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Éditos

Déni de réalité

 

cannabis

En jugeant illégale l’interdiction par la France de la commercialisation du cannabidiol (CBD) – soulignant que cette molécule présente dans le chanvre n’a "pas d’effet psychotrope ni d’effet nocif sur la santé humaine", qu’elle n’est donc pas un stupéfiant pour résumer – la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) va-t-elle enfin débloquer le débat autour du CBD en particulier et du cannabis en général dans notre pays qui s’entête dans ce qu’il faut bien appeler un déni de réalité ?

Car en l’occurrence, dès qu’on parle de cannabis, tout se mélange et tout se crispe. Pas une année, en effet, où le cannabis ne revienne sur le devant de la scène. Pas un semestre où ne s’affrontent les partisans de la dépénalisation ou ceux de la répression, à l’instar du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, promoteur de l’amende forfaitaire pour les consommateurs de cannabis, entrée en vigueur depuis le 1er septembre dernier sans que son efficacité n’ait depuis été démontrée. Pas une année ou le débat sur la légalisation du cannabis thérapeutique ou récréatif ne réapparaît. Et, depuis 2018, pas un mois sans que le CBD ne s’invite dans des discussions...

À chaque fois, médecins, politiques, magistrats, responsables associatifs se toisent et s’opposent par médias interposés, à coups de tribunes – le célèbre "appel du 18 joint" en 1976 – ou d’arguments de santé publique plus ou moins étayés.

Non seulement la législation française – l’une des plus répressives d’Europe – n’empêche en rien la consommation, ni, en corollaire, le développement de l’économie souterraine du trafic, mais la France semble passer à côté de vrais enjeux comme le cannabis thérapeutique ou récréatif.

Par son arrêt, la Cour de justice de l’Union européenne inflige donc un camouflet à notre pays qui a, d’évidence, fait montre d’une répression disproportionnée envers les gérants de boutiques et les consommateurs de CBD…

L’attitude de la France a été jusqu’à présent d’autant plus dommageable qu’elle a privé le pays de la possibilité de développer sereinement – et de façon très encadrée – une filière tricolore de production et de vente de CBD dans un contexte mondial en pleine expansion.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 30 novembre 2020)


"Maintenant il faut faire évoluer la législation au plus vite, il est incompréhensible qu’on s’arc-boute encore sur une réglementation qui repose seulement sur cette peur irrationnelle de tout ce qui peut concerner le cannabis", assure le député LREM de la Creuse, Jean-Baptiste Moreau, rapporteur de la mission sur le cannabis à l’Assemblée nationale. Le rapport qu’il va rendre en décembre sur le CBD, devrait faire bouger les lignes.

Savoir anticiper

 

covid

Alors que la France a entamé hier la première étape de son déconfinement progressif avec la réouverture des commerces, et que le pic de la deuxième vague a été franchi grâce aux efforts de tous, la perspective d’une troisième vague de l’épidémie de Covid-19 qui arriverait à la fin de l’hiver entache notre soulagement de cette fin d’année. Cette « impression d’un jour sans fin » – pour reprendre l’expression qu’Emmanuel Macron avait prononcée le 28 octobre lors de l’annonce du deuxième confinement – nous assaille à nouveau, d’autant plus que plusieurs pays dans le monde font déjà face à une troisième vague…

La probabilité que celle-ci déferle en Europe est dès lors forte. Elle avait – comme la deuxième vague d’ailleurs – été largement prévue par les scientifiques qui, au mois de mai, ont modélisé différents scénarios. Seule inconnue : quelle pourrait être l’intensité de cette vague, et sera-t-elle cette fois la dernière ?

Face à ce défi qui est devant nous, il convient de ne pas céder à la résignation car nous sommes désormais mieux préparés. Nous nous sommes habitués aux gestes barrières, les soignants ont appris à mieux gérer les malades, nous avons aussi été capables d’innover en recourant comme jamais aux outils numériques. Le monde d’après l’épidémie ne sera pas un retour au monde d’avant, chacun en est désormais persuadé. La Covid-19 nous montre aussi l’impérieuse nécessité de mieux se préparer aux épidémies qui pourraient à l’avenir se multiplier. Depuis plusieurs années, des scientifiques, des services de renseignements, des experts mettaient en garde contre de possibles épidémies virales de grande ampleur, préconisant toute une série de mesures, y compris en France. Mais le danger semblant lointain, ces plans de luttes n’ont sans doute pas été suffisamment pris en compte.

La Covid-19 aura permis une réelle prise de conscience, mondiale : d’une part que toute l’humanité est bien dans le même bateau et que face aux épidémies, il faut anticiper ensemble. Car là aussi, l’union fait la force…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 29 novembre 2020)

Question d’égalité

 

accent

Vous avez "un accent chantant", "rocailleux", "de troisième mi-temps de rugby", "à couper au couteau" ou "incompréhensible", etc. Tous les Français qui parlent avec un accent ont eu à subir un jour ou l’autre ce type de remarques. Certaines partent évidemment d’une bonne intention et sont dites sur le ton du compliment, mais d’autres sont bel et bien des moqueries lancées avec le mépris et la condescendance de ceux qui estiment bien parler le "vrai" français. Et quand ces appréciations barrent la route à un emploi ou imposent à celui qui a un accent de le gommer ou de l’oublier, on est clairement dans le cadre d’une discrimination. "L’une des dernières (micro) agressions racistes socialement admises" selon le député héraultais Christophe Euzet dont la proposition de loi "visant à promouvoir la France des accents" et donc à lutter contre leur discrimination – la glottophobie – est examinée aujourd’hui à l’Assemblée nationale.

