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Éditos

La messe est dite ?

 

bayrou

 

L’entourage de François Bayrou a beau tenter d’expliquer que l’échec du conclave sur les retraites n’est imputable qu’aux seuls partenaires sociaux qui n’ont pas réussi à s’entendre en quatre mois pour « améliorer » la contestée réforme des retraites de 2023, la ficelle est un peu grosse. Car, bien évidemment, cet échec – hélas attendu – est aussi celui du Premier ministre.

D’abord parce que c’est lui qui a imaginé et convoqué cette instance inédite de dialogue social et qu’il aurait naturellement revendiqué comme le succès de sa méthode un accord s’il y en avait eu un. Ensuite parce qu’il n’a pas été l’observateur neutre des discussions, qu’il promettait « sans totem ni tabou ». Il a au contraire, plusieurs fois, interféré : dès leur lancement en les corsetant par une lettre de cadrage imposant de ne pas créer de dépenses et d’équilibrer les comptes à l’horizon 2030 ; ensuite par son refus de voir abordé l’âge de départ à 64 ans, point central des revendications des syndicats.

L’échec du conclave – dont plusieurs organisations, FO, CGT, U2P, avaient claqué la porte en route – laisse ainsi le sentiment d’une occasion manquée mais aussi la désagréable impression que le Premier ministre – pourtant défenseur du dialogue social – n’a finalement cherché qu’à gagner du temps pour rester à Matignon et éviter ainsi la censure. Une censure aujourd’hui sur la table… déposée par la gauche et notamment les socialistes, qui avaient renoncé à utiliser cette arme lors du budget 2025, après avoir obtenu par écrit de François Bayrou l’engagement que le Parlement ait le dernier mot sur les retraites à l’issue du conclave, quel que soit son résultat… Sans préjuger de ce que donnera l’ultime tentative de François Bayrou, hier, pour arracher un accord, dont lui seul dit qu’il était « tout proche », sans préjuger du « texte qui pourra être examiné par la représentation nationale » comme il l’a promis aux députés, les dés semblent désormais jetés et son temps compté…

Si l’adoption d’une motion de censure sur les retraites vendredi reste pour l’heure hypothétique puisque le Rassemblement national n’a pas fait du conclave raté un casus belli – mais la versatilité de l’extrême droite invite à la prudence – une autre censure attend François Bayrou sur le Budget 2026. Après des mois de mystère et de multiples ballons d’essais – sur la TVA sociale ou les niches fiscales – le Premier ministre doit présenter d’ici le 11 juillet un plan global de maîtrise des dépenses publiques.

Reste que l’examen de ce budget austéritaire – qui doit acter 40 milliards d’économies sans se donner les moyens de revoir la fiscalité des plus aisés comme le réclame une majorité des Français – s’annonce périlleux pour François Bayrou. Les oppositions fourbissent déjà leurs armes – c’est logique – mais les divergences ont aussi gagné le « socle commun » censé pourtant soutenir le gouvernement. Des divergences qui n’ont cessé de grossir ces dernières semaines au point de voir les macronistes du « socle commun » torpiller leurs propres textes – sur les ZFE ou l’énergie… Ubuesque.

« Le semblant de stabilité politique n’améliore pas la situation des Français. Je préfère un gouvernement qui tombe à genoux mais en étant allé jusqu’au bout », a lâché la vice-présidente Horizons de l’Assemblée Naïma Moutchou dimanche dans une formule quasiment performative. Car un Premier ministre sans majorité, sans ligne claire, sans autorité sur les formations qui le soutiennent, sans résultat sur un conclave qui devait illustrer sa méthode et lesté d’une impopularité record (17 % d’avis positifs) peut-il réellement tenir ? Ou est-il effectivement « allé jusqu’au bout » ? Après le conclave, la messe est peut-être dite…

(Editoria publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 25 juin 2025)

 

Le retour des faucons

 

Trump

 
 

Depuis plusieurs semaines, Donald Trump, dont la susceptibilité à fleur de peau est bien connue, supportait de moins en moins d’être qualifié par ses adversaires et les milieux financiers de TACO, Trump Always Chickens Out, c’est-à-dire Trump se dégonfle toujours. Un surnom né des volte-face du président américain sur les surtaxes douanières, sans cesse annoncées puis suspendues, mais aussi sur sa relation avec Vladimir Poutine avec lequel il a assuré plusieurs fois obtenir des avancées sur un cessez-le-feu en Ukraine « dans deux semaines » sans que jamais le maître du Kremlin ne bouge d’un pouce en ce sens.

