Accéder au contenu principal

La révolution des séries



Qu'il semble loin le temps où l'on suivait de semaines en semaines les aventures de Thierry la fronde, les enquêtes du commissaire Maigret ou du lieutenant Columbo, ou encore les péripéties de Magnum ou des ados de Beverly Hills 90 210. On patientait alors 7 jours pour connaître la suite ; une éternité aujourd'hui. La révolution des séries est passée par là et a bouleversé tous les codes de la télévision et plus largement de la culture et de l'économie. Et chacun y trouve son compte.Pour la création, d'abord, les séries sont devenues aujourd'hui clairement une locomotive. Les meilleurs réalisateurs, les meilleurs auteurs, les meilleurs acteurs signent sans hésiter pour embarquer dans des séries au long cours, riches de plusieurs saisons et de budgets pharaoniques. Ce format XXL par rapport à un long-métrage de cinéma permet aux scénaristes d'explorer la complexité des situations et des hommes, et d'aborder des thématiques tour à tour sensibles ou très actuelles.

Le public, ensuite, en redemande, cédant d'autant plus au binge watching (le visionnage intensif) que les plateformes de vidéos à la demande livrent souvent d'un coup tous les épisodes d'une saison et, via de puissants algorithmes d'analyse de votre consommation, vous recommande toujours les bonnes séries qui vont vous intéresser à coup sûr. À regarder en famille dans le salon, sur sa tablette au fond de son lit ou sur son smartphone dans les transports en commun.

Enfin, pour les géants du web et du divertissement, les séries sont un terrain d'affrontement capital. Netflix le pionnier, Amazon Prime, les réseaux américains comme HBO, et bientôt Apple et Disney : chacun veut sa part du gâteau et pour ce faire lance de nouvelles productions.

La France a également pris le train des séries. Les plateformes existent comme OCS ou sont en cours de développement comme Salto (qui rassemblera les groupes France Télévisions, TF1 et M6). Et les contenus sont là : les séries françaises ont gagné en qualité, en profondeur, leur french touch s'exporte bien et elles sont pourvoyeuses d'emplois et de développement économico-touristique en région.

Cet engouement pour les séries n'est pas près de s'arrêter puisque l'étude Global SVoD de Médiamétrie parue ce jeudi révèle que 5,5 millions de Français utilisent chaque jour un service de vidéo à la demande soit 9 % de la population ; montrant une hausse de 2,1 millions d'adeptes au quotidien en un an.

Pas étonnant dès lors que la diffusion lundi de la 8e et dernière saison de Game of Throne soit un tel événement attendu par plus d'un milliard de téléspectateurs dans 170 pays. Cette série complexe bâtie sur l'œuvre de George R. R. Martin, est déjà culte auprès du public comme des universitaires (historiens, sociologues, politologues, philosophes) qui explorent son riche univers en résonance avec notre société. Dis-moi quelle série tu regardes, je te dirai qui tu es…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 13 avril 2019)

Posts les plus consultés de ce blog

Guerres et paix

La guerre menace encore une fois le Pays du Cèdre, tant de fois meurtri par des crises à répétition. Les frappes israéliennes contre le sud du Liban et les positions du Hezbollah ravivent, en effet, le spectre d’un nouveau conflit dans cette Terre millénaire de brassage culturel et religieux. Après quinze années de violence qui ont profondément marqué le pays et ses habitants (1975-1990), la paix est toujours restée fragile, constamment menacée par les ingérences étrangères, les divisions communautaires et une classe politique corrompue. La crise économique sans précédent qui frappe le pays depuis 2019, puis l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en 2020, symbolisant l’effondrement d’un État rongé par des décennies de mauvaise gouvernance, ont rajouté au malheur de ce petit pays de moins de 6 millions d’habitants, jadis considéré comme la Suisse du Moyen-Orient. Victime d’une spectaculaire opération d’explosion de ses bipeurs et talkies-walkies attribuée à Israël, le Hezbollah – ...

Facteur humain

  Dans la longue liste de crashs aériens qui ont marqué l’histoire de l’aviation mondiale, celui de l’Airbus A320 de la Germanwings, survenu le 24 mars 2015, se distingue particulièrement. Car si le vol 9525, reliant Barcelone à Düsseldorf, a percuté les Alpes françaises, entraînant la mort de 150 personnes, ce n’est pas en raison d’une défaillance technique de l’appareil ou d’un événement extérieur qui aurait impacté l’avion, mais c’est à cause de la volonté du copilote de mettre fin à ses jours. L’enquête, en effet, a rapidement révélé que celui-ci, souffrant de problèmes de santé mentale non décelés par les procédures en vigueur, avait volontairement verrouillé la porte du cockpit, empêchant ainsi le commandant de bord de reprendre le contrôle de l’appareil. Ainsi, ce crash singulier touche au point le plus sensible qui soit : la confiance des passagers dans les pilotes à qui ils confient leur vie. C’est pour cela que cette tragédie a eu un tel impact sur l’opinion publique et a...

Le prix de la sécurité

C’est l’une des professions les plus admirées et respectées des Français, celle que veulent exercer les petits garçons et aussi les petites filles quand ils seront grands, celle qui incarne au plus haut point le sens de l’intérêt général. Les pompiers, puisque c’est d’eux dont il s’agit, peuvent évidemment se réjouir de bénéficier d’une telle image positive dans l’opinion. Celle-ci les conforte et les porte au quotidien mais si elle est nécessaire, elle n’est plus suffisante pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, opérationnelles, humaines et financières. Opérationnelle d’abord car leurs missions ont profondément changé et s’exercent avec plus de contraintes. De l’urgence à intervenir pour sauver des vies – presque 9 opérations sur 10 – on est passé à des interventions qui ne nécessitent parfois même pas de gestes de secours et relèvent bien souvent davantage de la médecine de ville voire des services sociaux. C’est que les pompiers sont devenus l’ultime recour...