D’aucuns s’offusquent que ce texte, profitant d’une niche parlementaire, arrive dans l’hémicycle en pleine épidémie de Covid-19. N’y a-t-il pas plus urgent à discuter ? D’autres estiment qu’avec la nomination à Matignon de Jean Castex, qui ne cache en rien son accent, le sujet est nul et non avenu. D’ailleurs, avant l’ancien maire de Prades, n’y a-t-il pas eu Charles Pasqua, Gaston Deferre ou plus loin Paul Ramadier ? Une loi contre la discrimination à l’accent serait même contre-productive, pire que le mal, s’offusquent certains qui craignent que Nicolas Canteloup ou Laurent Gerra ne puissent librement imiter un Jean Lassalle ou un Eric Ciotti.

Las ! Ceux qui s’agacent de la proposition de loi sont évidemment les partisans d’un statu quo, adeptes de la politique de l’autruche. Car le texte n’empêchera ni les compliments, ni les plaisanteries et encore moins les caricatures. En revanche, il posera des limites et donnera des armes à ceux qui subissent les moqueries comme un véritable harcèlement ou sont empêchés d’accéder à certains emplois. En ce sens, cette proposition de loi rappelle exactement la loi du 6 juin 2000 sur la parité : avant son adoption, rien n’empêchait des femmes d’accéder à des mandats électoraux et à des fonctions électives… mais tout était fait pour leur faire barrage.

Pour faire changer les mentalités et faire progresser la société vers davantage d’égalité en droits, il faut parfois en passer par la loi, qui punit les abus et rappelle à tous les citoyens que, quelles que soient leurs origines ou leur accent, aucun n’est supérieur à l’autre, mais tous sont égaux aux yeux de la République.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 26 novembre 2020)

Les batailles du Président

 

Macron

En prenant à nouveau la parole pour une allocution solennelle devant les Français, Emmanuel Macron est monté au front hier avec un triple objectif : apporter de la clarté, de la cohérence, et fixer un cap pour les semaines et mois à venir. Autrement dit, trois choses qui ont semblé manquer à l’exécutif ces dernières semaines, secoué qu’il a été par des polémiques à répétition – sur les librairies ou Amazon en particulier – que le Premier ministre a rarement été en mesure de contrecarrer. En montant hier en première ligne pour esquisser les perspectives de ce deuxième confinement, Emmanuel Macron entendait donc reprendre la main et le contrôle de la situation avec une règle d’airain : ne surtout pas refaire les mêmes erreurs qu’il y a six mois. Pas question ainsi de prononcer le terme « déconfinement », propice à tous les relâchements dans les comportements qui nous mèneraient à une 3e vague redoutée – et même annoncée par l’OMS… Hier, il s’agissait d’alléger les mesures contraignantes, de desserrer l’étau très progressivement à quelques semaines des fêtes de Noël, quitte à susciter du ressentiment chez ceux – restaurateurs en tête – qui vont rester encore enferrés dans des contraintes sanitaires très éprouvantes.

Pour Emmanuel Macron, qui a voulu se montrer terre à terre et éloigné du lyrisme qu’il affectionne, la tâche est d’autant plus rude qu’il lui faut mener trois batailles.

La première, c’est évidemment celle de l’opinion, de l’adhésion des Français, gagnés par la lassitude. La sidération du premier confinement avait permis à l’exécutif de mettre en œuvre des mesures restrictives fortes, totalement inédites pour notre démocratie mais bien acceptées. Pour ce deuxième confinement, la donne a changé, les Français sont fatigués de cette épidémie qui va perturber les retrouvailles de Noël. L’acceptabilité des contraintes est donc capitale pour l’exécutif, faute de quoi la colère qui sourd va s’amplifier. L’unanimité du printemps, déjà fragile, n’existe plus. La contestation gagne du terrain, les oppositions n’hésitent plus à critiquer, les tribunes défendant des intérêts catégoriels se multiplient.

La deuxième bataille est bien sûr sanitaire : retrouver la maîtrise de la progression de l’épidémie en améliorant le traçage des cas Covid – un point faible – et se préparer à l’arrivée des vaccins. Ce défi sera d’autant plus difficile pour l’exécutif que la France est le pays où la défiance envers les vaccins est la plus importante. Ce qui aurait pu être la phase la plus réjouissante pour en finir avec l’épidémie s’annonce déjà comme un chemin semé d’embûches.

Enfin, la troisième bataille sera celle de la réponse à la crise économique. Perfusée par le plan de relance, l’économie française semble résister, mais les perspectives en termes de faillites font froid dans le dos.

Ces trois batailles sont d’autant plus importantes qu’elles vont constituer un marqueur fort de l’année 2021. Autant dire qu’à un an de la présidentielle, mieux vaut n’en perdre aucune. Hier, Emmanuel Macron a montré qu’il voulait se donner les moyens pour les remporter et inventer « un nouvel avenir français » qui sonne comme un futur programme…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 novembre 2020)

Des raisons d’espérer

 

ski

De la neige qui se fait de plus en plus rare à basse altitude en raison du réchauffement climatique, une épidémie de coronavirus qui met en péril une fréquentation parfois fragile ces dernières années en ajoutant une crainte sanitaire de contamination, et un deuxième confinement qui – pour l’heure – ne permet pas de dire si une ouverture à Noël sera possible : la saison 2020-2021 pourrait s’annoncer comme l’annus horribilis pour les 350 stations de ski françaises. Des stations qui, malgré tout, avec la détermination et la volonté des gens de montagne, veulent trouver des raisons d’espérer.

Pour sauver la saison, les stations ont d’ores et déjà mis sur pied un protocole sanitaire strict. Concocté par l’association France Montagne, qui regroupe les principaux acteurs du tourisme de montagne, il permettra de gérer le masque et les gestes barrière. La numérisation des billetteries et des pass s’est aussi accélérée. Et pour encourager les réservations, les offices du tourisme ont passé des accords avec les hébergeurs pour obtenir des conditions d’annulation simplifiées.