« Deux semaines » c’était justement le délai que Donald Trump avait fixé à l’Iran, menaçant de frapper le régime des mollahs s’il ne revenait pas à la table des négociations – qu’il n’avait factuellement jamais quittée. Mais il n’aura fallu que 48 heures pour que Donald Trump prenne sa décision à la surprise générale et, cette fois, ne recule pas. Quitte à renier ses promesses de campagne de ne pas faire entrer les États-Unis dans une nouvelle guerre lointaine ; quitte à froisser une partie de sa base MAGA qui souhaite qu’il ne se concentre que sur l’America first ; quitte à bousculer le Congrès qui n’a pas donné son autorisation à une opération militaire d’une telle ampleur.

En ordonnant à ses bombardiers de lancer leurs puissantes GBU-57 pour détruire les installations d’enrichissement de l’uranium de trois sites iraniens – Fordo, Natanz et Ispahan – Donald Trump, qui semblait jusqu’à présent hésiter, s’est, d’évidence, rangé à l’avis des faucons américains et derrière Benjamin Netanyahu – qui ne peut assurer sa sécurité sans les États-Unis. Dès lors que l’opération pouvait être un succès, Trump a validé les plans d’attaques qui étaient sur la table depuis plusieurs jours. Une fois les frappes effectuées, le « commander in chief » a solennellement revendiqué un « succès militaire spectaculaire », présenté comme un avertissement à l’Iran, menacé d’attaques « bien plus importantes » s’il refuse la paix ou s’il met en œuvre des représailles, notamment contre les bases américaines.

D’aucuns considèrent qu’en bombardant l’Iran, en dehors de tout mandat de l’ONU, Donald Trump a mis un salutaire coup d’arrêt au menaçant programme nucléaire iranien, dont on ne sait toutefois pas quel était son avancement vers la fabrication d’une bombe ; qu’il a aidé Israël à « faire le sale boulot à notre place » pour reprendre la stupéfiante expression du chancelier allemand Friedrich Merz ; qu’il a aussi, finalement, apporté une réponse ferme à un régime qui, depuis 40 ans, a armé le Hamas, le Hezbollah, les Houtis, a fait de la destruction d’Israël un objectif et a financé de multiples actions terroristes partout dans le monde.

Reste qu’en donnant un coup de pied dans la fourmilière pour espérer la paix par la force, Donald Trump risque de se retrouver dans la même situation que celle de George W. Bush lorsque les États-Unis sont intervenus en Afghanistan en 2001 pour renverser les talibans après les attentats du 11-Septembre, ou en Irak en 2003 pour déloger Saddam Hussein au prétexte mensonger qu’il développait des armes de destructions massives. On connaît la suite : déstabilisation totale des régions concernées, extension du terrorisme, double échec pour les États-Unis. La situation est cette fois d’autant plus complexe qu’après ces trois frappes – dont les dégâts réels restent encore à analyser – le régime iranien est toujours en place…

Trump, qui se targue de faire de son imprévisibilité une force, pourra-t-il empêcher qu’un nouveau chaos ne survienne en Iran et embrase toute la région ? Pourra-t-il éviter de refaire les mêmes erreurs qu’il y a deux décennies ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 juin 2025)

 
 

Le grand blues

 

gendarme

 

On se rappelle qu’avec l’épidémie de Covid-19, on avait assisté à une grande démission – le quiet quitting venu de États-Unis. Confinés et parfois mis au chômage technique, nombre de citoyens, partout dans le monde et y compris en France, se sont interrogés sur le sens de leur travail et de leur vie, certains décidant alors de tout plaquer pour faire autre chose. Ces démissions-là, faites par démotivation ou par usure, existent pourtant depuis longtemps dans le monde du travail et touchent tous les domaines et toutes les couches de la société. Les forces de l’ordre n’y échappent évidemment pas. Mais le phénomène a pris une ampleur inédite.

En 2022, la gendarmerie nationale enregistrait une augmentation notable des départs hors retraite : un chiffre record de 15 000 départs, incluant départs définitifs et changements de corps. En 2023, la Cour des comptes soulignait une hausse de 34 % en quatre ans.

Les départs anticipés touchent surtout les plus jeunes, traduisant une évolution des attentes générationnelles que l’on trouve dans d’autres métiers en termes d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, reconnaissance, etc. Les gendarmes – sous couvert d’anonymat – et leurs épouses – dont certaines s’étaient retrouvées dans des associations – dénoncent tour à tour des conditions de travail difficiles entre surcharge, horaires à rallonge, pression constante et logements dégradés. Quand s’y ajoutent un manque de reconnaissance et de perspectives d’évolution et des réformes successives, le sentiment de perte de sens se renforce et conduit certains à se résoudre à quitter un métier qu’ils ont aimé faire au service des Français.

