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Éditos

Objectif Lune

lune

Plus de cinquante ans après l’exploit d’avoir amené un Homme à poser son pied sur la Lune – ce petit pas pour l’homme mais ce pas de géant pour l’humanité accompli le 21 juillet 1969 par Neil Armstrong – la NASA se prépare à retourner sur notre astre le plus proche. Dans quelques mois désormais voire quelques années, le programme américain Artemis, qui fédère quelque 29 États dont la France, permettra à un équipage d’être en contact avec la Lune, avec le projet à terme d’y établir une base lunaire qui constituerait l’étape essentielle de plus lointains voyages, en premier lieu vers Mars.

Après la dernière mission de la NASA, Apollo 17 le 7 décembre 1972, la Lune ne semblait plus être la priorité des agences spatiales. D’autres enjeux avaient émergé, d’autres priorités, d’autres ambitions aussi : l’exploration des confins de notre système solaire, la meilleure connaissance de comètes ou de la planète Mars ont mobilisé des dizaines de missions.

Dans les années 90 pourtant, la NASA lance deux petites missions (Clementine en 1994 et Lunar Prospector en 1998) qui vont réamorcer l’intérêt pour la Lune, dont on sait qu’elle n’a pas révélé tous ses secrets ni tout son potentiel géologique. Dès lors, les missions exploratoires se multiplient et s’enchaînent à un rythme soutenu avec un double objectif cette fois, scientifique bien sûr mais aussi économique. Car si la Lune est protégée par le Traité de l’Espace de 1967, elle ne l’est pas par le Traité de la Lune de 1979 qui voulait restreindre l’exploitation de ses ressources naturelles par un seul pays. Ce traité n’a été ratifié par aucune grande nation spatiale…

L’exploitation des ressources lunaires est ainsi devenue le moteur de nouvelles ambitions, à commencer par celle de Donald Trump qui, en 2019, annonce le retour de l’Homme sur la Lune, martelant au passage que « l’Amérique sera toujours la première dans l’espace ». Car cette reconquête de la Lune est aussi une féroce compétition entre la NASA et ses partenaires comme l’agence spatiale européenne, les nouvelles nations spatiales que sont la Chine, l’Inde ou les Émirats arabes unis et toutes ces entreprises privées du « new space », ce nouvel espace dont Elon Musk, avec Space X, est la figure de proue, lui qui rêve de coloniser Mars.

En attendant d’habiter sur la planète rouge, il faudra d’abord construire une station spatiale puis une base lunaires qui assureront une présence permanente. Les défis pour y parvenir sont de taille, de la construction d’une telle base à la façon dont ses habitants vont pouvoir y vivre et y travailler.

Les plus optimistes des experts pensent qu’une première colonie de six à dix personnes (scientifiques, ingénieurs, techniciens) pourrait s’installer sur la Lune d’ici 2040. À terme, un millier d’hommes et de femmes pourrait fouler le sol lunaire en 2050 et s’endormir au clair de Terre...

En espérant que d’ici là, cet objectif Lune ne nous aura pas fait oublier de prendre soin de la Terre, qui va endurer ces prochaines années les effets du réchauffement climatique.

(Editorial publié dans La Dépêche du dimanche 28 octobre 2023)

Interdépendance

vache

Ce n’est pas la première fois que le secteur de l’élevage est touché par une crise sanitaire d’origine animale. On se souvient tous de la maladie de la vache folle dans les années 1990, des images de vaches tremblantes et ne tenant plus debout, et de l’angoisse qui avait saisi l’opinion. Cette encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) avait alors provoqué un effondrement de la consommation de viande bovine, après la découverte de sa transmission possible à l’homme sous la forme d’une variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Des mesures strictes avaient alors été prises par les autorités pour éradiquer l’épidémie, comme l’interdiction des farines animales ou l’abattage systématique des troupeaux contaminés, très douloureux pour des éleveurs attachés à leurs bêtes.

Aujourd’hui, avec la maladie hémorragique épizootique (MHE), la situation est toutefois très différente, mais tout aussi préoccupante. Cette maladie virale, transmise par des moucherons piqueurs, qui provoque de la fièvre, des ulcérations, des boiteries et parfois la mort chez les animaux infectés, est une maladie émergente, dont l’origine et l’évolution sont, d’évidence, liées au changement climatique. En effet, on le sait désormais, le réchauffement de la planète favorise la prolifération et la dispersion des insectes vecteurs de maladies, qui peuvent ainsi coloniser de nouvelles zones géographiques. C’est ce qui s’est passé avec la MHE, qui était présente essentiellement en Afrique et en Asie, et qui a atteint l’Europe l’année dernière avant de se diffuser rapidement, en France notamment dans le Sud-Ouest. D’autres maladies animales, comme la fièvre catarrhale ovine ou la peste équine, sont également susceptibles d’être influencées par les modifications climatiques selon les scientifiques.

