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Éditos

Talon d'Achille

 

police

Ils n’ont évidemment aucun lien entre eux et leur concomitance relève du hasard, mais en pleine crise du coronavirus, angoissante par essence, l’accumulation de faits divers, parfois violents, qui ont eu lieu ces dernières semaines ajoute au sentiment d’insécurité des Français. Selon le dernier baromètre Odoxa-Fiducial paru fin juillet, 68 % d’entre eux disent ne pas se sentir en sécurité. Avec cette hausse de 10 points en six mois, jamais ce sentiment n’avait connu une telle augmentation en un semestre, même au moment des différents attentats perpétrés en 2015 et 2016. Autant dire que ce sujet s’invite dans une rentrée déjà passablement compliquée pour l’exécutif, entre crise sanitaire et relance économique. Un sujet d’autant plus épineux qu’il constitue le talon d’Achille d’Emmanuel Macron, le point faible du quinquennat. Lors de la campagne présidentielle de 2016, le candidat Macron avait – déjà – été attaqué, notamment par la droite, sur son manque d’intérêt pour les questions régaliennes et de sécurité. Quatre ans plus tard, les mêmes attaques resurgissent sur le supposé laxisme de l’exécutif. De la part de l’extrême droite, sans surprise, mais aussi de la droite, dont la sécurité reste le seul thème lui permettant de se différencier des Macronistes. Xavier Bertrand, le président de la Région Hauts de France, a évoqué jeudi un "été Orange mécanique", faisant référence au film de Stanley Kubrick sur l’ultraviolence, et a pointé une faillite du quinquennat, Valérie Pécresse parlant, elle, des "nouveaux barbares…"

Depuis mai 2017, faute de disposer d’une vision claire sur la sécurité et d’une personnalité politique de poids pour l’incarner, à l’instar d’un Joxe, d’un Pasqua ou d’un Valls, le chef de l’Etat a sans cesse essuyé des déconvenues avec les locataires de la place Beauvau. Gérard Collomb, le fidèle d’entre les fidèles, n’a pas su nouer des liens de confiance avec policiers et gendarmes et a plusieurs fois divisé la majorité présidentielle notamment sur la loi asile et immigration. Il démissionnera du ministère après 16 mois sur un bilan très contesté, marqué par l’affaire Benalla. Son successeur Christophe Castaner accumulera les gaffes et, surtout, peinera à établir un cadre pour que les forces de l’ordre contiennent les débordements des Gilets jaunes. Le résultat est catastrophique avec des affrontements urbains inédits et surtout les images terribles de manifestants blessés, éborgnés pour certains. Des violences policières qui feront l’objet d’un déni de l’exécutif.

Avec Gérald Darmanin, Emmanuel Macron tient-il l’homme de la situation ? Venu des Républicains, l’ambitieux ministre – qui fait l’objet d’une enquête pour viol par ceux-là même qu’il dirige – met ses pas dans celui d’un de ses prédécesseurs et mentor, Nicolas Sarkozy. Même activisme, même soif de terrain et de déclarations chocs empruntant parfois les mots de l’extrême droite, un compte Twitter en plus. Mais cette omniprésence médiatique qui confine au "matamorisme" – le mot est de Jean Castex – ne saurait suffire quand les Français demandent tout simplement des résultats.

À moins de 600 jours de la présidentielle de 2022 dont la sécurité sera l’un des thèmes, Emmanuel Macron est comme au pied du mur pour (re) définir une doctrine : apporter les moyens et la considération nécessaires aux forces de l’ordre, et aux citoyens les garanties d’une police républicaine à leur service. L’occasion pour le chef de l’Etat de se rappeler le mot de Pierre Mauroy pour ne pas tomber dans la surenchère sécuritaire : "La droite dit : la première liberté, c’est la sécurité. Nous disons au contraire : la première sécurité, c’est la liberté."

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 31 août 2020)

Farouche liberté

 

sein

L’affaire de Sainte-Marie-la-Mer pourrait bien sûr faire sourire. En 2020, voir deux gendarmes demander à des vacancières en train de bronzer sur une plage de bien vouloir recouvrir leurs seins pour ne pas choquer des voisins anonymes qui ont cru bon de faire appel à la maréchaussée est une scène qui semble tout droit sortie d’un mauvais vaudeville des années 60 ou d’un film du gendarme de Saint-Tropez. Face à l’ampleur de la polémique, la gendarmerie plaide "une maladresse". Il s’agit surtout d’une faute, commise par deux fonctionnaires qui, d’évidence, ont ignoré la loi pour répondre à une demande dictée par les tenants d’une nouvelle pudeur. Et c’est là que l’affaire est tout sauf anecdotique. Car si le fait de bronzer seins nus relève d’une liberté garantie et encadrée par la loi, fruit d’une longue et difficile conquête des femmes, il est aussi la cible de tous les obscurantismes – dogmes religieux, néo-conservatisme puritain à l’américaine mais aussi diktat de certains magazines féminins – qui ne rêvent que de renvoyer les femmes dans leur foyer, soumises à leurs maris et dépossédées de la maîtrise de leur propre corps.

Les réactions politiques indignées, de tous bords, face à cette énième affaire sont heureuses. Car depuis plusieurs années maintenant, chaque été, et les enquêtes le montrent, cette pression – morale, religieuse ou sexuelle – qui s’exerce sur les femmes s’est accentuée et conduit à ce que des jeunes filles n’osent plus bronzer seins nus, considérant pour certaines que ce choix est désormais devenu théorique.

À l’heure où l’on célèbre le cinquantenaire du Mouvement de libération des femmes (MLF), on mesure combien il est urgent de défendre les acquis des femmes et combien est encore long le chemin qui reste à parcourir pour qu’advienne une réelle égalité femme-homme. "Ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations, qui atteignent à votre dignité. Ne vous résignez jamais !" écrivait aux femmes Gisèle Halimi dans son livre-testament "Une farouche liberté." Une liberté dont la défense ne doit laisser place à aucune résignation et au contraire mobiliser l’ensemble de la société.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 30 août 2020)

Chemin de crête

 

castex

En arrivant à Matignon le 3 juillet dernier en remplacement d’Edouard Philippe, Jean Castex avait une feuille de route simple fixée par le président de la République : incarner la nouvelle – et dernière – séquence du quinquennat d’Emmanuel Macron, préparer la relance économique de 100 milliards d’euros après le déconfinement dont il avait été l’architecte, accompagner la nouvelle politique du "monde d’après" conçue notamment autour de la restauration de la souveraineté industrielle et de l’action en faveur de la transition écologique. Le tout avec une nouvelle méthode tout en rondeur, faite de dialogue et de considération avec les collectivités locales qui avaient été snobées dans les premières années du quinquennat. La gestion de la crise sanitaire passait ainsi presque au second plan, derrière la gestion de la crise économique, la plus sévère qu’ait connue la France depuis la fin de la Seconde Guerrre mondiale. Le Tour de France estival de Jean Castex, qui a multiplié les déplacements, devait préparer cette rentrée axée sur un redémarrage du pays et sur la confiance retrouvée en l’avenir.