« Il n’y a pas d’hémorragie ! » clamait pourtant en février dernier la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) en décortiquant le nombre de 15 000 départs qui avait fait couler beaucoup d’encre. La DGNN assure que 2024 a vu une stabilisation de la courbe des départs ; explique que des mesures d’accompagnement en faveur de la fidélisation ont été prises ; qu’un effort en faveur de l’immobilier a été lancé et que la gendarmerie, dont les écoles « sont pleines », « reçoit des centaines de demandes de gendarmes souhaitant dépasser la limite d’âge ou se réengager. »

Il n’en reste pas moins que si tous les gendarmes ne quittent heureusement pas l’uniforme, beaucoup de ceux qui restent ont le blues face à des missions de plus en plus nombreuses et difficiles à mener dans une société plus violente qu’il y a quelques années et moins respectueuse de l’autorité qu’ils représentent.

Ainsi au-delà des seules statistiques des départs, ce sujet-là mériterait l’engagement de toute la société et en premier lieu celui du ministre concerné. Il ne suffit pas de dire à la moindre occasion dans les matinales son soutien aux forces de l’ordre et multiplier ensuite des opérations éprouvantes pour elles ; opérations parfois hypersécuritaires aux relents trumpistes qui relèvent bien trop souvent du coup de com’ au service d’ambitions politiques personnelles et du coup de menton dont les Français – qui aiment leurs gendarmes – ne sont pas dupes et finissent par se lasser.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 22 juin 2025)

 

Coupable déni

 

airbag

À partir de combien de morts – évitables – une réponse adéquate est-elle mise en place par les pouvoirs publics pour dire stop ? Cette question, brutale, est à la mesure du scandale Takata, après que les airbags défaillants de ce fabricant japonais ont fait une deuxième victime avérée en France, une femme de 37 ans, dans un accident sur l’autoroute le 11 juin à Reims. L’explosion de l’airbag de sa Citroën C3 de 2014 a provoqué « de très graves blessures » ayant entraîné sa mort. Il a donc fallu attendre six jours pour que le ministre des Transports demande l’immobilisation de toutes les Citroën C3 et DS3 nécessitant un changement d’airbags. Jusqu’à présent, certains conducteurs – 150 modèles fabriqués par 30 marques différentes sont concernés – avaient été invités à faire remplacer leurs airbags… mais pas à ne plus utiliser leurs véhicules. Ubuesque et révoltant !

Car on ne découvre pas l’ampleur du scandale Takata aujourd’hui ; il remonte même à quinze ans et cumule depuis tous les dysfonctionnements possibles. Le défaut majeur des airbags Takata réside dans l’utilisation du nitrate d’ammonium comme agent propulseur, instable dans des conditions de chaleur et d’humidité et qui peut se dégrader avec le temps. Lors du déclenchement de l’airbag, ce composé chimique risque alors d’exploser de façon incontrôlée, projetant des fragments métalliques à grande vitesse vers les occupants du véhicule.

Dès le début des années 2000, plusieurs ingénieurs de Takata avaient identifié ce problème mais le fabricant a ignoré les rapports alarmants, quand il ne les a pas modifiés voire dissimulés pour continuer soin business comme si de rien n’était. Les premiers incidents ont ensuite été signalés aux États-Unis dès 2008, mais le scandale n’éclatera vraiment qu’au début des années 2010 après plusieurs décès suspects.

Takata a reconnu avoir dissimulé le défaut et a plaidé coupable de fraude en 2017… avant de déposer le bilan la même année. Depuis, les airbags défectueux ont causé des dizaines de morts et des centaines de blessés à travers le monde sans que ni les constructeurs, ni les pouvoirs publics ne semblent prendre les mesures adéquates : ne plus utiliser les airbags Takata, et réparer obligatoirement ceux en circulation.

Le scandale Takata révèle non seulement une défaillance technique tragique, mais aussi un symptôme plus profond : celui d’une industrie prête à sacrifier la sécurité humaine à la logique financière. Beaucoup de constructeurs ont, en effet, continué à faire appel à Takata et ses airbags aux prix compétitifs, malgré les alertes, les premiers incidents, voire les premières victimes.

Si l’on ajoute à ce scandale celui du dieselgate – le trucage des tests d’émissions polluantes des véhicules diesel pour réussir les contrôles antipollution – on ne peut que s’interroger sur une industrie qui place ses profits au-dessus de toute autre considération.

Aujourd’hui, il appartient aux constructeurs, sous le contrôle vigilant des pouvoirs publics, de sortir du déni et du silence, d’agir vraiment pour réparer leurs fautes et indemniser les victimes et leur famille. Ce sera le minimum pour espérer regagner la confiance des automobilistes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 19 juin 2025)

Rêve et réalité

trump

Personne ne sait comment le conflit qui s’est ouvert entre Israël et l’Iran, avec les frappes massives et historiques du premier sur le second le 13 juin denier, se terminera. Personne ne sait pour l’heure quelles conséquences économiques et géopolitiques pourraient provoquer à court et moyen termes un tel conflit s’il était amené à durer et à s’étendre. Personne ne sait si le peuple iranien pourrait ou non se soulever contre l’implacable régime des mollahs comme l’exhorte à le faire Benjamin Netanyahu. Et, surtout, personne ne sait ce que va faire réellement Donald Trump vers lequel tous les regards se tournent.

