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Éditos

Toujours unis

ensemble


Depuis lundi, la France est entrée dans la troisième et dernière phase du déconfinement. Et si une seconde vague de l’épidémie du coronavirus SARS-CoV-2 est toujours possible, les Français ne se retrouveront pas à nouveau confinés, comme l’a assuré le professeur Delfraissy, président du conseil scientifique Covid-19 qui éclaire le gouvernement. Ces 55 jours de confinement, totalement inédits pour une démocratie comme la nôtre en temps de paix, auront profondément marqué les Français. Face à l’angoisse de la maladie Covid-19, ils ont fait preuve d’une mobilisation, d’une détermination et d’une résilience qui forcent le respect. Professionnalisme des personnels soignants, mais aussi de tous ceux qui ont été en deuxième ligne, livreurs, facteurs, éboueurs, caissières… auxquels on peut ajouter les policiers ou les enseignants.

Face à l’épidémie, les Français ont collectivement fait face, seuls, car obligés de rester à la maison, mais plus que jamais ensemble. Le confinement a fait émerger de magnifiques actions d’entraide, des gestes de solidarité intergénérationnelle qui ont donné corps à la fraternité jusqu’alors un peu oubliée de notre devise républicaine. Depuis le début de l’épidémie Le Groupe Dépêche a été à vos côtés pour relayer et faire connaître l’étendue de cette mobilisation. Au quotidien dans nos colonnes puis avec les suppléments #Ensemble dont nous publions aujourd’hui le quatrième numéro. Après "la région qui résiste", "la région en mouvement" et "la région qui innove", nous vous proposons "la région qui gagne". Car après la crise sanitaire se profile pour les semaines et les mois à venir une crise économique et sociale d’ampleur jamais vue. Face à elle, nous devrons continuer à être innovants et solidaires. À rester plus que jamais ensemble.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 27 juin 2020)

Respiration méritée

piscine


À l’angoisse pour leur santé et celle de leurs proches que les Français ont vécue durant le confinement a succédé le stress de l’organisation des vacances d’été. Des vacances particulièrement attendues cette année, notamment par les parents et leurs enfants : après 55 jours d’assignation à résidence, quoi de plus normal que d’avoir envie de repos pour se ressourcer, de changer de décor, de prendre un bol d’air frais à la campagne, à la montagne ou sur le littoral ? Mais organiser les séjours a été bien compliqué entre la crainte d’une seconde vague de l’épidémie du coronavirus, les injonctions contradictoires des autorités, les interrogations sur l’ouverture des lignes ariennes ou ferroviaires, la réouverture des frontières avec nos proches voisins. Dès lors l’idée de passer ses vacances en France, et même dans sa région, a fait son chemin, à la fois pour des questions pratiques, mais aussi avec l’envie de soutenir les acteurs du tourisme que sont les hôtels, les campings, les bars et les restaurants mais aussi les musées, les parcs de loisirs qui ont tous terriblement souffert du confinement. Selon une étude réalisée fin mai par l’institut de sondage OpinionWay pour Sofinco, parmi les 44 % de Français qui prévoyaient de partir en vacances cet été, une majorité d’entre eux (71 %) a ainsi choisi de rester en France, avec l’impatience de redécouvrir nos territoires.

Par conséquent, rien d’étonnant à ce que les recherches de location connaissent un véritable boom. Car louer un appartement, un bungalow ou une villa permet aussi aux familles de continuer à respecter les consignes sanitaires de distanciation sociale avec les autres vacanciers. Revers de la médaille de ce succès, la hausse des prix qui pourrait empêcher les plus modestes de partir en vacances. C’est pour répondre à cette situation que l’État et les Régions financent un "chèque vacances" dont l’idée avait été lancée par la présidente de la Région Occitanie. Carole Delga espérait d’ailleurs aller plus loin en demandant un effort de solidarité aux opulents concessionnaires d’autoroutes sur les péages cet été. En vain pour le moment, alors que cette année davantage de Français vont prendre leur voiture pour partir… Au moment où chacun s’apprête à vivre une rentrée marquée par la récession économique, il serait pourtant bon que chaque Français – et bien sûr les plus modestes – puisse partir en vacances pour prendre une respiration bien méritée.

(Editorial publié dans la Dépêche du Midi du vendredi 26 juin 2020)

En quête de consensus

5G


La 5G est-elle en train de devenir le nouveau Linky ? La question mérite d’être posée car le déploiement de la 5e génération de la téléphonie mobile commence à provoquer le même type de débats que ceux qui entourent déjà depuis plusieurs années le compteur électrique communicant. Méfiance de la population à l’égard de cette nouvelle technologie, inquiétude de parlementaires sur la nocivité pour la santé humaine des ondes électromagnétiques émises, controverses virulentes entre scientifiques, poids des lobbys industriels, impatience des opérateurs, mais aussi dégradations d’antennes qui se multiplient avec parfois des revendications anticapitalistes primaires, le tout sur fond de théories conspirationnistes dont les plus échevelées ont fait ces derniers mois un lien entre la 5G et la progression de l’épidémie du coronavirus… N’en jetez plus !

Cette incapacité à accueillir sereinement, avec sang froid, une innovation qu’elle soit médicale, technologique ou scientifique, est devenu une constante. Les faits – c’est-à-dire l’état de nos connaissances à un instant T – sont quasi systématiquement contestés, parfois de bonne foi, mais trop souvent par un tombereau de fake news contre lesquelles il est de plus en plus difficile de lutter. Entre d’un côté le principe de précaution absolu au nom duquel il faudrait empêcher toute forme de recherche scientifique (sur les OGM par exemple), toute innovation potentiellement utile pour l’Homme ; et de l’autre des industriels, des scientifiques ou des politiques qui réclament d’aller le plus vite possible sans étudier les impacts, il pourrait – il devrait – y avoir un juste milieu qu’on peut appeler le principe de réalité, autour duquel tous les acteurs d’un dossier se réuniraient pour rechercher le consensus en admettant que le "risque zéro" n’existe pas.

Chacun peut apporter sa pierre. Sur la téléphonie mobile, les associations écologiques, par leur action déterminée, ont obligé les industriels à abaisser les normes d’émission tant des téléphones mobiles que des antennes. Les élus locaux, soucieux de répondre à l’inquiétude légitime de leurs administrés, ont édicté l’élaboration de règles nouvelles pour l’implantation d’antennes, créant des zones davantage protégées comme les écoles. Et les industriels ont remis sur le métier leur technologie pour l’adapter à de nouvelles normes plus strictes et ce faisant l’améliorer.