Las ! C’était sans compter sur l’imprévisibilité de l’épidémie de coronavirus qui a commencé à repartir partout en France et qui a contraint le gouvernement à différer d’une semaine la présentation du plan de relance. "Priorité santé", a dit le Président à une semaine d’une rentrée qui angoisse près de deux parents d’élèves sur trois, donne le mal de tête aux chefs d’entreprises contraints de s’adapter à un protocole sanitaire plus strict, et inquiète une majorité de Français dont une bonne partie habite désormais dans une commune où le port du masque est obligatoire en extérieur. 74 % d’entre eux se disent désormais inquiets concernant la propagation du coronavirus en France, 18 points de plus qu’au début de l’été selon le sondage Elabe paru mercredi…

Face à cette situation, qui préfigure peut-être la seconde vague épidémique dont parlent certains experts, le gouvernement, qui veut éviter un reconfinement général, a dû réagir en organisant hier une conférence de presse.

Jean Castex a dégainé de nouvelles mesures à même de resserrer les boulons de la vigilance des Français. Surtout, avec cet exercice, le Premier ministre a mesuré toute la difficulté de tenir une communication a priori contradictoire. D’un côté, rassurer les Français pour qu’ils retrouvent le chemin de l’école, du travail et des commerces en manque de clients, et de l’autre, ne rien leur dissimuler d’une situation sanitaire qui pourrait déraper s’ils ne font pas preuve de "responsabilité" dans le respect des gestes barrière… Le tout en leur assurant que l’Etat est paré pour faire face à une seconde vague de l’épidémie. Jean Castex espère pouvoir avancer sur ce chemin de crête avec son "pragmatisme" pour boussole, afin de susciter la confiance. Un chemin où il vaut mieux ne pas faire de faux pas…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 28 août 2020)

La rentrée anormale

Blanquer


 La scène se passe le 26 avril dernier. Alors que l’épidémie du coronavirus sévit en Europe et que la France en est à sa 6e semaine de confinement, les réseaux sociaux s’emballent autour de photos venues de Chine, de Hangzhou précisément, la grande métropole du Zhejiang, habitée par plus de 10 millions de personnes. C’est un jour de rentrée scolaire après quatre mois de vacances forcées et on voit les écoliers arborer de drôles de chapeaux affublés de chaque côté de tiges d’un mètre : la solution trouvée par les autorités et les enseignants pour faire respecter aux enfants le mètre de distanciation physique. Dans une autre vidéo publiée le 14 mai, on voit les enfants entrer dans une école et suivre un parcours millimétré avec prise de température, lavage des chaussures, des habits et des mains sous la supervision d’un personnel très attentif. Ces scènes avaient fait sourire à l’époque. Aujourd’hui elles feraient presque rire jaune, particulièrement les parents d’élèves et les enseignants français qui s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école pour une rentrée la plus compliquée qui soit et qui aimeraient sans doute des mesures aussi draconniennes qu’en Chine pour calmer leur inquiétude....

La publication en catimini, le 5 août, au cœur de l’été, d’un nouveau protocole sanitaire pour la rentrée qui a allégé les préconisations du précédent, notamment pour la distanciation sociale, n’a, en effet, pas été de nature à rassurer parents et enseignants, alors que les cas de contamination sont depuis repartis à la hausse. Les récents propos du président du Comité scientifique Covid-19, n’ont, eux aussi, pas été rassurants pour la communauté éducative. "Il y aura des enfants qui vont se contaminer et il y aura probablement quelques enseignants qui vont se contaminer. Eh bien on va le gérer", a sèchement – et très maladroitement – assuré le Pr Delfraissy, rajoutant qu’"il n’y a pas de risque zéro". Certes, mais à quelques jours de la rentrée, de tels propos sans filtre ne sont pas de nature à apaiser les enseignants comme les parents qui ont été nombreux à nous interroger. Quant à la question – légitime – de la gratuité des masques devenus obligatoires pour les élèves de plus de 11 ans, la fin de non-recevoir prise par l’exécutif – à l’encontre même de certains parlementaires de la majorité présidentielle – après le Conseil de défense de mardi , elle reste difficilement compréhensible quand plusieurs départements et régions, dont l’Occitanie, vont distribuer gratuitement des masques aux collégiens et lycéens.

La crise sanitaire est complexe, mouvante et l’exécutif doit sans cesse s’adapter. Mais au final, cette rentrée si importante pour la scolarité des élèves, qui aurait nécessité une préparation millimétrée, une communication au cordeau, en s’inspirant peut-être de ce qui s’est pratiqué à l’étranger, et sans doute de nouveaux moyens pour l’école, laisse l’impression brouillonne d’une impréparation. Hier le ministre de l’Education nationale a tenté de rassurer et les parents et les enseignants. Les jours qui viennent diront si les précisions apportées auront été suffisantes. "L’objectif est d’avoir une rentrée normale, et c’est notre scénario principal", assurait Jean-Michel Blanquer fin juillet. Mais cette rentrée sera bien tout sauf normale...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 27 août 2020)

Droits et devoirs

 

chien

"L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà" disait Victor Hugo. Certes la phrase du grand homme a été prononcée au XIXe siècle, une époque où les animaux n’avaient aucun droit. Mais les choses ont-elles réellement changé ? Les images terribles diffusées régulièrement par l’association de défense des animaux L214 ne montrent-elles pas l’enfer que subissent des poules, des canards ou des cochons dans des élevages indignes ? Les images d’oiseaux pris dans la glu, de gibier massacrés lors de chasse à courre au nom de méthodes de chasse ancestrales n’attestent-elles pas de la cruauté envers les animaux ? Les trafics d’animaux, en France, en Europe comme partout dans le monde, qui perdurent en dépit des conventions internationales comme celle de Washington et le travail des douanes, ne montrent-ils pas l’ampleur du travail qui reste à faire ? Plus près de nous encore les animaux faméliques et malheureux dans des cirques ou certains parcs animaliers n’existent-ils pas ? Et que dire des abandons d’animaux chaque été ?

L’enfer pour les animaux est bien là et tous ces exemples montrent bien qu’il faut aller plus loin que la loi de 2015 qui a reconnu dans le droit qu’un animal est "un être vivant doué de sensibilité". Celle-ci était l’aboutissement de deux phénomènes. D’une part l’étude commencée dans les années 70 dans les universités des relations entre l’Homme et l’animal, qui ont débouché sur la notion d’éthique animale. Et d’autre part l’émergence de mouvements militants, parfois aux actions chocs voire illégales : spécisme, welfarisme (reconnaissance du ressenti de la souffrance par les animaux), abolitionnisme de toutes les formes d’exploitations animales, mais aussi le végétarisme ou le véganisme.

Aujourd’hui, il faut aller plus loin tout simplement parce que les Français y sont prêts. Le référendum d’initiative partagée (RIP) qui a réuni en quelques semaines près de 580 000 signataires propose six mesures fortes en faveur du bien-être animal. Différents sondages montrent que les Français sont de plus en plus sensibles à la condition animale. 95 % d’entre eux s’accordent à dire qu’un animal a des droits et une large majorité se dégage pour prendre des mesures importantes pour changer la donne.