Dès lors, tous les professionnels croisent les doigts pour que les Français, dont beaucoup ont découvert les stations cet été pendant le déconfinement, soient au rendez-vous cet hiver. Un premier sondage Opinionway, publié la semaine dernière, leur a mis du baume au cœur : 10 % des Français envisagent de partir au ski cette saison (un chiffre similaire à celui de l’an passé), 93 % choisiront la France et 84 % veulent partir aux vacances d’hiver ou avant.

Un bon signal donc, qui ne fera pas oublier les défis qui attendent les stations, en termes de diversification des activités, d’assainissement de leurs finances et de leur implication plus approfondie dans l’économie locale de montagne. Mais d’ici-là, tout le monde n’espère qu’une chose qui fera du bien à l’économie et au moral : pouvoir démarrer la saison tout schuss.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 24 novembre 2020)

Art de vivre en péril

 

restaurant

Prendre un expresso au comptoir d’un café de quartier pour bien commencer la journée, se retrouver pour un déjeuner de travail dans une brasserie, célébrer des retrouvailles entre copains dans un bar à vin à l’heure de l’apéritif, dîner en amoureux dans un petit restaurant de charme tout juste ouvert : s’il est bien quelque chose de notre vie sociale que l’épidémie de coronavirus et les confinements censés freiner sa progression, nous a ôté, ce sont bien tous ces petits moments qui rythmaient la vie de millions de Français, toutes générations confondues. Des petits moments auxquels on ne faisait presque plus attention tant ils étaient ancrés banalement dans notre quotidien. Des petits moments qui, aujourd’hui, nous manquent terriblement et qui nous font toucher du doigt, très concrètement, combien ils participent profondément de notre mode de vie, de cet art de vivre à la française, qui combine savamment gastronomie et convivialité. Retrouverons-nous bientôt ces petits moments ? Et surtout retrouverons-nous bientôt ceux qui permettent qu’ils se produisent, c’est-à-dire tous les professionnels de la restauration ?

Malheureusement, beaucoup d’entre eux, déjà durement affectés par la fermeture de leur établissement durant le confinement du printemps, puis handicapés par les horaires du couvre-feu, ne parviendront pas à se relever de ce deuxième confinement. Certains ont déjà anticipé cette échéance, mettant la clé sous la porte après une vie de labeur ou seulement quelques mois d’ouverture de ce qui était leur rêve. La détresse de tous ces professionnels s’est matérialisée il y a quelques jours par une spectaculaire mise en scène place du Capitole à Toulouse.

Certes les aides du gouvernement ont été déclenchées puis élargies, les emprunts garantis par l’Etat, les reports de charges ont bien été actés, mais en dépit de montants conséquents et de dispositifs innovants opérés par l’Etat ou les régions, elles ne pourront compenser la perte des chiffres d’affaires. Les restaurateurs vivent d’autant plus douloureusement la situation de péril de leurs établissements que depuis mars, chacun s’est démultiplié pour mettre en place un contraignant protocole sanitaire, qui a nécessité des investissements à chaque nouveau tour de vis sanitaire. Beaucoup de restaurateurs ont tout fait pour maintenir leur activité avec la livraison de repas, le click & collect, mais malgré le soutien des Français, cela n’a pas compensé les pertes.

Alors quand certains évoquent une fermeture des restaurants jusqu’à mi-janvier, le désarroi laisse place au désespoir et à la colère car les restaurants jouent leur survie. Emmanuel Macron, qui a souvent loué "l’art d’être Français", peut-il ne pas entendre les restaurateurs ? Réponse mardi soir à 20 heures.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 21 novembre 2020)

Les défis du vaccin

 

vaccine

L’arrivée tant espérée d’un vaccin contre la Covid-19 se concrétise enfin, moins d’un an après les débuts de la pandémie de Covid-19, un exploit car il faut habituellement plusieurs années pour arriver à de tels résultats. Ces derniers jours, les annonces de laboratoires américains, allemands et russes ont ainsi redonné un peu d’optimisme dans beaucoup de pays confrontés à une sévère deuxième vague. Mais cette bonne nouvelle débouche sur d’immenses défis, sanitaires, politiques et sociétaux.

Défi sanitaire d’abord car il reste encore des étapes avant la mise sur le marché de ces vaccins. Une fois les autorisations obtenues, c’est une logistique complexe qui doit se mettre en place pour produire, conditionner, acheminer des centaines de millions de doses dans le monde. Un calendrier de vaccination doit également être établi pour savoir qui doit être prioritaire : personnes à risques, soignants, salariés de la "première ligne" ? La question des effets secondaires est également sur la table, particulièrement pour les nouveaux vaccins à ARN messager, tout comme la durée de protection qu’offrent ces différents vaccins. La communauté scientifique va donc rester fortement mobilisée dans les mois et années à venir.

Défi politique ensuite. Pour tous les gouvernements qui ont été contraints de prendre des mesures de restrictions très coûteuses économiquement et des confinements totalement inédits en démocratie, l’arrivée des vaccins permet enfin d’envisager le monde d’après et la sortie de crise. À condition de sécuriser les approvisionnements de doses de vaccins – ce sera fait au niveau européen – et d’organiser une vaste campagne de vaccination qui va se heurter au troisième défi.

Le défi sociétal va être, en effet, particulièrement délicat en France tant la méfiance de l’opinion à l’égard des vaccins et la perte de confiance dans l’Etat et les institutions quant à la gestion de l’épidémie est forte. La France, patrie de Pasteur, est devenue aujourd’hui le pays où l’on doute le plus de l’efficacité des vaccins. Portée par des groupes "anti-vax" très actifs sur les réseaux sociaux, relayée par des parlementaires sur fond de théories complotistes, la parole anti-vaccins a gagné l’opinion de façon inquiétante. Face à ce mur de défiance, le gouvernement peut choisir de passer en force et rendre obligatoire la vaccination contre la Covid-19 ou entamer – alors que le temps presse – une course de fond contre les fake news pour répondre en toute transparence aux interrogations légitimes et convaincre du bien-fondé des vaccins, qui – on l’oublie trop souvent – sont venus à bout de tant de pandémies.