Ce chemin de crête est exigeant, difficile, mais il est le seul valable pour ne pas se priver d’outils indispensables pour l’avenir. Car la 5G est tout sauf un débat franco-français ou européen. Cette technologie emporte avec elle une dimension géopolitique majeure dans laquelle la Chine est leader. Incapable d’avoir su construire des géants du numérique qui sont quasiment tous américains et d’avoir préservé l’avance technologique qu’elle a longtemps eue en matière de télécoms, l’Europe peut-elle rater le train de la 5G ? Il en va de sa souveraineté et de sa crédibilité…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 juin 2020)

Tourner la page

vote


Quelle élection ! On connaissait le Jour le plus long, 2020 nous aura offert la campagne électorale la plus longue et la plus inédite. Elle va enfin s’achever dans six jours avec l’organisation du second tour des municipales qui reste encore plein d’inconnues avec un risque d’abstention massif . C’est peu dire que le coronavirus aura bousculé notre démocratie locale, celle qui permet pourtant d’élire l’homme ou la femme préféré des Français : leur maire. Après un premier tour organisé à la veille d’un confinement jamais vu du pays et marqué par une abstention historique, la campagne électorale s’était mise en sommeil, ne sachant d’ailleurs si elle pourrait reprendre. Les maires sortants candidats à leur réélection ont redoublé de présence sur le terrain pour rassurer leurs administrés face à la pandémie quand ceux dont c’était le dernier mandat ont dû jouer les prolongations. Les challengers, de leur côté, ont dû souvent se résigner à ne faire que de la figuration. Tous les candidats ont toutefois amendé leurs programmes pour tenir compte des nouvelles priorités imposées par le Covid-19 afin de préparer "le monde d’après". Une nouvelle donne où les sujets comme la santé, l’environnement, la relance économique locale sont désormais en tête des préoccupations. Les alliances de second tour, qui ont tantôt été surprenantes ou laborieuses, ont également redessiné le paysage politique. Laminés par la présidentielle de 2017, le Parti socialiste et les Républicains ont montré la pertinence de leur ancrage local, les listes écologistes et citoyennes se sentent pousser des ailes pour ravir des métropoles, suscitant des "fronts anti-Verts", tandis que la République en marche, à force d’atermoiements et d’alliances illisibles à droite ou à gauche se prépare au choc d’une berezina.

Après cette si longue élection perce aussi l’envie de passer à autre chose, de clore la séquence municipale, de tourner la page pour entamer comme une nouvelle ère. Emmanuel Macron, qui ne s’étendra sans doute pas sur le résultat calamiteux qui attend son parti, entend d’ailleurs reprendre la main dès le lendemain du second tour. Le 29 juin, le chef de l’Etat recevra les 150 membres de la Convention citoyenne sur le climat qui ont rendu hier leurs propositions afin de leur apporter une réponse. Un référendum à questions multiples pourrait ainsi ouvrir l’Acte III du quinquennat. Pour cette dernière séquence avant la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a esquissé un plan pour que la France retrouve "l’indépendance" et pour "reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire" dans un cadre européen. Reste que le référendum est à double tranchant ; l’histoire a montré que les Français répondaient davantage à celui qui pose la question qu’à la question elle-même…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 22 juin 2020)

Espoir et inquiétude

journal


Le coup de théâtre survenu au début du mois dans l’affaire de la disparition de la petite Maddie est à la fois porteur d’espoir et d’inquiétude.

Porteur espoir pour toutes les familles en quête de vérité qui vivent au quotidien la douleur d’avoir perdu un enfant, un proche dont elles sont sans nouvelles depuis parfois des années, ou bien qui endurent l’attente de voir le meurtrier de leur enfant arrêté et jugé pour pouvoir faire leur deuil. Ces parents, comme ceux de la petite Maddie, refusent de baisser les bras et affrontent avec dignité la lenteur et la complexité des enquêtes, souvent minées par de fausses pistes. Les familles des victimes peuvent heureusement compter sur la détermination et la ténacité des enquêteurs, policiers et gendarmes, des juges d’instruction ou des associations qui ne peuvent se résoudre à ce que des disparitions d’enfants ou d’adultes ne deviennent des "cold cases", ces affaires irrésolues qui restent suspendues, parfois des années, avant la découverte d’un fait nouveau de nature à les relancer, sous un éclairage différent. Chaque année, le ministère de l’Intérieur, en, France, enregistre en moyenne plus de 40 000 disparitions. Si 30 000 personnes sont retrouvées, 10 000 disparitions sont classées inquiétantes dont un dixième concerne des mineurs.

Si le dernier rebondissement dans l’affaire Maddie montre qu’il ne faut donc jamais désespérer pour que la vérité éclate, il souligne aussi les failles de ces enquêtes hors normes, particulièrement lorsque celles-ci ont une dimension internationale. Que le principal suspect dans la disparition de Maddie ait pu échapper à une arrestation il y a sept ans et n’ait jamais été inquiété en dépit des éléments l’incriminant découverts au fil des ans, pose question. L’enquête devra déterminer si cela relève d’un terrible raté isolé ou si les moyens mis en œuvre au niveau européen pour lutter efficacement contre les réseaux pédophiles sont insuffisants.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 21 juin 2020)

Fierté partagée

A380


C’était le dernier convoi, autant dire presque le dernier voyage pour l’Airbus A380 dont les dernières pièces ont été convoyées par la route vers Toulouse dans la nuit de mercredi à jeudi, sur le fameux itinéraire à grand gabarit. Le géant des airs, dont les derniers exemplaires sortiront des chaînes de montage de l’avionneur européen l’année prochaine, aura marqué son époque et ouvert un chapitre important de l’histoire de l’aéronautique mondiale. Lancé au tournant du siècle, l’A380 – qui aura coûté quelque 30 milliards d’euros, surcoûts compris – était "une décision risquée", prise sans savoir ce que le marché allait réellement devenir. Un pari osé qui s’est révélé infructueux. L’A380 devait répondre à la congestion du trafic, mais en dépit d’un triplement de celui-ci en 15 ans, les aéroports n’ont pas été saturés. Il ambitionnait de relier le monde entier, mais ne pouvait pas atterrir partout compte tenu des infrastructures dont il avait besoin et donc des investissements que devaient faire les aéroports pour pouvoir accueillir un tel superjumbo. Il portait la promesse de faire des économies avec ses deux ponts, mais les compagnies ont souvent peiné à remplir l’avion en basse saison, et le coût de l’appareil est devenu trop important après la crise financière de 2008. Il était un géant, mais le marché préférait des bimoteurs plus performants, plus économes chez Boeing et même chez Airbus avec l’A350.

Tel l’Albatros de Baudelaire, magnifique dans le ciel, pataud sur terre, l’A380 s’est ainsi révélé être une prouesse technologique mais un cuisant échec commercial. Il ne saurait toutefois se résumer à cela. L’A380 a été un instrument fort pour souder les différentes composantes européennes d’Airbus ; il a permis à l’avionneur européen de devenir un géant, d’épater le monde et de faire la fierté de l’Europe comme de notre région. Ce programme a aussi permis à Airbus d’acquérir un savoir-faire qui fait que sans l’A380, cet avion mal né, Airbus n’en serait pas là où il est aujourd’hui.

Le dernier convoi de la nuit passée est venu rappeler combien l’A380 a été une incroyable épopée aéronautique, à une époque où elles se font rares. Une formidable aventure humaine, qui a réuni des milliers de compagnons, auxquels le PDG d’Airbus Guillaume Faury a rendu hommage en étant sur le passage du convoi, et dont certains avaient leur visage affiché sur le dernier tronçon de fuselage de l’A380. Aventure humaine aussi pour tous les habitants des villages du Sud-Ouest traversés par ces impressionnants convois.

La nuit dernière, ils étaient descendus nombreux dans les rues pour saluer un moment historique et dire notre émotion et notre fierté partagée.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 19 juin 2020)

Nous tenir prêts

coronavirus


Parce que le confinement a lourdement pesé sur les populations qui y ont été contraintes et parce qu’il a durablement impacté les économies des pays touchés par l’épidémie du coronavirus, le retour à la normale, à la vie d’"avant", était, logiquement, le premier souhait de tous, particulièrement en Europe à l’approche de la saison touristique. "Nous allons donc pouvoir retrouver le plaisir d’être ensemble, de reprendre pleinement le travail mais aussi de nous divertir, de nous cultiver", assurait Emmanuel Macron dimanche soir en annonçant aux Français le passage en vert de tout le territoire métropolitain.