La balle est désormais dans le champ politique. Des députés ont écrit plusieurs propositions de loi contre la maltraitance. Mais c’est bien un signal que l’on attend désormais du gouvernement, à la fois dans sa capacité à résister à tous les lobbys – et ils sont nombreux – partisans du statu quo, mais aussi aux demandes les plus radicales qui voudraient nier les progrès réalisés par de nombreuses filières agroalimentaires entachées par le comportement indigne de certains, ou réclamer une citoyenneté animale. Ce chemin de crête s’est élargi avec la mobilisation citoyenne. "Les devoirs que nous avons en fait envers les animaux sont des devoirs envers l’humanité car les animaux sont un analogon de l’humanité. Un homme cruel envers les animaux le sera aussi envers les hommes", disait le philosophe Emmanuel Kant. Donner plus de droits aux animaux est donc éminemment un projet permettant d’élever l’humanité.

(Editorial publié dans La Dépêche du  Midi du mercredi 26 août 2020)

Ne pas rater la rentrée

 

Macron

Chaque année à la même époque, à l’heure où les Français se préparent à reprendre le chemin du travail, les écoliers celui de l’école et les parlementaires celui des assemblées, le diagnostic est invariablement le même, quel que soit le gouvernement en place : la rentrée sera chaude. Chaude parce qu’au sortir de l’été, le retour à la réalité du quotidien fait resurgir les problèmes socio-économiques du pays, chaude parce que c’est à la rentrée que s’expriment les revendications sociales pour les 12 mois à venir, chaude parce que le gouvernement veut conduire son programme et dérouler ses réformes, chaude parce que l’opposition entend bien le contrecarrer, etc.

Cette année pourtant, la rentrée prend une coloration bien différente et même totalement inédite : la crise sanitaire du coronavirus écrase tout, les conséquences économiques de la pandémie vont constituer un choc immense dans le pays, cette crise que l’on dit la plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale va profondément bouleverser l’organisation de la France et sans doute son destin. La rentrée dès lors ne s’annonce pas chaude mais froide, glaciale même, de ces vents qui saisissent l’échine et bousculent toutes les certitudes. Au début de l’épidémie dans l’une de ses allocutions solennelles aux Français, le 16 mars, Emmanuel Macron avait parfaitement pressenti le choc qu’allait représenter l’épidémie en estimant que "beaucoup de certitudes, de convictions seront balayées, remises en cause" et que "le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant." Il promettait d’en tirer "toutes les conséquences".

Ce "monde d’après", le chef de l’Etat a très tôt commencé à y réfléchir, adoptant une politique bien différente de celle menée jusqu’à présent. Après trois ans de réformes libérales, c’est le besoin de l’Etat providence qui s’est très vite fait sentir, la nécessité de relocaliser certaines productions industrielles clés, de retrouver une certaine souveraineté de la France et de l’Europe, de sanctuariser certains secteurs, de soutenir les services publics et, en même temps, de ne pas oublier la lutte contre le réchauffement climatique et de mettre enfin en œuvre des mesures fortes pour la transition écologique. Une vraie révolution pour Emmanuel Macron qui s’était dit prêt à la "refondation" avec son fameux "Sachons nous réinventer, moi le premier."

La présentation du plan de relance devait acter ce nouvel état d’esprit, de la même façon que la nomination de Jean Castex, l’homme des "territoires", devait esquisser un nouveau chapitre des relations entre l’Etat et les collectivités. Las ! Face à la résurgence de l’épidémie, la présentation du plan – déjà tardive – a été différée pour mieux se concentrer sur la crise sanitaire, éviter à tout prix un nouveau confinement qui serait catastrophique et rassurer les Français. Un choix logique pour ne pas rater la rentrée. Car la réussite de celle-ci et des mois à venir pèsera sans doute plus que n’importe quelle autre considération dans la bataille pour la présidentielle de 2022, dont les universités d’été montrent qu’elle a déjà commencé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 25 août 2020)

Ecoutons les malades

 malader


Alors que l’Europe s’alarme d’un rebond de l’épidémie du coronavirus avec une forte hausse des cas en Allemagne, une progression inédite en France depuis mai, ou encore une nouvelle vague en Espagne, l’heure n’est pas au relâchement dans les règles sanitaires, ces gestes barrière et cette distanciation physique que nous apprivoisons depuis six mois au moins. Le virus est toujours là et la maladie Covid-19 continue à faire des ravages, provoquant ici le décès de personnes âgées, là l’épuisement de malades qui souffrent et pour certains mettent beaucoup de temps à retrouver un état normal. Face à ce virus qui n’a pas livré tous ces mystères aux scientifiques, face à cette pandémie qui, faute de traitement efficace et de vaccin, met sous tension notre système hospitalier, nous nous devons d’entendre le vécu, la parole des malades.

Car depuis le début de l’épidémie, ils n’ont pas souvent été au centre de l’attention, comme si l’on voulait cacher la réalité de leur souffrance, les mettre à l’écart de nos pensées.

Au premier rang des acteurs qui ont occupé le devant de la scène, on a vu le président de la République, les membres du gouvernement, Premier ministre et ministre de la Santé en tête. On a vu aussi les fonctionnaires de la Santé dont le directeur général, le Pr Jérôme Salomon, est devenu une figure connue des Français. On a vu aussi une kyrielle d’experts sur les plateaux des chaînes d’information en continu s’exprimer souvent de façon très contradictoire et parfois jusqu’à la prise de becs. Chefs de service de grands hôpitaux parisiens en fonction ou retraités, infectiologues français ou étrangers, virologues, spécialistes des politiques de santé publique, sas oublier les toutologues en tous genres, se sont démultipliés jusque devant leur webcam à domicile.

On a vu, enfin, sur les réseaux sociaux, tous les complotistes se jeter sur le coronavirus pour échafauder des théories plus fumeuses les unes que les autres, douter de tout et accuser tout le monde, relayer des fake news et propager leur colère, par exemple pour réclamer à hauts cris des masques quand il n’y en avait pas et désormais hurler contre l’obligation d’en porter maintenant que ceux-ci disponible en quantité...

Dans ce tourbillon informationnel, la parole des malades de la Covid, les témoignages des personnes contaminées par le coronavirus, comme ceux que nous publions aujourd’hui, apparaissent dès lors d’autant plus importants. Leur sincérité et leur force nous placent tous devant nos responsabilités et nous rappellent que derrière les chiffres des cas positifs, des hospitalisations, des personnes en réanimation et des décès, égrenés depuis six mois, il y a des vies, des combats, des souffrances qui pourraient être les nôtres. Tout faire pour les éviter est donc, plus que jamais, à la fois un devoir collectif et une responsabilité civique individuelle.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 24 août 2020)


Des moustiques et des hommes

 

moustique


Chaque été de plus en plus de Français retrouvent un compagnon dont ils se passeraient bien : le moustique tigre. Très agressif à l’aube ou au crépuscule, il se développe à vitesse grand V, particulièrement dans les zones habitées où les femelles trouvent nourriture, eaux stagnantes et végétation pour s’abriter. Découvert en 1894 en Inde, ce moustique plus petit mais plus coriace que ceux que nous subissions, connaît une expansion mondiale depuis la fin des années 70 en raison de son impressionnante capacité d’adaptation à tous les environnements. Aujourd’hui, il est présent sur la moitié de la France et contraint les collectivités à mener des campagnes d’information, parfois de démoustication et les populations à se prémunir tant bien que mal avec des pièges efficaces mais onéreux.

