 60 degrés (Farenheit, – 51 Celsius, ndlr), le plus froid jamais enregistré. […] Que diable se passe-t-il avec le réchauffement climatique mondial ? S’il te plaît, reviens vite, nous avons besoin de toi ! » Comme la plupart des climatosceptiques, le président américain estime que, puisqu’il fait très froid, le réchauffement n’existe pas. Fake news clament avec lui ceux qui abhorrent Greta Thunberg et les scientifiques du Giec. Avec la vague de froid qui touche la France depuis jeudi, nul doute que cette thèse trumpienne sera reprise par certains.

Grossière erreur évidemment puisqu’il y a là confusion entre la météo et le climat, entre l’instant T et la tendance de fond. Il n’y a qu’à voir la courbe de température des hivers depuis plus d’un siècle pour se rendre compte que le réchauffement est une réalité scientifique incontestable. Ce qui n’est en rien incompatible avec des phénomènes extrêmes mais ponctuels, intenses mais localisés, comme cette « goutte froide » – évènement rare mais pas exceptionnel – qui annonce déjà l’hiver…

Pour un pays comme la France, ces phénomènes et leurs conséquences – routes bloquées, trains arrêtés, électricité coupée, etc. – sont toujours délicats à gèrer. Trop peu nombreux pour que nous investissions dans du matériel de déneigement coûteux qui ne serait que peu utilisé, mais assez pénalisants dans les régions touchées pour que les autorités ne puissent pas ne pas s’en préoccuper. C’est ce subtil équilibre qu’il faut bâtir entre exigences financières et nécessité de maintenir activité économique et vie quotidienne face à des intempéries qui, par nature, auront toujours une part d’imprévu.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 16 novembre 2019)

Principe de réalité

pesticide


Le glyphosate est décidément l'un de ces dossiers autour desquels se joue une bataille qui paraît sans fin. Les arguments des pro et anti ont été tellement entendus, brassés, médiatisés, ressassés et caricaturés qu'entre les défenseurs de l'environnement et de la santé publique d'un côté, les agriculteurs et les industriels de l'autre, et les agences sanitaires au milieu dont l'impartialité et l'indépendance sont sujettes à caution, le citoyen lambda peine à s'y retrouver. Si l'on ajoute les études scientifiques contradictoires et une ribambelle de fake news sur les réseaux sociaux qui polluent et hystérisent le débat, on obtient un dossier miné dont on peine à voir un débouché apaisé.

Le rapport de la mission d'information parlementaire chargée d'évaluer le plan gouvernemental de sortie du glyphosate, conduite par deux députés LREM, Jean-Luc Fungit et Jean-Baptiste Moreau, permettra-t-il d'y voir plus clair ? Rien n'est moins sûr, mais il a au moins le mérite de dire quelques vérités. Et la première d'entre elle est que la mise en place – forcément louable – du principe de précaution dans l'usage de pesticides ne peut se faire sans la prise en compte d'un principe de réalité. La réalité que pointent les deux parlementaires est que, compte tenu de l'utilisation importante par les agriculteurs du glyphosate – pesticide aussi bon marché que redoutablement efficace –, toute suppression se traduira par un coût élevé pour les exploitants. Entre la main-d'œuvre, le carburant et les investissements, certaines exploitations verraient ainsi leurs charges augmenter de 50 à 150 euros l'hectare. Impensable pour des agriculteurs dont la majorité connaît de réelles difficultés économiques.

