Accéder au contenu principal

Mortelles Opex

Un mitrailleur de l’ALAT avec le badge de l'opération Barkhane. Photo Thomas GOISQUE


Quinze jours après l’inauguration par Emmanuel Macron d’un monument aux soldats morts pour la France en opérations extérieurs (Opex), voilà notre armée frappée par un terrible drame au Mali. Treize militaires, treize jeunes soldats sont morts lundi soir dans un accident d’hélicoptères alors qu’ils menaient une opération de nuit contre des jihadistes ; ce qui en fait la plus lourde perte enregistrée par l’armée française depuis 36 ans.

Après le choc et en attendant les explications pour comprendre ce qui a pu se passer sur ce difficile théâtre d’opérations, c’est évidemment l’émotion qui, aujourd’hui, fait que toute la Nation entoure les familles et les camarades de ces militaires – dont certains étaient originaires de notre région – et rend hommage à l’action de leurs régiments si loin de la France.

Car ce drame, qui peut légitimement faire s’interroger les Français sur la pertinence de notre présence en Afrique depuis 2013, doit nous rappeler, hors de toute polémique, pourquoi la France, avec l’opération Barkhane, est engagée au loin. Si 4 500 militaires, en effet, sont positionnés sur cette immense bande sahélo-saharienne, c’est d’abord pour aider les Etats qui la composent à faire face aux menaces déstabilisatrices de groupes terroristes islamistes, franchisés d’Al Qaïda ou émanations de Daech. En appuyant nos alliés africains, Barkhane permet d’éviter que des attentats soient perpétrés sur place – même s’il y en a, hélas, encore – et que ne se constituent des bases arrières jihadistes à partir desquelles seraient préparées des attaques en Europe. Qui sait quelle serait l’ampleur de la menace terroriste en France et chez nos voisins si la France n’était pas présente au Sahel ?

Le drame d’hier permet aussi de mesurer que c’est bel et bien la France qui est engagée – essentiellement seule – au nom de l’Europe. Lorsqu’au coût financier important s’ajoute un terrible bilan humain pour nos soldats, il convient sans tarder, comme l’a fait récemment Emmanuel Macron, de poser clairement la question de ce que devrait être une vraie défense européenne, dont les objectifs et les moyens seraient partagés par tous. En attendant, la France est en première ligne dans cette « guerre » asymétrique, sans front, guettée par l’enlisement, que l’on redoute sans fin voire sans issue rapide. Et au cours de laquelle, avant-hier, treize soldats courageux ont péri… Il nous appartient, collectivement, à ce que leur mort ne soit pas vaine lorsque viendra le temps d’aborder l’avenir de Barkhane.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 27 novembre 2019)

Posts les plus consultés de ce blog

Champs de batailles

L'agriculture est-elle devenue un champ de bataille ? En tout cas, le débat houleux sur les pesticides, et plus particulièrement le glyphosate, concentre – au détriment souvent d'autres thématiques – tous les enjeux et les contradictions de notre époque autour de l'alimentation, de la lutte contre le réchauffement climatique et de la préservation de la biodiversité. Et le moins que l'on puisse dire est que les positions sont tranchées, frontales, quasi irréconciliables entre les défenseurs de l'environnement et de la santé publique d'un côté, les agriculteurs et les industriels de l'autre, et les agences sanitaires au milieu dont l'impartialité et l'indépendance ne sont pas au plus haut… Le débat est d'autant plus vif que les avis scientifiques autour desquels toutes les parties auraient pu logiquement se retrouver peinent à se frayer un chemin dans un débat public où les opinions surpassent les faits et où les infox des réseaux sociaux et les …

Le revers de la médaille

Les gagnants de la seconde édition du Loto du patrimoine ont été dévoilés mardi par le ministre de la Culture Franck Riester. 103 projets ont ainsi été retenus sur 835 candidats, et s'ajoutent aux dix-huit déjà annoncés en mars dernier. Cette multiplication de candidatures, cet engouement populaire souligne, si besoin en était, l'attachement des Français à leur patrimoine. Un attachement que l'on mesure d'ailleurs chaque année en septembre lors des Journées du patrimoine – initiative française lancée en 1984 et devenue depuis européenne – qui battent à chaque édition des records de fréquentation. Attachement au patrimoine que l'on retrouve de la même façon lors des émissions de radio ou de télévision consacrées à l'histoire et aux monuments, qui apportent régulièrement de très belles audiences aux chaînes.

Enfin, l'attachement des Français au patrimoine a connu un retentissant éclat lors de l'incendie du toit de Notre-Dame de Paris. L'élan de génér…

Les armes dans la peau

Coup sur coup deux nouvelles fusillades ont été perpétrées ce week-end aux états-Unis. Deux tueries de masse qui ont fait des dizaines de morts et de blessés et qui portent leur nombre, terrible, à 251 depuis le début de l'année 2019, selon un décompte de l'association Gun Violence Archive. Autrement dit, peu ou prou, il ne se passe pas un jour outre-Atlantique sans que des innocents, hommes, femmes, enfants, ne soient tués par balle, que ce soit par des déséquilibrés, des militants suprémacistes blancs, des adeptes de l'état islamique ou tout simplement des citoyens lambda qui décident de régler leurs problèmes par arme à feu. Dans n'importe quel pays au monde, la répétition de tels drames déboucherait sur une prise de conscience collective et, surtout, sur des changements législatifs profonds pour que cela ne se reproduise plus. Pas aux états-Unis.

Ce grand pays a, d'évidence, les armes dans la peau, d'autant plus que leur usage est inscrit noir sur blanc da…