Très pénible chez nous, le moustique tigre apparaît surtout comme une calamité dans le reste du monde, vecteur de maladie comme le chikungunya, la dengue, le virus Zika ou encore la fièvre jaune. Ce minuscule insecte – et ses autres cousins – est bien le plus grand prédateur de l’homme, causant entre 800000 et 2 millions de décès par an.

La mobilisation face à un tel fléau reste sans doute insuffisante mais elle avance grâce à l’inventivité et la pugnacité de scientifiques comme ceux du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) basé à Montpellier. Il y a deux ans, au Brésil très touché par le moustique tigre, ils ont imaginé lâcher par drone et de façon très précise des moustiques mâles stériles pour faire baisser la population. Une étude publiée en juin dans Science Robotics montre l’efficacité de cette méthode 20 fois moins coûteuse que des lâchers terrestres et surtout respectueuse de l’environnement et des autres insectes. Le Cirad, qui planche désormais sur la commercialisation de drones plus petits, montre que dans la bataille entre les hommes et les moustiques, rien n’est perdu pour les premiers…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 23 août 2020)

L'ordre répubicain

 

gendarmes

En rendant hommage à Eric Monroy, ce policier décédé en pleine intervention dans la nuit du 5 au 6 août après avoir été percuté par un automobiliste qui tentait de prendre la fuite, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a déclaré : "Refuser l’autorité, voilà le mal de la société". On se gardera bien de faire, comme le ministre, une généralisation aussi simpliste et large que colorée politiquement, ne serait-ce que parce qu’il y a bien d’autres maux dont souffre la société française, notamment concernant sa situation économique, sa situation sociale, les discriminations ou la précarité qui la minent, etc. En revanche, là où le ministre à raison, c’est que l’on assiste depuis quelques années à une inquiétante multiplication des incidents lors de contrôles, et notamment de contrôles routiers, qu’ils soient effectués par des gendarmes ou des policiers. Des refus d’obtempérer qui vont des insultes au délit de fuite et conduisent parfois à des drames, blessant ou tuant les membres des forces de l’ordre.

Selon une note de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) datant de novembre 2019, 25 policiers et gendarmes ont été tués durant l’exercice de leurs fonctions (contre 15 en 2017), dont 13 (4 policiers et 9 gendarmes) en mission. N’y aurait-il qu’un homme ou une femme portant l’uniforme décédé dans ces situations que ce serait déjà une mort de trop. Ce refus de l’autorité, de toute autorité institutionnelle, se constate aussi auprès des élus et notamment des maires. Depuis début 2020, 233 maires ou adjoints ont été agressés. Un phénomène qui s’aggrave et qui a conduit le sénateur LR Philippe Bas à demander au Premier ministre Jean Castex un "plan pour la sécurité" des élus. Dans un cas comme dans l’autre, les gendarmes et les policiers d’un côté, les élus locaux de l’autre, qui sont en première ligne sur le terrain face à une multitude et une diversité de problèmes à régler, n’attendent plus des mots ni des hommages mais bien des actes.

Les forces de l’ordre ont besoin de moyens, et notamment de moyens humains pour être davantage sur le terrain et retisser le lien de confiance avec la population ; un lien qui était si solide après les attentats de 2015 et qui s’est délité depuis, notamment lors des opérations de maintien de l’ordre des manifestations de Gilets jaunes, qui ont donné lieu à des violences policières. Les élus, dont les prérogatives sont grignotées année après année par les autres strates de notre millefeuille administratif, demandent eux aussi des moyens pour assurer sereinement leur mission au service de l’intérêt général.

Dans les deux cas, c’est bien l’ordre républicain qu’il convient de restaurer. Un travail aussi indispensable que difficile qui ne saurait souffrir des formules à l’emporte-pièce qui fleurissent sur les réseaux sociaux ou dans la bouche de certains responsables politiques. Il faut évidemment dénoncer toutes ces agressions qui abîment la République, mais il faut aussi apporter des réponses globales, sociétales, qui ne peuvent se cantonner au seul aspect sécuritaire du problème.

Car pour reprendre la formule de Jean Jaurès, "le progrès est la condition de l’ordre".

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 22 août 2020)

Haut les masques

 

masque


Depuis le début de l’épidémie de coronavirus en France, le masque apparaît pour le gouvernement comme le sparadrap du capitaine Haddock. Impossible pour l’exécutif de se débarrasser de cet épineux sujet pour passer à autre chose : de polémique en polémique, le masque empoisonne la vie du gouvernement, celui d’Edouard Philippe hier, celui de Jean Castex aujourd’hui. Sans doute est-ce là la conséquence d’un "péché originel", celui qui consista en un mensonge de communication – un mensonge d’Etat assurent les oppositions – : affirmer mordicus que le masque ne servait à rien pour le grand public… pour cacher en réalité une pénurie due à l’absence de renouvellement des stocks. Depuis, le gouvernement a heureusement opéré un virage à 180 degrés et admis que le masque était bien, avec le respect des gestes barrière et la distanciation physique, la seule arme dont nous disposions pour lutter efficacement contre la propagation du coronavirus, faute de traitement efficace et d’un vaccin.

Mais si le gouvernement suit les avis des experts – Organisation mondiale de la Santé, Académie de médecine, Haute autorité de Santé ou Comité Covid-19 – quant aux préconisations du port obligatoire du masque, c’est souvent avec retard et de façon très disparate. Jean Castex, chantre des "territoires" et du règlement des problèmes au plus près du terrain, a fait du cas par cas l’alpha et l’oméga de sa politique sur les masques. La méthode sera sans doute efficace sur d’autres dossiers, mais sur celui-ci, elle ajoute plus de confusion qu’elle n’apporte de clarté. D’une ville à l’autre, les règles du port du masque varient ainsi en fonction des horaires, des lieux visés, occasionnant parfois des situations ubuesques où le masque peut être obligatoire ou pas le long d’une même rue. Les dérogations accordables par les préfets sont aussi sujettes à controverses : on a vu récemment l’autorisation octroyée au Puy du Fou de tenir un spectacle devant 9 000 personnes quand des centaines d’entreprises culturelles ont interdiction d’aller au-delà de 5 000 entrées. Quant aux nouvelles règles concernant le port du masque au travail – lieu qui représenterait 25 % des clusters – là aussi, la "recommandation" gouvernementale et non l’obligation crée une situation floue.

