Accéder au contenu principal

En quête de consensus

5G


La 5G est-elle en train de devenir le nouveau Linky ? La question mérite d’être posée car le déploiement de la 5e génération de la téléphonie mobile commence à provoquer le même type de débats que ceux qui entourent déjà depuis plusieurs années le compteur électrique communicant. Méfiance de la population à l’égard de cette nouvelle technologie, inquiétude de parlementaires sur la nocivité pour la santé humaine des ondes électromagnétiques émises, controverses virulentes entre scientifiques, poids des lobbys industriels, impatience des opérateurs, mais aussi dégradations d’antennes qui se multiplient avec parfois des revendications anticapitalistes primaires, le tout sur fond de théories conspirationnistes dont les plus échevelées ont fait ces derniers mois un lien entre la 5G et la progression de l’épidémie du coronavirus… N’en jetez plus !

Cette incapacité à accueillir sereinement, avec sang froid, une innovation qu’elle soit médicale, technologique ou scientifique, est devenu une constante. Les faits – c’est-à-dire l’état de nos connaissances à un instant T – sont quasi systématiquement contestés, parfois de bonne foi, mais trop souvent par un tombereau de fake news contre lesquelles il est de plus en plus difficile de lutter. Entre d’un côté le principe de précaution absolu au nom duquel il faudrait empêcher toute forme de recherche scientifique (sur les OGM par exemple), toute innovation potentiellement utile pour l’Homme ; et de l’autre des industriels, des scientifiques ou des politiques qui réclament d’aller le plus vite possible sans étudier les impacts, il pourrait – il devrait – y avoir un juste milieu qu’on peut appeler le principe de réalité, autour duquel tous les acteurs d’un dossier se réuniraient pour rechercher le consensus en admettant que le "risque zéro" n’existe pas.

Chacun peut apporter sa pierre. Sur la téléphonie mobile, les associations écologiques, par leur action déterminée, ont obligé les industriels à abaisser les normes d’émission tant des téléphones mobiles que des antennes. Les élus locaux, soucieux de répondre à l’inquiétude légitime de leurs administrés, ont édicté l’élaboration de règles nouvelles pour l’implantation d’antennes, créant des zones davantage protégées comme les écoles. Et les industriels ont remis sur le métier leur technologie pour l’adapter à de nouvelles normes plus strictes et ce faisant l’améliorer.

Ce chemin de crête est exigeant, difficile, mais il est le seul valable pour ne pas se priver d’outils indispensables pour l’avenir. Car la 5G est tout sauf un débat franco-français ou européen. Cette technologie emporte avec elle une dimension géopolitique majeure dans laquelle la Chine est leader. Incapable d’avoir su construire des géants du numérique qui sont quasiment tous américains et d’avoir préservé l’avance technologique qu’elle a longtemps eue en matière de télécoms, l’Europe peut-elle rater le train de la 5G ? Il en va de sa souveraineté et de sa crédibilité…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 24 juin 2020)

Posts les plus consultés de ce blog

Champs de batailles

L'agriculture est-elle devenue un champ de bataille ? En tout cas, le débat houleux sur les pesticides, et plus particulièrement le glyphosate, concentre – au détriment souvent d'autres thématiques – tous les enjeux et les contradictions de notre époque autour de l'alimentation, de la lutte contre le réchauffement climatique et de la préservation de la biodiversité. Et le moins que l'on puisse dire est que les positions sont tranchées, frontales, quasi irréconciliables entre les défenseurs de l'environnement et de la santé publique d'un côté, les agriculteurs et les industriels de l'autre, et les agences sanitaires au milieu dont l'impartialité et l'indépendance ne sont pas au plus haut… Le débat est d'autant plus vif que les avis scientifiques autour desquels toutes les parties auraient pu logiquement se retrouver peinent à se frayer un chemin dans un débat public où les opinions surpassent les faits et où les infox des réseaux sociaux et les …

Le revers de la médaille

Les gagnants de la seconde édition du Loto du patrimoine ont été dévoilés mardi par le ministre de la Culture Franck Riester. 103 projets ont ainsi été retenus sur 835 candidats, et s'ajoutent aux dix-huit déjà annoncés en mars dernier. Cette multiplication de candidatures, cet engouement populaire souligne, si besoin en était, l'attachement des Français à leur patrimoine. Un attachement que l'on mesure d'ailleurs chaque année en septembre lors des Journées du patrimoine – initiative française lancée en 1984 et devenue depuis européenne – qui battent à chaque édition des records de fréquentation. Attachement au patrimoine que l'on retrouve de la même façon lors des émissions de radio ou de télévision consacrées à l'histoire et aux monuments, qui apportent régulièrement de très belles audiences aux chaînes.

Enfin, l'attachement des Français au patrimoine a connu un retentissant éclat lors de l'incendie du toit de Notre-Dame de Paris. L'élan de génér…

Les armes dans la peau

Coup sur coup deux nouvelles fusillades ont été perpétrées ce week-end aux états-Unis. Deux tueries de masse qui ont fait des dizaines de morts et de blessés et qui portent leur nombre, terrible, à 251 depuis le début de l'année 2019, selon un décompte de l'association Gun Violence Archive. Autrement dit, peu ou prou, il ne se passe pas un jour outre-Atlantique sans que des innocents, hommes, femmes, enfants, ne soient tués par balle, que ce soit par des déséquilibrés, des militants suprémacistes blancs, des adeptes de l'état islamique ou tout simplement des citoyens lambda qui décident de régler leurs problèmes par arme à feu. Dans n'importe quel pays au monde, la répétition de tels drames déboucherait sur une prise de conscience collective et, surtout, sur des changements législatifs profonds pour que cela ne se reproduise plus. Pas aux états-Unis.

Ce grand pays a, d'évidence, les armes dans la peau, d'autant plus que leur usage est inscrit noir sur blanc da…