Un soulagement qui a aussi étreint l’Italie, l’Espagne et de nombreux autres pays européens qui ont commencé à rouvrir leurs frontières, leurs écoles et leurs restaurants. Le fil de notre quotidien a ainsi repris peu à peu et, très vite, les restrictions sanitaires strictes que nous avons scrupuleusement respectées pendant trois mois nous semblent presque lointaines et, pour certains d’entre nous, sont perçues comme superflues.

Et pourtant… L’épidémie n’est pas terminée. Elle ravage l’Amérique du Sud, nouvel épicentre de la Covid-19, et le virus continue de circuler partout, à bas bruit ou de façon très soutenue. Depuis ce week-end, des hausses de contaminations survenues en Inde, en Iran, et surtout en Chine – où l’on pensait avoir triomphé du virus né à Wuhan fin 2019 – commencent à inquiéter et questionnent les scientifiques. Prémices d’une deuxième vague ou simple rebond épidémique ?

La prudence, pour l’heure, est de mise chez les épidémiologistes, mais elle doit être mère de sûreté. C’est-à-dire qu’en attendant l’arrivée d’un vaccin dont la course s’accélère, il faut que nous respections, si pesants soient-ils, les gestes barrière et la distanciation physique, et que nous portions à chaque fois que cela est utile un masque – d’autant plus qu’il y en a en quantité suffisante pour tous. Ne pas relâcher notre vigilance et apprendre à vivre avec le virus doit être notre leitmotiv, d’autant plus que le coronavirus pourrait bien être saisonnier. "Il est certain que nous serons amenés à retrouver le SARS-CoV-2 dans les années à venir" assure le professeur Yves Buisson, président du groupe Covid-19 à l’Académie de médecine.

Le retour de ce virus qui a paralysé le monde ou l’apparition probable d’un nouveau virus qui surviendrait dans les mois et les années à venir doivent nous inciter à vivre avec cette menace et à nous tenir prêts.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 18 juin 2020)

Irremplaçable école

ecole


La fin effective du confinement et le passage de la France métropolitaine en vert ont permis au président de la République d’annoncer dimanche soir la réouverture complète des crèches, des écoles et collèges pour lundi 22 juin, "de manière obligatoire et selon les règles de présence normale." Pour la communauté éducative s’achèvera ainsi dans six jours une longue période aussi inédite qu’historique, qui l’aura mise à rude épreuve.

Épreuve d’abord lors du confinement où il a fallu mettre en place en un temps record la classe à la maison, une solution d’urgence via internet. L’école à distance, à domicile, n’a pu fonctionner qu’avec le professionnalisme des enseignants qui se sont pliés en quatre, parfois avec peu de moyens et en endurant les bugs de la plateforme, pour conserver les liens avec leurs élèves et entre leurs élèves. Beaucoup auraient apprécié dimanche un hommage présidentiel à leur engagement… Cette classe à la maison a aussi été possible grâce aux parents d’élèves qui se sont transformés du jour au lendemain en professeurs de leurs enfants, du mieux qu’ils ont pu.

Épreuve ensuite pour l’école à partir du 11 mai lors du déconfinement et de la complexe réouverture partielle des classes, avec un protocole sanitaire draconien qui s’est révélé pour beaucoup de maires un vrai casse-tête. Une date décidée et assumée par Emmanuel Macron au nom de la lutte contre le décrochage scolaire, qui s’est fait jour pour près de 500 000 enfants. Décision critiquée car certains y ont surtout vu le moyen de faire revenir plus vite les parents au travail, mais décision éminemment nécessaire car au-delà de l’apprentissage, de la découverte et de la transmission des savoirs, l’école est un lieu de socialisation où se construisent peu à peu les conduites propres à l’exercice de la citoyenneté.

Le retour à la normale pour l’école le 22 juin – ne serait-ce que pour deux semaines – est donc une bonne chose pour peu que le protocole sanitaire soit allégé tout en garantissant la sécurité des élèves et des personnels. Ce retour doit aussi signer la prééminence de l’Education nationale. Car on a vu émerger pendant le confinement une multitude de solutions de soutien plus ou moins sérieuses, des expérimentations que certains voudraient bien pérenniser. On voit ici et là fleurir des écoles alternatives avançant pêle-mêle les noms prestigieux de Montessori et Freinet. À l’heure où l’on parle d’universalisme, il n’est pas inutile de rappeler l’importance et le rôle unique et irremplaçable de l’école républicaine laïque, gratuite et obligatoire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 17 juin 2020)

Rendez-vous en juillet

macron


Depuis que l’on savait qu’Emmanuel Macron allait s’exprimer hier à 20 heures devant les Français, beaucoup se perdaient en conjectures. Qu’allait annoncer le chef de l’Etat, lui qui avait promis de "se réinventer" pour que "le jour d’après ne ressemble pas au jour d’avant" ? Deux ans avant la présidentielle, quel cap allait-il fixer, quel chemin allait-il montrer ? Plus social et moins libéral ? Plus écologique ?

Les instruments dont dispose le président de la République étant variés mais comportant tous des risques, certains ont évoqué un référendum, y compris à plusieurs questions, quitte à prendre le risque que les Français répondent davantage à celui qui pose la question qu’à la question elle-même. D’autres parlaient d’une dissolution. Jacques Chirac l’a tentée sur les conseils de Dominique de Villepin en 1997 avec le résultat inverse de celui attendu : une cohabitation de cinq ans avec Lionel Jospin. Certains enfin tablaient sur l’annonce classique d’un remaniement, plus aisé bien sûr, mais tellement attendu. Et cette semaine, la folle rumeur d’une démission de la présidence pour se représenter dans la foulée et reconquérir l’Elysée a agité le microcosme politique.

Las ! Hier après une intervention calibrée de 30 minutes, Emmanuel Macron nous a comme laissé s sur notre faim. Pas d’annonce choc, pas de message historique, pas de "réinvention" spectaculaire. Le chef de l’Etat s’est contenté finalement – mais ce n’est pas rien ! – d’acter la fin du confinement, estimant, à raison que "Nous allons retrouver pour partie notre art de vivre, notre goût de la liberté. En somme, nous allons retrouver pleinement la France".

Si Emmanuel Macron a eu des mots forts – mais attendus – en hommage au comportement des Français durant l’épidémie, ou en réaction aux manifestations contre le racisme et les violences policières, il aura juste esquissé l’acte III de son quinquennat : "Retrouver notre indépendance pour vivre heureux et vivre mieux". Un plan qui passera par la volonté de "reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire" dans un cadre européen. Un plan d’évidence difficile à bâtir, car pour Emmanuel Macron il s’agit de ne rien renier des débuts plus libéraux du quinquennat tout en endossant désormais les habits d’un Président plus protecteur, plus social et plus écologique. En convaincra-t-il les Français ? Rendez-vous en juillet.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 15 juin 2020)

Évolution

tendelle
Photo Pierre Challier


Le déconfinement qui a commencé il y a un mois signifie aussi le retour au débat démocratique sur tous les domaines qui avaient été mis sous l’éteignoir. Celui autour des très controversées chasses traditionnelles vient de reprendre d’une façon spectaculaire avec la tribune d’une soixantaine de parlementaires appelant à ce que la France mette un terme à des chasses jugées aussi cruelles que contraires à l’aspiration de la majorité des Français à prendre en compte le bien-être animal et la protection de la biodiversité. Déterrage des blaireaux, chasse à la glu ou à la tendelle, les députés et sénateurs veulent en finir avec ces pratiques "archaïques" qui provoquent "un stress majeur, une mise à mort souvent indigne et/ou une dimension non sélective qui frappe des espèces non-cibles, parfois protégées." Et d’appeler à ce que la chasse du XXIe siècle soit " moderne et éthique", et bien sûr compatible avec les textes européens de protection des oiseaux signés par la France.