Surtout, pour tenir l'objectif de « sortir de l'essentiel des usages au 1er janvier 2021, et de tous les usages au 1er janvier 2023 » comme l'a rappelé la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, les deux députés estiment qu'il est « inconscient d'attendre le 31 décembre 2020 » pour savoir « quelles situations culturales » devront obligatoirement cesser d'utiliser l'herbicide le 1er janvier 2021 et celles qui pourront bénéficier d'un délai. Autrement dit, à une si brève échéance d'un bouleversement des pratiques, rien ne semble avoir été anticipé… De là à dire que l'interdiction du glyphosate n'a été qu'un effet d'annonce politique plutôt qu'une réelle démarche pour trouver des solutions de remplacement, il n'y a qu'un pas que les deux députés membres de la majorité franchissent presque…

En tout cas, à moins de deux ans de l'échéance d'interdiction, il serait peut-être temps de poser aussi clairement et calmement que possible les enjeux. Comment supprimer le glyphosate, quelles alternatives sont possibles, quelles aides faudra-t-il débloquer, quelle harmonisation européenne peut-on espérer ? Des questions qu'il devient urgent de régler.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 13 novembre 2019)

Epée de Damoclès

seisme


C'est peu dire que les tremblements de terre nous interpellent, d'une part parce que nous sommes démunis face à ces catastrophes et d'autre part parce que les émotions qu'ils soulèvent révèlent aussi des failles humaines. La soudaineté de leur survenue, la violence de leurs secousses, les destructions et la ruine qui en découlent ont accablé et fasciné les hommes depuis l'Antiquité, nourri les croyances en une punition divine et irrigué les grands récits comme ceux de la Bible ou du Coran qui narrent l'apocalypse et la fin du monde provoquées par de puissants séismes capables de rayer de la carte des cités entières. Platon lui-même ne contribua-t-il pas à créer le mythe de l'Atlantide engloutie après un tremblement de terre ? Et le séisme de Lisbonne de 1755 ne donna-t-il pas lieu à un célèbre poème de Voltaire auquel répondit Rousseau qui pointait – déjà ! – vices de construction et mauvaises réactions des populations…

Depuis, la science a levé les doutes et apporté des explications rationnelles à ces séismes meurtriers, détaillé comment la croûte terrestre était « vivante », et pourquoi les plaques tectoniques continuaient à se mouvoir.

Face aux tremblements de terre, ces épées de Damoclès sur le monde, la communauté scientifique poursuit son travail d'observation, toujours plus précis, pour essayer de comprendre où et pourquoi les destructions se produisent. Même si l'on ne sait pas prévoir les séismes, la possibilité de prévoir les mouvements du sol qui vont se produire et les annoncer juste avant l'arrivée de vibrations destructrices est déjà un progrès considérable à partir duquel nous pouvons prendre de bonnes décisions. Décisions en termes d'aménagement des territoires, de normes anti-sismiques pour les constructions, et de préparation de la population à adopter les bons gestes lorsqu'un séisme se produit.

Bref, apprendre à vivre avec ce risque et, lorsqu'il survient, exercer une solidarité… sans faille.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 12 novembre 2019)

Champs d'honneur

monumentOpex
Monument aux morts pour la France en opérations extérieures./ Photo Ministère des Armées


Depuis une loi de 2012, le 11-Novembre, date anniversaire de l'armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale, est aussi un jour d'hommage à l'ensemble de ceux qui sont « Morts pour la France », qu'ils soient civils ou militaires, qu'ils aient péri dans des conflits contemporains ou des conflits plus anciens. Mais parmi eux, des militaires français n'avaient pas suffisamment été pris en compte : les soldats tués lors des Opex, acronyme pour opérations extérieures. Ces « interventions des forces militaires françaises en dehors du territoire national » selon la terminologie officielle, restent souvent abstraites et lointaines aux yeux des Français, qui en mesurent mal les enjeux et les risques. Conduites sous mandat des Nations unies, de l'Union européenne ou de l'Otan, ces opérations menées par des militaires professionnels, souvent au sein de coalitions internationales ou de forces de maintien de la paix, s'inscrivent dans la durée – parfois pour de nombreuses années – comme dans la complexité. Mais elles restent avant tout des opérations de guerre au cours desquelles le danger guette et la mort frappe.

Tchad, Liban Balkans, Irak, Syrie, Centrafrique, Sahel, etc., les théâtres d'opérations ont été nombreux. Depuis 1995, les armées françaises ont été engagées dans quelque 106 opérations menées à l'extérieur des frontières nationales. Et depuis 1963, la France a payé un lourd tribut au cours des nombreuses Opex qu'elle a conduites : au 1er septembre 2019, on estimait à 687 le nombre de militaires des forces armées françaises morts au combat. Et parmi eux de nombreux soldats des régiments de notre région.