À la différence de ce qui s’est passé avec maladie de la vache folle qui a pu atteindre l’homme, la MHE n’est pas contagieuse pour l’homme, mais elle représente clairement un nouveau risque économique et social pour les éleveurs et les consommateurs. Face à ce défi sanitaire et environnemental, il est nécessaire d’adapter les stratégies de prévention et de lutte contre les maladies animales. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande notamment de renforcer la surveillance épidémiologique et écologique, d’améliorer la connaissance des réservoirs et des vecteurs des maladies, et de développer la recherche et la coopération internationale. Il faut également sensibiliser les éleveurs et les vétérinaires aux signes cliniques des maladies émergentes, et leur fournir les moyens de protéger leurs animaux. Enfin, des aides financières pour les éleveurs touchés, comme le réclament la Coordination rurale et la Confédération paysanne, paraissent fondées.

La MHE nous rappelle en tout cas que nous sommes tous interdépendants. La santé des animaux est intimement liée à celle des hommes et à celle de la planète, comme le rappelle le concept One Health (une santé). Derrière ce terme, apparu il y a une vingtaine d’années, se trouve la prise en compte de l’interdépendance entre les santés humaine, animale, végétale et la protection de l’environnement. Lutter pour limiter le réchauffement climatique et ses conséquences néfastes sur la biodiversité et les systèmes alimentaires apparaît dès lors comme un enjeu majeur pour notre avenir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 octobre 2023)

Casse-tête

chauffage

La baisse des températures des derniers jours après une rentrée très douce va replonger les Français dans l’épineuse question du chauffage de leur logement. Épineuse parce que le coût de l’énergie, qui pesait déjà beaucoup dans le budget des ménages, a bondi ces derniers mois, particulièrement depuis la guerre en Ukraine qui a déstabilisé le marché du gaz, entraînant avec lui celui de l’électricité qui lui est encore lié. Les deux énergies sont, en effet, les plus utilisées pour chauffer les logements français, à hauteur de 41 % pour le gaz naturel et de 37 % pour l’électricité, selon les derniers chiffres clé 2022 du logement publiés par l’Insee.

La fin progressive du bouclier tarifaire gouvernemental d'ici 2025, qui limitait la hausse du prix de l’électricité et du gaz à 15 %, la perspective de nouvelles hausses début 2024, les conséquences encore inconnues du nouveau conflit ouvert entre Israël et le Hamas, la possibilité d’un nouveau choc pétrolier évoqué par les experts de l’Agence internationale de l’énergie : tout cela est source d’inquiétude et de questionnement.

Quel mode de chauffage choisir ? Quel est celui qui a le meilleur rendement ? Celui qui reçoit le plus d’aides pour son financement et son installation ? Celui qui est aussi le plus éco-responsable, une donnée à laquelle les Français sont de plus en plus sensibles ? Gaz, électricité, bois, granulés… ? Le chauffage est devenu un vrai casse-tête surtout quand circulent sur le marché quelques arnaques et quelques escrocs.

Le chauffage est aussi le marqueur de profondes inégalités et d’une précarité insupportable. Dans sa note sur la part des personnes en situation de privation matérielle et sociale, publiée en juillet dernier, l’Insee note que « parmi l’ensemble des difficultés déclarées, celle liée au chauffage du logement est en forte augmentation : début 2022, 10 % des personnes vivent dans un ménage qui n’a pas les moyens financiers de chauffer correctement son logement, contre 5 à 7 % entre 2014 et 2021. » Une situation qui est aggravée dans les zones rurales, où le fioul est encore très utilisé. Et si les Français ont adopté dans leur grande majorité des gestes de sobriété en chauffant leur logement à 19 °C, d’autres ont été contraints à ne plus se chauffer. 62 % des Français ont ainsi renoncé à chauffer correctement leur logement et 60 % ont réduit leur consommation d’eau chaude selon un sondage Odoxa paru ce mois-ci.

Derrière le coût des énergies pour se chauffer se pose aussi la question de l’isolement des logements. La France compte entre 5,2 millions de passoires thermiques, selon le ministère en charge du Logement, et 7 à 8 millions selon la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim). Les logements notés F et G au titre du diagnostic de performance énergétique représentent ainsi plus de 17 % du parc des résidences principales…

S’attaquer à ce problème devrait faire consensus et déclencher un véritable plan Marshall de la rénovation énergétique qui aille bien au-delà des aides existantes – encore trop mesurées, trop complexes et trop restrictives – afin que chaque Français puisse correctement se chauffer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 octobre 2023)

Bénéfices-risques

 

rhume

Avec l’automne qui arrive – enfin – c’est aussi le retour des rhumes avec leur cortège de nez bouchés et de maux de gorge. Pour nombre de Français, afin de surmonter ces désagréments, il suffit de prendre un médicament vasoconstricteur. C’est d’autant plus facile que ceux-ci – Actifed Rhume, Humex, RhinAdvil, etc. – sont disponibles sans ordonnance en pharmacie et leur efficacité est réelle pour un soulagement rapide. Seulement voilà, comme tout médicament, il peut y avoir des effets secondaires et ceux des vasoconstricteurs, s’ils restent évidemment rares, ne sont pas bénins puisqu’il s’agit d’infarctus du myocarde ou d’accidents vasculaires cérébraux. Ces effets secondaires-là sont connus. Déjà l’année dernière, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) avait appelé les Français à la vigilance. « Ce type de médicament ne doit pas être utilisé en première intention en cas de rhume », rappelait l’Agence en novembre 2022. En vain…