Cette polémique sur les chasses traditionnelles agace, à raison les représentants des chasseurs, qui y voient une nouvelle tentative de discréditer la chasse dans son ensemble à l’heure où les demandes de permis sont en hausse. Ces chasses traditionnelles – pratiquées par une petite minorité de personnes arc-boutées sur "la tradition", mais qui donnent aussi lieu à du braconnage – ne reflètent en rien, estiment-ils, les engagements des chasseurs pour la nature. La gestion et la régulation des espèces, l’entretien et l’aménagement des milieux, la participation à des interventions sanitaires sont autant d’actions bénévoles menées par les chasseurs qui contribuent, assurent-ils, à la préservation des milieux.

Dès lors pour mieux mettre en avant ces actions importantes et reconnues, ne serait-il pas temps d’évoluer sur le sujet, d’aller dans le sens de l’histoire, et d’arrêter les pratiques qui nuisent à l’image de la chasse ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 14 juin 2020)

Résilience

decazeville
Decazeville. Photo Dr Brains 


Depuis la fusion en 2013 de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon, la région Occitanie apparaît comme une région dynamique, attractive, pleine d’avenir entre mer et montagne. L’aéronautique à Toulouse, le littoral méditerranéen sont des atouts qui séduisent chaque année de nouveaux habitants, c’est incontestable. Mais derrière l’énergie de cette vaste région se trouve aussi une autre réalité que vient souligner la dernière enquête publiée par l’Insee hier. Depuis 50 ans, en effet, des territoires d’Occitanie se dépeuplent au sein même de nos 13 départements, faute d’emplois suffisants pour permettre à ceux qui le souhaitent de rester au pays ou à d’autres de vouloir s’y installer. 63 des 215 bassins de vie – cette unité correspondant au plus petit territoire sur lequel les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants – sont ainsi en souffrance depuis plusieurs années après avoir été des poumons de la région.

Decazeville, Carmaux, Lavelanet, Mazamet, Saint-Affrique ou Saint-Girons… : autant de noms qui font résonner les grandes heures d’une histoire industrielle française glorieuse, qui s’est achevée dramatiquement par des secteurs sinistrés dans les mines, la métallurgie, le textile ou le cuir. La fin de ces activités s’est produite en même temps que l’agriculture – autre bastion économique en Occitanie – s’est radicalement transformée, voyant les exploitations s’agrandir et se mécaniser. La vie dans ces bassins en a été durablement bouleversée, leur développement socio-économique en a été foncièrement entravé.

En dépit de leur histoire et de leur situation actuelle, ces territoires perdus d’Occitanie ont fait preuve d’une résilience remarquable. Ceux qui y vivent n’ont cessé de se réinventer, d’innover, d’avancer avec une solidarité et une volonté qui forcent le respect, et un sens de l’entraide que la crise du Covid-19 a parfaitement souligné. À l’heure où se construit le Monde d’après, où l’on parle de relocalisations et de circuits courts, ces 63 territoires occitans méritent plus que jamais toute notre attention et le soutien des décideurs.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 13 juin 2020)

Patrimoine menacé

caneton
Canetons mulards élevés en semi liberté. Photo Ethique & Animaux L214

Les différents plans de relance et de soutien égrenés ces dernières semaines par le gouvernement ont touché les secteurs clés de l’économie française : automobile, tourisme, numérique, aéronautique, etc. Des milliards d’euros ont été débloqués pour soutenir, à raison, ces grands secteurs en difficultés après le long confinement imposé par l’épidémie de coronavirus et sauver de la récession qui vient un maximum d’emplois. D’autres filières pourtant, plus modestes en nombre, vivent également des jours difficiles et la filière du foie gras en est assurément une. D’autant plus que cette dernière, qui fait vivre environ 30 000 familles, notamment dans des zones rurales, et représente près de 100 000 emplois directs et indirects – ce n’est pas rien – essuie cette saison une multitude de déconvenues économiques et sociétales qui font de 2019-2020 une annus horribilis.

Le premier écueil vient des conséquences de la loi sur l’Alimentation, dite loi Egalim. Cette loi de fin 2018 qui vise à rétablir l’équilibre des relations commerciales entre producteurs et grande distribution, a durement touché la filière foie gras en encadrant les promotions que les grandes enseignes peuvent faire. Si un tel plafonnement est louable pour certains produits, pour le foie gras qui est très saisonnier, cela a constitué un premier coup dur.

Deuxième écueil, les actions des associations de défense des animaux, comme Peta et L214 et de nombreuses associations antispécistes, qui dénoncent à coups d’actions chocs ou de vidéos les méthodes de gavage jugées "cruelles et inhumaines"… sans tenir compte de tous les efforts des producteurs français pour prendre en compte le bien-être animal, contrairement à leurs "collègues" d’Europe de l’Est…

Troisième écueil, les menaces venant des Etats-Unis. Si le foie gras a échappé aux surtaxes décidées par Donald Trump fin 2019, il a été interdit de vente en Californie et plus récemment à New York.

Quatrième écueil, le confinement, donc, qui a fait fermer les restaurant dont l’activité permet d’écouler les stocks tout au long de l’année.

Enfin, cinquième écueil, le risque toujours présent d’un possible retour de la grippe aviaire. On se souvient que le virus H5N8 avait décimé les élevages français durant l’hiver 2016-2017 et porté un coup terrible aux producteurs.

On le voit, la filière du foie gras, du magret et du confit, fait donc face à de multiples difficultés.
Peut-on la laisser dans une telle situation ? Peut-on laisser péricliter une filière qui produit l’un des symboles de la gastronomie française, un mets qui remonte à l’Egypte ancienne, un élément inscrit à notre patrimoine culturel et gastronomique ?
Poser la question, c’est bien sûr y répondre. Et chacun de nous détient une clé de la réponse en consommant du foie gras hors de la seule période des fêtes de fin d’année et en privilégiant les producteurs locaux. Ils comptent sur nous.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 12 juin 2020)

Irréconciliables

ours


La présence de l’ours dans les Pyrénées ? Sans doute une bataille sans fin entre les partisans de la présence des plantigrades et les éleveurs excédés par les prédations. Deux camps irréconciliables qui se font face sans se comprendre ou si peu. Vingt-quatre ans après l’arrivée de Ziva dans les Pyrénées, le dossier ours est donc toujours aussi clivant et aucun des gouvernements qui se sont succédé n’a su mettre en place les conditions d’un dialogue fructueux pour résoudre cette aporie. La cohabitation entre l’homme et l’ours est pourtant réalisable : la mission d’inspection des ministères de l’Agriculture et de l’Écologie avait rendu un rapport en ce sens en mars 2019, et l’exemple d’une cohabitation réussie existe bien en Slovénie. Mais en France, les Pyrénées restent un champ de bataille au sens figuré comme au sens littéral avec la mort par balle d’un ours découvert en Ariège mardi.