Dans un monde où les conflits sont asymétriques, où les menaces, notamment terroristes, sont aussi diffuses que persistantes, les militaires français portent nos valeurs et défendent au loin notre sécurité ici, en France. Jusqu'à présent les soldats tués en Opex n'étaient honorés par aucun monument. Ce sera désormais chose faite avec l'aboutissement d'un projet inauguré aujourd'hui par le président Macron à Paris. Un monument sobre, attendu de longue date par les familles et les compagnons d'armes blessés. Un monument utile au travail de mémoire de la Nation pour ces soldats qui constituent la quatrième génération du feu et dont il était plus que temps de reconnaître qu'ils sont tombés comme leurs aînés de 14-18 aux champs d'honneur.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 11 novembre 2019)

Passion française

prixGoncourt
Ils ont beau critiquer son entre-soi germanopratin, l’emprise « galligraseuil » du nom des trois grandes maisons d’édition Gallimard, Grasset, le Seuil, les grands auteurs qu’il n’a pas su découvrir ou la faible proportion de femmes qu’il a distinguées depuis sa création en 1914 : il n’en reste pas moins que le prix Goncourt, le plus prestigieux de la dizaine décernée chaque année, reste incontestablement un temps fort de la foisonnante rentrée littéraire et une immense reconnaissance pour un écrivain et pour sa maison d’édition.

Ce lundi, après Lydie Salvayre en 2014, c’est un autre toulousain, Jean-Paul Dubois, qui a été honoré pour « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » et qui va donc connaître la fortune. Non pas en espèces sonnantes et trébuchante puisque l’auteur ne recevra de Bernard Pivot, le président de l’Académie Goncourt, que 10 euros, mais la fortune dans les rayons des librairies où le Goncourt s’écoule à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et rapporte quelque 3 millions d’euros en moyenne à l’éditeur.

En tout cas Jean-Paul Dubois – dont nous suivons avec délice la carrière depuis « Compte rendu analytique d’un sentiment désordonné » jusqu’à « Une vie française » en passant par « Kennedy et moi » ou « Vous plaisantez, Monsieur Tanner » – n’aura pas à connaître le revers de la médaille : l’infortune du Goncourt. Car pour certains lauréats, ce prix majuscule s’est transformé en cadeau empoisonné, changeant leur vie pour le pire et pas pour le meilleur. Une fois la gloire passée, ces auteurs se sont retrouvés comme écrasés par le prix, dévorés par la notoriété sans pouvoir la dépasser pour retrouver l’inspiration et poursuivre leur carrière. Comme certains chanteurs qui n’ont fait qu’un tube, ils n’auront été que les auteurs d’un livre.


Si l’attribution du Goncourt et des autres prix constituent un traditionnel rendez-vous de la rentrée littéraire, ils ne constituent qu’un des aspects de la passion française pour la lecture. Car au-delà des livres primés, les Français restent des lecteurs très éclectiques. Même s’ils ont le sentiment de lire de moins en moins et de manquer de temps pour la lecture, ils continuent à aimer l’objet-livre et plébiscitent tous les genres, du roman à la BD, du manga à l’essai historique, du livre pratique au… Goncourt évidemment. Avec sans doute à l’esprit ce que disait Montesquieu : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 novembre 2019)

