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Éditos

Attendre de voir

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L’inflation qui passe sous la barre des 2 %, voilà une bonne nouvelle en cette rentrée, ce n’était plus arrivé depuis trois ans, autant dire une éternité pour les Français qui ont connu une envolée des prix dans l’alimentaire ou l’énergie. En estimant que les prix à la consommation augmenteraient de + 1,9 % en août 2024, après + 2,3 % en juillet, l’Insee – qui confirmera ces taux le 13 septembre – redonne un peu le moral d’autant que ce n’est pas la seule bonne nouvelle. Cette baisse de l’inflation s’expliquerait notamment par le très net ralentissement des prix de l’énergie : sur un an, ceux de l’électricité ralentiraient et ceux des produits pétroliers baisseraient. D’ailleurs, on le constate en ce moment, les prix des carburants, diesel comme essence, sont à leur plus bas niveau depuis l’année 2022.

Autre point positif pour l’économie française, dévoilé également hier par l’Insee, la consommation des ménages en biens a augmenté légèrement en juillet 2024 à + 0,3 % : un léger rebond porté par la hausse de la consommation d’énergie (+ 0,9 %) et de la consommation alimentaire (+ 0,4 %).

Mais les Français vont sans doute attendre de voir si la baisse des prix se concrétise. Car pour l’heure, surtout après ces derniers jours pendant lesquels il a fallu préparer la rentrée scolaire, le sentiment est que les prix restent toujours trop élevés. Selon l’étude CSA Research-Cofidis, 79 % des parents affirment ainsi avoir constaté des hausses de prix depuis la précédente rentrée scolaire. Une majorité de Français a d’ailleurs réduit son budget, limité ses dépenses sur plusieurs postes et cherché des moyens de faire des économies, soit en consommant moins, soit en misant sur la seconde main.

Les Français sont d’ailleurs plus enclins à se méfier qu’ils gardent en mémoire les mauvaises manières des industriels de l’agro-alimentaire qui ont inventé au plus fort de l’inflation la shrinkflation, qui consiste à diminuer le grammage d’un produit sans changer son prix – et sans en avertir les consommateurs – oui la strechtflation, qui consiste à ajouter une petite quantité supplémentaire au produit tout en augmentant son prix de façon exagérée.

« Oui, les prix baissent », a assuré hier le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, pour qui « l’hyperinflation » des deux dernières années est désormais « derrière nous ». Mais le grand patron a reconnu que si « les prix baissent depuis le mois de mai en France, très légèrement, malheureusement, pour les Français, ça ne se traduit pas encore assez de manière significative dans le global du caddie ».

En attendant que la baisse des prix se confirme et soit bien perceptible par les Français, il faudra aussi avoir à l’esprit que les prix ne reviendront pas au niveau d’avant la guerre en Ukraine et le retour de l’inflation. Dès lors l’amélioration du pouvoir d’achat, qui reste la priorité numéro 1 des Français, va immanquablement poser la question de la hausse des salaires qui horrifie le Medef, mais qui visiblement est d’actualité chez nos voisins allemands. Comme en France, l’indice des prix à la consommation, selon une première estimation de l’office des statistiques Destatis, est passé sous la barre des 2 %, à 1,9 % sur un an, au plus bas depuis trois ans. Et les salaires allemands ont augmenté en moyenne de 3,1 % d’avril à juin par rapport à la même période de l’année précédente, marquant ainsi une augmentation du pouvoir d’achat des salariés pour le cinquième trimestre consécutif.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 31 août 2024)

A321XLR : nouvelle ère

A321XLR

La chronique de l’actualité aéronautique étant régulièrement alimentée depuis quatre ans par les déboires de Boeing, qui accumule des incidents parfois spectaculaires, on en oublierait presque combien ce mode de transport reste le plus sûr et, surtout, combien ce secteur industriel est l’un des plus innovants. La livraison prochaine de l’A321 XLR, une nouvelle version de l’avion vedette d’Airbus à long rayon d’action, dont prendra possession la première la compagnie aérienne Iberia, vient nous le rappeler.

L’exploit de l’avionneur européen n’est pas tant d’avoir lancé un nouveau programme pour répondre aux nouveaux besoins des compagnies, mais de l’avoir fait dans un contexte où les embûches étaient nombreuses. Entre la complexité inhérente à la conception d’un nouvel appareil, la survenue de la pandémie de Covid-19 puis de la guerre en Ukraine, et les nouvelles exigences imposées par les autorités de contrôle et de régulation du secteur aérien – l’EASA en Europe et la FAA aux États-Unis – on ne peut que tirer notre chapeau aux dirigeants, ingénieurs, techniciens, ouvriers d’Airbus et leurs sous-traitants. Et cela d’autant plus que ce nouvel avion apparaît à tous comme un « game changer », qui peut véritablement révolutionner le milieu du marché. Boeing, qui a longtemps occupé ce segment avec les Boeing 757 et 767 conçus dans les années 1970, espérait le reconquérir avant de connaître les avanies de son 737 MAX qui ont fini par le faire renoncer…

Airbus a donc un coup à jouer pour occuper le terrain et séduire des compagnies qui attendaient un tel avion. Car celui-ci combine le meilleur des deux mondes, celui des mono-couloirs (de type Airbus A320 et Boeing 737) et celui des gros-porteurs (Airbus A330 et A350, Boeing 787 et 777) jusqu’alors seuls capables d’effectuer des vols long-courriers. Non seulement l’A321XLR voit sa consommation de carburant et ses émissions de CO2 baisser de 30 %, mais il offre des coûts d’exploitation inférieurs de 45 % à ceux des gros-porteurs aux compagnies aériennes. Ces dernières ne s’y trompent pas et le très polyvalent A321XLR, sans équivalent, est d’ores et déjà promis à un beau succès – plus de 550 commandes passées.