Un an plus tard, en effet, l’ANSM ne peut que constater que son appel n’a pas été entendu et que les (mauvaises) habitudes ont perduré. Se basant sur des données récentes issues des bases de pharmacovigilance et de la littérature médicale, elle a donc décidé de passer à l’étape supérieure à savoir déconseiller l’utilisation des vasoconstricteurs compte tenu de « la gravité de ces accidents et (de) la persistance des cas – en dépit des actions déjà mises en place. » L’agence a reçu le soutien du Collège de la médecine générale, du Conseil national professionnel d’ORL, ainsi que l’Ordre national des pharmaciens et des syndicats de pharmaciens d’officine (Union de syndicats de pharmaciens d’officine et Fédération des syndicats pharmaceutiques de France). Pour l’heure, l’agence ne peut que déconseiller et pas interdire ces médicaments ; seule l’agence européenne du médicament a ce pouvoir. Rien n’a été décidé en ce sens pour l’instant.

Cette affaire soulève en tout cas plusieurs sujets qui dépassent le seul cadre des vasoconstricteurs. D’abord l’importance, cruciale, de la réévaluation des bénéfices-risques des médicaments en fonction des connaissances scientifiques et médicales. Si le risque zéro n’existe pas, vouloir s’en approcher est important. Ensuite, cette affaire met en lumière l’automédication, renforcée par la crise Covid et par les difficultés d’accès à un médecin généraliste. De plus en plus de Français optent pour elle : une étude Ifop pour le laboratoire Biogaran, indiquait en avril dernier que 88 % des Français ont eu recours à des médicaments sans ordonnance en 2022… contre 58 % vingt ans plus tôt. On mesure dès lors l’importance de ce marché, qui représentait 2 milliards d’euros en 2022 (+11,3 % sur un an), mais qui reste toutefois inférieur à celui de nos voisins selon NèreS, l’organisation professionnelle qui représente les fabricants de médicaments sans ordonnance (6 % en France contre 12 à 20 % dans les pays voisins).

Dernier problème soulevé, notre incapacité à ne plus savoir attendre et à vouloir guérir tout de suite en prenant des médicaments – même si les Français ont évolué et ont cédé en 2020 la première place du pays européen le plus consommateur de médicaments à l’Allemagne. « Le rhume guérit spontanément en 7 à 10 jours sans traitement », rappelle l’ANSM dans son alerte. Dès lors, est-il raisonnable de risquer un AVC pour un nez bouché ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 24 octobre 2023)


Maillon faible

moteurCFM56

Plus de vingt ans après le drame, les Français se rappellent encore avec émotion de l’accident tragique du Concorde en juillet 2000 à Gonesse, qui avait coûté la vie à 113 personnes et mis fin à la longue carrière du supersonique. Ils se rappellent peut-être moins que le crash a été en partie provoqué par une pièce contrefaite. Un avion de Continental Airlines qui précédait le Concorde sur la piste de décollage avait, en effet, perdu une lamelle. En roulant dessus, l’un des pneus du Concorde éclate et les débris perforent ses réservoirs pleins… Continental était pourtant la 6e compagnie aérienne mondiale.

Aujourd’hui, l’affaire récente impliquant la société AOG Technics met à nouveau en lumière l’étendue de ce problème de pièces contrefaites. Cette entreprise britannique – qu’une enquête de Bloomberg qualifie de société fantôme avec des employés fictifs – est soupçonnée d’avoir truqué des documents de certification accompagnant des pièces à l’origine inconnue pour la maintenance des moteurs CFM56. Produits par CFM International (une coentreprise entre le français Safran et l’américain GE), ces moteurs équipent de nombreux appareils de Boeing et d’Airbus. Après que l’alerte a été donnée l’été dernier par un atelier de maintenance de moteurs, CFM a alerté les autorités de régulation, la FFA américaine et l’EASA européenne qui ont demandé à toutes les compagnies aériennes de vérifier si certaines pièces leur avaient été livrées par AOG Technics et déclenché une enquête pour déterminer l’ampleur de la fraude, à ce jour inconnue.

Cette affaire, qui tétanise le secteur, n’est hélas pas isolée. Selon l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), jusqu’à 5 à 10 % des pièces utilisées dans l’aviation commerciale sont des contrefaçons. Cela représente ainsi des milliers de pièces potentiellement dangereuses dans des avions qui volent chaque jour… Que ce soient des pièces réparées à moindre coût sans respecter les spécifications ou des pièces récupérées frauduleusement sur des avions accidentés et remises sur le marché par des réseaux de distribution peu scrupuleux. Des composants vitaux tels que les moteurs, les systèmes de freinage ou les commandes de vol peuvent être compromis, mettant en péril la sécurité des passagers et des membres d’équipage.