Même s’il en a été informé, le président américain a, d’évidence, été pris de court par la spectaculaire offensive israélienne contre l’Iran, qu’il n’a pu différer alors que des négociations sur le nucléaire iranien se déroulaient sous la houlette – et la pression croissante – des États-Unis. Avec l’offensive de Benjamin Netanyahu, Donald Trump se voit surtout contraint de revoir ses priorités pour répondre à une question aussi simple que vertigineuse : faut-il frapper l’Iran ?

Question simple car seule la force de frappe de l’armée américaine est en mesure de venir à bout des installations nucléaires iraniennes enfouies dans les montagnes et ainsi protégées des attaques israéliennes. Question vertigineuse ensuite car cela suppose donc d’engager les États-Unis dans une guerre, alors même que Donald Trump s’est fait réélire en promettant qu’avec lui, les États-Unis ne seraient plus les gendarmes du monde, ne connaîtraient plus de fiasco comme leur retrait d’Afghanistan en 2021 et que sa seule priorité serait America First, l’Amérique d’abord. Mieux, lors de son investiture le 20 janvier dernier, Trump martelait « Notre puissance mettra fin à toutes les guerres et apportera un nouvel esprit d’unité dans un monde en colère, violent et totalement imprévisible. »

Cinq mois plus tard, le monde est bien plus violent et imprévisible que Donald Trump ne l’avait imaginé et le président américain, qui n’aime rien tant que les discours simplistes, est confronté à toute la complexité des relations internationales quand il s’agit de bâtir la paix.

Lui président avait promis de mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 heures ? Le conflit né de l’agression de la Russie perdure et Vladimir Poutine semble totalement sourd aux flatteries de son homologue américain, accentuant les bombardements sur l’Ukraine. Lui président avait promis de résoudre le conflit entre Israël et le Hamas en imaginant notamment une improbable Riviera en lieu et place d’une bande de Gaza ravagée par les bombes ? Israël continue ses opérations qui indignent le monde.

Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump se rêvait en faiseur de paix en maniant une sorte de « mercantilisme géopolitique » pour négocier rapidement des « deals » au détriment d’un véritable travail de fond diplomatique. Mais cette logique transactionnelle atteint ses limites. « En fin de compte, la réalité l’emporte sur le rêve, même s’il faut un certain temps », relève son ex-conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, devenu un contempteur du trumpisme.

Pour Donald Trump, ces questions de politique étrangère sont d’autant plus dangereuses qu’elles divisent profondément sa base électorale MAGA. Avant d’agir, le président américain devrait aussi se rappeler que les guerres préventives qui font fi du droit international finissent toujours mal ; on l’a vu en 2003 avec l’intervention américaine en Irak lancée sur le mensonge des armes de destructions massives. Mais celui qui a torpillé l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama en 2015 peut-il aujourd’hui faire preuve de pondération ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 18 juin 2025)

Multiples défis

 

avion

 

Le salon du Bourget s’ouvre ce lundi dans un contexte tragique avec le crash du Boeing 787 Dreamliner d’Air India, qui a coûté la vie à 247 personnes. Cette catastrophe aérienne impacte directement le salon puisque le PDG de Boeing, Kelly Orberg, et la directrice de Boeing Commercial Airplanes, Stephanie Pope, ont décidé d’annuler leur venue. GE Aeroposace, dont les moteurs équipaient l’avion d’Air India, a décidé de réduire ses activités.

Pour Boeing, qui a connu une chute en Bourse après le crash, le coup est évidemment rude. Depuis la crise survenue en 2019-2020 lorsque ses 737 Max étaient restés vingt mois cloués au sol après les accidents d’avions des compagnies Ethiopian Airlines et Lion Air – 346 victimes au total – l’avionneur américain n’en finit plus de cumuler les déboires et semble incapable de se raccrocher à la résilience qui a caractérisé le secteur aérien ces dernières années.

L’aéronautique mondiale a subi et subit toujours de multiples pressions, mais continue, en effet, à avancer. Fortement soutenu par des aides publiques, le secteur a réussi à surmonter la pandémie du Covid-19, peut-être la plus grave crise de son histoire, mais doit faire face à de nouveaux défis, au premier rang desquels un contexte économique entré en zone de turbulences. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le secteur aérien subit, en effet, des tensions commerciales et stratégiques, notamment entre l’Europe et les États-Unis. Les droits de douane américains sur les produits aéronautiques européens imposés par Trump perturbent les chaînes d’approvisionnement et renchérissent le coût des avions. Ils poussent aussi l’Europe à revoir sa stratégie de souveraineté industrielle en matière civile comme militaire.

