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Éditos

Sursaut

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Le rapport que s'apprêtent à remettre aujourd'hui à Paris quelque 150 experts de 50 pays sur la biodiversité constituera-t-il l'électrochoc permettant à l'humanité de prendre conscience de son impact réel et incontestable sur l'environnement de la planète et la survie de milliers d'espèces de la flore et de la faune ? On ne peut que l'espérer tant ce document, qui a nécessité trois ans de travail, dresse un portrait alarmant de la situation écologique mondiale : « un demi-million à un million d'espèces devraient être menacées d'extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies » indiquent les experts. Autrement dit, la Terre est aujourd'hui au début d'une nouvelle « extinction de masse », la sixième, dans laquelle l'Homme porte une lourde responsabilité.

Le rapport sera accompagné d'un « résumé pour les décideurs » qui doit être discuté ligne à ligne puis adopté par les 130 pays membres de l'IPBES, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, le pendant du GIEC (Groupe international des experts sur le climat) qui s'intéresse au réchauffement climatique.

On peut espérer qu'un accord international puisse être signé sur la biodiversité comme cela fut le cas en 2015, lors de la COP21, avec l'accord de Paris sur le climat. Mais même dans cette hypothèse, il restera énormément de chemin à faire. L'accord historique de 2015, bousculé par des dirigeants climato-sceptiques qui veulent en sortir (les Etats-Unis de Trump, le Brésil de Bolsonaro), peine toujours à se traduire par des actions concrètes. Et dans les autres pays, prendre des décisions paraît toujours aussi compliqué. Emmanuel Macron, qui avait promis de rendre sa grandeur à la planète (Make our planet great again) n'a pas vraiment déployé une politique écologique à la hauteur des enjeux. Le Conseil de défense écologique qu'il a annoncé jeudi dernier s'ajoute ainsi à quelque 60 comités déjà chargés de la transition énergétique…

Le sursaut qu'impose ce rapport sur la biodiversité viendra sans doute de la société civile, c'est-à-dire de la mobilisation sur ces questions de citoyens qui, individuellement, prennent conscience de l'enjeu écologique. Et cette mobilisation, c'est heureux, prend chaque jour de l'ampleur, de la pétition de l'Affaire du siècle aux grèves pour le climat engagées par les lycéens. Une mobilisation au niveau mondial comme au niveau local. Le succès du colloque « Le Monde nouveau » organisé par le Groupe La Dépêche fin mars à Perpignan montre que beaucoup sont prêts à s'engager pour faire bouger les choses, avec la conviction que l'heure n'est plus aux paroles, mais aux actes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 29 avril 2019)

Recherche campagne électorale désespérément

europe


À désormais un mois des élections européennes, on peine à se concentrer sur une campagne électorale désespérément atone. L'Europe n'intéresserait-elle pas les Français ? Non, puisque notre sondage BVA-La Dépêche montre – presque à rebours des idées reçues – que 59 % de nos concitoyens se déclarent intéressés par les élections européennes qui auront lieu, en France, dimanche 26 mai prochain. Si cette campagne européenne a tant de mal à décoller, on le doit avant tout au contexte politique qui prévaut en France aux stratégies des différentes formations.

La crise des Gilets jaunes qui rebondit de samedi en samedi depuis cinq mois, puis l'interminable Grand débat national qui doit trouver – enfin – sa conclusion ce soir avec les annonces d'Emmanuel Macron en conférence de presse ont occulté le débat et les enjeux des Européennes pour la France. Le débat public s'est, en effet, tout entier concentré sur des enjeux purement nationaux. 39 % des Français, selon notre enquête, déclarent ainsi que par leur vote aux élections européennes ils exprimeront leur soutien ou leur opposition à la politique du gouvernement…

Mais si la campagne patine à ce point, c'est aussi la faute aux choix stratégiques des formations politiques. Contrairement à ce qui se passe chez nos voisins, et notamment en Allemagne, où l'on conçoit parfaitement que mener une carrière politique au niveau européen est prestigieux et utile, en France, l'élection européenne est pensée comme un second choix. Anciens ministres à recaser, personnalités sans aucun engagement européen notable, hommes et femmes inconnus du grand public, aux parcours parfois diamétralement opposés et contraints de cohabiter sur la même liste, programmes illisibles et/ou inconnus des Français, etc. Seule semble compter l'envie… de «se compter», le score du 26 mai étant regardé uniquement comme indicateur du poids politique en France. Grave erreur.