Même si la contrefaçon dans l’aéronautique est sans commune mesure avec celle qui sévit dans l’automobile, et même si le secteur aérien a renforcé les contrôles depuis 20 ans, il y a tout de même urgence à réagir à plusieurs niveaux contre ce qui apparaît être un maillon faible de la sécurité aérienne depuis des décennies. Les compagnies aériennes doivent renforcer leurs procédures d’approvisionnement en s’assurant de la traçabilité des pièces et en vérifiant l’authenticité des fournisseurs. Une coopération internationale est également nécessaire pour contrer ce problème mondial : les gouvernements, les régulateurs et les agences de l’aviation doivent travailler ensemble pour mettre en place des normes et des réglementations strictes.

Enfin, les fabricants de pièces d’avion doivent investir dans des technologies à même de marquer et de mieux suivre leurs produits pour rendre plus difficile la contrefaçon et faciliter la détection des pièces contrefaites. L’utilisation de la blockchain, de puces RFID peut y contribuer. Toutes ces actions renforceront la confiance dans les pièces utilisées dans l’aviation, et, partant, celle des passagers et des membres d’équipages.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 octobre 2023)

Sang froid

lycee

Le château de Versailles plusieurs fois évacué, des établissements scolaires partout en France et une quinzaine d’aéroports subissant le même sort après des alertes à la bombe qui mobilisent de multiples services de secours et de sécurité, et perturbent la vie du pays. Une semaine après l’assassinat terroriste du professeur Dominique Bernard – dont on célébrait hier le courage lors de ses obsèques – la France se retrouve mise à l’épreuve avec ces multiples alertes qui toutes, heureusement, se sont révélées fausses. Les auteurs « seront retrouvés » et « punis », a averti le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, fustigeant des « petits guignols qui s’amusent ».

En attendant de remonter jusqu’aux auteurs pour les sanctionner aussi durement que le prévoit le Code pénal, les services de l’État sont contraints de prendre toutes ces alertes au sérieux, fussent-elles des blagues de très mauvais goût, car la menace terroriste, elle, est bien réelle. Les jihadistes qui ciblent la France depuis l’étranger doivent d’ailleurs se réjouir de trouver dans les « petits guignols » leurs idiots utiles, des complices de circonstance qui, pour le buzz, ne se rendent même pas compte qu’ils participent à déstabiliser la France dans un moment tragique.

Ces alertes, ces évacuations angoissantes, cette paralysie pour quelques heures ici d’un aéroport, là d’un lycée ou d’un musée, contribuent, en effet, à créer un climat anxiogène qui, ajouté aux événements terribles qui se jouent au Proche-Orient, à l’attentat d’Arras ou à celui de Bruxelles, pèse sur le moral des Français. Face à la menace terroriste, 84 % d’entre eux sont inquiets selon un sondage Elabe paru mercredi et 61 % des parents d’élèves craignent que l’établissement scolaire de leur enfant soit la cible d’une attaque terroriste. Mais surtout, plus de 4 Français sur 10 (43 %) ont l’intention de changer leurs comportements s’agissant de leur vie quotidienne. Renoncer à assister à de grands évènements, à faire du tourisme dans certaines grandes villes, à aller dans les restaurants et les bars, à fréquenter les salles de spectacle ou de cinéma, à moins prendre les transports en commun… : autant dire renoncer à tout ce qui fait une vie libre et qu’abhorrent les jihadistes.

À ces craintes légitimes, il faut répondre par un sang froid collectif, politique et citoyen, pour que la peur ne gagne pas les esprits ; à ces menaces terroristes, il faut opposer la force de notre unité et de nos valeurs. Il faut « faire bloc », comme l’a demandé Emmanuel Macron, et comme les Français ont toujours su le faire à de multiples reprises, depuis les attentats des années 80 jusqu’à celui d’Arras. Faire bloc ne signifie pas ignorer ou minimiser la menace mais être vigilant, ensemble, au-delà de nos divergences, pour surmonter la gravité du moment. Faire bloc pour être à la hauteur, comme l’a été Dominique Bernard. Faire bloc car, comme le disait Churchill, « la peur est une réaction, le courage est une décision ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 20 octobre 2023)

Amers adieux

airfrance

Un anniversaire… qui vire aux adieux. Air France, qui fête cette année ses 90 ans, a annoncé hier, à la surprise générale, qu’elle allait quitter en 2026 l’aéroport d’Orly et recentrer ses vols intérieurs sur son hub de Roissy-Charles de Gaulle. En quittant ainsi le deuxième aéroport du pays, la compagnie française tourne la page d’une histoire qui avait commencé en 1952, année de son arrivée à Orly. Histoire partagée depuis par des millions de Français qui, tous, peu ou prou, pour le travail ou les loisirs, ont un jour pris un avion d’Air France pour Paris-Orly, ont parfois confondu Orly-Ouest et Orly-Sud, ont accompagné le développement de la compagnie avec le lancement des Navettes vers Toulouse, Nice, Bordeaux, Marseille puis Montpellier, ont découvert au fil des ans les nouveaux Airbus, apprécié la qualité du service à bord, puis, une fois arrivés, emprunté l’OrlyVal pour rejoindre le centre de Paris ou continuer leur voyage avec une correspondance.