Si les compagnies sont séduites pour répondre à la croissance du trafic aérien – à l’horizon 2043, l’IATA prédit que le nombre de passagers aériens doublera par rapport à 2023, soit 8,6 milliards de personnes – les passagers devraient l’être aussi. Non seulement l’A321 XLR apportera une nouvelle référence dans le confort en cabine grâce à des aménagements novateurs, mais, surtout, il évitera des vols en correspondance pour des destinations lointaines en offrant à de « petits » aéroports des liaisons directes qu’ils ne pouvaient imaginer jusqu’à présent – on attend un Toulouse-New-York. Des vols long-courriers qui pourraient de plus être à des prix abordables si les compagnies low-cost adoptent ce nouvel avion.

Au final, si l’A321XLR est moins spectaculaire que l’A380 et ses deux ponts, il pourrait bien être l’avion qui amène l’aviation mondiale dans une nouvelle ère.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 30 août 2024)

Remise à plat

 

Boeing

La série noire continue pour Boeing. Depuis la crise survenue en 2019-2020 lorsque les Boeing 737 Max étaient restés vingt mois cloués au sol après les crashs d’avions des compagnies Ethiopian Airlines et Lion Air – 346 victimes au total – l’avionneur américain n’en finit plus de cumuler les déboires. Porte arrachée en plein vol d’un Boeing 737 MAX 9 le 5 janvier dernier, problème sur les sièges des pilotes des Boeing 737, témoignages inquiétants d’anciens employés lanceurs d’alerte devant le Congrès, procédures avec la justice américaine, justifications et communications catastrophiques de la part des dirigeants : Boeing ne semble pas quitter une zone de turbulences.

Encore cette semaine, le constructeur de Seattle a dû suspendre les tests en vol de son nouveau gros-porteur 777X après avoir constaté la défaillance d’une pièce reliant le moteur au corps de l’appareil. Cette série d’événement a miné la confiance des passagers dont certains cherchent désormais à éviter d’embarquer à bord d’un Boeing. C’est dire la tâche colossale pour rétablir la confiance qui attend le nouveau PDG Kelly Ortberg, qui a succédé le 8 août à Dave Calhoun, en poste depuis début 2020 et dont le départ avait été annoncé fin mars après une multiplication de problèmes de qualité dans la production.

Certes, si l’on regarde précisément les rapports d’incidents – 14 entre janvier et juin 2024, soit deux fois plus que la moyenne des dix dernières années – on pourrait se rassurer en constatant que tout n’est pas de la faute du constructeur : la maintenance des avions, des erreurs de pilotage ou tout simplement des turbulences peuvent expliquer certains déboires. Mais il y a tout de même une accumulation d’incidents dont Boeing est responsable et qui illustre surtout de mauvais choix stratégiques et la priorité donnée à la rentabilité au détriment de la sécurité.

Les mauvais choix stratégiques, ce sont d’abord la réponse donnée en 2011 par Boeing à Airbus lorsque le constructeur européen prépare son A320 Neo qui doit consommer 20 % de kérosène en moins. Pour réduire les coûts, Boeing ne décide pas de lancer un nouvel avion mais de remotoriser un modèle existant, le 737, lancé en 1996. Problème : les nouveaux moteurs sont plus lourds ce qui va susciter des problèmes d’équilibre de l’avion, nécessitant notamment une formation spécifique pour les pilotes.

Si cela a été réglé, depuis, de nouveaux problèmes sont apparus mettant en cause la qualité et la rigueur de la conception des avions, la fiabilité de sous-traitants, toutes à la baisse en raison de la course à la rentabilité dans laquelle Boeing s’était engagé au détriment d’une indispensable « culture de la sécurité ». Une course entamée dès 1997 lorsque Boeing a fusionné avec McDonnell Douglas et transféré son siège social à Chicago, ce qui a « radicalement changé l’orientation de Boeing, qui est passé de la résolution de problèmes d’ingénierie difficiles à l’amélioration et à l’augmentation des profits financiers », relevait d’ailleurs le rapport du comité d’experts sur le B737 Max…

Comme première décision, Kelly Ortberg a choisi de s’installer à Seattle, le berceau historique de Boeing, où se trouvent les chaînes d’assemblage du 737 et du 777. Un geste apprécié des syndicats et peut-être le signe aussi d’une réelle prise de conscience sur ce que Boeing doit faire pour restaurer la confiance et durablement sortir des turbulences. Une vraie remise à plat.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 25 août 2024)

Changer, vraiment

 

macron

Alors que la France rend hommage à Alain Delon, un film du palmarès de l’acteur disparu samedi revient en mémoire tant il semble coller à l’actualité : « Le Guépard », de Luchino Visconti. Non pas que la situation politique de la France soit similaire à celle de l’Italie au moment où elle engageait son unification, mais pour une phrase prononcée par le personnage de Delon, Trancredi Falconeri, à son oncle, le prince Salina-Burt Lancaster : « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que nous changions tout. » Depuis les élections européennes et législatives, qui ont lourdement sanctionné le camp présidentiel, les Français ont un peu le sentiment que Tancredi-Macron a fait sienne la célèbre formule.