(Editorial publié dans La Dépêche du vendredi 20 novembre 2020)

Défiances

 

5G

Sans tambour ni trompettes, la téléphonie mobile 5G va être officiellement lancée d’ici la fin de semaine. Un lancement très progressif qui prendra plusieurs mois, le temps d’installer ou mettre à jour les antennes, de déployer les offres commerciales pour les particuliers et les entreprises et de commencer à découvrir la richesse des usages que permettent des débits impressionnants de vitesse qui seront utiles pour l’industrie, les transports, la santé, etc. Si la 5G est lancée en catimini, ce n’est pas seulement parce que les mesures sanitaires du confinement fixent d’autres priorités, c’est aussi parce que le dossier 5G est – comme celui du compteur Linky – miné par des polémiques sans fin et une défiance généralisée.

Défiance en premier lieu d’une partie la population à l’égard de cette nouvelle technologie, et d’élus locaux sur la nocivité pour la santé humaine des ondes électromagnétiques émises. Invoquant le principe de précaution, plusieurs maires écologistes et de gauche réclament un moratoire en attendant la remise en mars 2021 d’un rapport de l’Anses sur l’impact sanitaire de la 5G. Moratoire réclamé également par la Convention citoyenne sur le climat qui en a fait l’une de ses 150 propositions.

Mais défiance aussi des partisans de la 5G, au premier rang desquels Emmanuel Macron, face aux opposants… Lorsque le chef de l’Etat lance qu’il refuse le « retour à la lampe à huile » et que qu’il ne croit pas que « le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine », il récuse de fait que des avancées technologiques et scientifiques soient soumises à la critique, pourtant légitime dans une démocratie. En l’absence, non pas d’un terrain d’entente, mais d’un cadre de discussions apaisées, la 5G est devenue le théâtre d’affrontements où l’on voit se développer les théories conspirationnistes les plus folles – dont certaines ont fait un lien entre la 5G et l’épidémie du coronavirus – mais aussi des actes de sabotage sur fond de revendications anticapitalistes…

Cette polarisation autour de la science et des nouvelles technologies n’est ni nouvelle ni spécifique à la France et se retrouve sur d’autres domaines comme les vaccins. Mais il devient urgent de retrouver le sens de la nuance, du compromis, de l’intérêt général autour de faits avérés si l’on ne veut pas se retrouver enfermés dans des bulles et isolés sur la scène internationale.

(Editorial publié dans La Dépêche du jeudi 19 novembre 2020)

L’horreur et la dignité

 

daval

L’une des affaires criminelles qui ont le plus passionné et bouleversé les Français ces dernières années est appelée aujourd’hui à la barre de la cour d’assises de Vesoul : l’affaire Daval, du nom d’Alexia Daval, cette jeune femme de 29 ans dont le corps avait été retrouvé calciné le 30 octobre 2017 à Gray, en Haute-Saône. Si les Français se sont à ce point intéressés à cette affaire, c’est d’abord parce qu’ils se sont reconnus dans la jeune conseillère bancaire, qui, comme des milliers de femmes, s’adonnait simplement et paisiblement à sa passion du jogging avant de croiser l’horreur.

Le retentissement de son meurtre s’explique aussi par la cruauté hors norme qu’il recelait mais également parce que chaque Français a sincèrement partagé le chagrin incommensurable des proches : celui des parents de la jeune femme, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, et celui de son mari Jonathann. Ravagé par le chagrin lors de la marche blanche ou de la conférence de presse et toujours soutenu par ses beaux-parents, cet homme d’apparence timide avait ému la France entière. 

Mais les larmes étaient un leurre et les aveux de Jonathann ont déclenché un vif sentiment de trahison dans l’opinion. Une opinion qui a suivi ensuite les multiples rebondissements d’une affaire qui, aujourd’hui, recèle encore des zones d’ombre que la justice devra lever en entrant dans l’intimité d’un couple pour tenter de percer la personnalité de Jonathann Daval. Dans cette affaire où les coups de théâtre se sont multipliés, entre rétractations de Jonathann Daval, accusations contre sa belle famille et accumulations de versions différentes, une constante : la dignité des parents d’Alexia. 

Aujourd’hui, face à l’horreur d’un crime, elle force le respect et appelle de la part de la justice une réponse à sa hauteur.

(Editorial publié dans La Dépêche du lundi 16 novembre 2020)

Du côté de chez Joe

 

elysee

Est-ce bien raisonnable de penser à l’élection présidentielle de 2022 dix-sept mois avant le premier tour de scrutin ? En pleine crise sanitaire due à l’épidémie de Covid-19 dont nous affrontons une rude deuxième vague ; aux prémices d’une crise socio-économique majeure, sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui va laisser des centaines d’entreprises et de salariés sur le carreau ; face, enfin, à une menace terroriste qui n’a jamais été aussi forte et difficilement saisissable, peut-on déjà s’engager dans la course à l’Elysée ? Si les Français ont d’autres préoccupations en tête ou affichent déjà clairement leur volonté de s’abstenir, les candidats, déclarés ou putatifs, se bousculent dans chaque camp.

À leur décharge, force est de constater que depuis l’instauration du quinquennat et d’élections législatives organisées dans la foulée de la présidentielle, tout procède et découle de l’élection suprême. Si l’on ajoute à ce calendrier resserré l’accélération de la vie politique sous la pression des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu, la formule de François Mitterrand, "donner du temps au temps", paraît quasiment inapplicable.

À dix-sept mois de l’élection de 2022, et alors que depuis le séisme de 2017, le paysage politique a relativement peu changé, certains rêvent de refaire le coup de maître d’Emmanuel Macron, et décident pour cela de partir très tôt quand d’autres – Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon – trépignent de jouer le "match retour" face à un président de la République qui résiste bien mieux que ses prédécesseurs alors qu’il affronte une multiplicité de crises rarement vue.