Si l’annonce du départ d’Air France suscite depuis hier de nombreuses réactions, un certain émoi même, il faut les analyser à l’aune de ce lien particulier, presque affectif, qui unit depuis si longtemps les Français, l’aéroport d’Orly et la compagnie nationale. Les territoires desservis, leurs habitants et leurs élus qui se trouvent mis devant le fait accompli auraient, d’évidence, mérité plus d’égards et plus de considération.

À l’amertume face à la soudaineté de la décision s’ajoute ainsi la colère des élus qui, à l’image d’Eric Ciotti, président LR des Alpes-Maritimes, fustigent une décision « honteuse et scandaleuse » prise « sans aucune concertation ». Un « nouveau coup dur » pour Carole Delga, qui laisse le désagréable sentiment aux provinciaux d’être une nouvelle fois maltraités… Eric Ciotti a interpellé la Première ministre sur la pérennité de la liaison Nice-Orly ; la question se pose aussi pour la navette Toulouse-Orly. Dépourvue de liaison TGV avec la capitale, la Ville rose verra son lien avec Paris amoindri et compliqué : encore moins de navettes – dont le nombre avait déjà diminué depuis la crise Covid – et une arrivée au Nord de Paris dans un aéroport plus complexe, qui bouleversera les habitudes. La décision d’Air France suscite d’autant plus l’incompréhension qu’Orly avait récemment réaménagé ses halls et que la ligne 14 du métro doit y arriver dans moins d’un an…

Du côté d’Air France, le départ d’Orly semblait pourtant inéluctable. La compagnie met en avant le contexte et les chiffres du trafic. L’essor du réseau TGV, la loi Climat Résilience qui a instauré la suppression des lignes aériennes lorsqu’il existe une alternative en train de moins de deux heures et demie, ou encore les politiques RSE (responsabilité sociale et environnementale) des entreprises qui appellent à la sobriété, tout cela a évidemment changé la donne. La baisse du trafic – entre 2019 et 2023 – 40 % voire – 60 % pour les allers-retours journée – a fini de convaincre Air France-KLM de se recentrer sur son hub de Roissy pour structurer des correspondances entre ses réseaux international et français.

Air France sera certes encore présente à Orly avec sa filiale low cost Transavia. Il lui reste moins de trois ans pour convaincre que ce changement ne pénalisera ni les passagers, ni les territoires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 octobre 2023)

Guerres, terrorisme : empêcher que le monde se défasse...

israel


C’était le 10 décembre 1957. À Stockholm, Albert Camus reçoit le prix Nobel de littérature et livre un discours qui fera date, par la puissance de ses mots et aussi par son côté dramatiquement prémonitoire. « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

Plus de soixante ans après, ce discours prononcé à une époque où la planète sortait d’une meurtrière Seconde Guerre mondiale, où un nouvel ordre mondial s’était dessiné à Yalta, où la guerre froide s’installait avec son affrontement entre bloc de l’Est et bloc de l’Ouest pour trois décennies, ce discours donc résonne plus que jamais dans nos têtes et éclaire les enjeux du monde aujourd’hui, après une semaine noire marquée par le terrorisme, les guerres et les tensions internationales, d’Israël à Gaza, de l’Ukraine à l’Arménie en passant par Taïwan.


Empêcher que le monde se défasse, c’est d’abord dire, haut et fort, notre refus clair et implacable du terrorisme qu’aucune cause ne justifiera jamais. Les populations civiles qui sont la cible d’attentats, d’attaques terroristes, partout dans le monde, ne sauraient être comptables des positions de leur gouvernement et quand bien même le seraient-elles que rien ne justifierait des assassinats d’innocents aussi horribles que ceux que l’on a vus ces dernières années, que ceux que l’on a vus avec effroi samedi 7 octobre dans les kibboutz israéliens, lors d’une pacifique rave party ou dans la cour d’un lycée de France ce vendredi.

Ne pas condamner clairement ces actes, ne pas qualifier de terroristes ceux qui les commettent ou les organisations dont ils se réclament est une erreur politique et une faute morale. Qu’une partie de la classe politique de notre pays – la France insoumise pour ne pas la nommer – refuse de dire que le Hamas est une organisation terroriste et se noie dans des circonvolutions est indigne autant pour les victimes israéliennes que pour la mémoire de ceux qui, à Toulouse, Montauban, Paris, Nice, Magnanville, Conflans-Sainte-Honorine ou Arras sont morts dans des attentats.


Empêcher que le monde se défasse, c’est aussi accepter sa complexité, être nuancé et refuser l’affrontement « eux » contre « nous » qu’adorent tous les populismes. Oui, on peut condamner avec force les attaques terroristes du Hamas et en même temps condamner avec la même force les bombardements de l’armée israélienne sur la bande de Gaza qui tuent depuis le 7 octobre des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants.