L'Europe mérite mieux que cette cacophonie de la part d'un de ses pays fondateurs. Les Français méritent mieux de la part de partis qui réclament leurs suffrages. Dans un monde où les tensions politiques et commerciales se durcissent entre la Chine et les États-Unis, où les défis scientifiques, technologiques (sur la 5G ou l'intelligence artificielle) et environnementaux sont capitaux, une Europe forte est plus que jamais indispensable. Qui peut croire, comme le promettent tambour battant les partis nationalistes d'extrême droite, que l'Europe sera plus forte en étant l'addition de politiques protectionnistes, la somme de nations recroquevillées sur elles-mêmes ?

En dépit de son fonctionnement perfectible et largement amendable, l'Union européenne, a montré qu'elle pouvait améliorer concrètement la vie de ses 500 millions de citoyens et jouer un rôle dans la marche du monde. Nombre d'eurodéputés français sortants peuvent en témoigner. Encore faut-il pour cela que la campagne électorale prenne tout son sens, que le débat d'idées retrouve toute sa place.

Il reste un mois…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 25 avril 2019)

Conquête

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Le sismomètre français SEIS déployé sur Mars. Photo NASA

C'est une découverte scientifique majeure qui vient d'être réalisée sur Mars : la détection d'un tremblement du sol martien. 130 ans après les débuts de la sismologie sur Terre et 50 ans après le premier sismomètre déployé par Apollo 11 sur la Lune en juillet 1969, la planète rouge devient ainsi le troisième corps tellurique de notre système solaire à être étudié par les sismologues. Cette avancée est aujourd'hui une bonne nouvelle dans trois domaines.

Le premier est bien sûr scientifique. La détection de ces signaux sismiques, leur confirmation et l'exploitation qui va en être faite va permettre de mieux comprendre comment s'est formé Mars, cette planète dont on découvre, année après année, mission après mission depuis les années 60, des caractéristiques qui laissent à penser qu'il y a bien eu de la vie, et donc qu'il pourrait à nouveau y en avoir. Cela fait plus de vingt ans que les scientifiques espéraient déployer avec succès un sismomètre sur la planète rouge. Ils ont eu raison de persévérer et peuvent se réjouir du premier succès si rapide de la mission InSight.

Le second domaine où la découverte d'hier est importante est politique. Le sismomètre SEIS qui a détecté les secousses a été conçu à Toulouse sous la houlette du Centre national d'études spatiales et de l'Institut de physique du globe de Paris, avec la participation de nombreux laboratoire du CNRS. Il montre que la France – et donc l'Europe – est un acteur de poids dans le domaine spatial, et un partenaire incontournable, ici des Etats-Unis. Ce succès rejaillit également sur la communauté scientifique de Toulouse qui fait plus que jamais de la Ville rose la capitale du spatial, et montre que l'Etat a raison de mettre – et on l'espère d'augmenter – des moyens dans la recherche scientifique, pour permettre de telles découvertes, qui contribuent au développement économique et technologique de la nation.

Enfin, le troisième domaine où cette découverte est importante est tout simplement d'ordre civilisationnel. L'exploration de Mars, et plus largement la conquête spatiale, résonne en chacun d'entre nous. Qui n'a pas été marqué par un livre, un film, ou le témoignage d'un de nos astronautes de retour de la station spatiale internationale ? Qui n'espère pas aujourd'hui voir un jour l'Homme fouler le sol de Mars comme il a foulé le sol de la Lune ? Il y a dans l'immensité de l'univers, matière à se dépasser. Dans la conquête de l'espace, il y a pour l'Homme la conquête de sa propre Humanité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 avril 2019)

De larmes et de sang

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Pâques, la plus importante fête du christianisme, aura été marquée cette année de larmes et de sang. D'un côté, les larmes de voir la cathédrale Notre-Dame de Paris, haut lieu cultuel et culturel mondial, ravagée par un incendie historique. De l'autre, le sang versé dans de terribles attaques terroristes perpétrées hier au Sri Lanka dans plusieurs églises et des hôtels, faisant plus 200 morts et des centaines de blessés. Un accident d'un côté qui touche, au plus profond, croyants de toutes confessions et incroyants de tous pays, et qui a créé un élan international de solidarité pour rebâtir au plus vite cette symbolique « Notre-Dame du monde ». Un attentat de l'autre qui doit appeler une solidarité sans faille encore plus grande car des hommes et des femmes ont été sciemment visés pour leurs convictions.

