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Sortir des postures

émeutes

Le cortège d’une manifestation ou un rassemblement pour fêter la victoire d’un club sportif qui se terminent par des émeutes, des dégradations de mobilier urbain et de vitrines de magasins, parfois pillés, et des attaques violentes des forces de l’ordre par des hordes encagoulées dans un brouillard de gaz lacrymogènes… Les Français se sont malheureusement habitués à ces scènes-là depuis plusieurs décennies. Comme ils se sont aussi habitués aux polémiques politiciennes qui s’ensuivent, mêlant instrumentalisation démagogique, règlement de comptes politiques et critiques d’une justice supposément laxiste.

Le dernier épisode en date, qui s’est produit samedi soir à Paris à l’occasion de la victoire du PSG face à l’Inter Milan en finale de la Ligue des champions, ne fait, hélas pas exception à la règle. Au bilan édifiant – deux morts, des dizaines de blessés, plus de 600 interpellations, des rues et magasins saccagés – s’ajoutent désormais les passes d’armes politiques. Entre l’opposition et le gouvernement – c’est plutôt classique – mais aussi au sein même du gouvernement Bayrou, où la solidarité ministérielle est depuis longtemps devenue un vain mot, cédant la place à la cacophonie.

D’un côté, un ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau – qui promettait à sa prise de fonction « l’ordre, l’ordre, l’ordre » – droit dans ses bottes pour expliquer avoir fait tout ce qu’il fallait avec le préfet de police pour contenir « les barbares ». De l’autre un ministre de la Justice, Gérald Darmanin – son prédécesseur et rival – qui rappelle que, lui, avait bien organisé les JO de Paris avec le même préfet – oubliant au passage son fiasco lors du match Liverpool-Real de Madrid en 2022. Un garde des Sceaux qui, de plus, critique le niveau selon lui trop bas des premières peines prononcées par la justice contre les émeutiers et propose d’instaurer des peines planchers et de supprimer le sursis pour des primo-délinquants… à l’heure où la France détient un record de prisonniers.

On ne sait pas encore si une nouvelle loi sera présentée en septembre pour modifier le Code pénal, comme l’espère M. Darmanin, mais on a déjà la quasi-certitude que la réponse au lamentable épisode parisien ne sera que répressive. Aucune réflexion ne semble, en effet, sur la table pour interroger le maintien de l’ordre à la française qui, d’évidence, ne fonctionne pas. Aucune prise de parole politique ne semble chercher à comprendre pourquoi la France se distingue de ses voisins européens qui, eux, ne subissent pas de violences urbaines similaires.

« Face au hooliganisme, les autorités françaises ont depuis les années 80 répondu par la répression, avec notamment des dispositifs policiers toujours plus impressionnants autour des stades. Cette politique s’est révélée inefficace et doit être comparée à celles, couronnées de succès, de nos voisins britanniques et allemands », écrivait Patrick Mignon, sociologue du sport, dans une note pour la fondation Terra Nova… en 2010 ! Depuis 15 ans, rien ne semble avoir bougé, y compris après le mouvement des Gilets jaunes, où le maintien de l’ordre avait pourtant été questionné. Malgré des dispositifs policiers massifs – plus de 5 400 agents à Paris –, les forces de l’ordre se retrouvent souvent submergées par des groupes mobiles et désorganisés, rendant l’anticipation et la gestion des troubles très difficiles.

Il existe pourtant des solutions. La Convention du Conseil de l’Europe sur la violence lors des manifestations sportives recommande une approche intégrée, combinant sécurité, sûreté et services. Les exemples européens montrent l’efficacité d’approches multisectorielles, centrées sur la médiation, la prévention locale et la désescalade. La France gagnerait à revoir sa doctrine de maintien de l’ordre. Encore faut-il que ceux qui sont aux responsabilités sortent des polémiques et des postures…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 juin 2025)

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