Il faut que tout change pour que rien ne change ? Tout changer avec une dissolution aussi risquée avec un RN aux portes du pouvoir que décidée à l’emporte-pièce ; et finalement tout faire pour que rien ne change, pour continuer comme si de rien n’était, comme si rien ne s’était passé les 9 juin, 30 juin et 7 juillet, comme si le résultat des élections ne comptait finalement pas, comme si les Français n’avaient pas sanctionné la politique conduite par Emmanuel Macron et demandé qu’il en soit mené une autre, par un autre gouvernement, comme si les Français n’avaient pas, aussi, sanctionné une façon très verticale et solitaire d’exercer le pouvoir.

On comprend bien que l’absence de majorité absolue à l’Assemblée éclatée en blocs parlementaires qui se regardent en chien de faïence les uns les autres, s’écrivent mais ne se parlent pas, proposent des pactes de gouvernance mais chacun dans son coin, soit une situation inédite et inextricable, désespérante même. On comprend aussi que le Président, gardien des institutions, veuille éviter à la France une succession de gouvernements sans majorité, aussitôt nommés, aussitôt censurés. Mais le temps de la « clarification », de la « décantation », de la trêve politico-olympique, pendant lequel Emmanuel Macron espérait voir émerger une grande coalition est désormais largement dépassé – le gouvernement démissionnaire atteint un record de durée. Cette coalition-là, d’évidence, n’a pu se constituer en raison de l’envie du camp macroniste de rester bon an mal an aux manettes pour préserver sa politique économique, de l’absence de la culture du compromis dans laquelle excellent nos voisins européens ou tout simplement en raison des petits calculs politiciens de chacun en vue de la présidentielle de 2027.

Faute d’avoir respecté la tradition républicaine et nommé la personnalité proposée le 23 juillet par le bloc arrivé en tête aux législatives – Lucie Castets du Nouveau Front populaire – le chef de l’État a perdu du temps plus qu’il n’en a gagné et a laissé s’installer un jeu de dupes. Il va pourtant bien devoir nommer quelqu’un à Matignon et laisser un peu plus de place au Parlement. Sans doute le plus difficile pour Emmanuel Macron, habitué à décider de tout tout seul, et qui, depuis 2017, a inventé de nombreuses instances pour contourner les outils institutionnels existants qu’il percevait comme trop lourds et trop bloquants – du grand débat au Conseil national de la Refondation, des conférences citoyennes aux rencontres de Saint-Denis.

Ce vendredi et lundi, il inaugure une série de consultations pour sonder les partis avant d’annoncer, enfin, qui sera le prochain locataire de Matignon. Qu’il soit politique madré, haut fonctionnaire, grand patron ou une totale surprise, la vraie question est de savoir si Emmanuel Macron est prêt à seulement présider et laisser son Premier ministre gouverner.

Pour le coup ce serait un vrai changement…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 22 août 2024)


Eviter un nouveau Covid

mpox

C’est un appel lancé au cœur de l’été qui est quasiment passé inaperçu mais qui prend un relief particulier avec la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le 14 août, de classer l’épidémie de mpox en « urgence de santé publique de portée internationale. » Mi-juillet, Yuen Kwok-yung, éminent chercheur hongkongais qui a combattu les virus les plus dangereux, avertissait qu’une nouvelle pandémie était inévitable et pourrait causer des dégâts bien plus graves que le Covid-19.

Le scientifique, qui a créé l’an dernier l’Alliance pour la recherche sur les pandémies, avec ses homologues chinois et américains, estime que l’évolution rapide du climat et les maladies infectieuses émergentes devraient être une priorité absolue pour les hommes politiques, qui devraient résoudre ces « menaces existentielles mondiales ». Ce n’est pas la première fois que des alertes surviennent sur le développement de pandémies. En 2008, les analystes de la CIA dans leur rapport sur l’état du monde en 2025 craignaient déjà l’émergence d’une pandémie semblable à celle du Covid-19, imaginant « l’apparition d’une nouvelle maladie respiratoire humaine virulente, extrêmement contagieuse ».

Après le Covid-19, le monde s’inquiète donc désormais de la mpox, la variole du singe, détectée pour la première fois chez l’être humain en 1970, en République démocratique du Congo, mais qui, endémique dans les pays d’Afrique centrale et de l’Ouest, s’était étendue au-delà, en Europe notamment, en juillet 2022. Alors que pour la deuxième fois en deux ans, le mpox est considéré comme une urgence de santé publique de portée internationale, l’OMS a voulu rassurer hier, estimant que « ce n’est pas la même chose que le Covid-19 et le mpox peut être maîtrisé. »

L’agence onusienne, qui n’a pas qualifié le mpox de pandémie, marche, de fait, sur un chemin de crête. Faut-il être alarmiste pour alerter et sensibiliser le grand public, au risque que la multiplication des « urgences de santé publique de portée internationale » ne crée une accoutumance, une indifférence et donc une absence de réaction appropriée en cas de propagation rapide du virus dans le monde ? Ou faut-il ne pas être alarmiste au risque d’être ensuite accusé de n’avoir rien fait pour endiguer en temps et en heure une pandémie en puissance ? Cette lutte entre rassuristes et alarmistes, nous l’avons déjà vécue lors de l’épidémie de Covid-19 et force est de constater que toutes les leçons n’ont pas été tirées de cette pandémie qui avait mis le monde à genoux.