La transition écologique et la décarbonation constituent l’autre défi, de plus long terme. L’aviation commerciale représentant environ 5 % du réchauffement climatique, la pression est plus forte que jamais pour qu’elle réduise son empreinte carbone. Le développement de carburants alternatifs durables (SAF), la propulsion hydrogène, les avions hybrides ou électriques, ou l’utilisation de matériaux composites avancés sont au cœur des innovations qui seront abordées au Bourget. Pas suffisantes pour les ONG environnementales qui doutent que le secteur aérien puisse relever l’objectif de neutralité carbone qu’il s’est fixé à l’horizon 2050. Dénonçant un « déni climatique », elles estiment que la seule innovation technologique ne suffira pas et qu’il faudra limiter le trafic aérien.

Une perspective qui ne semble pas près d’arriver. Dans son rapport sur les « prévisions du marché mondial 2025-2044 », Airbus a estimé la croissance annuelle du trafic passagers à 3,6 % sur 20 ans, ce qui suppose un besoin de 43 420 nouveaux avions dont 34 250 monocouloirs de type A320. La flotte mondiale en service devrait dès lors quasiment doubler, passant de 24 730 avions fin 2024 à 49 210 en 2044, notamment pour répondre au trafic en forte croissance en Inde et en Asie. On passerait de 5 à 9 milliards de passagers… Selon le cabinet Roland Berger, sur le marché des avions moyens courriers, Airbus devrait voir sa part monter de 50 % aujourd’hui à 58 % en 2030, quand celle de Boeing se réduirait à 39 %.

Cette vertigineuse prévision de trafic en hausse constitue le dernier défi du secteur aérien, et particulièrement pour Airbus : comment répondre à une telle demande alors que les carnets de commandes sont pleins ? Une question qui, de surcroît, dépasse les seuls avionneurs et doit nous interroger tous collectivement sur sa soutenabilité.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 16 juin 2025)

 

Retraites : sortir de l'impasse

 

retraites

 

La semaine prochaine va s’achever le conclave sur les retraites, lancé début 2025 par François Bayrou pour améliorer la contestée réforme Borne de 2023 qui a repoussé l’âge légal de départ à 64 ans. Le Premier ministre, très critique sur la façon dont a été adoptée par 49.3 cette réforme, imaginait sans doute voir sortir du conclave la fumée blanche d’un accord à même d’apaiser ce débat éruptif qui occupe perpétuellement les débats politiques au détriment de bien d’autres sujets. Las ! On en est loin.

Entre une lettre de cadrage de Matignon imposant aux partenaires sociaux un retour à l’équilibre des comptes d’ici 2030 et un « non » catégorique de François Bayrou lui-même à tout débat sur l’âge, le conclave a perdu en route FO, la CGT et l’U2P. Et la semaine dernière, les fuites du rapport 2025 du Conseil d’orientation des retraites (COR), présidé par le très macroniste Gilbert Cette, proposant un recul à 66,5 ans en 2070 a semé un peu plus le trouble chez les partenaires sociaux restant. Au final, il ne devrait sortir du conclave que quelques ajustements pour « réparer les injustices » de la réforme Borne selon l’expression de François Hommeril (CFE-CGC). Mieux que rien sans doute mais rien ne sera donc réglé concernant le financement d’un système de retraites par répartition qui arrive, incontestablement, à bout de souffle et qui devrait encore se retrouver au cœur de la présidentielle de 2027. Le conclave aura été une occasion manquée…

Après la retraite à points promise par Emmanuel Macron qui s’était fracassée sur la pandémie de Covid-19, une autre idée fait désormais son chemin, poussée notamment par le « bloc central » et la droite : la capitalisation. Solution miracle pour ses partisans afin de colmater le trou des retraites ; ligne rouge pour la gauche qui voit là un système particulièrement inégalitaire entre ceux qui ont les moyens d’épargner et les autres, et qui se rappelle aussi combien, avant 1941, les retraites confiées à des fonds de pension privés avaient pris de plein fouet la crise de 1929.

Il n’empêche que l’introduction d’une dose de capitalisation agite les esprits et mérite qu’on la regarde avec sérieux. D’abord parce que plusieurs pays ont adopté des systèmes de retraite par capitalisation, soit comme pilier principal, soit en complément du système par répartition, comme la Suède, l’Espagne où l’Allemagne. Ensuite parce que la capitalisation existe déjà dans notre pays via des dispositifs ouverts à tous comme le PER (plan épargne retraite) ou, pour les fonctionnaires, via le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP), créé en 2005. Et, en 2001, c’est bien Lionel Jospin qui a créé le Fonds de réserve pour les retraites (FRR), qui était doté en 2023 de 21,3 milliards d’euros.