Cette série d'attaques sans précédent au Sri Lanka illustre, hélas, les tensions inter-religieuses qui persistent toujours voire s'amplifient dans ce pays de 22 millions d'habitants, mais aussi plus généralement les persécutions qui ont cours partout dans le monde contre des minorités religieuses, qu'il s'agisse de chrétiens d'Orient, de Coptes en Egypte, de Ouïghours en Chine et donc de chrétiens au Sri Lanka, lesquels ne représentent que 7,4 % de la population.

Depuis la fin de la sanglante guerre civile avec les séparatistes tamouls en 2009, le calme semblait pourtant revenu au Sri Lanka, mais, ces derniers mois, des attaques contre les chrétiens et les musulmans se sont multipliées sous la pression de bouddhistes extrémistes. C'est dans ce climat de tensions politico-religieuses qu'ont eu lieu hier ces attaques qui montrent – si besoin était – que l'obscurantisme et l'intolérance nourrissent toujours le terrorisme et le fanatisme, ce « monstre qui ose se dire le fils de la religion » dénonçait Voltaire. Plus que jamais, le combat contre ce monstre mérite la mobilisation de tous ceux qui veulent la victoire de la paix sur la haine.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 22 avril 2019)

L'effet Gilets jaunes

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Gilets jaunes à Belfort, le 19 janvier 2019. Photo Wikipedia Thomas Bresson


Le mouvement des Gilets jaunes, ce phénomène aussi inédit qu'insaisissable né il y a cinq moins et qui s'apprête ce samedi à vivre son XXIIIe acte, suscite souvent des avis bien tranchés. Pour ceux qui le soutiennent, il s'agit d'un mouvement populaire qui se bat pour davantage de pouvoir d'achat, de justice fiscale et sociale, et de représentation démocratique et qui n'est toujours pas assez entendu par le «président des riches» qu'est Emmanuel Macron. Pour ceux qui s'y opposent, il s'agit d'un mouvement qui s'est fait progressivement noyauter par des extrémistes complotistes et dont les manifestations émaillées de violences plombent l'économie et mettent en péril les comptes du pays qu'Emmanuel Macron a promis de remettre d'aplomb. Les uns estiment n'avoir pas assez obtenu ; les autres pensent qu'on a déjà beaucoup trop donné.

Comme souvent, la vérité n'est ni blanche ni noire et l'extrême polarisation du débat public n'aide pas à dégager une position médiane… C'est pour cela que les prévisions 2019-2021 de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiées cette semaine sont importantes. Le travail sérieux fourni par ces économistes montre la réalité d'un effet Gilets jaunes sur le pouvoir d'achat des Français. Celui-ci connaîtra en 2019 sa plus forte augmentation depuis 2007 : une hausse de 850 € en moyenne dont 440 sont attribuables aux mesures du gouvernement prises depuis le début du mouvement de grogne.

De ce constat Gilets jaunes et exécutif devraient tirer des leçons sur leurs positions respectives.

Pour le gouvernement d'abord. Emmanuel Macron avait prévu de mener une politique de l'offre en réduisant les déficits publics et en favorisant les entreprises. Sous le poids de l'opinion publique il a été contraint à faire le contraire. Les quelque 10 milliards de mesures en faveur du pouvoir d'achat prises le 10 décembre retardent peut-être le retour à l'équilibre budgétaire mais ont un effet bénéfique. Comme quoi une classique politique de relance keynésienne, de gauche donc, peut porter ses fruits.