Certes, la recherche scientifique avait été au rendez-vous pour produire un vaccin anti-Covid en un temps record, certes en Europe, la solidarité avait joué à plein entre les États membres pour disposer de doses en nombre suffisant, mais la vaccination dans les pays pauvres n’a pas été maximale et il manque un retour d’expérience sur les mesures sanitaires parfois très draconiennes mise en œuvre par endroits – le zéro Covid en Chine – et plus encore ce que Yuen Kwok-yung préconise, à savoir une véritable collaboration mondiale.


Celle-ci n’est pas encore opérationnelle, et les négociations sur un « Accord mondial sur la prévention, la préparation et la riposte face aux pandémies » traînent en longueur et ne devraient pas aboutir avant 2025. Il y a pourtant urgence si on veut éviter un nouveau Covid…

Visibilité

entreprise

Le baromètre national des entreprises réalisé par le Conseil National des Greffiers des Tribunaux de commerce, Infogreffe et Xerfi Spécific est riche d’enseignements car il dresse un portrait de la situation économique et de celles de l’entrepreneuriat en France pour le moins nuancé, comme à la croisée des chemins. D’un côté, il a effectivement des chiffres alarmants avec, pour le premier semestre 2024, des niveaux historiques pour les procédures collectives (+ 20,5 %) et les liquidations judiciaires (+ 66,1 %). De l’autre, en dépit de ces défaillances des entreprises – conséquence des difficultés qu’elles rencontrent – l’envie des Français de « créer leur boîte » reste bien présente et augmente même de façon significative par rapport à 2023 (+ 9 %). Une lumière d’optimisme donc dans un océan de pessimisme.

Pour faire baisser les unes et augmenter les autres, il faut donc chercher à comprendre pourquoi tant d’entreprises périclitent. Pour certains experts économiques, la défaillance à la hausse procède d’un rattrapage après la fin des aides d’urgence massives mises en place par l’État au moment de la crise Covid. Patrick Senicourt, président de Nota-PME, a récemment souligné que beaucoup de sociétés sont entrées en défaillance en raison du remboursement trop rapide des prêts garantis par l’État (PGE) octroyés durant la pandémie. Il est vrai que l’État et son « quoi qu’il en coûte » avait largement soutenu les entreprises pour éviter qu’elles ne soient englouties par les confinements du Covid qui avaient mis un brutal coup d’arrêt à l’économie. Une politique saluée par les Français et qui a permis à l’économie française de résister et d’être plus résiliente que celle de certains de nos voisins. Mais d’autres experts estiment au contraire que la hausse des défaillances illustre davantage des fragilités du tissu productif hexagonal beaucoup plus profondes.

Quelle doit être l’action de l’État pour soutenir les entreprises ? Quelles aides doivent être mises en place, pérennisées ou supprimées dans tel ou tel secteur ? Faut-il des contreparties aux aides ou les soumettre à des conditions d’éligibilité plus encadrées ? Toutes ces questions devraient faire l’objet d’un débat de fond, loin des postures, surtout dans un pays qui aspire à la souveraineté économique et à la réindustrialisation. Les élections législatives auraient dû ouvrir ce débat-là, certes technique vu le foisonnement des dispositifs – il en existe quelque 2 000 – mais essentiel à l’heure de la maîtrise des comptes publics.

Las ! Ce sujet et plus particulièrement les défaillances d’entreprises a été finalement peu évoqué pendant la campagne des législatives. Cette absence de débat et aussi le manque de visibilité sur la politique économique à venir suscitent chez les chefs d’entreprise de l’inquiétude. Le prochain gouvernement, quel qu’il soit, devra ainsi s’appliquer à les rassurer, ce qui ne saurait dire rester dans le statu quo. Rappelons que la Cour des comptes a estimé à 260,4 milliards d’euros de 2020 à 2022 le soutien financier total de l’État aux entreprises soit 10 % du PIB. Si ce montant exceptionnel et temporaire est amené à baisser, il reste évidemment légitime de questionner le bien-fondé et l’efficacité des aides.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 16 août 2024)

Nouvelles menaces

brebis

L’apparition d’un nouveau sérotype de la maladie de la fièvre catarrhale ovine (FCO), le BVP3, dans le Nord de l’Europe et sa diffusion rapide dans plusieurs pays dont la France inquiète à raison les éleveurs, qui craignent une expansion dramatique. En France, les éleveurs font face à cette maladie de la langue bleue depuis 2006 et, en dépit d’un vaccin – dont la disponibilité à parfois connu des ratés – des centaines de bêtes en sont mortes ces dernières semaines dans le Sud du pays, notamment en Occitanie, où 4 000 brebis ont été emportées dans les Pyrénées-Orientales, l’Aude et l’Ariège. Après l’influenza aviaire ou plus récemment la maladie hémorragique épizootique (MHE) des bovins, détectée pour la première fois en France en 2023, voilà une nouvelle calamité qui s’abat sur un monde agricole qui a crié sa détresse en début d’année.