Si on ajoute la multiplication des incidents avec ceux qui refusent de porter le masque – voyant dans ce geste altruiste une atteinte à leur liberté – et la question du coût des masques pour les Français, on voit bien qu’il y a, à l’heure où la résurgence de l’épidémie angoisse légitimement les Français, un urgent besoin de clarification et de simplification. En imposant le masque partout, Toulouse a montré la voie…

Les experts prédisent que le virus est encore là pour longtemps. Il va donc falloir s’habituer à porter un masque, et réorganiser en conséquence notre vie quotidienne, privée et professionnelle, sans tarder, quel que soit le lieu où l’on habite. Les Français y semblent prêts selon les sondages, voyant dans le port du masque une mesure de bon sens. Jean Castex, qui se présente justement depuis sa nomination comme un homme de bon sens avec la volonté d’éviter un reconfinement, a l’occasion de sortir de l’ambiguïté en tenant un langage de vérité et en prenant une décision nationale, claire et nette…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 22 août 2020)

Le style et la méthode

 

Castex


En se rendant hier en Haute-Garonne pour parler "été apprenant" et éducation, à deux semaines d’une rentrée scolaire qui s’organise sous la menace du coronavirus, Jean Castex ajoute une nouvelle étape à un véritable tour de France entamé tambour battant dès sa nomination surprise à Matignon, le 3 juillet dernier. C’est peu dire que le Premier ministre a mouillé la chemise cet été, multipliant les déplacements, seul ou accompagné de ses ministres, s’exprimant sur tous les thèmes – du coronavirus à la sécurité – et sur tous les terrains – de la Guyane à Nice, de Dijon à Nantes, de l’Hérault à la Haute-Garonne. Occupant – pour ne pas dire monopolisant – la scène médiatique continuellement, il s’est appliqué finalement ce qu’il avait demandé à ses ministres lors du séminaire gouvernemental le 11 juillet : aller sur le terrain, dans les "territoires."

Les Français ne connaissaient pas Jean Castex, ils auront appris cet été à entr’apercevoir l’homme derrière l’énarque, bien connu d’une haute administration dont les rouages n’ont plus guère de secrets pour lui. Si cette multiplicité de déplacements n’a pas fait oublier son prédécesseur Edouard Philippe – qui caracole en tête des personnalités politiques préférées des Français – elle a en tout cas permis à l’hôte de Matignon d’imprimer son style. Moins sec et plus en rondeur, avec un langage moins technocratique et plus compréhensible, moins rigide et plus ouvert au dialogue, et avec cet accent – moqué au début par le microcosme parisien, mais qui se révèle jour après jour être un atout – Jean Castex s’attache à montrer qu’il n’est pas que le "collaborateur" du président de la République que certains ont cru voir en lui au moment de sa nomination. 

Déplacement après déplacement, il apparaît comme complémentaire du chef de l’Etat, non pas seulement au niveau institutionnel, mais bien sur des aspects de personnalité, d’expérience, de tempérament qui font défaut à Emmanuel Macron. Jean Castex, qui fait penser à Pompidou, se veut l’incarnation pateline du "bon sens près de chez vous" pour reprendre un slogan qui a fait florès, sans cesse louant les "territoires" et, mezza voce, la "France d’en bas" invoquée il y a bientôt vingt ans par Jean-Pierre Raffarin.

Cette "méthode Castex" sera-t-elle suffisante pour redresser un quinquennat bousculé dans ses certitudes réformistes par le coronavirus et contraint de se réinventer en pensant contre lui ? Permettra-t-elle en quelque 600 jours de renouer le dialogue avec les partenaires sociaux, les élus locaux et finalement les Français – toujours adeptes de dégagisme – jusqu’à la présidentielle de 2022 ?

Rien n’est moins sûr. Cet été, Jean Castex a parcouru la France, souvent loin de Paris, comme une mise en jambes. Car la rentrée sera celle des dossiers et des décisions difficiles, sur la relance économique, sur la gestion sanitaire du coronavirus et sur une myriade de sujets sensibles, le tout sur fond d’élections sénatoriales et régionales qui vont arriver à grand pas. Pour Jean Castex, ce sera l’épreuve du feu, celle que ces prédécesseurs ont souvent appelé l’enfer de Matignon.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 19 août 2020)

Génération Covid

 masque enfant

La rentrée scolaire 2020 qui se prépare dès à présent relève à la fois du pari et du casse-tête. Pari parce que la crise sanitaire est loin d’être derrière nous. Pire, après des signaux inquiétants de hausse des contaminations au coronavirus ces dernières semaines, l’épidémie pourrait s’intensifier pour constituer à l’automne cette deuxième vague que prédisent de nombreux experts. Une situation de circulation "très active" du virus que tout le monde redoute de vivre et qui constitue l’un des trois scénarios de rentrée – le pire – élaborés par le ministère de l’Education nationale. L’objectif d’une rentrée à même d’accueillir tous les élèves est donc bien un pari politique, de même nature que celui qu’avait pris Emmanuel Macron en décidant – contre l’avis de certains experts – la réouverture des écoles le 11 mai dernier après un éprouvant confinement.

Cette rentrée inédite sous Covid-19 constitue aussi un casse-tête organisationnel et pédagogique pour tous les acteurs de la communauté éducative. Dans quelles dispositions seront les élèves, ces jeunes dont les enquêtes montrent qu’ils ont particulièrement souffert du confinement ? Les élèves décrocheurs – 500 000 jeunes tout de même – parviendront-ils à se remettre à niveau ? Les enseignants doivent-ils anticiper et se préparer à nouveau à faire classe à distance comme ils ont su le faire avec un professionnalisme qui force l’admiration pendant près de deux mois ?

De leur côté, les collectivités locales, communes, départements et régions, respectivement responsables des écoles, collèges et lycées, s’activent pour s’adapter à un protocole sanitaire qui a été allégé le 5 août dernier, rendant le port du masque obligatoire pour les élèves de plus de 11 ans, actant la fin de la distanciation physique dans les cours de récréation voire dans les espaces clos. Des mesures conformes aux recommandations du Haut Conseil de la santé publique.

"L’objectif prioritaire de cette rentrée est d’établir un cadre serein propice aux apprentissages et à la reprise de la vie collective", vient d’écrire Jean-Michel Blanquer dans sa circulaire de rentrée 2020, qui salue "la mobilisation de l’ensemble des personnels de l’Education nationale" qui a permis à la France d’avoir "l’un des plus faibles taux de décrocheurs en Europe, un enseignement à distance salué par les parents et l’un des déconfinements scolaires les plus volontaristes".

Si cette rentrée 2020, complexe à mettre en œuvre, est un pari et un casse-tête, elle est aussi capitale pour tous ces élèves qui constituent une véritable génération Covid. Plus que leurs prédécesseurs, ils doivent recueillir toute l’attention de l’école de la République, lieu de l’apprentissage, de la découverte, de la transmission des savoirs, mais lieu aussi où se forgent le libre arbitre et la citoyenneté.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 17 août 2020)

Nouvelle donne

 

fruits


La crise sanitaire du coronavirus a incontestablement bousculé nos habitudes alimentaires et donc nos habitudes d’achats, pendant et après le confinement, et s’est traduite par une hausse des prix des fruits et légumes comme l’a constaté l’association Familles rurales dans son 14e Observatoire annuel. Aux difficultés habituelles dont souffrent les maraîchers – concurrence étrangère, marges de la grande distribution, aléas climatiques – l’épidémie du coronavirus a ajouté de nouvelles contraintes qui, au final, se sont répercutées sur les prix que paient les Français. Par exemple, les nouvelles précautions sanitaires mises en place par les agriculteurs (masques, gel hydroalcoolique, respect de la distanciation physique) ont directement pesé sur le temps de récolte et donc les coûts de production. Et sur les étals, l’absence de produits étrangers moins chers, en raison de la fermeture des frontières, a aussi pesé sur le porte-monnaie des Français, dont un quart ne pourrait plus suivre la saine recommandation "cinq fruits et légumes par jour."