Pour les Gilets jaunes ensuite. L'étude de l'OFCE montre que les mesures prises par Emmanuel Macron en décembre n'étaient en rien des « mesurettes. » On peut toujours les juger insuffisantes, mais elles ont eu un effet réel qui va s'accentuer dans le temps pour une majorité de Français et correspondaient bien aux revendications initiales du mouvement. Le reconnaître ne serait ni se renier ni renoncer à des combats sociaux futurs.

Emmanuel Macron va présenter la semaine prochaine un nouveau train de mesures (partiellement dévoilées) qui doivent ouvrir l'acte II de son quinquennat. Entre la mise en œuvre de son programme social-libéral et l'attente de l'opinion qui réclame une réorientation à gauche de la politique économique et sociale, le Président devra inventer ce «en même temps» qui tienne compte de l'effet Gilets jaunes mis en évidence par l'OFCE.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 19 avril 2019)

Le compte est «don»

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L'incendie sous les yeux de la foule ponts Sully et de la Tournelle. Photo Wikipedia GodefroyParis 


En quarante-huit heures, près d'un milliard d'euros de dons a été enregistré pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, ravagée lundi par un incendie historique. C'est dire combien cette tragédie a touché au cœur des millions de Français attachés à l'une des pièces maîtresses du patrimoine national. C'est dire aussi combien cette cathédrale, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, porte en elle un message universel, autant religieux que républicain, qui dépasse largement nos frontières. L'émotion a étreint bien au-delà de la communauté catholique, bien au-delà de l'Hexagone, tous ceux qui sont attachés aux merveilles culturelles et architecturales qui font l'histoire de l'Humanité.

L'importance inédite de ces promesses de dons, la rapidité de leur expression, participe évidemment de l'unité nationale encensée mardi soir par Emmanuel Macron lors de son adresse solennelle aux Français. Elle montre aussi combien la question du patrimoine est capitale en France. Et par conséquent elle oblige à s'interroger sur notre politique de préservation de nos joyaux, grands et petits, et sur les moyens que la puissance publique y affecte.

À cet égard, le débat qui a surgi – à droite avec le député LR Gilles Carrez comme à gauche avec l'économiste Julia Cagé et même au sein de la majorité – au sujet de la défiscalisation des dons est tout sauf polémique. Il est au contraire essentiel et mérite d'être posé. Que des familles d'entrepreneurs milliardaires aient été émues par l'incendie de Notre-Dame au point de débloquer dans les heures qui suivent des dizaines de million d'euros de dons est tout à fait compréhensible. Mais compte tenu de la défiscalisation des dons, c'est l'Etat – et donc chaque Français – qui prend ainsi en charge sur le budget national une large part de la générosité médiatique de ces puissants mécènes, qui sont ainsi en position de choisir, à la place de l'Etat et en toute subjectivité, quelles causes financer. D'autant plus gênant quand plusieurs de ces grands donateurs n'hésitent pas à pratiquer l'optimisation fiscale à haute dose pour amoindrir le montant de leurs impôts… Impôts qui pourraient parfaitement alimenter le budget du ministère de la Culture et donc la restauration du patrimoine dont le budget 2019 s'élève à seulement 332 millions d'euros.

Le comble a été atteint par ceux qui souhaitaient le classement en «trésor national» de Notre-Dame, une mesure qui aurait conduit à défiscaliser 90 % des dons… Face à la polémique, seul François-Henri Pinault, pour l'instant, a réagi en renonçant à tout abattement fiscal pour son don de 100 M€, manière de montrer que le mécénat, s'il est parfois critiqué voire culturellement incompris en France, peut aussi être un engagement sincère et désintéressé.

Le drame de Notre-Dame est un moment d'union nationale – ils sont toujours trop rares – mais il peut être aussi l'occasion d'une remise à plat sereine de la politique patrimoniale. Entre le loto du patrimoine, sympathique mais insuffisant, et une philanthropie à l'américaine qui se substituerait à l'Etat, il existe sans nul doute une autre voie, associant la générosité des Français, pour préserver ce qui fait la force et l'identité françaises.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 18 avril 2019)