Le ministère de l’Agriculture s’est rapidement mobilisé pour faire face au nouveau sérotype de la fièvre catarrhale et la campagne de vaccination démarrée ce lundi est une bonne chose pour tenter d’endiguer la propagation de la maladie. Mais elle ne compensera pas la perte douloureuse des bêtes que subissent les éleveurs qui, pour beaucoup d’entre eux, se débattent dans des difficultés financières. Les demandes d’indemnisation formulées par la FNSEA ou la Confédération paysanne sont dès lors légitimes car il en va du sauvetage d’exploitation parfois décimées, mais aussi de la préservation d’un savoir-faire et de produits du terroir.

L’apparition du nouveau sérotype de la fièvre catarrhale ovine, tout comme la survenue récurrente de foyers de grippe aviaire – un foyer d’Influenza aviaire hautement pathogène a été détecté mardi dans un élevage de volailles en Ille-et-Vilaine – doivent aussi nous amener à prendre de la hauteur. Les maladies vectorielles deviennent, en effet, une menace importante tant pour la santé humaine que pour la santé animale, une augmentation inquiétante de leur prévalence et de leur propagation ayant été observée ces dernières années, comme l’a noté l’Organisation mondiale de la Santé animale. Dans son dernier rapport « Situation de la santé animale dans le monde », l’OMSA, qui fête ses cent ans cette année, observe qu’« il est clairement prouvé que le changement climatique est un facteur déterminant dans la propagation de ces maladies vectorielles », qui englobent les maladies transmises par les moustiques, les tiques ou les mouches. Le réchauffement du climat facilite ainsi l’expansion de maladies vectorielles dans de nouvelles zones auparavant non touchées. Le virus de la maladie hémorragique épizootique en est un parfait exemple selon l’OMSA : habituellement limitée à l’Amérique du Nord et certaines parties de l’Asie, la MHE s’est étendue aux pays du pourtour méditerranéen et en Europe.

Face à cette nouvelle donne, surveiller l’expansion des maladies vectorielles dans le monde doit être une priorité d’autant que l’OMS compte plus de 200 types de zoonoses, ces maladies ou infection transmissible des animaux à l’homme. Ces évolutions soulignent tout l’intérêt du concept One Health (Une seule santé), c’est-à-dire la prise en compte de l’interdépendance entre les santés humaine, animale, végétale et la protection de l’environnement.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 15 août 2024)

Sortir des petits calculs

assemblee

Plus d’un mois après les élections législatives qui ont placé en tête le Nouveau Front populaire mais n’ont donné à aucun des blocs une majorité absolue, la France ne dispose toujours pas de Premier ministre ni de gouvernement. Et la vie démocratique a été comme mise sur pause, comme s’il n’était pas primordial de traduire en actes concrets le résultat des élections législatives et donc la volonté du peuple français de changer la politique menée jusqu’à présent.

Pour Emmanuel Macron, qui a provoqué cette situation inextricable par une dissolution qui n’a finalement apporté aucune clarification mais ajouté un peu plus de confusion, il est temps de sortir de cette procrastination qui finit par miner la confiance déjà bien faible entre les citoyens et la classe politique.

Certes, l’article 8 de la Constitution ne prévoit pas de délai à la nomination d’un Premier ministre, certes face à la situation exceptionnelle d’une Assemblée éclatée comme jamais, Emmanuel Macron pouvait attendre quelques jours de voir si des accords de gouvernement allaient se nouer. Mais le président de la République a bien l’obligation de procéder à cette nomination sans la conditionner à un accord de coalition dont il aurait lui-même fixé et le périmètre et le casting.

La tradition républicaine voudrait qu’il charge la formation arrivée en tête de former un gouvernement, fut-il éphémère et ensuite défait – ou pas – par une motion de censure. Ce serait là la vie parlementaire. Mais pour cela, Emmanuel Macron, qui a tardé à reconnaître la défaite de son camp, devrait se résoudre à être un président en retrait du Parlement, ce qui n’est guère le caractère de celui qui ne veut pas voir détricotée sa politique, notamment économique.

Prenant l’exemple des Jeux olympiques dont le succès peut être attribué à la capacité de personnalités politiques opposées à travailler ensemble, Emmanuel Macron veut croire qu’une grande coalition républicaine allant des sociaux-démocrates à la droite LR est toujours possible. Las ! Pour l’heure, il s’agit d’un vœu pieux : chaque camp a bien proposé des pactes de gouvernement, avancé des priorités, assuré de sa volonté de dialoguer et de s’ouvrir, mais chacun est resté dans son couloir de nage, espérant être rejoint par les autres plutôt que de faire un pas vers eux. « On a parfois l’impression que les femmes et les hommes politiques ne veulent plus gouverner par peur des difficultés », a relevé fort justement Gérald Darmanin, pointant là tout le nœud du problème.

Non seulement la France n’a ni la culture du compromis ni celle des grandes coalitions comme en Allemagne, mais son agenda politique est écrasé par l’élection présidentielle dont tout découle. À deux ans et demi de la prochaine échéance, aucun camp ne semble ainsi vouloir risquer de s’abîmer dans un gouvernement qui devrait naviguer à vue avec une Assemblée si imprévisible, et cela afin de préserver ses « chances » pour 2027.