La gauche aurait d’ailleurs tout intérêt à sortir de ses batailles d’ego et se saisir du sujet pour dessiner son propre modèle de capitalisation, qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Un modèle solidaire, accessible à tous et non pas seulement aux plus aisés, à l’opposé des fonds de pensions vautours obsédés par la rentabilité. Jean Jaurès lui-même n’était pas opposé à la capitalisation qui « peut même, bien maniée par un prolétariat organisé et clairvoyant, servir très substantiellement la classe ouvrière », écrivait-il en 1909…

Il n’y a pas de solution simple à un défi aussi structurant que les retraites. À droite comme à gauche, rompre avec les caricatures et les postures paraît en tout cas urgent pour trouver un compromis républicain sur les retraites qui reste possible – à défaut d’être aujourd’hui à portée de main.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 13 juin 2025)

 

Enfance en danger

 

enfant

L’affaire de pédocriminalité qui secoue le village de Sérignac-sur-Garonne est glaçante. L’information judiciaire ouverte contre l’ancien mari d’une assistante maternelle pour des faits de viols, agressions sexuelles et exhibition sur une douzaine d’enfants de moins de trois ans, dont cette dernière avait la garde, suscite la stupeur et l’indignation de tout un village et bien au-delà. Elle provoque aussi la détresse de parents étreints d’un terrible sentiment de culpabilité ; et la colère que ces faits aient pu se produire et perdurer alors que des signaux auraient pu alerter les autorités, notamment lors d’une première plainte à l’été 2024. Cela soulève dès lors des questions sur de possibles défaillances administratives puisque l’agrément de l’assistante maternelle avait été suspendu en janvier dernier par les services de la protection maternelle infantile (PMI) du conseil départemental du Lot-et-Garonne… avant de lui être à nouveau accordé.

Cette affaire de pédocriminalité intervient aussi dans un contexte national particulier qui interroge la société tout entière sur le devoir de protection qu’elle n’a, d’évidence, pas su assurer pour ses enfants. On a ainsi l’affaire Joël Le Scouarnec, ce chirurgien de Jonza condamné mercredi 28 mai, à vingt ans de réclusion criminelle, dont deux tiers de période de sûreté, pour viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, commis entre 1989 à 2014 et méticuleusement consignés dans de sinistres carnets noirs.

On a l’affaire Bétharram, du nom de cet établissement privé catholique des Pyrénées-Atlantiques où, pendant des décennies, des élèves ont subi brimades, agressions sexuelles et viols sans que quiconque n’ait tenté d’entraver ce système avant que les premières plaintes ne soient déposées – le collectif de victimes dépasse aujourd’hui les 200 membres. L’affaire Bétharram a d’ailleurs déclenché un #MeToo de l’enseignement catholique, des drames similaires ayant été enfin dénoncés dans plusieurs autres établissements partout en France.

On a, enfin, le « scandale d’État » de l’ASE, l’aide sociale à l’enfance, pour reprendre l’expression du rapport parlementaire présenté le 8 avril dernier. La protection de l’enfance « qui hier était à bout de souffle » est « aujourd’hui dans le gouffre », alerte la commission qui dépeint des situations révoltantes où des jeunes placés sont maltraités, délaissés ou happés par des proxénètes et qui appelle à une profonde réforme de l’ASE, responsabilité des Départements depuis les années 80.

De Sérignac-sur-Garonne à Bétharram en passant par les foyers de l’ASE se dessine ainsi, dans un contexte d’omerta, le terrible tableau d’une enfance, d’une jeunesse en danger que les adultes n’arrivent pas à protéger. Dangers extérieurs quand il s’agit de prédateurs violents ou pédophiles. Mais aussi dangers intérieurs quand cette jeunesse – dont la santé mentale s’est profondément dégradée – sombre dans une ultraviolence inouïe qui va jusqu’à ôter la vie à des enseignants ou des surveillants comme hier à Nogent…

Apporter des réponses à ces drames, protéger les enfants et les adolescents, devient plus que jamais une urgence politique majeure, car qui, sinon la jeunesse, détient l’avenir du pays ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 11 juin 2025)


Protéger et former

 

cybersecurite


Il n’y a plus d’espace sûr. Ni dans nos messageries, ni dans les applications de nos téléphones, ni même dans l’ombre rassurante de nos comptes bancaires. En 2023, plus de 104 000 plaintes pour escroqueries en ligne ont été enregistrées par la plateforme Thésée. Les faux conseillers bancaires – ces imposteurs qui usurpent la voix de votre vrai conseiller, un numéro, une posture d’autorité – ont détroussé en quelques clics des milliers de Français. Derrière des scénarios bien huilés, des centres d’appels criminels s’activent, des identités sont piratées, des voix synthétiques créées, des SMS vous piègent en vous parlant de colis à récupérer ou de carte vitale à renouveler. La technologie censée nous faciliter la vie est devenue leur alliée, notre quotidien leur champ de bataille.