Oui on peut assurer le peuple israélien de notre soutien indéfectible et les familles des victimes et des otages de notre affection, et en même temps critiquer le gouvernement de Benyamin Netanyahou qui, par cynique calcul politicien et pour échapper à la justice qui l’a inculpé dans trois affaires de corruption, a noué des alliances politiques et pris des décisions qui ont, d’évidence, mis en péril la sécurité du pays et que condamnent aujourd’hui beaucoup d’Israéliens.

« Netanyahou a explicitement renforcé le Hamas », estime ainsi Nitzan Horowitz, ancien ministre de la santé et opposant historique à l’actuel Premier ministre, qui appelle pour autant à l’unité du pays face au terrorisme.

À l’heure où les plus extrémistes attisent bruyamment les haines de part et d’autre, éloignant un peu plus l’espoir de paix qui semblait si proche lors des accords d’Oslo entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin il y a trente ans, il faut aussi écouter les voix d’apaisement, en Israël comme en France.

« Le droit à la légitime défense n’est pas un droit à une vengeance indiscriminée », assurait cette semaine Dominique de Villepin, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Jacque Chirac qui avait su dire aux États-Unis non à la guerre en Irak en 2003.


Empêcher que le monde se défasse, c’est justement respecter le droit international, patiemment mis en place depuis l’installation des Nations unies en 1947, et défendre la déclaration universelle des droits de l’Homme, inspirée de notre déclaration française de 1789.

Aujourd’hui, l’un et l’autre, accusés de porter une vision exclusivement occidentale et non pas universaliste, sont mis à mal partout. Ne pas avoir défendu fermement le premier en 2014 lorsque la Russie a annexé la Crimée, a donné à Vladimir Poutine l’occasion de pousser plus loin en déclenchant une guerre avec l’Ukraine il y a 19 mois qui continue, chaque jour, de faire des victimes civiles. Et qui sait si Xi Jinping ne rêve de faire de même en envahissant Taïwan, l’île démocratique autour de laquelle la flotte et l’aviation chinoises multiplient les actes d’intimidation ? Ne pas avoir défendu la seconde nous conduit à être les spectateurs impuissants de l’exode des Arméniens du Haut-Karabakh et peut-être demain d’autres régions.

Les Nations unies le sont de moins en moins lorsqu’il s’agit de partager une vision de la marche du monde. Le sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui s’est récemment élargi, se pose en alternative, voire en opposant aux démocraties. « La ligne de fracture du monde, aujourd’hui, recoupe celle de l’Ukraine. La voix de l’Europe, la voix de l’Occident n’est pas majoritaire. Tout ce qui va se passer, va l’être sous l’œil et le regard du monde qui ne voit pas les choses comme nous », rappelle fort justement Dominique de Villepin.


Empêcher que le monde se défasse, c’est défendre la base fondamentale autour de laquelle peuvent s’organiser les débats : le rapport aux faits indiscutables et donc à la vérité. Depuis plusieurs années maintenant, les deux sont malmenés, contestés par des voix qui étaient marginales, mais qui ont progressivement conquis les opinions publiques et finalement le pouvoir dans plusieurs pays. Donald Trump aux États-Unis, chantre des « faits alternatifs » et des théories complotistes, Jair Bolsonaro au Brésil, Boris Johnson au Royaume-Uni au moment du Brexit en sont de parfaits exemples. Mais si les théories complotistes et antivax, l’antisémitisme, l’homophobie et le racisme décomplexés, la déstabilisation des élections, la haine et le harcèlement se sont à ce point déployés, c’est parce que certains géants d’internet ont préféré leurs profits à la défense du cadre démocratique.

La guerre en Ukraine, et cette semaine les événements en Israël ont donné lieu à un déferlement de fausses informations, de fake news, de manipulations dans des volumes rarement vus. « Les personnes qui se sont tournées vers X (ex-Twitter) pour obtenir des informations de dernière minute sur le conflit Israël-Hamas sont frappées par de vieilles vidéos, de fausses photos et des séquences de jeux vidéo à un niveau jamais vu par les chercheurs », a constaté le magazine Wired. « Renforcées par l’algorithme qui encourage les utilisateurs prêts à payer X 8 $ par mois pour un abonnement premium, les publications de ceux qui sont marqués d’une coche bleue sont placées en haut des fils d’actualité », au détriment des publications vérifiées par les journalistes.

La situation est telle qu’elle a conduit Thierry Breton, commissaire européen au Numérique, à rappeler cette semaine à Elon Musk, Mark Zuckerberg et Shou Zi Chew, patrons de X, Facebook et Tik Tok, les obligations de modération qu’ils doivent respecter dans l’Union européenne sous peine de sanctions.


Empêcher que le monde se défasse apparaît, en 2023 autant qu’en 1957, comme un immense défi. Les enjeux ne sont pas les mêmes, les acteurs ont évidemment changé, le monde est globalisé, hyperconnecté, l’idée de démocratie est en recul.

