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Éditos

Peace, nature and love

 

hippie

Il y a un peu plus de 50 ans, dans un monde occidental corseté par les conservatismes et les interdits et plus particulièrement dans une Amérique patriarcale et matérialiste, sûre de ses valeurs face au bloc soviétique mais pratiquant la ségrégation raciale, et qui allait s’enliser dans la guerre du Vietnam, naissait un mouvement totalement inédit : celui des hippies. « Peace and love », paix et amour proclamaient les jeunes gens d’une génération éprise de liberté et d’émancipation individuelle et collective, abhorrant la guerre, avide de nouvelles expériences, de libération sexuelle, de lectures puissantes et de nouvelles musiques. Bref d’un nouveau monde. 

Cette révolution du « flower power » née aux Etats-Unis, cette idée qu’une autre société était possible – et souhaitable – allait essaimer partout dans le monde, entraînant avec elle toute une jeunesse en pantalon patte d’éléphant, chemise à fleurs et cheveux longs, de WoodStock à Mai-68, des plateaux de Katmandou à ceux du Larzac, des vallées de l’Ariège aux plages d’Ibiza, des communautés aux bancs des universités.

La fin de la guerre du Vietnam en 1975 correspondit au déclin du mouvement qui a vu sa contre-culture finalement avalée par un système économique capitaliste toujours prompt à recycler ce qui fait le succès de l’air du temps. Une récupération d’autant plus facilitée que certains des libertaires d’alors sont devenus de parfaits libéraux…

Dès lors que reste-t-il aujourd’hui du mouvement hippie ? Au-delà de son incontestable apport culturel mais de son échec politique à radicalement transformer la société, il perdure l’un des aspects qui le cimenta : le rapport de l’homme à la nature. Un rapport qui, hier secondaire, est devenu l’une des préoccupations majeures de la société, à l’heure où les conséquences du réchauffement climatique et donc de la responsabilité écologique de l’Homme sont devenues incontournables. 

Ainsi, à défaut de réels héritiers – les bobos, les hipsters, les écolos, les vegans le sont-ils vraiment ? – le mouvement hippie a laissé en héritage cette question environnementale qui aura bien besoin de paix et d’amour pour se régler.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 31 juillet 2021)

Le pic et le cap

chu

Ce devait être l’été des retrouvailles, presque celui du retour à la vie d’avant, en tout cas l’occasion de souffler vraiment après 18 mois de restrictions imposées pour freiner l’épidémie de Covid-19. Las ! L’été est devenu en quelques jours celui de tous les dangers. Le variant Delta à la redoutable contagiosité est à l’origine d’une véritable flambée des cas de contaminations, notamment en Outremer – Martinique, Guadeloupe et Réunion renouant avec couvre-feux et confinements – et dans les zones touristiques en métropole où l’obligation du masque en extérieur a fait son retour. Pas étonnant dès lors que l’Occitanie, terre de tourisme entre Méditerranée et Pyrénées, se retrouve en première ligne face à cette 4e vague épidémique qu’on n’espérait subir qu’à l’automne. Quatre des huit départements Français ayant dépassé le seuil d’alerte de 400 contaminations pour 100 000 habitants sont ainsi dans notre région.

« Je viens tirer la sonnette d’alarme pour ne pas condamner la saison », a expliqué le porte-parole du gouvernement en déplacement hier à Montpellier, rappelant le cap fixé par l’exécutif : continuer à vacciner – car les malades hospitalisés sont quasiment tous des non-vaccinés –, continuer à respecter les gestes barrière et assurer du bien-fondé du pass sanitaire qui doit entrer en vigueur le 9 août, mais inquiète nombre de professionnels quand il ne suscite pas de vives oppositions. Autant d’outils qui devraient permettre de freiner la progression exponentielle de l’épidémie et permettre à l’hôpital de passer le pic de la vague attendu d’ici septembre.

Dans cet inquiétant tableau, une lueur d’espoir. Dans un nouveau rapport de modélisation, l’Institut Pasteur assure que « l’accélération de la vaccination peut avoir un impact important sur la taille du pic épidémique », autrement dit la 4e vague pourrait être moins forte que les précédentes si les Français continuent à se faire vacciner.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 30 juillet 2021).

Nous deux

 

couple


Sans doute les chercheurs, dans les mois et années à venir, mesureront de plus en plus finement l’étendue des conséquences que l’épidémie de Covid-19 a eues sur notre société et les vies de chacun d’entre nous. Le choc du premier confinement – cette mise sous cloche soudaine et brutale qu’on n’aurait pas imaginée dans une démocratie comme la nôtre si attachée aux libertés individuelles – mais aussi ceux qui ont suivi, les couvre-feux et les restrictions sanitaires de tous ordres, changeantes, angoissantes et parfois exaspérantes, ont chamboulé notre quotidien. Derrière la crise sanitaire, des crises économiques, sociales, éducatives, familiales et conjugales, comme le montre aujourd’hui la vaste enquête publiée par l’Ifop, qui a tenté de mesurer l’impact du Covid-19 sur les couples français.