Deux logiques s’affrontent avec chacune sa légitimité. D’un côté donc, les partisans de l’ours. Caricaturés en bobos parisiens déconnectés – ce qu’ils ne sont évidemment pas tous puisque beaucoup vivent dans les Pyrénées de longue date – ils défendent la préservation de la biodiversité, un trésor pour l’humanité que la France s’est d’ailleurs engagée à défendre. De l’autre côté, des éleveurs, eux aussi caricaturés en butors butés incapables d’évoluer – ce qu’ils ne sont évidemment pas tous, là aussi – qui veulent pourtant simplement vivre dans ces Pyrénées en élevant leurs bêtes dans la nature généreuse de leurs montagnes.

Tous les gouvernements ont essayé de tisser le dialogue entre ces deux communautés qui partagent pourtant chacune à leur manière l’amour des Pyrénées. Et tous les gouvernements ont échoué : un nouveau lâcher d’ours pour conforter la population d’ursidés et c’est le tollé chez les éleveurs ; un moratoire pour permettre aux éleveurs de souffler face aux prédations et c’est la bronca dans le camp d’en face. Spécialiste du " en même temps ", Emmanuel Macron a promis en janvier dernier de renoncer à toute nouvelle réintroduction après un discret double lâché fin 2018. La mort d’un ours rouvre donc un dossier où la voie du compromis n’a toujours pas été trouvée en un quart de siècle. Il serait sans doute temps que les hommes de bonne volonté de part et d’autre se retrouvent pour sortir de l’impasse.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 11 juin 2020)

Redécoller

avion


Emmanuel Macron, qui a commencé son mandat dans la cour du Louvre, sait mieux que quiconque la force des symboles. Dès lors, beaucoup ont été surpris qu’hier ce ne soit pas le chef de l’Etat en personne qui dévoile, comme il l’avait fait pour l’automobile, le plan de soutien à la filière aéronautique – l’une des plus sinistrées par l’épidémie du coronavirus. Et d’autres ont été déçus, de surcroît, que la présentation de ce plan se fasse à Paris plutôt qu’en Occitanie, épicentre de l’aéronautique européenne dont Toulouse est fière d’être la capitale…

Si, sur la forme, le symbole a d’évidence été loupé, sur le fond, en revanche, le plan de soutien semble être à la hauteur avec 15 milliards d’euros mobilisés, même s’il convient de souligner que 7 milliards iront au soutien d’Air France et que 3,5 milliards sont des garanties export à rembourser plus tard par les compagnies aériennes… Le soutien reste cependant massif – comme pour l’automobile (8 milliards d’euros) ou le tourisme (18 milliards) – qui atteste que le gouvernement a pris à rebours le leitmotiv d’Emmanuel Macron : on passe ainsi de "libérer, protéger" à "protéger, libérer".

Protéger d’abord les emplois : c’est la priorité absolue, l’urgence même quand on sait que sans une intervention rapide de l’Etat 100 000 postes du secteur, a minima, se seraient retrouvés menacés de disparition, un tiers de l’effectif total. Aider les grands groupes comme leurs PME sous-traitantes relevait donc du bon sens, surtout si l’on mesure combien les salariés de l’aéronautique contribuent, particulièrement à Toulouse et dans plusieurs villes d’Occitanie, à l’économie locale et tout simplement à la vie locale. Lancer un fonds d’investissement de 500 millions d’euros, piloté par quatre grands groupes industriels – Airbus, Safran, Dassault et Thales – afin de préserver les savoir-faire de la filière française et d’améliorer la compétitivité des PME, est aussi une bonne chose.

Protéger donc, mais libérer aussi. Libérer les initiatives, les projets, les accélérer même et en faire une contrepartie aux aides reçues de l’Etat. Car il s’agit pour l’aéronautique française et européenne de se projeter très rapidement dans le monde aérien d’après en mobilisant sa recherche pour inventer l’avion de demain. Un avion plus écologique, plus sobre pour répondre au défi de la décarbonation du trafic aérien mondial et contrecarrer aussi les ambitions de la Chine et des Etats-Unis.

La pandémie, comme l’assure Emmanuel Macron, est "une opportunité historique de reconstruire notre économie et notre société sur de nouvelles bases". Pour l’aéronautique, elle peut agir comme un touch-and-go : après avoir été plaquée à terre, la filière doit préparer le redécollage…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 10 juin 2020)

Tsunamis

Graeme MacKay


On ne dira jamais assez l’importance des dessinateurs de presse pour saisir une situation. Le 11 mars dernier, alors que l’épidémie du coronavirus se propage dans le monde, Graeme MacKay, dessinateur pour le journal canadien The Hamilton Spectator, publiait un "cartoon" très partagé ensuite sur les réseaux sociaux. On y voit une ville où quelqu’un livre un conseil "Assurez-vous de vous laver les mains et tout ira bien". La ville est alors sous la menace d’une vague "Covid-19", elle-même en passe d’être engloutie par une autre vague plus grosse marquée "récession". Ce dessin, prémonitoire, a depuis été détourné par certains qui ont rajouté une troisième vague, "changement climatique".

Ces dessins illustrent simplement la situation complexe qui nous attend. Alors que l’épidémie est "sous contrôle" en France depuis la semaine dernière selon le Conseil scientifique, nous allons faire face à un tsunami socio-économique ravageur dont on commence à mesurer l’ampleur. Un déficit qui chute à 11 % du PIB, une dette publique qui explose, une croissance qui se ralentit et un chômage qui a connu une hausse spectaculaire : la France est en passe de faire face à une "récession historique" jamais vue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à présent, grâce à notre Etat social qui a joué le rôle d’amortisseur, notamment avec le mécanisme du chômage partiel, on a évité un "écroulement" de notre économie, pour reprendre le mot d’Edouard Philippe. Mais demain ? Des secteurs entiers sont dans des situations périlleuses, l’habillement, l’automobile, la culture, le tourisme, l’aéronautique… Le gouvernement, tout comme l’Europe, planche sur des plans de relance massifs ; demain, Emmanuel Macron annoncera des mesures en faveur de la filière aéronautique. Tout cela est évidemment nécessaire mais ne sera sans doute pas suffisant pour empêcher des plans sociaux et les drames familiaux qu’ils entraînent…

La pandémie du Covid-19 nous impose de revoir nos façons de penser, tant pour répondre à la vague de la récession qu’à celle du changement climatique, aux inquiétudes des chefs d’entreprise qu’à celle des Français – plus de 4 actifs sur 10 ont peur de perdre leur emploi… Certains, à droite, reprennent les vieilles recettes, raniment le débat sur l’abrogation des 35 heures ou proposent d’amputer les salaires en échange d’un maintien de l’emploi. Face à ces solutions court-termistes, il existe d’autres possibilités.