Mais, après cette semaine noire, on sent bien que le «monde d’après» – et donc un monde meilleur – dont nous rêvions tous pour la sortie de la crise Covid ressemble de plus en plus, non pas au monde d’hier, mais à celui d’avant-hier. On le sent dans le même état que le percevait Jean Jaurès dans ces colonnes à la veille de la Première Guerre mondiale. Le 30 juillet 1914, il écrivait dans La Dépêche, son avant-dernier article « L’oscillation au bord de l’abîme », appelant au sursaut pour éviter, en vain, la guerre. Parviendrons-nous à éviter cet abîme ?

(Article publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 15 octobre 2023)

L’ombre et la proie

docteur

On n’a, d’évidence, pas fini de mesurer les conséquences de la crise du Covid, notamment l’impact qu’elle a eu sur le monde du travail. Le chômage technique que le coronavirus a imposé à des milliers de Français lors des confinements, la complexité de la mise en œuvre du télétravail qui était si peu adopté par les entreprises en France, l’isolement au sein des équipes éclatées. Et, au-delà, une profonde évolution du rapport au travail des salariés, puis du marché de l’emploi au gré de nouvelles mobilités professionnelles et de réorientations. Tout cela a bouleversé le monde du travail et explique pour une part – mais une part seulement – l’explosion des arrêts de travail constatée par divers organismes comme l’Observatoire mis en place par le groupe Apicil ou les enquêtes du groupe Malakoff-Humanis.

Ainsi, après une baisse entre 2020 et 2021, on constate un retour à la hausse de l’absentéisme en 2022, tous secteurs et populations confondus. 35 % des salariés (39 % des 30-39 ans) ont eu au moins un arrêt de travail en 2022, une proportion en forte hausse puisqu’ils n’étaient que 28 % en 2021. Et si la durée moyenne des arrêts diminue à 22,13 jours par salarié, les arrêts de courte durée (3 à 7 jours) augmentent. Les secteurs aux plus forts taux d’absentéisme sont ceux de la santé, de l’économie sociale et de l’éducation, suivis par ceux du transport et du commerce, autant de domaines dont les conditions de travail, selon Apicil, ont été particulièrement éprouvées ces derniers temps et qui sont touchés par les affections psychiques et les TMS (trouble musculo-squelettiques).

La multiplication des arrêts de travail – 12,7 millions en 2022 – représente évidemment un coup pour la Caisse nationale d’assurance maladie, qu’elle a chiffré à 14 milliards d’euros, selon un rapport publié fin juin. Un coût auquel le gouvernement veut s’attaquer à l’occasion du projet de loi de finances 2024 de la Sécurité sociale en faisant la chasse aux arrêts de travail « de complaisance ». Pour ce faire, le gouvernement prévoit la multiplication des contrôles par des médecins dont le rapport défavorable suspendrait automatiquement le versement des indemnités journalières au salarié. Il veut également encadrer la prescription d’arrêts de travail en téléconsultation – téléconsultation pourtant largement promue pour faire face au déficit chronique de médecins. L’occasion de montrer ainsi son sérieux budgétaire pour redresser les comptes sociaux dont le déficit va s’aggraver en 2024 à 11,2 milliards d’euros et aussi d’afficher sa volonté de lutter contre la fraude sociale, éternelle marotte de la droite mais aussi du patronat prompt à dénoncer un système « laxiste » et des salariés que se complairaient dans la fainéantise…

Lutter contre les abus qui finissent par fragiliser tout le système est évidemment légitime, mais à trop se focaliser sur leur chasse avec moult déclarations tonitruantes, le gouvernement – qui a jadis abaissé le nombre de critères de pénibilité ou supprimé les CHSCT – prend le risque de lâcher la proie pour l’ombre. La hausse du nombre de personnes en emploi, notamment des seniors, le nombre encore trop élevé d’accidents du travail – pour la prévention desquels une campagne d’information vient d’être lancée – et l’impact persistant de la crise Covid sur les salariés méritent d’être considérés à leur juste niveau si l’on veut penser le monde du travail de demain, efficace pour l’économie du pays et épanouissant pour tous les salariés.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 9 octobre 2023)


Sur tous les fronts

terroriste

La guerre en Ukraine ou le poids de l’inflation qui pèse sur le pouvoir d’achat des Français nous ont – presque – fait oublier combien notre pays restait sous la menace du terrorisme islamiste. Frappé en 2012 avec les attentats de Toulouse et de Montauban, puis en 2015 avec l’attaque contre Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher et le Bataclan, et Nice en 2016, la France a payé un très lourd tribut ces dernières années. Elle reste toujours l’un des pays les plus menacés par le jihadisme comme vient de le montrer le dernier numéro du « magazine » de propagande d’Al Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), « Sada al-Malahim ».

Repéré par Le Figaro mi-septembre, celui-ci contient un texte violent qui promet de frapper un « ministère » à Paris et de détruire une « ambassade suédoise ». « Il est désormais clairement apparent que la Suède a choisi de prendre la tête dans la guerre contre l’islam et les musulmans parmi les pays de l’Union européenne, rivalisant ainsi avec la France, le Danemark et d’autres pour la première place dans la course à l’opposition à Dieu et à son messager », écrit l’organe de propagande. Illustré par un homme armé, cagoulé, posant devant une image de policiers français en pleurs, l’article demande de laisser « les enfants musulmans tranquilles », probable référence à l’interdiction de l’abaya à l’école.