Des couples dont certains se sont retrouvés au bord de la crise de nerfs en 2020, contraints par le confinement de cohabiter 24 heures sur 24 entre télétravail pour les uns, obligation de monter au front pour les travailleurs essentiels de première, seconde ou troisième ligne, ou faire la classe à la maison. Pour certains, cette parenthèse a été un enchantement inattendu, une redécouverte du conjoint, un resserrement des liens familiaux et l’envie de faire de nouveaux projets, et parfois de prendre un nouveau départ radical. Pour d’autres, au contraire, ces mois de promiscuité ont été vécus comme une interminable descente en enfer, le cocon familial étant devenu un huis clos étouffant, une épreuve dont l’issue ne pourrait être que la rupture.

Dans les mois à venir va-t-on assister à un boom des divorces et des séparations ? Les crises précédentes peuvent le laisser penser. Pour l’heure, l’Ifop a plutôt constaté une relative stabilité des itinéraires conjugaux depuis mars 2020, mais l’envie de rompre est pourtant bien présente chez nombre de couples. Elle reste cependant comme anesthésiée tant que l’on n’est pas encore totalement sorti de la crise sanitaire. Un attentisme qui souligne aussi combien le jour d’après reste encore un grand saut dans l’inconnu... comme la vie à deux.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 29 juillet 2021)

Des mots et des maux

burger

« Mal nommer les choses, c’est participer au malheur du monde » disait Albert Camus. Étendu à l’alimentation et à la gastronomie à laquelle les Français sont très attachés et qui fait la renommée de la France dans le monde, cet aphorisme peut s’appliquer sur la façon de nommer les nouveaux produits alimentaires conçus in vitro en laboratoire ou à partir de protéines végétales : un steak peut-il, en effet, être « végétal », un foie gras peut-il être issu d’un processus sans gavage ? Car les mots ont évidemment un sens. On peut comprendre dès lors la colère légitime des éleveurs de voir galvauder leur travail et l’appellation de leurs produits par des sociétés qui, sciemment, utilisent leur vocabulaire et ce faisant peuvent tromper le consommateur. C’est d’ailleurs au nom de la bonne information de ce dernier que la loi « relative à la transparence de l’information sur les produits agricoles et alimentaires », a été adoptée en mai 2020 et interdit depuis l’utilisation des mots traditionnellement attribués à la viande pour des produits qui n’en contiennent pas.

Mais derrière cette guerre de mots et les polémiques qui s’ensuivent se trouve un enjeu d’une tout autre dimension : quelle alimentation voulons-nous pour l’humanité dans les prochaines décennies, quelle organisation pour répondre aux maux qui minent le système actuel ? Car la progression de la production agricole, et notamment de l’élevage, est considérée maintenant comme une menace pour la planète et pour la survie de l’humanité : bien-être animal, droit de tuer les animaux, protection de l’environnement, occupation des terres cultivables, besoins en eau, réduction de la faim dans le monde, etc. Autant de sujets identifiés par l’ONU. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de viande conventionnelle représente ainsi 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, 30 % de l’utilisation des sols et 8 % de la consommation d’eau…

Dès lors chercher des alternatives, explorer de nouvelles pistes apparaît bel et bien comme une nécessité, que ce soit par le recours à l’élevage d’insectes, par la fabrication de viande de synthèse en utilisant de la bio-ingénierie tout en tenant compte de l’évolution de notre rapport à la viande. Si le phénomène végétarien n’est pas nouveau, il a incontestablement gagné en visibilité ces dernières années, en complexité aussi. Et même s’il reste très marginal – 2 % des Français seulement disent suivre un régime alimentaire sans viande – les questions qu’il soulève méritent des réponses. Car entre l’éthique animale et la préservation d’une gastronomie ancestrale, la préservation de la planète et la nécessité de lutter contre la faim dans le monde, il y a des enjeux économiques et technologiques colossaux dont l’Europe ne peut pas être absente.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 28 juillet 2021)

La bataille de l'opinion

vaccin

"Les vaccins contre le Covid-19 ont été développés trop vite, on ne peut pas leur faire confiance", "on n’a pas assez de recul", "des personnes vaccinées sont contaminées et hospitalisées, donc le vaccin n’est pas efficace", "les effets secondaires sont trop importants", "les vaccins à ARN messager modifient notre code génétique, ils peuvent provoquer des cancers" : autant d’arguments qui ne s’appuient sur aucune base scientifique ou simplement sur des faits vérifiés, que l’on entend depuis des mois de la part des antivax, les personnes opposées à la vaccination anti-Covid voire à toute forme de vaccination, et que l’on a encore pu lire sur des pancartes ou entendre dans les cortèges des manifestations samedi.