Ces cyberarnaques sont devenues une économie du crime, industrialisée, professionnalisée, globalisée. En cinq ans, les atteintes numériques ont augmenté de 40 % en France. Chaque jour, 750 signalements sont faits sur Perceval pour des usages frauduleux de carte bancaire. Le rançongiciel se vend comme un service et des forums clandestins hébergent logiciels malveillants et données volées. La menace est devenue protéiforme, internationale et souvent hébergée à l’abri d’États complices.

Face à cette montée en puissance, l’État se réarme. Le 30 mai, le ministère de l’Intérieur a présenté une stratégie globale de lutte contre la cybercriminalité. Pilotée par le COMCYBER-MI, elle combine détection anticipée, renforcement des enquêtes, partenariats avec les plateformes numériques, et diplomatie de la cybersécurité. Cette stratégie qui mobilise aussi en région – en Occitanie Cyber’Occ s’est associé à la plateforme cybermalveillance – reconnaît que la cybercriminalité est à la fois un prolongement de la criminalité organisée traditionnelle et un terrain d’expérimentation pour de nouveaux prédateurs.

Mais aucune stratégie ne sera pleinement efficace sans une mobilisation citoyenne. Si l’on ne peut pas empêcher les cyberpirates de tenter de nous escroquer, on peut apprendre à déjouer leurs pièges, détecter leur mode opératoire derrière un courriel anodin ou une offre trop belle pour être vraie. Cet apprentissage participe d’une culture numérique que tous les Français n’ont pas encore acquise. Une culture faite de la connaissance des bons gestes et réflexes à avoir et d’une compréhension du fonctionnement d’Internet.

Si cela doit être appris dès l’école – car savoir utiliser TikTok ou Instagram ne suffit pas – , il faut aussi former les adultes. Alors que 13 millions de Français sont aujourd’hui éloignés du numérique, l’État et les collectivités territoriales ont mis en œuvre une stratégie nationale pour lutter contre cet illectronisme, notamment avec le recrutement de 4 000 « conseillers numériques » chargés d’accompagner les usagers. Dans une société de plus en plus numérisée, la cybersécurité ne peut être seulement une affaire de police. C’est un enjeu de société, d’égalité et de formation. Il faut s’y préparer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 8 juin 2025)

Sortir des postures

émeutes

Le cortège d’une manifestation ou un rassemblement pour fêter la victoire d’un club sportif qui se terminent par des émeutes, des dégradations de mobilier urbain et de vitrines de magasins, parfois pillés, et des attaques violentes des forces de l’ordre par des hordes encagoulées dans un brouillard de gaz lacrymogènes… Les Français se sont malheureusement habitués à ces scènes-là depuis plusieurs décennies. Comme ils se sont aussi habitués aux polémiques politiciennes qui s’ensuivent, mêlant instrumentalisation démagogique, règlement de comptes politiques et critiques d’une justice supposément laxiste.

Le dernier épisode en date, qui s’est produit samedi soir à Paris à l’occasion de la victoire du PSG face à l’Inter Milan en finale de la Ligue des champions, ne fait, hélas pas exception à la règle. Au bilan édifiant – deux morts, des dizaines de blessés, plus de 600 interpellations, des rues et magasins saccagés – s’ajoutent désormais les passes d’armes politiques. Entre l’opposition et le gouvernement – c’est plutôt classique – mais aussi au sein même du gouvernement Bayrou, où la solidarité ministérielle est depuis longtemps devenue un vain mot, cédant la place à la cacophonie.

D’un côté, un ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau – qui promettait à sa prise de fonction « l’ordre, l’ordre, l’ordre » – droit dans ses bottes pour expliquer avoir fait tout ce qu’il fallait avec le préfet de police pour contenir « les barbares ». De l’autre un ministre de la Justice, Gérald Darmanin – son prédécesseur et rival – qui rappelle que, lui, avait bien organisé les JO de Paris avec le même préfet – oubliant au passage son fiasco lors du match Liverpool-Real de Madrid en 2022. Un garde des Sceaux qui, de plus, critique le niveau selon lui trop bas des premières peines prononcées par la justice contre les émeutiers et propose d’instaurer des peines planchers et de supprimer le sursis pour des primo-délinquants… à l’heure où la France détient un record de prisonniers.

On ne sait pas encore si une nouvelle loi sera présentée en septembre pour modifier le Code pénal, comme l’espère M. Darmanin, mais on a déjà la quasi-certitude que la réponse au lamentable épisode parisien ne sera que répressive. Aucune réflexion ne semble, en effet, sur la table pour interroger le maintien de l’ordre à la française qui, d’évidence, ne fonctionne pas. Aucune prise de parole politique ne semble chercher à comprendre pourquoi la France se distingue de ses voisins européens qui, eux, ne subissent pas de violences urbaines similaires.