La menace de cette organisation jusqu’ici concentrée sur le Yémen est prise d’autant plus au sérieux que c’est elle qui avait revendiqué l’attentat contre Charlie Hebdo. Elle illustre aussi combien la mouvance jihadiste internationale est en pleine recomposition, voire se renforce. La mort d’Oussama Ben Laden en 2011 puis la chute de Daech en 2019 avaient à chaque fois bousculé ces organisations, éclatées en de multiples entités avec des capacités opérationnelles amoindries. Mais selon le Centre d’Analyse du Terrorisme, Al Qaïda est désormais en train de reconstituer ses capacités de projection de menace exogène, en Afghanistan notamment, mais aussi dans la zone irako-syrienne et dans le Sahel où « l’épidémie » de coups d’État est l’occasion pour les jihadistes de pousser leur avantage face au chaos ambiant.

Ces nouvelles menaces des organisations terroristes s’ajoutent à celles d’individus isolés et radicalisés, très difficilement détectables car inconnu des services de police ou de renseignements, et qui ont jusqu’à présent perpétré sur notre sol de nombreux attentats ces dernières années. Depuis 2012, les attentats terroristes ont causé la mort de 271 personnes et fait près de 1200 blessés selon la DGSI. Début septembre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est donc, à raison, inquiété du retour de cette menace « projetée » d’attentats d’envergure très préparés.

Une menace islamiste à laquelle s’en ajoute une autre venue de l’extrême droite. Dans un récent bilan, Europol, la police européenne, soulignait que la moitié des projets d’attaques de l’ultradroite déjoués dans l’Union européenne en 2022 l’ont été en France.

Plus que jamais notre pays, qui va accueillir le monde pour les JO de Paris en 2024, doit être vigilant. Sur tous les fronts.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 2 octobre 2023)

Nouvelles guerres

espionnage

Lorsque l’on évoque les services secrets, on se projette immanquablement dans un film de James Bond, un roman de John Le Carré, ou une série d’espionnage de Netflix. Un monde où les intrigues se nouent à Berlin, Moscou, Washington, Le Caire ou Damas. Et on imagine cet univers mystérieux, parfois inquiétant, se déployer en parallèle à notre quotidien, inaccessible, réservé à un aréopage d’agents surdoués. Pourtant, la réalité est bien différente et il suffit pour s’en convaincre de voir les petites annonces que postent, depuis déjà plusieurs années, les services secrets français sur les plateformes numériques comme LinkedIn pour recruter les agents qui travailleront par exemple au sein de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE).

Pour faire face aux nouvelles menaces qui ciblent la France, la DGSE – qui n’hésite d’ailleurs pas à convoquer l’imaginaire populaire du monde de l’espionnage dans des vidéos promotionnelles – recrute en effet quelque 600 à 1 000 personnes chaque année dans rien moins que 300 métiers. Que l’on soit sans diplôme ou titulaire d’un doctorat, on peut ainsi correspondre à des postes à pourvoir. Car aujourd’hui plus que jamais, la DGSE doit se muscler et a notamment besoin de mathématiciens, d’informaticiens, de spécialistes du « Big Data » ou de l’intelligence artificielle pour écouter, décrypter, analyser les communications et les flux numériques, et comprendre ce qui se joue dans le monde pour pouvoir protéger la France et les Français. La loi de programmation militaire 2024-2030, adoptée au Parlement en juillet, l’a d’ailleurs bien intégré, qui va dédier 5 milliards d’euros au renseignement et à la contre-ingérence.

Dans un monde numérisé à l’extrême, avoir le bon renseignement au bon moment est, en effet, capital pour contrecarrer les menaces, offensives numériques et ingérences étrangères, qui tentent particulièrement de déstabiliser les démocraties, comme le montre le dernier livre de l’historien David Colon « La guerre de l’information » (Ed. Tallandier). Si, en matière d’ingérences, la Russie est bel et bien la menace la plus importante pour la France, la Chine n’est pas en reste, comme l’a montré il y a deux ans déjà l’imposant rapport de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire sur « Les opérations d’influence chinoises » de Paul Charon et Jean-Baptiste Jangène-Vilmer. Les menaces peuvent aussi venir de pays amis, on se souvient du scandale de la NSA américaine qui a espionné des dirigeants européens ou du logiciel Pegasus utilisé par plusieurs pays pour pirater les smartphones de journalistes ou de chefs d’État comme Emmanuel Macron.

Ce dernier est d’ailleurs très sensibilisé au sujet lui qui, candidat à l’Elysée, avait été victime d’une cyberattaque. Face à la guerre informationnelle, hybride et complexe, aux nouveaux champs de conflictualité dans le cyber et le spatial, le président de la République a promis en novembre 2022 que « nous ne serons pas les spectateurs patients de cette évolution. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 1er octobre 2023)