Et pourtant, cette difficile période a permis d’entrevoir des perspectives intéressantes pour l’avenir. Les Français ont ainsi mesuré que les produits français, conventionnels ou biologiques, sont certes plus chers, mais souvent plus goûteux que les produits importés. Ils ont aussi mesuré l’importance des circuits courts : non seulement le temps de transport réduit est bénéfique pour l’environnement, mais l’approvisionnement au plus près permet aussi de soutenir les agriculteurs, les maraîchers, nos voisins, et donc de soutenir l’économie locale.

En Occitanie, seconde région agricole de France, on n’a pas attendu le Covid-19 pour travailler sur ces sujets. Entre le salon Regal, la marque Sud de France portés par la Région, ou les initiatives des différents labels, cela fait plusieurs années que se bâtit le concept de "locavores", produire et consommer local. À l’heure où le pays va vivre le choc socio-économique de la pandémie, voilà un atout précieux pour nous adapter à la nouvelle donne. A condition aussi que les prix soient contenus pour que le plus grand nombre – et donc les plus modestes – puisse acheter les fruits et légumes d’ici…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 14 août 2020)

Vivre avec

 masque

Ce sont de petits témoignages qui fleurissent sur les réseaux sociaux. Un jeune homme qui raconte qu’il "serre la main de [sa] copine pour retrouver la sensation". Un autre, nostalgique, qui regrette "les jours où on pouvait se serrer la main, la bonne époque…" Un troisième qui avoue continuer à "serrer la main de ses amis et de ses clients". Une autre qui fait la bise à ses collègues qu’elle n’avait pas vues depuis des semaines. Ou encore ce médecin qui s’est surpris à serrer la main de son patient, mécaniquement et à leur grande surprise… avant qu’ils ne partent vite se saisir de leur gel hydroalcoolique.

Ces témoignages, dont les sociologues feront sans doute leur miel, montrent combien il est difficile d’abandonner ces gestes jadis banals, ciment de notre vie sociale… et professionnelle. Et c’est bien désormais en entreprise que le respect des règles sanitaires – gestes barrière et distanciation sociale – semble poser problème. La force de l’habitude fait que les salariés, notamment dans les open spaces, tendent, en effet, à retrouver leur fonctionnement d’avant le confinement, entre discussions devant la machine à café et réunion où les participants sont bien trop proches et nombreux. À leur décharge certaines entreprises n’ont pas réaménagé suffisamment leurs locaux, se contentant de laisser leur DRH rappeler les règles sanitaires dans des courriels infantilisants qui finissent par se perdre…

Alors que l’épidémie semble gagner chaque jour en vigueur, laissant craindre la deuxième vague que pronostiquent certains experts, la situation a fait réagir le Premier ministre qui a clairement évoqué, mardi dans l’Hérault, la généralisation du port du masque sur le lieu de travail, plus seulement donc dans les lieux recevant du public. L’exécutif– qui a sans doute beaucoup à se faire reprocher dans sa communication sur les masques depuis le début de l’épidémie – marche toutefois sur des œufs. De la même façon qu’il délègue la responsabilité du port du masque en extérieur aux préfets et aux maires, il renvoie toute décision d’une généralisation du port du masque en entreprises aux partenaires sociaux. En juillet, il avait d’ailleurs estimé que les entreprises "doivent gérer au cas par cas, en fonction des situations". Mais ce cas par cas atteint vite ses limites lorsqu’il provoque des situations si disparates que les Français ne s’y retrouvent plus. À un moment, seul un cadre national peut apporter la cohérence et la lisibilité nécessaires.

En juillet, plusieurs médecins et l’Académie de médecine ont plaidé pour le port du masque sur le lieu de travail. "Le risque est grand de devoir payer un prix sanitaire, social et économique sans commune mesure avec la contrainte raisonnable que représentent ces nouvelles habitudes", estimait l’Académie, soulevant finalement la seule interrogation qui vaille : préfère-t-on revivre le confinement ou l’éviter en portant le masque ? Poser la question, c’est y répondre. Et aussi désagréable soit-il, il va nous falloir apprendre à vivre avec le masque.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 13 août 2020)

Ne les oublions pas

 


Ils s’appelaient Charline, Nadifa, Stella, Myriam, Antonin et Léo. Ils avaient entre 25 ans et 35 ans, autant dire qu’ils avaient la vie devant eux. Une vie que ces jeunes diplômés avaient décidé de consacrer aux autres, comme donnant sens au propos d’Albert Enstein : « Chaque homme a le devoir de donner au monde au moins l’équivalent de ce que le monde lui a donné. »

Ces six jeunes humanitaires, dont cinq engagés auprès de l’ONG Acted, avaient, d’évidence, beaucoup à donner aux populations du Niger, ce si vaste et si beau pays frappé par la misère et menacé par le terrorisme djihadiste. Riches déjà de belles expériences dans différents organismes comme dans différents pays, Charline, Nadifa, Stella, Myriam, Antonin et Léo s’étaient engagés, avec le dynamisme de la jeunesse qui veut changer le monde, dans une juste cause non seulement auprès des Nigériens, mais surtout avec eux pour construire des projets pérennes de développement.

En s’accordant une journée de détente avec un guide et un chauffeur chevronnés pour voir les derniers troupeaux de girafes d’Afrique de l’Ouest, dans un parc naturel qui n’avait jamais connu d’attaques, ils ne s’imaginaient pas tomber dans une embuscade terroriste. Ils ont été tués, un à un, exécutés froidement. L’enquête, si elle aboutit un jour, dira s’il s’agissait de représailles à la présence française au Sahel, d’un acte crapuleux ou perpétré au nom d’une idéologie de mort. A dire vrai, peu importe.

L’émotion qui nous étreint tous à la mort de ces jeunes est aussi forte que le désarroi qui frappe aujourd’hui tous ceux qui œuvrent dans l’humanitaire. Jadis préservés des combats des conflits dont ils secourent les victimes civiles, ils se retrouvent désormais pris pour cibles, accusés d’appliquer la politique étrangère de leur pays quand ce n’est pas de néo-colonialisme. Face à ces drames, l’envie des ONG de partir pour protéger les leurs serait bien légitime.