En attendant que la campagne prenne véritablement corps, tous les acteurs ont attentivement regardé ce qui s’est passé aux Etats-Unis. Partant du principe que ce qui arrive outre-Atlantique finit souvent par se produire en Europe, les états-majors politiques de tous bords sont allés piocher ces derniers jours des leçons dans l’élection de Joe Biden. L’impact crucial de la gestion de la crise sanitaire sur les votes, la défiance vis-à-vis de la classe politique et des institutions démocratiques, le poids du populisme et de mouvements antisystème, la polarisation extrême des débats minés par des théories du complot et des fake news, le creusement des inégalités mais aussi le regain de participation à un scrutin facilité par le vote par correspondance. La France n’est évidemment pas les Etats-Unis, mais beaucoup des ressorts de l’élection américaine pourraient bien se retrouver sous une forme ou une autre en France en 2022. Réponse dans dix-sept mois…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 15 novembre 2020)

Success story

cinema

Première région européenne pour l’aviation civile, première pour le vin, deuxième pour l’agriculture : les classements dans lesquels l’Occitanie brille sont connus. On peut désormais ajouter une nouvelle corde à son arc des compétences : celui des tournages pour le cinéma ou la télévision. Certes, la région, lorsqu’elle était scindée en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, a toujours su attirer acteurs et réalisateurs. Du Vieux fusil de Robert Enrico tourné en Tarn-et-Garonne au Bonheur est dans le pré d’Etienne Chatiliez dans le Gers, de Pépé le Moko de Julien Duvivier tourné à Sète au Miraculé de Jean-Pierre Mocky réalisé à Lourdes, sans oublier Ma saison préférée d’André Téchiné ou Farrebique et Biquefarre de Georges Rouquier en Aveyron, ce ne sont pas les films qui manquent au palmarès de la région. Mais ces dernières années, l’on assiste à un véritable décollage : les jours de tournage sont passés de 465 en 2015 à 2 227 en 2019 !

Les paysages si variés d’Occitanie, entre mer et montagne, y sont bien sûr pour quelque chose puisqu’ils offrent une palette extraordinairement large de décors et d’ambiances pour les réalisateurs. Mais cet engouement s’explique aussi par deux choses : l’envolée des séries télé, vrai phénomène de société, et la capacité de la région à bien s’organiser pour accueillir toutes les équipes de tournages et structurer une vraie filière. La conjonction des deux fait que l’Occitanie vient de dépasser la région PACA et se trouve en 2e positon derrière l’Île-de-France pour l’accueil des films.

La création l’an passé d’Occitanie Films, l’agence de la Région pour valoriser la filière du cinéma et favoriser les tournages, permet ainsi de conforter une activité dont les retombées économiques sont de plus en plus importantes. Enfin, au-delà des longs-métrages qui s’épanouissent en Occitanie, les séries et feuilletons – Candice Renoir, Demain nous appartient et depuis quelques jours Ici tout commence – assurent le succès de l’Occitanie tant auprès des équipes que des téléspectateurs. Une vraie success story.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 11 novembre 2020)

Un espoir pour l'humanité

 

vaccin

Alors que le monde affronte la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, alors que de nombreux pays, dont la France, ont été contraints de se reconfiner pour freiner la circulation du coronavirus, alors que les conséquences socio-économiques de la crise sanitaire se font de plus en plus ressentir sur les populations et les commerces, une bonne nouvelle est survenue hier, comme une petite lumière éclairant les ténèbres. Le groupe pharmaceutique américain Pfizer a annoncé que son candidat-vaccin était efficace « à 90 % » contre le Covid-19. Certes il s’agit de rester prudent, on est encore loin de la commercialisation d’un vaccin à grande échelle, mais cette annonce redonne espoir et apporte aussi un certain nombre d’enseignements pour l’humanité qui connaît depuis bientôt un an l’une des pandémies les plus violentes de l’ère moderne.

En premier lieu, il faut saluer l’exploit de voir un tel résultat arriver si vite, en quelques mois seulement, là où il faut habituellement des années. Face au coronavirus, une collaboration mondiale s’est très tôt mise en place. Loin des velléités diplomatiques, géopolitiques ou économiques – elles existent évidemment, trouver le vaccin le premier est un enjeu pour plusieurs pays – les scientifiques du monde entier ont partagé leurs données, leurs connaissances, montrant, s’il en était besoin, que c’est bien la coopération internationale, l’alliance de tous les pays, le multilatéralisme qu’ont en horreur les populistes, qui permettent de faire avancer la recherche. Le hasard aura voulu que l’annonce de Pfizer tombe le jour où le nouveau président américain Joe Biden crée une cellule nationale anti-Covid aux Etats-Unis et affiche sa foi en la science, là où Donald Trump a fait tout l’inverse. La science compte, les faits comptent.

Second enseignement sur le profil de ceux qui ont réalisé cet exploit : les laboratoires Pfizer se sont associés à la jeune start-up allemande BioNTech, fondée en 2008 par des cliniciens et des scientifiques qui travaillent sur des médicaments personnalisés faisant appel à la technique de l’ARNm. La course mondiale au vaccin contre le Covid-19 a mis en selle de telles collaborations entre des mastodontes du médicament et de jeunes biotech très agiles. Cette façon de travailler paraît très prometteuse.

Cet espoir d’un vaccin pour Noël appelle aussi deux défis pour l’humanité : surmonter la défiance des anti-vaccins, dont le nombre croît partout et notamment en France, et surtout faire en sorte que ce vaccin soit disponible rapidement et équitablement pour tous. 

Face à une pandémie mondiale, un vaccin devrait-il être un bien commun universel plutôt qu’un brevet rémunérateur ? Sans doute, à condition de trouver les mécanismes pour financer la recherche et rétribuer ceux qui trouvent. La France est sur cette position et porte l’idée d’un « bien public mondial », fidèle à l’idée de Louis Pasteur, selon qui « la science n’a pas de patrie ».