Notre-Dame du monde

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La cathédrale Notre-Dame de Paris, on le sait, est indissociable de l'Histoire de France. De Charles VII à Henri IV, de la Révolution française à la Libération, du couronnement de Napoléon Bonaparte à la conversion de Paul Claudel, des mariages royaux aux obsèques présidentielles, elle a marqué chaque étape de l'Histoire du pays. Mais la cathédrale est devenue au fil des siècles plus qu'un lieu de culte majeur pour les catholiques : un symbole universel, la célébration du génie créatif des hommes. Dans son « Notre-Dame de Paris » paru en 1831, Victor Hugo, qui fit de la cathédrale mal en point un monument populaire à sauver, ne s'y était pas trompé. « L'architecture est le grand livre de l'Humanité, l'expression principale de l'Homme à divers états de développement, soit comme force soit comme intelligence. » C'est sans nul doute ce qu'elle est – un joyau architectural unique – et ce qu'elle représente – neuf siècles d'histoire européenne – qui expliquent que l'émotion de chaque Français devant l'incendie ravageant Notre-Dame lundi soir a dépassé le cadre de nos frontières pour toucher le monde entier.

Des Etats-Unis à la Russie, du Vatican au Royaume-Uni, de l'Argentine à l'Allemagne, de Londres à San Francisco : les messages de soutien font chaud au cœur. Ils sont le moteur d'une mobilisation sans précédent pour collecter rapidement des fonds afin de rebâtir la cathédrale. On ne retrouvera bien sûr pas la «forêt» d'origine, cette charpente centenaire unique, dont les poutres provenaient d'arbres plantés sous Charlemagne, mais Notre-Dame retrouvera un jour – c'est certain – sa beauté aujourd'hui abîmée sous la cendre.

Il faut se réjouir de voir que cet objectif suscite la concorde de la classe politique – même si les messages empressés de certains ne sont pas exempts de visées électoralistes – et l'implication généreuse de grandes entreprises – fussent-elles parfois maîtresses dans l'art de l'optimisation fiscale pour éviter l'impôt. L'élan international en faveur de la reconstruction de Notre-Dame est assurément une chaîne humaine qui fait du bien.

Les questions sur le drame viendront ensuite : comment un tel incendie a pu avoir lieu ? Quelles négligences ont-elles pu être commises ? Mais aussi, plus tard, des questions sur le niveau de financement de notre politique patrimoniale : dispose-t-elle de suffisamment de moyens ? Le loto du patrimoine, si sympathique soit-il, ne cache-t-il pas la misère comme le craignent certains ?

Pour l'instant, l'heure est à la mobilisation pour chasser ces terribles images de Notre-Dame en flammes et redonner à ce grand vaisseau de pierres défiguré le visage familier auquel nous sommes tous attachés, croyants et incroyants, Français et citoyens étrangers. Hier la cathédrale était Notre-Dame du monde...

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 17 avril 2019)

Symbole

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Photo Wikipedia Cécile Pallarès Brzezinski 

L'incendie qui a ravagé hier la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les flammes qui ont fait s'effondrer sur elle-même la flèche de l'édifice le plus visité de la capitale sont un drame qui résonne en chacun d'entre nous. Qu'on soit Parisien ou provincial, qu'on soit chrétien, musulman, juif ou athée, l'émotion qui nous a étreint hier soir devant nos postes de télévision est celle que l'on ressent lorsqu'un symbole de la France est atteint. Car la cathédrale Notre-Dame est depuis longtemps bien plus qu'un simple lieu de culte. Avant même l'ère chrétienne où un temple gallo-romain dédié à Jupiter existait à son emplacement jusqu'à nos jours où des travaux colossaux étaient entrepris pour préserver ses trésors architecturaux, la cathédrale s'est inscrite dans l'Histoire de France, religieusement, politiquement, architecturalement et artistiquement aussi. Notre-Dame reflète depuis des siècles toutes les étapes de notre Histoire nationale, de l'émergence du nouvel art gothique à celle du baroque, de la Révolution au couronnement de Napoléon Bonaparte, les joies et les drames intimes et collectifs du peuple de Paris comme du pays entier sont lisibles au travers de Notre-Dame de Paris.