Mais comme Acted l’a annoncé hier, rester pour aider des populations en souffrance qui n’ont plus rien, c’est faire acte de résistance et être à la hauteur. À la hauteur de l’idée que l’on se fait d’un monde plus solidaire, plus fraternel. À la hauteur de l’engagement de six jeunes gens morts loin de chez eux. Ils s’appelaient Charline, Nadifa, Stella, Myriam, Antonin et Léo. Ne les oublions pas.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 12 août 2020)

Crash tests

 

test

Après les masques, les tests de dépistage du coronavirus vont-ils devenir le nouveau caillou dans la chaussure du gouvernement ? Et surtout vont-ils connaître le même changement radical de communication que les masques qui, d’inutiles au début de la crise sanitaire, sont devenus aujourd’hui indispensables au point d’être fortement recommandés quand la distanciation sociale est impossible et même rendus obligatoires en extérieur par de plus en plus de communes ? Les tests semblent en tout cas relever de la même problématique.

"Testez, testez, testez !" avait recommandé l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le 16 mars au début de la pandémie, traduisant un raisonnement simple : pour soigner, il faut tester ; pour détecter les malades et les isoler avant qu’ils ne contaminent leurs proches et leurs concitoyens, il faut tester ; pour circonscrire les clusters, il faut tester. Les pays qui testaient le plus leur population, comme l’Allemagne ou la Corée du Sud, sont d’ailleurs ceux qui contrôlaient le mieux l’épidémie.

Comme pour les masques, la France a fait la sourde oreille à la recommandation onusienne, expliquant l’inutilité des tests… pour ne pas avouer qu’il n’y en avait pas assez, faute de composants mais aussi à cause d’une incroyable complexité administrative. Une position qui a ensuite, heureusement, été amodiée pour arriver, fin avril, sur la stratégie "protéger-tester-isoler", présentée par Edouard Philippe. Le Premier ministre promettait alors 700 000 tests par semaine au 11 mai, intégralement pris en charge par l’Assurance maladie.

Presque trois mois plus tard, nous en sommes encore loin…

Mais plus que le chiffre absolu, c’est bien l’organisation même des tests qui semble coincer, à l’heure où la France connaît une recrudescence significative de cas et de clusters. Légitimement, les Français veulent se faire tester, soit parce qu’ils ressentent des symptômes, soit parce qu’ils sont de retour de voyage ou en partance vers l’étranger, soit tout simplement parce qu’ils sont inquiets. Les centres de prélèvements en nombre insuffisant sont pris d’assaut, les délais s’allongent dans les laboratoires en effectifs réduits durant l’été. Le conseil scientifique qui éclaire le gouvernement vient de recommander de "définir, clarifier et présenter rapidement une nouvelle doctrine d’utilisation des tests". Il y a urgence car dans la "guerre" contre le Covid-19, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron, faute de vaccin et de traitement, nous n’avons que le masque comme bouclier et le test comme arme…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 8 août 2020)

Le désespoir et la colère

 

beirut
Photo Anchal Vohra

Aux images du fracas de l’explosion puis à celles des dégâts immenses qui ont ravagé la moitié de Beyrouth mardi soir, les Libanais ont partagé en masse sur les réseaux sociaux une courte vidéo qui marquera. On y voit un appartement dévasté aux fenêtres éclatées. Dans ce chaos, une vieille dame assise devant son piano, imperturbable de dignité, joue "Ce n’est qu’un au revoir"… La scène dit tout de l’incroyable capacité de résilience des Libanais qui ont connu tant et tant de malheurs, quinze années de guerre, les attentats, les tensions avec leurs voisins, la crise économique et ses privations, celle des migrants et celle du coronavirus. 

En venant hier à Beyrouth après ce nouveau drame qui endeuille le pays, Emmanuel Macron a voulu saluer cet état d’esprit à l’heure où le désespoir fait vaciller les plus solides des habitants. Comme avant lui ses prédécesseurs – François Mitterrand en 1983 et Jacques Chirac en 2005 – le chef de l’Etat est venu dire que "le Liban n’est pas seul" et qu’il peut compter sur la solidarité et l’aide de la France, la "mère de la patrie", l’alliée de ce petit Etat né par sa volonté au siècle dernier et aujourd’hui à terre. Ou plus exactement que le peuple libanais peut compter sur le soutien et l’amitié indéfectible du peuple français… La nuance, faite par Emmanuel Macron lui-même, est de taille. Car le Président, qui a déambulé dans les rues de la ville sinistrée en bras de chemise à la rencontre des habitants, a mesuré toute la colère des Libanais contre leur classe politique corrompue et entendu l’appel de certains d’entre eux à les aider à "changer de système."

En proposant un "nouveau pacte politique" à tous les acteurs, le président français évite d’être taxé d’ingérence et renvoie aussi chacun à sa responsabilité… quitte à invoquer celle, historique, de la France en cas de statu quo. Car pour que le Liban puisse se reconstruire – et la tâche est titanesque – il faut effectivement qu’il se transforme, politiquement et économiquement, qu’il fasse les réformes démocratiques qu’attend sa population dont une majorité est désormais proche ou sous le seuil de pauvreté. Les Libanais, accablés de douleur depuis mardi, veulent croire à la possibilité d’une nouvelle ère avec le soutien de la France. Ils méritent toute notre aide pour que la colère conjure le désespoir, pour que le Liban sorte enfin de ses difficultés et puisse être, à nouveau, le pont entre l’Orient et l’Occident.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 7 août 2020)

Avec Beyrouth

 

beirut

Un immense panache de fumée, deux explosions entendues à des centaines de kilomètres à la ronde, un cratère gigantesque, des dizaines de morts et des centaines de blessés : les images de Beyrouth dévastée qui tournent depuis mardi soir sur les réseaux sociaux et dans les médias du monde entier marquent les esprits, car elles s’inscrivent dans l’histoire des grandes catastrophes qui accompagnent la marche de l’humanité. Ces images d’une capitale éventrée, d’une ville soufflée, de blessés hagards, de familles éplorées et endeuillées, d’un pays sous le choc, en rappellent d’autres : villes rasées ou détruites par la furie de la nature ou la folie des hommes. Elles résonnent surtout en France d’une façon toute particulière pour deux raisons. D’une part parce que l’origine des explosions à Beyrouth se trouve dans le nitrate d’ammonium, ce composé chimique au cœur de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001, la pire catastrophe industrielle que nous ayons connue et que nous n’oublions pas. D’autre part parce que la France et le Liban entretiennent d’indéfectibles liens d’amitié de longue date. Des relations historiques, politiques, économiques, culturelles bâties depuis le début du XXe siècle, lorsque l’engagement franco-libanais permit l’existence du Liban en tant que nation. L’émotion au Liban est dès lors logiquement partagée par la France, le pays "frère", et s’est traduite dès mardi soir par un soutien inconditionnel et l’envoi d’une aide logistique et humanitaire.