Les Français attendent mieux que ces petits calculs électoraux, et aimeraient sans doute que la classe politique se remémore les mots de Pierre Mendès-France : « La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire ; c’est un code moral. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 14 août 2024)

Un scandale à réparer

 
hopital

Il y a eu les prothèses mammaires, le Mediator et le Levothyrox sans oublier le chlordécone. Autant de scandales sanitaires, certes tous différents, mais qui ont marqué les Français et auxquels il va falloir en rajouter, hélas, un de plus : celui des implants vaginaux.

La promesse de ces implants, introduits dans les années 90, était pourtant formidable pour traiter des problèmes comme l’incontinence urinaire ou les descentes d’organes. Mais très vite des voix se sont élevées pour dénoncer des effets secondaires graves qui ont plongé des centaines de femmes dans d’insupportables souffrances entre douleurs chroniques, infections et même perforations d’organes. En 2017, une enquête menée par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) a mis en lumière la gravité de la situation. En France, il a fallu attendre 2018 pour que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) lance une campagne d’inspections. Des milliers de femmes ont depuis rejoint des actions collectives pour faire entendre leur voix et demander justice. Début juillet, 30 femmes ont déposé plainte pour faire avancer le dossier, obtenir une juste réparation pour les préjudices physiques et moraux subis, et espérer que des leçons soient tirées de ce nouveau scandale sanitaire.

La première d’entre elles devrait être de s’attaquer aux failles majeures dans le système de régulation des dispositifs médicaux. Contrairement aux médicaments, qui subissent des essais cliniques rigoureux, les implants médicaux ont souvent été approuvés sans tests approfondis et cette insuffisance réglementaire a permis la mise sur le marché de produits insuffisamment éprouvés. Aligner les standards pour les dispositifs médicaux sur ceux des médicaments, avec des études cliniques plus longues et plus strictes, paraît une évidence.

Il faut ensuite une meilleure transparence avec la publication obligatoire des résultats des essais, qu’ils soient positifs ou négatifs. Enfin, il faut un renforcement des contrôles après la commercialisation des dispositifs médicaux, avec un suivi systématique des patients après implantation pour détecter rapidement des effets indésirables. Les autorités sanitaires doivent être prêtes à retirer du marché tout produit présentant des risques avérés pour la santé publique. Mais tout cela suppose de donner des moyens pour réaliser ces contrôles et préserver les agents de toutes pressions, de tout lobby.

Enfin, ce scandale-là, comme d’autres, montre qu’il y a un terrible manque d’information des soignants et des patients. Les professionnels de santé, mieux formés, se doivent de fournir des explications claires et détaillées sur les bénéfices et les risques potentiels des traitements proposés et d’être davantage à l’écoute de leurs patients. Car au-delà des aspects réglementaires, la santé de ces derniers doit rester LA priorité face aux enjeux économiques et d’innovation.

Si le risque zéro n’existe pas, en repensant fortement l’encadrement des dispositifs médicaux, on réduira la survenue de nouveaux drames et on permettra de restaurer la confiance dans le système de santé. Dans une Assemblée nationale sans majorité absolue, nul doute qu’un tel projet trouverait les voix pour être adopté. On le doit à Sophie, Marion, Monique, Virginie et Sylvie qui témoignent dans nos colonnes comme à toutes les autres femmes victimes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 12 août 2024)

 

Rester attractif

 

vacances

On ne sait pas pour l’heure si les Jeux olympiques de Paris, qui s’achèvent dimanche avant de céder la place aux Jeux paralympiques, auront un effet sur la saison touristique 2024 au-delà de l’Île-de-France. Mais une chose est d’ores et déjà acquise : l’engouement qu’ils ont suscité depuis la spectaculaire et réussie cérémonie d’ouverture, la ferveur du public lors des compétitions installées au cœur de la capitale, les louanges adressées par une presse étrangère subjuguée et unanime, le bonheur simple et communicatif de ceux qui suivent les JO sur place ou à la télévision confortent, d’évidence, l’attractivité de la France dont les Français, parfois, doutent un peu à tort.

Les images des athlètes en plein effort, sublimés par le cadre majestueux du Grand Palais, du champ de Mars, des jardins du château de Versailles et même par les vagues de Tahiti ont constitué comme une campagne de promotion XXL de la destination France. Première destination touristique mondiale, la France va rester à coup sûr numéro 1. Les JO constituent ainsi clairement un investissement pour les années à venir.

Plus prosaïquement, il peut y avoir un petit effet déceptif pour certains professionnels du tourisme qui attendaient sans doute trop des JO, mais la saison n’est pas finie et ADN Tourisme et Atout France tablent d’ores et déjà sur un mois d’août qui va rattraper un début d’été jugé timide, avec de belles perspectives pour septembre partout en France et notamment en Occitanie. La fréquentation touristique dans notre région – entre Pyrénées et Méditerranée – pour l’été et plus largement pour le prochain trimestre, devrait s’inscrire dans la continuité du début d’année où près de 90 millions de nuitées touristiques ont déjà été enregistrées, assure le comité régional du Tourisme. L’attractivité de la France se joue aussi au-delà de la Capitale si bien mise en valeur par les JO et c’est tout l’enjeu pour les professionnels et les collectivités de pouvoir séduire et attirer sur l’ensemble du territoire la clientèle internationale – elle est bien présente – et la clientèle domestique.