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 10 novembre 2020)

Ne rien céder

daech

 

L’attaque de journalistes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas Appert à Paris, la décapitation du professeur Samuel Paty à Conflans-Saint-Honorine, l’assassinat de fidèles à la basilique Notre-Dame de Nice. Trois attaques terribles en quelques semaines qui ont bouleversé et endeuillé la France. Trois points communs aussi : des attentats perpétrés par des terroristes jeunes, quasi-inconnus des services de police et de renseignements, et usant de simples couteaux ou d’armes à feu classiques. Si les enquêtes et la justice devront déterminer les cheminements de ces terroristes, ces trois affaires montrent toute la difficulté de la lutte antiterroriste. On n’est plus dans des attaques complexes, planifiées de longue date, avec de multiples acteurs et une foule de complices, comme celles de Charlie Hebdo ou du Bataclan.

Aujourd’hui, la France – comme nombre de pays européens – doit faire face à ce terrorisme " low cost" que Daech a toujours su encourager. L’État islamique a perdu son territoire au Moyen-Orient mais a hélas conservé son influence sur internet à partir de laquelle il a appelé les musulmans à s’en prendre aux "mécréants" par tous les moyens qu’ils auraient sous la main, couteau, marteau, voiture. Face aux menaces qui viennent de l’extérieur, les renseignements ont fait d’énormes progrès pour comprendre les réseaux et les mécanismes des organisations terroristes que l’on combat aussi dans la Bande sahélo-saharienne avec l’opération Barkhane. Face aux menaces qui viennent de l’intérieur, c’est-à-dire ces jeunes qui se radicalisent seuls sur internet, la tâche est immensément plus complexe, même si derrière les écrans il y a toujours des incitateurs… Complexe mais pas impossible.

Ce lundi, Emmanuel Macron – dont la lutte contre le terrorisme est sans doute le plus important défi de la fin de son quinquennat – rencontre en visioconférence le chancelier Kurz, quelques jours après une attaque terroriste meurtrière à Vienne. Les deux dirigeants évoqueront évidemment la nécessaire coopération européenne qui doit être de mise pour lutter contre le fléau du terrorisme. Car si la France est le pays le plus frappé par les jihadistes, ceux-ci s’en prennent à toutes les démocraties européennes dont ils haïssent les libertés et le mode de vie. Lors du procès des attentats de Charlie Hebdo, une ancienne épouse "revenante" d’un cadre de Daech, aujourd’hui repentie, avait lâché au terme de son audition. "Ne lâchez pas. Vous représentez la liberté et c’est ce qu’ils détestent le plus". Et c’est bien pour la liberté que nous ne devons rien céder en restant unis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 9 novembre 2020)


    

Le président normal

 

biden

« Make America normal again. » Rendre l’Amérique normale à nouveau. Tel était le slogan affiché durant la campagne sur les casquettes et les pancartes des partisans de Joe Biden, parodiant là le slogan de 2016 de Donald Trump, « Make America great again ». Une Amérique normale, c’est bien l’ambition que porte Joe Biden, désormais élu 46e président des Etats-Unis, au terme d’un incroyable sprint final qui a donné des sueurs froides au camp démocrate. Une Amérique normale avec un président normal, pourrions-nous ajouter. Car après quatre années de présidence Trump, de bruit et de fureur, de tweets rageurs en majuscules et de décisions politiques erratiques rythmées par les insultes, les fake news et les revirements, l’Amérique va retrouver avec Joe Biden un fonctionnement plus conforme à ce qu’on attend d’elle : le respect de l’Etat de droit, d’abord, et des règles démocratiques posées il y a presque deux siècles et demi par les pères fondateurs des Etats-Unis, le respect des adversaires qui ne sauraient être des ennemis, le respect des partenaires dans le monde et aussi, disons-le, le respect des faits qui ne seront plus « alternatifs » comme les inventait Trump.

La tâche – menée avec Kamala Harris, qui entre dans l’Histoire comme première femme vice-présidente – est aussi simple à écrire que complexe à réaliser car Joe Biden hérite d’un pays plus divisé que jamais, où républicains et démocrates ne semblent d’accord sur rien. Surtout, Joe Biden va devoir composer avec un Sénat à la main des républicains qui pourraient être revanchards et tentés par l’obstruction. Les nominations de ses ministres, la mise en œuvre de son programme minutieusement concocté avec l’aile gauche du parti démocrate seront difficiles et parfois impossibles à mener à terme. Fort de sa très longue expérience de sénateur et de sa connaissance des arcanes de Washington, Joe Biden cherchera le consensus, le rassemblement, comme il l’a déjà promis hier soir – « Je serai le président de tous les Américains » – devenant un président de transition.Le temps d’un unique mandat, peut-être ; le temps de panser un pays déchiré.

Mais après quatre ans de trumpisme, il serait vain de croire, particulièrement pour les Européens dont la majorité affichait une préférence pour Biden, que nous retrouverions l’Amérique amie et protectrice d’Obama et qu’une nouvelle ère s’ouvrirait entre partenaires, d’égal à égal. Le pays a trop changé, et si les Etats-Unis reviendront dans les instances internationales désertées par Trump, ils auront comme toujours leur propre agenda, notamment face à la Chine ; un agenda où le projet d’« autonomie stratégique » de l’Europe pèse peu. Biden défendra bel et bien les intérêts des Etats-Unis. Pendant la campagne, il avait livré sa vision de la politique étrangère dans un article intitulé : « Pourquoi l’Amérique doit diriger à nouveau »…  Les Européens – s’ils sont soulagés de voir Biden ouvrir une nouvelle ère – ne doivent pas l’oublier et rester lucides.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 8 novembre 2020)

Devoir d'humanité

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Opération Triron en 2015 - Photo Irish Defence Forces

 

Qu’ils viennent du Moyen-Orient ou d’Asie avec la ferme intention de tout faire pour traverser la Manche et rejoindre l’Angleterre qu’ils pensent être un eldorado, ou qu’ils viennent d’Afrique subsaharienne et notamment de Guinée avec le rêve de rester en France, les mineurs qui fuient la guerre ou la misère constituent peut-être le chapitre le plus douloureux et le plus dramatique du dossier des migrants sur lequel l’Union européenne – et donc la France – ne parvient pas à apporter une réponse à la fois coordonnée, juste et conforme aux valeurs de l’Europe.