Pour le pays du Cèdre, cette catastrophe est un nouveau malheur qui s’ajoute à l’histoire du Liban. Éprouvé par une guerre civile qui dura 15 ans, de 1975 à 1990, miné depuis par un communautarisme politique et par des clans issus de milices armées comme le Hezbollah dont chaque partie travaille à la préservation de ses privilèges plutôt qu’à la recherche de l’intérêt général – jusqu’à l’assassinat, celui du Premier ministre Rafik Hariri en 2005 –, empêtré dans une corruption chronique, sans cesse victime d’ingérences étrangères et suspendu aux événements géopolitiques du Moyen-Orient, le Liban souffre de la déliquescence, pour ne pas dire de l’absence, d’un Etat démocratique organisé. En défaut de paiement depuis février 2020, le pays – qui n’est plus la plaque tournante des affaires entre Orient et Occident comme autrefois – fait face à une situation socio-économique catastrophique : la dette publique dépasserait aujourd’hui 250 % du PIB, le taux de chômage comme l’inflation montent en flèche et le plan de réformes ne convainc ni les créanciers ni l’opinion, qui multiplie les manifestations contre les inégalités. Sans compter la crise du Covid-19…

L’explosion qui vient de détruire la moitié de Beyrouth intervient donc au pire moment de l’histoire du pays. Mais celui-ci peut compter sur le soutien de la communauté internationale, sur la solidité de sa diaspora et sur l’inextinguible soif d’un peuple à multiples facettes d’exister comme nation. "Qu’elle soit courtisane, érudite ou dévote, péninsule des bruits, des couleurs, et de l’or, ville marchande et rose, voguant comme une flotte, qui cherche à l’horizon la tendresse d’un port, elle est mille fois morte, mille fois revécue", écrivait la poétesse libanaise Nadia Tuéni. Aujourd’hui, Beyrouth est détruite, gageons que demain, elle sera reconstruite.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 6 août 2020)

Responsabilité

masque

Le gouvernement pensait sans doute en avoir fini avec les masques, dont la pénurie au début de l’épidémie du coronavirus lui avait été violemment reprochée, tant par l’opinion publique que par les experts, agacés par sa communication approximative sinon mensongère sur leur utilité. Las ! Alors que désormais il y a pour les Français suffisamment de masques – chirurgicaux ou grand public en tissu – et que le gouvernement a largement fait évoluer sa doctrine jusqu’à aboutir à une obligation dans tous les lieux publics clos le 20 juillet dernier, voilà que survient un nouveau casse-tête. Au moment où l’épidémie de Covid-19 semble regagner de la vigueur en France – comme chez nos voisins – comment inciter les Français à bien porter le masque quand ceux-ci, au contraire, veulent profiter de leur été sans contraintes après l’épreuve du confinement ?

Chantre des territoires, Jean Castex entend bien ne pas se laisser enfermer par cette épineuse question et souhaite y associer les collectivités locales. À elles, en lien avec les préfets, de prendre les arrêtés d’obligation de port du masque dans les zones touristiques bondées, les marchés de plein air très fréquentés, les rues des centres-villes trop étroites pour absorber les foules voire les plages surpeuplées. Depuis plusieurs jours, on voit ainsi fleurir des arrêtés partout en France, incontestablement pertinents… mais au risque de la confusion. D’une commune à l’autre, les règles vont ainsi être différentes, ce qui est prohibé ici sera autorisé plus loin. Autant d’injonctions contradictoires qui pourraient déconcerter et décourager les Français. Rien ne vaut la clarté d’une règle simple, uniforme et compréhensible par tous, comme le réclame l’Académie de médecine qui martèle "masquez-vous, masquez-vous, masquez-vous".

Plus facile à dire qu’à faire à l’heure où, au nom de la liberté, certains refusent toute restriction dans leur quotidien au point d’aller le crier dans des manifestations sans masque comme on vient de le voir en Allemagne et comme on le voit depuis des mois aux Etats-Unis. Ces manifestants devraient se rappeler ce que disait Victor Hugo : "Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité."

Et notre responsabilité, collective et individuelle, aujourd’hui, en l’absence de traitement efficace et en attendant un vaccin, est bien d’utiliser le seul outil à notre disposition : le masque, si pénible soit-il à porter par forte chaleur. C’est, pour l’heure, la seule façon d’éviter un reconfinement généralisé que personne n’a envie de vivre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 4 août 2020)

Deux visions de l'Amérique


trump
Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America

Dans trois mois, les Etats-Unis se rendent aux urnes pour réélire le républicain Donald Trump ou choisir le démocrate Joe Biden. Entre le président sortant qui avait triomphé d’Hillary Clinton il y a quatre ans – à la surprise générale et à celle du principal intéressé – et l’ancien vice-président de Barack Obama, le choix est radicalement différent pour une Amérique plus divisée que jamais. Car la polarisation de l’opinion qui était déjà à l’œuvre en 2016 n’a cessé depuis de se renforcer. Depuis quatre ans, en effet, Trump, soutenu par une base électorale ultraconservatrice qu’il sait chauffer à blanc, bouscule tout sur son passage, sur la scène intérieure comme sur la scène internationale. Entre outrances, éructations, colères, approximations et fake news déversées notamment à jet continu et quasiment 24 heures sur 24 sur son compte Twitter, Donald Trump a bousculé tous les codes et redéfini toutes les priorités des Etats-Unis à l’aune de son seul slogan de campagne "Make America great again" (rendons sa grandeur à l’Amérique). Israël, Syrie, Irak, Corée du Nord, Otan, Chine, climat, immigration, etc. : sur tous les sujets, Trump le bulldozer avance sans se soucier des conséquences avec toujours le souci de cliver au maximum. On est avec lui ou contre lui, on est amis ou ennemis. Le parti républicain l’a bien compris, qui s’est rangé très rapidement derrière Trump avec une fidélité qui a permis à ce dernier d’éviter la destitution mal préparée par les démocrates.

L’ancien business man, adepte des "deals" d’homme à homme, n’a que faire des règles : tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. En dépit des difficultés à constituer son administration, en dépit des départs innombrables à la Maison Blanche, cette stratégie du chaos permanent a pourtant eu des résultats qu’on ne peut nier au plan économique. C’est d’ailleurs bien sur l’économie que Trump misait pour sa réélection.

Mais deux événements ont grippé la machine : l’épidémie de coronavirus et la mort de l’Afro-Américain George Floyd, tué par des policiers blancs lors d’un banal contrôle à Minneapolis. Dans les deux cas, Trump n’a pas mesuré l’impact de ces deux événements sur le pays. Face au premier, plaçant l’économie avant la vie de ses concitoyens – contrairement au choix inverse fait par de nombreux pays dont la France – le populiste Trump a tergiversé, versé dans les thèses complotistes, refusé d’écouter les experts et n’a donc pas pris les bonnes mesures pour contrôler une mortalité devenue exponentielle. Face au second, qui illustre la persistance d’un racisme chronique aux Etats-Unis, il n’a jamais cherché à rassembler les Américains, au point de faire sortir de leur réserve les anciens président Barack Obama et George W. Bush… Depuis plusieurs semaines, Joe Biden est en tête des sondages y compris dans les Etats clés qui peuvent faire basculer l’élection. Mais en 2016, Hillary Clinton était aussi en tête et Donald Trump, qu’on a si souvent enterré, a une telle capacité de rebond que rien n’est joué. "Ne sous-estimez jamais un homme qui se surestime", disait Roosevelt. La formule vaut plus que jamais pour Donald Trump.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 3 août 2020)