Emmanuel Macron, qui se doit de réussir la fin de son quinquennat, l’a parfaitement théorisé ce samedi : "Le monde d’après sera résolument écologique. Je m’y engage. Nous le bâtirons ensemble. Nous avons une opportunité historique de reconstruire notre économie et notre société sur de nouvelles bases, de nous réinventer, d’investir dans un avenir décarboné." Le Président a souvent déçu en matière d’écologie avec son "Make your planet great again" peu suivi d’effets ; c’est peu dire que sur cette croissance verte, il est attendu et n’a plus droit à l’erreur.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 8 juin 2020)

Tous en classe

ecole


Lorsqu’Emmanuel Macron avait annoncé la réouverture des écoles pour le 11 mai, un vent d’incompréhension avait traversé le pays, inquiétant les parents, les enseignants et les élus locaux. Les enfants, qu’on croyait alors particulièrement contaminants, devaient-ils se retrouver ensemble ? Comment les enseignants allaient pouvoir faire classe avec une partie de leurs élèves à l’école et l’autre à la maison ? Comment les mairies allaient pouvoir en si peu de temps réaménager leurs locaux pour respecter un protocole sanitaire très strict ? L’argument du décrochage de certains élèves pendant le confinement, invoqué par le ministre Jean-Michel Blanquer, ne passait pas et beaucoup dénonçaient une décision cynique pour pouvoir remettre les parents au travail à l’heure où l’économie française filait vers une récession historique. Et pourtant…

Maintenant que les dernières études ont montré que les enfants étaient bien moins contaminateurs qu’on ne le pensait, et que le protocole sanitaire peut être allégé ; maintenant que la polémique du 11 mai est derrière nous, la communauté éducative mesure l’impact qu’a eu le confinement sur les élèves et l’urgence qu’il y a à revenir à l’école, ne serait-ce que pour quelques semaines.

« L’école à la maison » a été une extraordinaire solution d’urgence, mobilisant les parents qui se sont transformés en maîtres pour leurs enfants, et les enseignants qui, à distance, ont déployé des trésors d’inventivité pour maintenir le lien entre leurs élèves. Mais cette opération, qui était nécessaire, a été aussi un amplificateur des inégalités scolaires – qui étaient déjà là – comme vient de le démontrer une enquête nationale. La catégorie sociale et le niveau d’études des parents, l’environnement du logis familial, la difficulté ou la facilité dans la maîtrise des outils numériques ont approfondi les inégalités entre élèves là où l’école fait tout pour les corriger. 4 % d’élèves – soit 500 000 enfants – seraient ainsi passés « sous le radar » durant le confinement.

Mais au-delà de ces décrocheurs qui mériteront une attention particulière, ce sont tous les élèves qui ont été affectés par l’isolement du confinement. L’école est bien sûr le lieu de l’apprentissage, de la découverte, de la transmission des savoirs, mais c’est aussi un lieu de socialisation où l’on apprend la citoyenneté.

Cette vie scolaire, essentielle pour les enfants, a été mise entre parenthèses par l’épidémie. Il est temps de la retrouver.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 7 juin 2020)

Restons unis

ensemble


Depuis le 2 juin et la réouverture si attendue des cafés, bars et restaurants, c’est un peu de la vie d’avant que l’on retrouve. Bien sûr, l’épidémie n’est pas encore terminée, il convient toujours de respecter les règles sanitaires de distanciation sociale et les gestes barrières, mais l’horizon s’éclaircit à l’approche de l’été… avant peut-être de redevenir sombre avec la crise sociale et économique qui semble se dessiner.

De cette longue période de confinement, de ses 55 jours d’assignation à résidence – chose inimaginable et inédite dans une démocratie comme la nôtre – il y a aura beaucoup de leçons à tirer. Mais on peut d’ores et déjà en détacher un enseignement : cette crise a fait ressortir le meilleur en chacun de nous. Des applaudissements aux soignants tous les soirs à 20 heures, des mercis à toutes ces professions (facteurs, livreurs, routiers, caissières, femmes de ménage, éboueurs, etc.) jusqu’alors oubliées voire méprisées ont accompagné de formidables actions de solidarité, d’entraide et – osons le mot – de fraternité.

Dans notre région, ses villes et ses villages, des milliers d’initiatives ont ainsi vu le jour, bénévoles et désintéressées, avec pour seule ligne directrice l’envie d’être utile aux autres, personnels soignants, personnes malades, fragiles ou voisins isolés.

Nous avons relayé dans nos colonnes toutes ces actions humanistes et généreuses. Après « la région qui résiste », « la région en mouvement », nous vous proposons « la région qui innove » avec ce troisième numéro d’«#Ensemble ». Car déjà, dans le monde d’après qui se prépare, on a tous envie que cette solidarité citoyenne perdure.

Plus que jamais, restons unis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 6 juin 2020)

Fiasco

laboratoire


Au début de l’épidémie du coronavirus, un film de Steven Soderbergh sorti en 2011 s’est retrouvé propulsé en tête des plateformes de vidéo à la demande : Contagion. Ce long-métrage raconte comment un virus mortel né en Asie se propage partout dans le monde, provoquant des millions de morts et la panique dans une population prête à céder à toutes les théories du complot avant que l’on ne trouve un vaccin. Cette fiction, étonnamment prémonitoire, est aujourd’hui dépassée par la réalité de l’épidémie que nous traversons avec le scandale qui ébranle la communauté scientifique, après la publication par The Lancet d’un étude biaisée sur la chloroquine, cette molécule dont on ne sait toujours pas avec certitude si elle peut constituer un traitement pertinent ou non contre le coronavirus SARS-CoV-2.

La prestigieuse revue médicale s’est, d’évidence, fait abuser par une start-up inconnue jusque là, Surgisphere, qui lui a fourni des données en nombre prétendûment issues de centaines d’hôpitaux. Le prestige de la revue et les conclusions inquiétantes de l’étude – la chloroquine a non seulement aucun effet sur la maladie Covid-19 mais elle augmente fortement les risques de décès des patients – ont conduit l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les autorités de plusieurs pays dont la France à prendre des décisions aussi rapides que radicales en interrompant les autorisations de prescription et les essais cliniques. Ce n’est que grâce à l’opiniâtreté de quelques chercheurs mués en lanceurs d’alerte, qui ont passé au peigne fin l’étude du Lancet, qu’on a découvert que les données étaient potentiellement falsifiées, décrédibilisant du coup l’étude, désormais retirée, contraignant l’OMS à faire machine arrière, et ravivant la controverse autour de la chloroquine, notamment en France entre les partisans et les contempteurs du professeur Raoult, ce dernier ne cachant évidemment pas sa joie...

Ce fiasco, qui intervient alors que l’épidémie est loin d’être terminée dans le monde, est finalement, hélas, l’aboutissement de semaines d’emballement au cours desquelles les scientifiques travaillant sur le Covid-19 ont subi des pressions de toutes parts. Pressions politiques, pression médiatique des chaînes d’information en continu en recherche permanente du buzz, pressions feutrées des lobbys pharmaceutiques ou tonitruantes des complotistes sur les réseaux sociaux, et pression aussi des scientifiques entre eux, on le voit avec le professeur Raoult qui se vit en franc tireur marseillais vertueux face à des mandarins parisiens qui lui en voudraient personnellement...

L’espoir de trouver le plus rapidement possible le meilleur traitement avant un vaccin est évidemment légitime pour des populations qui ont peur du virus meurtrier. Mais le temps de la science ne peut être le temps politique et médiatique. En voulant s’immiscer trop vite dans le débat, sans suffisamment de vérifications, The Lancet a jeté le soupçon sur la communauté scientifique et miné un élément fondamental, particulièrement dans le contexte d’une pandémie : la confiance des citoyens dans la science.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 6 juin 2020)

Le cauchemar américain

floyd


En quelques jours les Etats-Unis ont donné au monde deux visages, comme l’avers et le revers d’une même médaille : le rêve américain avec un self made man, Elon Musk, qui parvient en vingt ans à peine à bâtir une entreprise spatiale capable d’envoyer à nouveau des hommes dans l’espace ; le cauchemar américain où l’on voit une nation divisée et fracturée comme jamais avec un racisme endémique terrifiant dont sont victimes depuis trop longtemps les Afro-Américains.