« Chaque flot du temps superpose son alluvion, chaque race dépose sa couche sur le monument, chaque individu apporte sa pierre. Ainsi font les castors, ainsi font abeilles, ainsi font les hommes. Le grand symbole de l'architecture Babel, est une ruche. » Dans Notre-Dame de Paris, paru en 1831, alors même que des émeutiers anti-légitimistes pillèrent l'édifice, Victor Hugo saisissait l'essence de ce que représentait, déjà, Notre-Dame de Paris et contribua ainsi à sauver un chef-d'œuvre alors en Péril. 188 ans après Hugo, Notre-Dame se retrouve aujourd'hui en péril. Nul doute que l'émotion va laisser place à la mobilisation pour entamer sa restauration.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 16 avril 2019)

La révolution des séries



Qu'il semble loin le temps où l'on suivait de semaines en semaines les aventures de Thierry la fronde, les enquêtes du commissaire Maigret ou du lieutenant Columbo, ou encore les péripéties de Magnum ou des ados de Beverly Hills 90 210. On patientait alors 7 jours pour connaître la suite ; une éternité aujourd'hui. La révolution des séries est passée par là et a bouleversé tous les codes de la télévision et plus largement de la culture et de l'économie. Et chacun y trouve son compte.Pour la création, d'abord, les séries sont devenues aujourd'hui clairement une locomotive. Les meilleurs réalisateurs, les meilleurs auteurs, les meilleurs acteurs signent sans hésiter pour embarquer dans des séries au long cours, riches de plusieurs saisons et de budgets pharaoniques. Ce format XXL par rapport à un long-métrage de cinéma permet aux scénaristes d'explorer la complexité des situations et des hommes, et d'aborder des thématiques tour à tour sensibles ou très actuelles.

Le public, ensuite, en redemande, cédant d'autant plus au binge watching (le visionnage intensif) que les plateformes de vidéos à la demande livrent souvent d'un coup tous les épisodes d'une saison et, via de puissants algorithmes d'analyse de votre consommation, vous recommande toujours les bonnes séries qui vont vous intéresser à coup sûr. À regarder en famille dans le salon, sur sa tablette au fond de son lit ou sur son smartphone dans les transports en commun.

Enfin, pour les géants du web et du divertissement, les séries sont un terrain d'affrontement capital. Netflix le pionnier, Amazon Prime, les réseaux américains comme HBO, et bientôt Apple et Disney : chacun veut sa part du gâteau et pour ce faire lance de nouvelles productions.

La France a également pris le train des séries. Les plateformes existent comme OCS ou sont en cours de développement comme Salto (qui rassemblera les groupes France Télévisions, TF1 et M6). Et les contenus sont là : les séries françaises ont gagné en qualité, en profondeur, leur french touch s'exporte bien et elles sont pourvoyeuses d'emplois et de développement économico-touristique en région.

Cet engouement pour les séries n'est pas près de s'arrêter puisque l'étude Global SVoD de Médiamétrie parue ce jeudi révèle que 5,5 millions de Français utilisent chaque jour un service de vidéo à la demande soit 9 % de la population ; montrant une hausse de 2,1 millions d'adeptes au quotidien en un an.

Pas étonnant dès lors que la diffusion lundi de la 8e et dernière saison de Game of Throne soit un tel événement attendu par plus d'un milliard de téléspectateurs dans 170 pays. Cette série complexe bâtie sur l'œuvre de George R. R. Martin, est déjà culte auprès du public comme des universitaires (historiens, sociologues, politologues, philosophes) qui explorent son riche univers en résonance avec notre société. Dis-moi quelle série tu regardes, je te dirai qui tu es…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 13 avril 2019)

Exaspération



Comment tirer les enseignements du Grand débat national qui s'est achevé le 15 mars et dont on attend de savoir la semaine prochaine ce qu'Emmanuel Macron en présentera comme décisions « profondes » ? Comment, pour l'exécutif, ne pas faire 66 millions de déçus quand les contributions de cet exercice démocratique inédit sont parfois – voire souvent – contradictoires ? Comment refléter au mieux les attentes des Français dans leur ensemble alors que seulement une toute petite partie du corps électoral a participé à cette grande consultation ? Comment répondre, par exemple, à la revendication massive des Gilets jaunes et d'une majorité de Français de rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune, quasi absent des conclusions du Grand débat ? Comment enfin, pour reprendre l'expression d'Emmanuel Macron, n'être ni dans le «reniement» de ce qui a été fait depuis le début du quinquennat ni dans l'«entêtement» qui consisterait à rester sourd à la grogne des ronds-points ? Autant de questions qui attendent maintenant leurs réponses et qui mettent l'exécutif au pied du mur.