Cette clientèle locale – c’est-à-dire tous les Français qui choisissent des vacances tricolores – est cette année en difficulté. Non seulement, les Français seront moins nombreux à partir en vacances qu’en 2023 (53 %, – 5 points), mais ils ont l’intention de moins dépenser (1 428 € en moyenne, soit 228 € de moins que l’été passé) pour faire face à une inflation toujours présente qui grève leur budget. Conséquence : moins de dépenses au restaurant, pour les activités, les visites ou pour le logement du séjour vont impacter le chiffre d’affaires des professionnels du tourisme.

Une situation qui montre que si la France est capable, avec ses infrastructures et sa notoriété, de proposer des vacances pour tout, elle doit aussi s’atteler à permettre des vacances pour tous en les rendant réellement accessibles et attractives pour tous les Français, et surtout les plus modestes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 8 août 2024)


Guerre d'usure

F16

La réception, ce dimanche en Ukraine dans un lieu tenu secret, des premiers avions de combats F-16 par Volodymyr Zelensky peut-elle constituer un point de bascule dans la guerre déclenchée par la Russie il a bientôt 900 jours ? Ou est-ce que ces avions réputés que le président ukrainien réclamait depuis des mois aux Occidentaux, arrivent-ils trop tard et en trop petit nombre pour pouvoir réellement redéfinir le rapport de force qui, pour l’heure, penche en faveur de la Russie ?

Il est encore trop tôt pour dire si ces appareils – qui vont être livrés très progressivement là où Zelensky assurait qu’il en faut 120 à 130 pour rivaliser dans le ciel avec les forces aériennes russes – seront le « game changer » qu’attendent des Ukrainiens épuisés.

En dépit de l’échec de la contre-offensive ukrainienne dans le sud du pays entre juin et octobre 2023 pour reprendre les territoires annexés par Moscou, le pays tient debout, coûte que coûte, vaille que vaille, avec cette résilience qui, depuis l’invasion russe, force le respect, mais aussi avec un courage et une ingéniosité qui ont permis à l’Ukraine de résister voire de marquer des points. Grâce à ses drones navals, l’Ukraine a ainsi infligé de lourds dégâts à la flotte russe au point de la contraindre à quitter sa base historique de Sébastopol.

Mais dans cette guerre d’attrition, les coups d’éclat comme la capacité à tenir autant que possible la ligne du front quand les hommes attendent la relève avec un manque criant de munitions, ne suffisent pas face à la supériorité numérique de la Russie. Petit à petit ces derniers mois, les soldats de Poutine ont engrangé des gains territoriaux près des territoires annexés, tandis que l’armée russe continue à lancer missiles et drones sur Kiev, sur Kharkiv et sur les infrastructures vitales de l’Ukraine, notamment le réseau électrique.

Dans cette troisième année de conflit, où pour l’instant ni Moscou, ni Kiev, ne sont en mesure de faire basculer le conflit de façon décisive, Volodymyr Zelensky a fait part de ses réflexions sur l’issue possible de la guerre dans un entretien à plusieurs médias. Le président ukrainien appelle une nouvelle fois les Occidentaux à honorer leurs promesses de livraisons d’armes et à l’autoriser à les utiliser pleinement contre l’ennemi. « Si, sur quatorze brigades, seules trois sont équipées, peut-on arrêter les Russes ? », interroge-t-il justement, tout en disant sa reconnaissance pour les milliards d’aide reçus, dont le niveau sera d’évidence amendé voire remis en question selon le résultat de l’élection présidentielle américaine.

Alors, après trente mois de confit et un premier sommet pour la paix en Suisse qui n’avait débouché sur rien en l’absence de la Russie, Zelensky évoque désormais des négociations et appelle la Chine à faire pression sur Moscou pour en ouvrir la voie d’ici le prochain sommet de novembre. En évoquant cette perspective de négociations, qui supposerait un cessez-le-feu, Zelensky marche sur un difficile chemin de crête : concéder une ouverture sur des sujets limités tout en préservant l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Mais Vladimir Poutine souhaite-t-il vraiment rouvrir la voie diplomatique et sortir d’une guerre d’usure ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 7 août 2024)

En marche

 

compostelle

 

Depuis douze siècles des pèlerins convergent vers Saint-Jacques-de-Compostelle qui, avec Jérusalem et Rome, est l’un des lieux des trois grands pèlerinages de la Chrétienté. Mais ceux qui marchent aujourd’hui sur les chemins de Compostelle ne le font pas seulement au nom de leur foi et n’arrivent pas forcément à la destination finale en Espagne. Les pèlerins du XXIe siècle ne font souvent qu’une partie seulement de l’itinéraire millénaire avec des motivations bien plus diverses. Passionnés de randonnée pédestre, amoureux des paysages ou des monuments qui jalonnent le parcours désormais bien balisé et en partie classé au patrimoine mondial de l’Unesco, certains cheminent seuls, en couple ou en groupe pour accomplir une promesse personnelle, honorer un proche, rencontrer d’autres pèlerins de toutes nationalités ou tout simplement pour se retrouver soi-même.