Ce n’est, hélas, pas la première fois que des émeutes secouent l’Amérique. On se souvient de celles de 1968 qui suivirent l’assassinat de Martin Luther King, de celles qui embrasèrent le pays en 1991 après le tabassage de Rodney King à Los Angeles, ou encore de celles de Baltimore en 2015 en réaction à la mort de Freddie Gray. La mort de George Floyd le 25 mai, après qu’un officier de police de Minneapolis,Derek Chauvin, s’est agenouillé sur son cou pendant 8 minutes et 46 secondes sera-t-elle le drame de trop ?

En tout cas, il ne faudra pas compter sur Donald Trump pour répondre aux revendications légitimes des Afro-Américains. Réunis depuis 2013 dans le mouvement Black Lives Matter (la vie des Noirs compte), ils veulent évidemment moins de racisme dans les rangs de la police en particulier et de la société en général, et réclament plus d’égalité sociale. À l’heure du Covid-19 où le pays traverse une crise sanitaire majeure qui a fait plus de 100 000 morts et une crise économique jamais vue depuis 1929 avec près de 40 millions de chômeurs, le président Trump a choisi de jeter de l’huile sur le feu en ne s’adressant qu’à son camp, à coups de tweets incendiaires. Bible en main, reprenant le slogan de Nixon Law and Order (la loi et l’ordre), menaçant de faire intervenir l’armée pour endiguer de spectaculaires pillages qui ne sauraient masquer les manifestations monstres pacifiques, Trump compte, d’évidence, sur le chaos pour dissimuler ses erreurs de gestion et rebondir pour remporter l’élection présidentielle de novembre. Mais ce président qui avait mis un signe égale entre les suprémacistes blancs surarmés et les antiracistes lors des manifestations de Charlottesville en 2017, peut-il l’emporter face à la lame de fond du mouvement d’indignation qui s’étend dans le pays ? Nixon avait été élu en 1968, donc tout est possible. Mais "rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu" disait Victor Hugo. Après l’abolition de l’esclavage, de la ségrégation, des discriminations au plan juridique, les Afro-Américains veulent l’égalité réelle, maintenant.

Leur combat dépasse d’ailleurs les frontières américaines et, via la puissante caisse de résonance des réseaux sociaux, essaime partout dans le monde. En France, certains font ainsi un parallèle entre les exactions racistes, les méthodes d’une partie de la police américaine et la façon dont les forces de l’ordre françaises ont été impliquées dans des violences inédites sous la Ve République contre des Gilets jaunes ou de jeunes hommes comme Adama Traoré, mort après un placage ventral.

La France n’est pas l’Amérique, tous les policiers ne sont heureusement pas racistes, mais le Défenseur des droits Jacques Toubon a récemment dressé un constat très sombre des contrôles d’identité répétés et abusifs et dénoncé une "discrimination systémique" par la police, à Paris.

Ce combat contre le racisme et pour l’égalité, où qu’il se déroule, reste en tout cas un combat universel, de longue haleine, qui doit être mené par tous ceux qui, comme Jaurès, estiment qu’"il n’y a qu’une race : l’humanité."

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 4 juin 2020)

Fusions et frictions

mairie
Mairie de Serres-Castet dans les Pyrénées-Atlantiques. Photo Marcel Roblin (Wikipedia)


Depuis hier et le dépôt des listes pour le second tour des élections municipales, qui se tiendra le 28 juin, la France retrouve le fil de sa vie démocratique brutalement interrompu par le confinement après un premier tour que d’aucuns – a posteriori – regrettent qu’il ait été organisé. Ce retour du débat politique reste une bonne chose car la démocratie locale ne pouvait être confinée plus longtemps, ne serait-ce que pour que les collectivités puissent lancer d’indispensables chantiers.

Ce très long entre-deux tours – qui aurait d’ailleurs pu ne jamais finir si les élections avaient été entièrement reportées pour toutes les communes – a donné lieu à de multiples tractations, des mains tendues puis refusées, des coups de chaud et des coups de mou, bref toute une cuisine politique, une tambouille d’appareils nécessaire mais qui a tendance à agacer les Français. Sans préjuger des résultats finaux, la constitution des listes de second tour a aussi donné une bonne photographie du paysage politique, à deux ans de la course vers l’Elysée...

Laminés par la présidentielle de 2017, la droite et la gauche semblent – enfin – sortir la tête de l’eau. Les Républicains comme le Parti socialiste redeviennent audibles, forts de leur ancrage local, du bilan de leurs maires sortants – deux solides bases qui font cruellement défaut à La République en Marche – mais aussi de leur action pour gérer la crise du coronavirus. À droite comme à gauche, on espère ainsi conforter ses bastions voire conquérir quelques villes.

Mais à l’heure de nouer les alliances du second tour, droite et gauche ont dû prendre en compte la poussée des écologistes. Portés par leur score aux Européennes, mais aussi par la préoccupation des Français de plus en plus aiguë pour les questions environnementales, les Verts entendent bien transformer enfin dans les urnes municipales une situation qui est à leur avantage, et se poser autant que faire se peut en arbitres. Ainsi, une ligne de fracture s’est dessinée : d’un côté des alliances entre les Verts et leurs anciens partenaires de la gauche plurielle, en dépit de quelques exceptions comme à Lille, Strasbourg ou Toulouse où les écologistes ont trop fait monter les enchères ; et de l’autre côté, un front du refus, porté par la droite, qui redoute de voir arriver aux commandes des villes des majorités vertes-rouges radicales adeptes de décroissance et d’ "écologie punitive".

Dans cette mécanique, le Rassemblement national comme La République en Marche – les deux premiers des Européennes – ont raté le coche. Hormis Perpignan, le RN a revu à la baisse ses ambitions. De son côté, LREM, dont la stratégie d’alliance au premier tour est apparue incohérente, semble perdue. Après un premier tour catastrophique, le parti présidentiel, qui rêvait de s’enraciner avec les municipales, se retrouve en porte-à-faux sur la forme et sur le fond. Sur la forme, alors qu’elle voulait incarner le dépassement politique "et de droite et de gauche", LREM n’est apparue que comme le supplétif de majorités sortantes de droite, dès le premier tour comme à Toulouse ou pour le second à Bordeaux ou à Lyon. Sur le fond, le parti se retrouve embarqué dans des listes dont le discours est souvent aux antipodes de celui que veut tenir Emmanuel Macron par exemple sur l’environnement… Réagissant à cette stratégie illisible, Stéphane Séjourné, ex-conseiller du Président, a estimé qu’il préférait "perdre une élection" que sceller des alliances avec "une droite rétrograde, à l’opposé de nos valeurs."

Envisager de perdre une élection, sans doute le plus difficile pour un parti qui n’a que trois ans d’existence, mais une leçon politique qui vaut pour tout le monde.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 3 juin 2020)

Nécessaire solidarité

passeport


Après plusieurs semaines de confinement – 55 jours en France – pour endiguer la propagation du coronavirus meurtrier, la situation s’améliore peu à peu et la perspective de voir la fin de l’épidémie se rapproche enfin. Les Européens, dont beaucoup ont difficilement vécu ces assignations à résidence, veulent désormais – c’est bien naturel – renouer avec la vie d’avant et, à l’approche de l’été, penser aux vacances qui auront cette année un double mérite. D’abord soulager autant que faire se peut, en famille, les épreuves psychologiques du confinement alors que la rentrée s’annonce difficile avec la récession qui menace. Ensuite, soutenir l’un des secteurs les plus impactés par l’épidémie : le tourisme.