Ces enfants et adolescents qui prennent seuls la route de l’exil vers l’Europe sont évidement particulièrement vulnérables. Une étude récente de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a montré qu’une écrasante majorité d’entre eux a été victime de violences sur la route de la Méditerranée centrale ; le verrouillage des frontières les poussant par ailleurs à emprunter des chemins de plus en plus dangereux. Une fois en Europe, leur parcours du combattant n’est pas terminé. "Les procédures de détermination d’âge, les conditions d’accueil, les formalités auxquelles ils sont confrontés et le traitement de leur dossier varient d’un État membre à un autre, sans que l’on y retrouve véritablement le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, pourtant garanti par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et inscrit dans la Charte des Droits Fondamentaux (article 24), qui devrait systématiquement primer sur son origine étrangère", déplore l’association européenne pour la défense des droits de l’Homme.

En France, ces "mineurs non accompagnés", (MNA) selon la froide terminologie administrative, sont pris en charge par les Départements, dont dépend l’aide sociale à l’enfance. Mais devant leur nombre, les Départements – qui continuent à faire un travail remarquable, il est bon de le rappeler – tirent la sonnette d’alarme depuis quatre ans pour que l’Etat honore ses engagements financiers afin de permettre un accueil digne. Emmanuel Macron avait promis à l’Assemblée des départements de France (ADF) que l’Etat prendrait en charge 100 % des coûts liés à l’accueil de ces jeunes, on en est loin. Cette prise en charge insuffisante amène à ce qu’une partie de ces mineurs constituent des proies pour les réseaux criminels ou tombent dans la petite délinquance.

Face à ce phénomène qui dure depuis plusieurs années, il est temps que la France et l’Europe trouvent une solution pour ne pas abandonner ces mineurs à leur sort. Il y a là, au-delà de toute considération politique et juridique, un devoir d’humanité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 7 novembre 2020)

Un combat pour la liberté

 

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Photo Pierre Challier*

Nos valeurs républicaines, la liberté d’expression et de pensée face aux dogmes religieux et à tous les obscurantismes, notre façon de vivre, de nous divertir : voilà tout ce que détestent les terroristes qui ciblent la France et l’Europe, et voilà tout ce que nous défendons sans rien céder. Si ce combat contre le terrorisme islamiste s’exprime partout en France, il doit aussi être mené hors de nos frontières, au loin, là où sont conçus les attentats et entraînés ceux qui veulent les perpétrer sur notre sol.

Depuis 2013, dans cette immense zone sahélo-saharienne, nos soldats tentent d’éradiquer le poison jihadiste qui infuse dans des populations souvent désespérées et qui impulse là-bas les attentats qui se commettent ici, en France comme en Europe. Ce combat-là pour briser les cellules jihadistes d’Al Qaïda, de BokoHaram ou d’autres entités franchises de Daech qui constituent les bases arrière des terroristes est un combat de longue haleine, un combat dangereux. La mission de ces militaires parfois très jeunes s’exerce au péril de leur vie, et, depuis sept ans, quelque cinquante soldats, dont certains issus des régiments d’Occitanie, sont morts en opération au Mali et au Sahel.

Tchad, Liban Balkans, Irak, Syrie, Centrafrique, Sahel, etc. : les théâtres d’opérations extérieures (Opex) ont été nombreux – 106 opérations menées à l’extérieur des frontières nationales depuis 1995 – et meurtriers. Depuis 1963 on compte 765 militaires tués dans ces Opex. Dès lors, au-delà de toute polémique sur des "ingérences" que croient déceler certains dans ces opérations, il est démocratiquement légitime de s’interroger sur leur pertinence, leur efficacité, leur coût financier et humain, leur sens.

Si 5 100 militaires sont positionnés aujourd’hui sur la bande sahélo-saharienne, c’est d’abord pour aider les Etats amis qui la composent à faire face aux menaces déstabilisatrices des groupes terroristes islamistes ; et c’est dans un cadre international, sous mandat de l’ONU, que Barkhane opère, protégeant les populations locales des attentats et empêchant ceux qui les commettent d’en préparer ailleurs en Europe. Notre sécurité dépend donc aussi de la stabilité de ces régions. Si la France est en première ligne, c’est parce qu’elle a l’expérience des conflits asymétriques mais aussi parce qu’elle est le seul pays d’Europe à pouvoir agir au nom de l’Union, faute d’avoir une réelle défense européenne, et à porter les valeurs européennes.

Alors que les forces françaises ont "neutralisé" plus de 50 jihadistes dans le centre du Mali lors d’une vaste opération, la ministre de la Défense Florece Parly a assuré que la France n’avait pas vocation à rester éternellement dans la région. Mais quand partir sans risquer la déstabilisation de la région alors que la menace est toujours là ? Personne pour l’heure n’a la réponse et en attendant, le combat continue. Un combat pour la liberté.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 6 novembre 2020)

* Le reportage de Pierre Challier à lire sur La Dépêche

Menace sur la démocratie


Trump

« Ne sous-estimez jamais un homme qui se surestime », disait Roosevelt. Au vu des résultats – partiels – de l’élection présidentielle américaine qui s’est déroulée mardi et qui est loin d’être terminée, on mesure combien le lointain prédécesseur de l’imprévisible Donald Trump avait raison. Car le scénario qui est en train de s’écrire pour les Etats-Unis est le pire de ceux qui avaient été imaginés : un chaos électoral qui pourrait menacer la démocratie elle-même.