Car la marche est bonne pour le corps et l’esprit. « Les seules pensées valables viennent en marchant » écrivait Nietzsche. Les philosophes de l’Antiquité, Platon, Aristote, Socrate marchaient et la littérature regorge d’écrivains-marcheurs qui ont livré de passionnants récits. Comme Rimbaud, Aragon, Colette, ou plus récemment Michel Serres – qui disait « penser avec les pieds » – et Sylvain Tesson… « Ces heures de solitude et de méditation sont les seules de la journée où je sois pleinement moi et à moi sans diversion, sans obstacle », écrivait Jean-Jacques Rousseau dans son dernier livre, « Les Rêveries du promeneur solitaire ».

Dans nos sociétés de plus en plus individualistes, dures, ou les liens sociaux se perdent dans les applications des smartphones, cette quête de soi et/ou des autres explique dès lors l’incroyable popularité des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. En 2011, 183 000 pèlerins arrivaient à Saint-Jacques, ils étaient 446 000 l’année dernière. Une fréquentation qui a connu une accélération après la période de la pandémie de Covid. Un tel succès, que l’on doit aussi aux collectivités locales, associations, gîtes, professionnels de l’hôtellerie-restauration qui ont joué le jeu pour accompagner les milliers de pèlerins, inquiète toutefois certains.

On est évidemment loin des problématiques de surtourisme que rencontrent Barcelone, les Baléares, les Canaries ou Venise, mais pour pouvoir répondre à la demande, certains, au nom du business et du développement économique, ouvrent de nouvelles branches sur la carte des chemins de Compostelle, au risque de les dénaturer. L’inauguration récente d’un tronçon de 330 kilomètres entre Orcival (Puy-de-Dôme) et Rocamadour (Lot) pose ainsi question, car la légitimité historique de ce nouvel itinéraire est largement controversée. Au point que l’Agence française des chemins de Compostelle refuse de le reconnaître. Car concilier l’accueil dans de bonnes conditions de milliers de pèlerins et la préservation de l’identité historique des itinéraires est la clé pour que les chemins de Compostelle continuent à conserver leur authenticité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 5 août 2024)

 

Vaccin et vigilance

coqueluche

La résurgence de la coqueluche en France comme ailleurs en Europe a de quoi inquiéter. En France depuis le début de l’année, un total provisoire de 28 décès a été rapporté à Santé Publique France, dont 20 enfants (18 de moins de 1 an) et 8 adultes (de 51 à 86 ans mais dont la coqueluche n’était pas indiquée comme première cause de décès). La circulation de la bactérie Bordetella pertussis, principale cause de la coqueluche, est si importante que les autorités s’attendent à de nouveaux cas à venir dans les prochains mois. Car la coqueluche est extrêmement contagieuse, une personne contaminée pouvant transmettre la maladie à 15 autres en moyenne… Et si elle a longtemps été considérée comme une maladie de la petite enfance, elle peut être sévère à tous les âges, voire mortelle pour les nourrissons, non ou partiellement vaccinés, et les personnes à risque telles que les femmes enceintes et les personnes âgées.

Ce n’est pas la première fois que l’on est confronté à une résurgence de la coqueluche car cette maladie évolue par cycles de recrudescence tous les trois à cinq ans. Depuis 1997, six pics ont ainsi été répertoriés par Santé Publique France, le dernier en 2017-2018.

Une surveillance accrue et des mesures de prévention sont donc essentielles. Et parmi ces dernières, la vaccination est capitale. Les débats et polémiques sur la vaccination contre le Covid-19 ont-ils pu jouer un rôle dans le fait que la vaccination contre la coqueluche ne soit pas assez développée ? En tout cas, dans un contexte marqué par la reprise de nombreuses autres maladies infectieuses comme la rougeole, la vaccination des nourrissons, pourtant obligatoire, n’est pas systématique. La recommandation depuis avril 2022 aux femmes enceintes de se faire vacciner pour protéger les nouveau-nés et les jeunes nourrissons ou l’appel de la Haute Autorité de Santé (HAS) le 22 juillet aux personnes en contact proche avec un nouveau-né et/ou nourrisson de moins de 6 mois pour qu’elles reçoivent un rappel contre la coqueluche (si le dernier vaccin date de plus de 5 ans), ne sont pas assez suivis d’effet.

Face à la coqueluche qui, au niveau mondial, ferait 40 millions de cas et 300 000 décès par an, les autorités et les médecins doivent donc reprendre leur bâton de pèlerin pour expliquer la nécessité et le bienfait du vaccin. Au début de la pandémie de Covid-19, la France se distinguait par sa défiance contre les vaccins avant de faire volte-face au fur et à mesure de la progression de la maladie. Si le vaccin anti-Covid suscite toujours débats et réticences, une enquête publiée en avril à l’occasion de la semaine européenne de la vaccination, a montré que 83,7 % des Français interrogés en métropole se disaient favorables à la vaccination. Un pourcentage élevé mais qu’il faut encore améliorer.

Évidemment, comme pour le Covid, la vaccination contre la coqueluche n’empêche pas la transmission, d’autant qu’on peut être porteur asymptomatique même si on est vacciné. Il ne faut pas hésiter à se faire tester en cas de symptômes pour recevoir le traitement antibiotique adéquat et ensuite porter un masque. Pour la coqueluche comme pour le Covid, on voit que c’est la même culture de la vigilance qu’il nous faut apprendre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 2 août 2024)