Alors que l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) prévoit une réduction de 20 % à 30 % des arrivées internationales, ce qui représente une perte de 280 à 420 milliards d’euros pour le secteur du voyage au niveau mondial, en Europe, l’été est une saison cruciale avec 360 millions d’arrivées représentant 150 milliards d’euros en moyenne. Si le tourisme contribue à près de 10 % du PIB de l’Union européenne, et représente une source essentielle d’emplois et de revenus, il constitue surtout un écosystème complexe et fragile, qui participe de la vie quotidienne et du mode de vie de tous les Européens ; car restaurants, cafés, loisirs sont utilisés autant par les touristes que par les locaux.

On comprend donc que chaque Etat membre de l’Union ait construit des plans d’aides massifs – 18 milliards d’euros en France – pour ce secteur si important et ait envie de rouvrir le plus rapidement possible ses frontières pour faire revenir la clientèle étrangère… quitte à confondre vitesse et précipitation. Alors que les frontières extérieures de l’espace Schengen sont fermées jusqu’au 15 juin, certains pays ont d’ores et déjà annoncé la réouverture des leurs, sans aucune concertation avec les autres Etats ou avec des accords particuliers avec un ou deux pays voisins. Ce déconfinement égoïste, en ordre dispersé, met ainsi à l’épreuve la solidarité européenne. La Commission, présidée par Ursula von der Leyen, a eu raison de rappeler qu’il ne saurait y avoir de discrimination entre pays et régions qui connaissent des conditions épidémiologiques similaires. S’il est légitime pour chaque pays de promouvoir ses atouts touristiques pour sa propre population comme pour les futurs visiteurs étrangers, il convient aussi de ne pas déroger à la libre circulation des citoyens au sein de l’UE, qui reste l’une des conquêtes les plus importantes de l’Europe et un principe fondateur de son identité qui doit être préservé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 2 juin 2020)

Retrouvailles

restaurant


Demain, pour des centaines de milliers de restaurateurs, le jour se lèvera enfin avec la réouverture de leurs établissements au public. Depuis l’arrivée du coronavirus et la fermeture, le 14 mars au soir, de tous les bars et restaurants du pays, en prélude au confinement instauré trois jours plus tard, le secteur de l’hôtellerie-restauration a été l’un de ceux qui ont le plus souffert des restrictions sanitaires. Et sans doute aussi l’un de ceux qui vont le plus souffrir de la récession qui vient, car tous les établissements ne pourront pas s’adapter aux nouvelles règles sanitaires de distanciation sociale. Contrairement aux grandes structures qui peuvent réaménager leurs salles ou multiplier les services, les petits restaurants ne peuvent, en effet, pousser leurs murs, et beaucoup n’auront pas l’opportunité de créer ou d’élargir leurs terrasses. La livraison de repas ou la préparation de plats à emporter, expérimentées durant la crise par certains, ne saurait être une solution pérenne. Ainsi 40 % des cafés-restaurants pourraient in fine ne jamais se relever de l’épreuve du Covid-19. Au pays de la gastronomie, on mesure l’hécatombe que constitueraient toutes ces faillites…

"Ce virus n’aime pas l’art de vivre à la française", avait résumé fin avril Emmanuel Macron en recevant en visioconférence de grands chefs étoilés et les représentants du secteur, avant d’assurer de son soutien toute la profession via un plan d’aides. Les collectivités locales, qui savent l’importance que jouent les restaurants dans l’attractivité touristique, ont aussi imaginé des plans de soutien. Ces aides sont évidemment nécessaires mais pas suffisantes, et seule une mobilisation générale de tous permettra de sauver les restaurants.

Les Français, n’en doutons pas, seront au rendez-vous. Car s’il s’agit, en retournant au restaurant, de sauver économiquement les établissements, il en va aussi de l’idée que l’on se fait de notre vie sociale. Du café crème du matin jusqu’au dîner en amoureux le soir, du déjeuner de travail au repas entre copains, du restaurant populaire de quartier à l’établissement étoilé, du café du commerce où l’on refait le monde à la grande brasserie où tout le monde défile, les cafés-restaurants font non seulement partie de notre culture nationale mais ils sont l’un des éléments irremplaçables de notre quotidien. Attendues par tous depuis des semaines, les retrouvailles, demain, entre les Français et leurs cafés-restaurants montreront bien l’attachement réciproque à cet art de vivre à la française.

(Editorial du publié dans La Dépêche du Midi du lundi 1er juin 2020)

Reconquête spatiale

space x


"Là où il y a une volonté, il y a un chemin" disait Albert Camus. Sorte d’Howard Hughes du XXIe siècle ou d’incarnation du superhéros de BD "Iron man", le milliardaire américain Elon Musk – aussi fantasque que visionnaire, aussi agaçant que fascinant, aussi talentueux que présomptueux – en apportera sans doute la preuve ce soir lorsque sa capsule Dragon propulsera deux astronautes depuis cap Canaveral vers la station spatiale internationale. Le moment sera alors triplement historique et va inaugurer une véritable reconquête spatiale pour les Etats-Unis. Historique pour Space X bien sûr, cette société privée fondée par Musk en 2002 et qui dépoussière le secteur. Il n’y avait, pour s’en rendre compte, qu’à voir les deux astronautes dans leurs combinaisons high-tech se glisser dans une capsule épurée qui fait passer les modules Soyouz pour des antiquités… Elon Musk rapproche la science-fiction de la réalité et retrouve le souffle et l’enthousiasme de l’épopée spatiale des missions Apollo, il y a cinquante ans. Historique aussi pour la Nasa, l’agence spatiale américaine, qui s’ouvre à un solide partenariat avec le privé pour aller plus vite et plus loin dans des projets que son budget contraint ne le lui permettait jusqu’alors. Historique, enfin, pour les Etats-Unis qui, grâce à Space X, regagnent leur autonomie d’accès à l’espace et peuvent désormais se passer des Russes pour déployer leurs ambitions – nombreuses – dans les étoiles.

Car cette première mission Space X inaugure une nouvelle ère spatiale que Donald Trump a parfaitement cernée. Dans ce "new space", on ne compte plus seulement les acteurs historiques – les agences spatiales américaine, russe, japonaise ou européenne – mais de nouveaux venus aux dents longues : que ce soit des Etats comme la Chine ou l’Inde, ou les géants d’internet qui investissent des milliards de dollars sur de réelles innovations. Les États-Unis comme la Russie ont bien compris les dangers que représentent les nouveaux entrants, et les deux puissances pionnières entendent bien rétablir dans l’espace leur prééminence, notamment militaire. "Nous devons dominer l’espace", a martelé à plusieurs reprises le président américain depuis son élection, quitte à s’asseoir sur le Traité de l’Espace de 1967 qui stipule que l’activité spatiale ne peut être poursuivie qu’à des fins pacifiques.

Face à la privatisation et à la marchandisation rampantes qu’induit ce "new space", on entend peu l’Europe. L’ancien patron d’Airbus, Tom Enders, s’en était alarmé auprès d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel pour leur réclamer une vision spatiale claire. L’Europe n’a évidemment pas à rougir car elle a lancé de magnifiques programmes spatiaux, au premier rang desquels Ariane, et contribue à l’exploration de Mars avec des outils clés dont certains conçus à Toulouse. Mais à l’heure de cette reconquête spatiale, il lui manque sans doute l’incarnation, le souffle et le récit qu’ont su retrouver les Etats-Unis.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 30 mai 2020)