Des arguments répercutés sur les réseaux sociaux que le gouvernement et la communauté scientifique ont bien du mal à contrecarrer. "Nous sommes une grande Nation. Une Nation de Science, celle des Lumières, de Louis Pasteur. Alors quand la science nous offre les moyens de nous protéger, nous devons les utiliser avec confiance dans la raison et dans le progrès", déclarait Emmanuel Macron le 12 juillet dernier en annonçant la vaccination obligatoire pour les soignants et l’extension du pass sanitaire. Mais si l’allocution présidentielle s’est traduite par une forte hausse de prises de rendez-vous vaccinaux, elle ne semble avoir eu aucun effet sur les antivax. Idem pour les nombreuses études scientifiques qui, depuis l’autorisation des vaccins, détaillent, chiffres à l’appui, le caractère minime des effets indésirables par rapport à l’immense bénéfice que constituent les vaccins, y compris ceux à ARN, une technologie sur laquelle les chercheurs travaillent depuis plus de 15 ans.

Cette défiance par rapport à la parole politique et scientifique peut s’expliquer par l’affaire des masques au début de l’épidémie ou par les récents scandales sanitaires – Lévothyrox, Mediator – qui ont gravement entaché le lien de confiance entre ces institutions et la population. Raison de plus pour engager aujourd’hui la bataille de l’opinion, non pas pour convaincre les anti-vaccins les plus radicaux – c’est illusoire – mais pour ramener aux faits vérifiés des Français qui, légitimement, en toute bonne foi, ont des doutes sur les vaccins anti-Covid. Ces Français sceptiques méritent d’être considérés plutôt que conspués et doivent disposer d’informations fiables, vérifiés et accessibles.

Il est plus que temps – et le gouvernement semble en avoir mesuré l’importance – d’engager un combat contre tous les charlatans, les pseudo-experts toutologues, les complotistes et ceux qui exploitent les peurs à des fins politiciennes, qui ont eu et ont encore micro ouvert sur certaines chaînes d’information en continu, ou qui profitent de la complaisance des réseaux sociaux qui ont laissé émerger et laissent encore perdurer des torrents de fake news. Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre à la France ; récemment, le président américain Joe Biden a accusé Facebook de "tuer des gens" en laissant se propager de la désinformation sur le vaccin et l’épidémie.

Que des questions sur les vaccins se posent, que l’on débatte sur le dispositif du pass sanitaire, sur l’étendue des restrictions et contraintes est légitime et même indispensable en démocratie. Mais ce débat ne peut se faire que sur une base admise par tous, le socle commun de la vérité des faits.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 26 juillet 2021)

Pacte civique

covid

A l’instar d’autres documents administratifs, le pass sanitaire fait hélas lui aussi l’objet de fraude et de trafic dont l’ampleur reste pour l’heure encore difficile à mesurer. Non pas que le document en lui-même soit mis en cause : comme le sont le permis de conduire ou le passeport, le QR code sanitaire est infalsifiable, notamment parce que pour le créer il faut disposer d’une clé de cryptage dont seules disposent les autorités des différents pays européens.

Mais comme pour celle visant le permis de conduire, la fraude se déroule en amont, en exploitant des complicités au cœur même du dispositif de santé que les sanctions, pourtant importantes (amendes, prison), ne semblent pas dissuader. Ainsi, une infirmière, un médecin, un pharmacien, toute personne pouvant se connecter à la base de données Covid de la Sécurité sociale est ainsi en capacité de créer de vrais-faux certificats vaccinaux.

Que ce soit pour l’appât du gain ou au nom de leur opposition au pass sanitaire voire à la vaccination, ces délinquants en blouse blanche et ceux qui montent avec eux les juteux trafics rompent le pacte civique qui pourtant devrait lier tous les Français, particulièrement face à une telle épidémie.

En fraudant sciemment sur un document de santé, non seulement ils prennent des risques pénaux importants pour eux-mêmes mais ils fragilisent la stratégie de sortie de la crise sanitaire dont le pass sanitaire, en France comme ailleurs, est l’une des clés. Surtout, ils mettent en danger la santé de tous ceux qui croiseront les adeptes du faux pass potentiellement contaminés et donc contaminants.

La fraude au pass sanitaire met à l’épreuve le sens des responsabilités de chacun, des personnels médicaux dont beaucoup ont prêté le serment d’Hippocrate jusqu’aux plateformes des réseaux sociaux qui ne luttent que mollement contre les offres de vrais-faux pass sanitaires. La meilleure façon d’en finir avec cette fraude, c’est d’en finir avec l’épidémie et pour cela en passer par la vaccination et... le pass sanitaire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 25 juillet 2021)