En premier lieu, il convient de remarquer la robustesse de Donald Trump, le Président sortant ayant déjoué tous les pronostics. Joe Biden devait devancer de 9 points son rival selon les instituts de sondage ? Les scores entre les deux candidats sont beaucoup plus resserrés que prévu et les sondeurs se retrouvent dans la même délicate position qu’en 2016, quand ils donnaient Hillary Clinton largement gagnante. Les Etats-clés – les fameux swing states – devaient revenir pour l’essentiel dans le camp démocrate ? Rien n’est moins sûr et l’emblématique Floride reste acquise à Trump. Le vote des latinos devait mécaniquement aller vers Joe Biden ? Il s’est réparti de façon beaucoup plus nuancée entre les deux candidats. La crise sanitaire du Covid-19 très mal gérée par Donald Trump devait logiquement l’affaiblir ? L’économie semble être restée un facteur majeur dans le choix des électeurs.

Si l’on ne connaît pas encore le résultat définitif de l’élection, on peut d’ores et déjà en tirer des enseignements : l’irruption de Trump à la Maison Blanche en 2016 n’était pas un accident de l’Histoire et le mouvement politique populiste, ultraconservateur, d’extrême droite pour certains, qu’il a bâti autour de sa personne en phagocytant le parti républicain, s’est durablement installé dans le paysage politique au prix d’une polarisation jamais vue de l’opinion et d’une division durable du pays.

Une division qui devrait perdurer dans les jours qui viennent. Alors même que les dépouillements n’étaient pas terminés dans plusieurs Etats, Donald Trump a pris la parole pour revendiquer la victoire et considérer que tous les votes qui arriveraient après le 3 novembre seraient nuls et non avenus. « Ils essaient de nous voler l’élection. Jamais nous ne les laisserons faire », a martelé le président, qualifiant le scrutin de « honte » et dénonçant sans aucune preuve de prétendues « fraudes » ourdies par les démocrates sur les votes par correspondance. Et Donald Trump d’annoncer qu’il demanderait à la Cour suprême – désormais très conservatrice – d’arrêter le décompte des voix qui ne l’ont pas encore été…

En faisant cela, Donald Trump rappelle à l’Amérique l’humiliant épisode du recomptage de l’élection présidentielle de 2000 qui opposait George W. Bush à Al Gore et que la Cour suprême avait dû arbitrer. Mais surtout, en s’opposant de façon aussi spectaculaire à un processus électoral en cours, il jette le discrédit sur ce qui fonde toute démocratie, et particulièrement celle des Etats-Unis : le caractère sacré de l’élection. Ne pouvant concevoir une défaite qui est pourtant bien possible face à Joe Biden, Donald Trump est prêt – et ses partisans chauffés à blanc avec lui – à opérer comme un coup d’Etat institutionnel.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 novembre 2020)

Tournant

 

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L’élection présidentielle américaine qui se déroule aujourd’hui débouchera-t-elle sur la nuit la plus longue eu égard au délicat comptage des voix, notamment celles reçues par correspondance, qui nécessitera peut-être plusieurs jours durant lesquels tout peut se passer, et notamment des heurts ? En tout cas, le pays retient son souffle pour cette élection historique qui offre deux perspectives radicalement différentes, deux choix de société diamétralement opposés et vraisemblablement un moment de bascule pour le pays mais aussi pour le monde. Soit le président républicain sortant Donald Trump, aujourd’hui largement distancé dans les sondages, créé, comme en 2016, une énorme surprise, et les Etats-Unis vont s’enfoncer pendant quatre années de plus – cette fois sans le frein que pouvait constituer pour lui sa réélection – dans une politique ultraconservatrice, protectionniste, hostile au multilatéralisme, où les faits comptent moins que des opinions, où les adversaires sont vus comme des ennemis bons à conspuer sur Twitter, où les minorités toujours bonnes à mépriser. Soit le candidat démocrate Joe Biden, actuellement porté par les sondages, parvient à stopper Donald Trump et remettre les Etats-Unis dans une normalité démocratique sur la scène intérieure comme à l’international.

Jusqu’à la fin 2019, la perspective de voir Trump réélu prenait de plus en plus de consistance, car, en dépit des guerres commerciales menées contre la Chine ou l’Europe, en dépit d’une politique étrangère erratique faite de « coups » et de replis, Donald Trump pouvait se targuer d’une économie en forme, LE critère clé. Lors la campagne présidentielle de 1992, le conseiller politique de Bill Clinton, James Carville, n’avait-il pas affiché dans son bureau le slogan « It’s the economy, stupid ! » pour rappeler combien l’économie restait, au-delà de tout, la priorité des électeurs. Mais l’arrivée du coronavirus a tout bouleversé. Entre un Trump dans le déni scientifique, incapable d’avoir su apporter une réponse sanitaire nationale pour éviter plus de 230 000 morts, record mondial, et un Biden, systématiquement masqué, qui martèle sa foi en la science et montre son empathie avec les familles victimes, l’épidémie pourrait devenir l’arbitre du scrutin.

Quel que soit le résultat, les Etats-Unis vont en tout cas rester encore longtemps divisés. Car le trumpisme a infusé non seulement le parti républicain, mais aussi une large part de la société américaine et les institutions du pays avec la nomination de juges ultraconservateurs à la Cour suprême comme dans les cours d’appel. La présidence Trump a polarisé l’opinion à un point tel que la nuance, le sens du compromis et le souci de l’intérêt général qui finissaient par prévaloir après chaque présidentielle, paraissent inatteignables et devraient le rester encore un moment. Avec Trump s’il est réélu assurément, et sans doute aussi sans lui… Autant dire qu’aujourd’hui, l’Amérique est à un tournant : Trump, stop ou encore ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 3 novembre 2020)