Joie amère

ours


Au moins dix petits oursons seraient nés dans les Pyrénées cette année. Voilà une nouvelle qui va ravir les partisans de la réintroduction de l'ours entamée en 1996, et affliger les éleveurs du Massif qui n'en peuvent plus de devoir cohabiter avec le plantigrade. Pour les premiers, ces naissances ne sont certes pas une surprise puisque les deux ourses slovènes introduites l'an passé en Béarn dans des conditions houleuses, Claverina et Sorita, étaient gravides. Mais ces nouvelles naissances – même si deux des oursons n'auraient pas survécu – confortent le programme qui aurait pu, faute de nouvelles réintroductions, mettre en péril la présence de l'ours en Pyrénées Occidentales, où il ne reste que deux mâles. Les associations de défense des ursidés, qui martèlent qu'une cohabitation homme-ours est possible comme en Slovénie, n'en restent toutefois pas là et viennent d'ailleurs d'attaquer l'Etat fin octobre. Elles contestent devant la justice administrative les principales mesures de la feuille de route «Pastoralisme et ours» de l'Etat, notamment l'effarouchement systématique des ours en cas de menaces et la «surindemnisation» des éleveurs… Ces derniers apprécieront. Opposés aux réintroductions de l'an passé, les éleveurs et beaucoup d'élus locaux ont l'impression de n'être ni écoutés, ni entendus par l'État. Eux dénoncent l'insuffisance et la mise en œuvre inappropriée des mesures d'effarouchement demandées. Et lors du récent congrès de l'Association nationale des élus de la montagne (Anem), une motion a été adoptée, réclamant d'améliorer les démarches du protocole «ours à problèmes» et d'abandonner définitivement l'introduction d'ours…

Vingt-trois ans après l'arrivée de Ziva dans les Pyrénées, le dossier ours est donc toujours aussi clivant et aucun des gouvernements qui se sont succédé n'a su mettre en place les conditions d'un dialogue fructueux pour résoudre cette aporie. La cohabitation entre l'homme et l'ours est pourtant réalisable : la mission d'inspection des ministères de l'Agriculture et de l'Écologie a rendu un rapport en ce sens en mars dernier. Encore faut-il y mettre suffisamment de moyens budgétaires et sans doute inclure la réflexion dans le cadre plus large de l'aménagement du massif pyrénéen. La mode est aux Grenelles, alors pourquoi pas un vrai Grenelle sur l'ours ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 novembre 2019)

Voix d'or

johnny Hallyday


« La nostalgie, c’est le bonheur d’être triste » disait Victor Hugo. La nostalgie de Johnny, disparu il y a bientôt deux ans, c’est assurément le bonheur de retrouver la voix de celui qui reste LE rockeur numéro un dans le cœur des Français. Ni les disputes familiales de l’héritage entre sa dernière épouse Laeticia et ses enfants David Hallyday et Laura Smet, ni les déclarations vipérines des uns contre les autres, ni les vacheries savamment distillées par les entourages, ni l’interminable feuilleton judiciaire qui alimente la chronique people n’ont entaché l’affection des Français pour l’artiste aux 110 millions d’albums. La preuve de cette fidélité se trouve tout simplement dans les ventes de son dernier opus sobrement intitulé Johnny, sorti le 25 octobre. Près de 150 000 ventes en quelques jours : un carton, qui en appellera sans doute d’autres et qui montre, si besoin était, que le public de Johnny, celui-là même qui s’était retrouvé à la Madeleine pour des obsèques quasi-nationales, s’étale sur plusieurs générations, infuse dans tous les milieux sociaux, voire conquiert de nouveaux adeptes.

Ce succès montre aussi combien la nostalgie des grandes stars de la chanson est un business florissant pour leurs ayants droit. Michaël Jackson, Elvis Presley, Bob Marley, Prince, John Lennon, Whitney Houston ou encore Amy Winehouse n’en finissent pas de truster le top des charts ; en France, Claude François ou Dalida reviennent régulièrement sur le devant de la scène. Les héritiers exploitent le filon, souvent avec discernement lorsqu’il s’agit de sortir des inédits ou de réorchestrer les tubes. Mais parfois en laissant un sentiment de malaise lorsque sortent des compilations douteuses ou que certains font appel à des hologrammes pour faire revivre sur scène leur cher disparu…

Car pour que la flamme perdure et pour éviter le retour de flamme des fans gardiens de la mémoire, mieux vaut ne pas trahir la voix d’or des artistes disparus pour ne pas risquer que la manne s’éteigne…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 2 novembre 2019)