Pour l'heure, le chef du gouvernement, contraint de garder le silence sur les arbitrages à venir, s'est contenté de reprendre une antienne bien connue à droite : il faut baisser les impôts, diminuer les taxes, alléger les prélèvements obligatoires et réduire la dépense publique. Abaisser la pression fiscale en France ? Pourquoi pas. Après tout, en décembre dernier, la France est devenue, parmi les 36 Etats membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le pays où cette pression fiscale est la plus forte. Avec des prélèvements représentant 46,2 % de son produit intérieur brut (PIB), notre pays est passé devant le Danemark et la Belgique. Il y a d'autant plus matière à endiguer ce «dérapage» que la pression fiscale a été essentiellement supportée par les ménages des classes moyennes ces dernières années.

Mais une fois que l'on a dit qu'il fallait baisser les impôts et réduire la dépense publique, encore faut-il préciser quels impôts, dans quelle proportion, à quelle échéance, et quelles dépenses de l'État seraient à sabrer : dans la défense, l'éducation, la sécurité, la santé, le social ? Par ailleurs, qui dit moins d'impôts dit moins de redistribution et donc, faute d'amortisseur social, un creusement des inégalités. Or une récente étude du Laboratoire sur les inégalités mondiales montre bien que les pays à fort taux de prélèvements sont justement ceux qui ont le mieux contenu les inégalités depuis 1980…

En ne se fixant que sur la baisse des impôts – toujours populaire – et la baisse des dépenses publiques – toujours attendue – le gouvernement semble oublier la revendication majeure des Français exprimée sur les ronds-points comme lors du Grand débat : un besoin de justice fiscale et sociale. En ne se focalisant que sur la baisse d'impôts pour répondre, dit-il, à «une immense exaspération fiscale», l'exécutif prend le risque de se heurter à «une immense exaspération» tout court…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 11 avril 2019)

Le royaume aux deux visages



Le Brexit aura-t-il lieu le 12 avril, le 22 mai, le 30 juin, ou plus tard encore ? Le (mauvais) feuilleton de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'en finit plus de s'étirer dans le temps. Depuis 2016, les négociations entre la Première ministre Theresa May et le représentant des 27 Michel Barnier – tous deux courageux et inflexibles – semblent d'autant plus tourner en rond que dès l'activation de l'article 50 il y a trois ans, beaucoup se doutaient qu'on en arriverait à une telle impasse. D'un côté, une Union européenne qui s'est miraculeusement trouvée unie pour négocier le départ de l'un de ses membres. De l'autre, un pays et ses représentants qui ne savent plus que faire. La dernière série de votes au Parlement de Westminster est à ce titre édifiante : les élus de la Chambre des communes ont rejeté les huit alternatives proposées. Ils ne veulent pas de l'accord longuement négocié, ni d'une sortie sans accord, ni d'une intégration douanière ou économique, etc.

Si les Britanniques sont à ce point désorientés, c'est peut-être tout simplement parce qu'aujourd'hui, on a affaire à un royaume aux deux visages.

Le premier est celui de tous ceux qui restent partisans d'un Brexit dur, pur et simple, immédiat, conforme au vote de 2016. Persuadés, en dépit des dernières statistiques économiques, que la Grande-Bretagne se portera mieux seule et isolée, comme jadis lorsqu'elle était l'épicentre d'un empire aujourd'hui disparu sous le vernis du Commonwealth. Ceux-là continuent – toute honte bue – de colporter les fake news qui ont constitué l'alpha et l'oméga de la campagne du « leave » en 2016. Chacun se souvient du fameux bus rouge proclamant dans les rues de Londres que le pays versait 350 millions de livres sterling par semaine à l'Europe, une somme qui pourrait aller aux hôpitaux publics. Il s'agissait d'un mensonge que certains populistes ont reconnu du bout des lèvres avant de disparaître de la circulation comme Nigel Farrage, le leader de l'Ukip.

