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Quelle élection ! On connaissait le Jour le plus long, 2020 nous aura offert la campagne électorale la plus longue et la plus inédite. Elle va enfin s’achever dans six jours avec l’organisation du second tour des municipales qui reste encore plein d’inconnues avec un risque d’abstention massif . C’est peu dire que le coronavirus aura bousculé notre démocratie locale, celle qui permet pourtant d’élire l’homme ou la femme préféré des Français : leur maire. Après un premier tour organisé à la veille d’un confinement jamais vu du pays et marqué par une abstention historique, la campagne électorale s’était mise en sommeil, ne sachant d’ailleurs si elle pourrait reprendre. Les maires sortants candidats à leur réélection ont redoublé de présence sur le terrain pour rassurer leurs administrés face à la pandémie quand ceux dont c’était le dernier mandat ont dû jouer les prolongations. Les challengers, de leur côté, ont dû souvent se résigner à ne faire que de la figuration. Tous les candidats ont toutefois amendé leurs programmes pour tenir compte des nouvelles priorités imposées par le Covid-19 afin de préparer "le monde d’après". Une nouvelle donne où les sujets comme la santé, l’environnement, la relance économique locale sont désormais en tête des préoccupations. Les alliances de second tour, qui ont tantôt été surprenantes ou laborieuses, ont également redessiné le paysage politique. Laminés par la présidentielle de 2017, le Parti socialiste et les Républicains ont montré la pertinence de leur ancrage local, les listes écologistes et citoyennes se sentent pousser des ailes pour ravir des métropoles, suscitant des "fronts anti-Verts", tandis que la République en marche, à force d’atermoiements et d’alliances illisibles à droite ou à gauche se prépare au choc d’une berezina.

Après cette si longue élection perce aussi l’envie de passer à autre chose, de clore la séquence municipale, de tourner la page pour entamer comme une nouvelle ère. Emmanuel Macron, qui ne s’étendra sans doute pas sur le résultat calamiteux qui attend son parti, entend d’ailleurs reprendre la main dès le lendemain du second tour. Le 29 juin, le chef de l’Etat recevra les 150 membres de la Convention citoyenne sur le climat qui ont rendu hier leurs propositions afin de leur apporter une réponse. Un référendum à questions multiples pourrait ainsi ouvrir l’Acte III du quinquennat. Pour cette dernière séquence avant la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a esquissé un plan pour que la France retrouve "l’indépendance" et pour "reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire" dans un cadre européen. Reste que le référendum est à double tranchant ; l’histoire a montré que les Français répondaient davantage à celui qui pose la question qu’à la question elle-même…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 22 juin 2020)

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