« Face au hooliganisme, les autorités françaises ont depuis les années 80 répondu par la répression, avec notamment des dispositifs policiers toujours plus impressionnants autour des stades. Cette politique s’est révélée inefficace et doit être comparée à celles, couronnées de succès, de nos voisins britanniques et allemands », écrivait Patrick Mignon, sociologue du sport, dans une note pour la fondation Terra Nova… en 2010 ! Depuis 15 ans, rien ne semble avoir bougé, y compris après le mouvement des Gilets jaunes, où le maintien de l’ordre avait pourtant été questionné. Malgré des dispositifs policiers massifs – plus de 5 400 agents à Paris –, les forces de l’ordre se retrouvent souvent submergées par des groupes mobiles et désorganisés, rendant l’anticipation et la gestion des troubles très difficiles.

Il existe pourtant des solutions. La Convention du Conseil de l’Europe sur la violence lors des manifestations sportives recommande une approche intégrée, combinant sécurité, sûreté et services. Les exemples européens montrent l’efficacité d’approches multisectorielles, centrées sur la médiation, la prévention locale et la désescalade. La France gagnerait à revoir sa doctrine de maintien de l’ordre. Encore faut-il que ceux qui sont aux responsabilités sortent des polémiques et des postures…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 5 juin 2025)

Se tenir prêt

covid

 

Le Covid sera-t-il l’invité surprise de cet été ? Près de cinq ans après le début de cette pandémie, inédite à l’ère moderne, qui avait mis à genoux l’économie mondiale et durement éprouvé l’humanité, le surgissement d’un nouveau variant, baptisé NB.1.8.1 inquiète. Sous-lignage d’Omicron, il est classé « sous surveillance » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis le 23 mai et a déjà provoqué une flambée épidémique en Asie, particulièrement à Hong Kong, Taïwan et Singapour, où il est responsable d’une hausse marquée des cas, des hospitalisations et des décès. En Asie, il est devenu dominant dans certaines régions et continue de progresser, notamment en Chine. En Europe, sa présence reste limitée mais en augmentation, et en France, une douzaine de cas ont été détectés depuis fin avril 2025, principalement en Auvergne-Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine.

Pour l’heure, pas d’affolement mais une surveillance exigeante car la couverture vaccinale en France est jugée insuffisante, notamment chez les personnes à risque, ce qui inquiète les autorités en cas d’augmentation de la circulation de ce nouveau variant, qui présente des mutations qui pourraient augmenter sa transmissibilité et favoriser l’évasion immunitaire. Les autorités de santé se veulent rassurantes mais qui sait ce qui pourrait se passer d’ici quelques semaines ?

Cette alerte au NB.1.8.1 nous rappelle en tout cas que le Covid-19 est toujours bien présent. Si la fin de la pandémie en tant qu’urgence sanitaire mondiale avait bien été actée au printemps 2023 par l’OMS, le coronavirus n’en restait pas moins une menace pour la santé partout dans le monde. « La Covid-19 ne disparaîtra pas, et le monde continuera d’avoir besoin d’outils pour la prévenir, la détecter, et la traiter », assurait le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation qui avait mis en place le Groupement d’accès aux technologies contre la maladie (C-TAP), un partenariat multipartite visant à faciliter le partage de la propriété intellectuelle, des connaissances et des innovations. Cette année, un pas décisif a été franchi avec l’Accord mondial sur les pandémies, qui vise à renforcer la coordination et la coopération mondiales, l’équité et l’accès lors de futures pandémies, tout en respectant la souveraineté nationale.

Chaque pays doit, en effet, mieux se préparer. La France a tiré les leçons de sa gestion de la pandémie, élaboré un plan gradué en cinq stades, allant de la détection initiale à l’atténuation des effets avec une kyrielle de mesures incluant des restrictions de circulation et des confinements localisés. Mas le plan est perfectible. Selon le Global Health Security Index, la France n’atteint que 61,9/100 en matière de préparation, et chute à 45,7/100 pour la détection et le signalement précoce. Et un récent rapport de la Cour des comptes souligne des lacunes sur les stocks stratégiques de masques.

Mais surtout, face au possible rebond du Covid avec NB.1.8.1 ou face à de futures pandémies, la riposte ne peut se faire qu’avec la mobilisation de la société entière. Remettre le masque en cas de besoin, retrouver les fameux gestes barrière un peu oubliés, recourir davantage à des capteurs et purificateurs d’air, notamment dans les écoles, mieux communiquer et convaincre sur les rappels vaccinaux… Bref, devenir une société solidaire et vigilante qui se tient prête.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 3 juin 2025)