L'autre visage du Royaume-Uni, ce sont ces centaines de milliers de Britanniques qui ont crié leur attachement à l'Europe et ses valeurs dans les rues de Londres le 23 mars. Une foule immense, celle du « remain », qui réclame par pétition sur internet un second mais improbable référendum tant il apparaîtrait comme un déni de démocratie. C'est aussi le discours d'adieu de l'eurodéputé Alyn Smith au Parlement européen il y a quelques jours. « Partir est un déchirement. Chers collègues, je ne vous demande pas de trouver une solution à nos débats nationaux, je vous demande de laisser une lumière allumée pour que nous puissions trouver notre chemin pour rentrer à la maison… »

À moins de deux mois des élections européennes, le Brexit tel qu'il en est aujourd'hui est à la fois une leçon et un message. La leçon c'est que les populistes, quels qu'ils soient, où qu'ils soient, brandissent toujours des solutions aussi simplistes que mensongères, qui conduisent au chaos. Mieux vaut ne pas y céder.

Le message est celui de ces Anglais europhiles envers lesquels l'Union européenne doit garder une main tendue au nom de la devise européenne, «Unie dans la diversité», comme une lumière d'espoir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 8 avril 2019)

Besoin de dignité

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Le drame qui s'est noué dimanche soir à la maison de retraite La Chêneraie au Lherm, au sud de Toulouse, faisant au moins cinq morts et une vingtaine de blessés, impose à chacun d'entre nous d'apporter, en premier lieu, soutien et compassion à des familles aujourd'hui profondément éplorées et légitimement en colère. Au soir de leur vie, les résidents de cet établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de taille moyenne, ne méritaient pas de finir leurs jours de façon aussi tragique et violente. En attendant que l'enquête se prononce sur ce qui, aujourd'hui, apparaît comme une intoxication alimentaire fulgurante, ce drame soulève tout de même un certain nombre de questions auxquelles il serait bon que les pouvoirs publics apportent des réponses, d'autant plus que la question du grand âge et du financement de la dépendance des personnes âgées sont au cœur des débats et constituent un enjeu majeur pour la France dans les années qui viennent.

Ce drame intervient aussi dans un contexte particulier où les critiques contre les Ehpad se sont multipliées ces derniers mois. Que ce soient des affaires de maltraitance physique contre des personnes âgées, des conditions de vie et d'hygiène particulièrement dégradées pour les résidents, des personnels souvent de bonne volonté mais épuisés par des contraintes horaires insurmontables, ou des directeurs obligés à dégager un maximum de bénéfices pour des groupes privés de plus en plus importants : le fonctionnement des maisons de retraite interroge. Dans un livre récemment publié (« Tu verras maman tu seras bien », XO éditions), un ancien directeur d'Ehpad raconte cette pression exercée par les groupes propriétaires de maisons de retraite. « Je devais respecter une enveloppe de 4,35 € par jour et par résident pour le petit-déjeuner, deux repas et deux collations. Comment voulez-vous dans ces conditions proposer une nourriture qui fasse envie ? Essayez de manger pour 1 € par repas » témoignait Jean Arcelin dans nos colonnes fin mars, estimant, amer, que les Ehpad sont devenus « un business dont le cœur est l'exploitation commerciale de la plus grande vulnérabilité humaine. »

Car d'un côté les familles paient très cher des prestations vantées dans des brochures sur papier glacé et de l'autre, la réalité de ce que vivent leurs parents est aux antipodes de ces promesses. Entre les deux, certains groupes, qui ont un comportement analogue aux fonds vautours spéculatifs, dégagent des bénéfices colossaux. Né en 2003 de la fusion de quatre sociétés, coté en Bourse depuis 2006 et gestionnaire de plus de 800 établissements en Europe, le groupe Korian propriétaire de la Chêneraie – qui a chuté en Bourse hier – a ainsi dégagé 3,33 milliards d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier, en hausse de 6,4 %…

Il ne s'agit pas bien sûr de jeter la pierre à tous les acteurs privés ou publics de la dépendance, mais à l'heure où la société doit penser la prise en charge du grand âge, il convient dès à présent de fixer un cadre et des règles claires où la rentabilité passera derrière la dignité humaine que l'on doit à nos anciens.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 2 avril 2019)