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Éditos

Risque zéro

  

crash

Les crashs d’avions existent malheureusement depuis les débuts de l’aviation mais ces dernières années, il arrive que le grand public les découvre quasiment en direct, filmés par les téléphones portables de témoins qui publient les vidéos instantanément sur les réseaux sociaux. En cette fin 2024, coup sur coup deux crashs d’avions ont ainsi pu être filmés.

Mercredi on a vu un Embraer de la compagne Azerbaijan Airlines, qui effectuait une classique liaison entre Bakou et Grozny, en perdition, se fracasser au sol au Kazakhstan, sa carlingue coupée en deux. Le bilan est lourd avec 38 morts, mais 29 personnes ont survécu au crash. Quatre jours plus tard, c’est un autre accident aérien qui a surgi sur nos écrans : un vol de la compagnie Jeju, effectuant une liaison entre Bangkok et Séoul, a tenté un atterrissage d’urgence. Sans train d’atterrissage opérationnel, le Boeing 737-800 a glissé au sol et fini son dérapage incontrôlable contre un mur. Terrible bilan avec 179 morts et deux miraculés.

Dans le premier cas, il a très rapidement été établi que l’appareil avait essuyé des tirs extérieurs provenant du territoire russe. Bakou accuse d’ailleurs Moscou d’avoir voulu camoufler sa responsabilité. Devant l’évidence, Vladimir Poutine a esquissé des excuses et fera sans doute payer un lampiste pour donner le change.

Dans le second cas, qui constitue la pire catastrophe aérienne de l’histoire de la Corée du Sud, on se retrouve face à une nouvelle énigme. Les premiers éléments de l’enquête, encore parcellaires, dessinent les contours d’une terrible succession d’événements. Une collision avec des oiseaux, phénomène redouté des pilotes et responsable de nombreux incidents graves dans l’histoire de l’aviation, aurait d’abord perturbé le vol. Mais c’est surtout une possible défaillance du système hydraulique qui intrigue les enquêteurs. Ce système, capital pour le déploiement du train d’atterrissage, aurait été totalement inopérant lors de l’approche finale.

Cette tragédie pose une question cruciale : Boeing, et plus largement l’industrie aéronautique, parviennent-ils vraiment à regagner la confiance des voyageurs après des années de scandales et d’incidents techniques ? L’avionneur américain traverse déjà, et depuis maintenant plusieurs années, une crise majeure, entre les déboires de son 737 MAX et les récents incidents techniques qui ont émaillé l’actualité. Bien que le 737-800 impliqué dans l’accident soit un modèle différent et réputé fiable, ce nouveau drame pourrait saper davantage la réputation de Boeing, déjà affaiblie.

À l’heure où des millions de personnes prennent l’avion pour les fêtes de fin d’année, ces deux crashs spectaculaires et tragiques ont marqué à raison l’opinion. Pourtant, ils doivent être replacés dans un contexte global : le transport aérien reste l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde. En 2023, pour 4,7 milliards de passagers transportés, on ne dénombrait que 0,17 accident mortel par million de vols. Cette sécurité remarquable, priorité tant des avionneurs que des compagnies aériennes et fruit de décennies d’innovations et d’apprentissages, montre que le transport aérien continue de tendre vers le risque zéro, qui restera toujours hors d’atteinte.

 

Ecosystème à revoir

toulouse

Des ascenseurs en panne, des travaux mal réalisés, des charges qui s’envolent… Le tableau n’est que trop familier pour de nombreux copropriétaires français, qui pointent du doigt leur syndic. Et les témoignages accablants que nous publions attestent d’inadmissibles dysfonctionnements.

Longtemps considéré comme le garant du bon fonctionnement de nos immeubles, le syndic se retrouve aujourd’hui au centre de toutes les critiques. Et pour cause puisqu’une enquête menée par la DGCCRF, en 2021 et 2022, sur 457 établissements de syndics a révélé des anomalies dans… 313 d’entre eux ! Non-respect du contrat-type, facturations abusives, manque de transparence… La liste des griefs est longue et édifiante.

Mais ne nous y trompons pas, les syndics ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Les copropriétaires eux-mêmes ont aussi leur part de responsabilité. Une étude récente du ministère de la Justice indiquait que 82 % des conflits entre copropriétaires et syndics sont dus à des impayés, avec une augmentation de 29 % des contentieux liés à cela entre 2007 et 2017. Ces retards ou défauts de paiement des charges demeurent ainsi une source majeure de tension qui met à mal l’équilibre financier et la vie des copropriétés.

Ce cercle vicieux est d’autant plus préoccupant que de nombreuses copropriétés sont déjà en situation précaire. Un rapport du Sénat sur la paupérisation des copropriétés en 2024 estime qu’environ 115 000 d’entre elles seraient en difficulté. Face à cette fragilité croissante, la nécessité d’une meilleure détection et prévention des difficultés, ainsi que d’un accompagnement renforcé des syndics dans leur mission, apparaît comme une évidence.

Pourtant, force est de constater que certains syndics, notamment les plus importants comme Foncia, semblent davantage préoccupés par leur rentabilité que par leurs obligations. La gestion opaque, le manque de communication sur les informations financières et la prise de décisions unilatérales sont autant de reproches régulièrement formulés par les copropriétaires.

Face à ces constats alarmants, le législateur a bien tenté de réagir. La loi du 10 avril 2024 introduit des mesures visant à simplifier la gestion des copropriétés et à faciliter l’exécution des travaux d’entretien. Mais ces réformes seront-elles suffisantes pour enrayer la machine infernale ? Une solution plus radicale commence à faire son chemin : devenir son propre syndic pour économiser sur les frais de gestion. Mais cela nécessite un investissement personnel important et cette solution n’est pas à la portée de toutes les copropriétés, notamment les plus grandes ou celles nécessitant une expertise technique pointue.

Au final, on voit bien qu’il est temps de repenser en profondeur le modèle économique et organisationnel des syndics professionnels. La professionnalisation accrue du métier de syndic, une meilleure régulation du secteur et pourquoi pas la création d’un label qualité indépendant et incontestable pour les syndics les plus vertueux, pourraient être des pistes à explorer. Il est également crucial de responsabiliser davantage les copropriétaires, en les formant peut-être et en les impliquant plus activement dans la gestion de leur bien commun.

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 29 décembre 2024)


Réforme maudite

retraites


Depuis 2017, tel le sparadrap du capitaine Haddock, la réforme des retraites n’en finit pas d’occuper le débat public. Son adoption au forceps l’an passé par 49-3 à l’Assemblée nationale, sans véritable débat et contre l’avis des Français et des syndicats, a marqué au fer rouge la politique d’Emmanuel Macron et pèsera d’évidence lorsqu’il s’agira de faire son bilan politique.

Tout avait pourtant bien commencé. Lors de son premier quinquennat, Emmanuel Macron avait osé proposer une petite révolution pour en finir avec les réformes qui s’enchaînaient depuis des années sans jamais régler le problème du financement : changer de système avec la retraite par points. Les Français semblaient plutôt favorables à cette réforme systémique… avant qu’Edouard Philippe n’en fasse une urticante réforme paramétrique financière avec un déjà vu recul de l’âge de départ. Le projet de loi remanié s’était alors soldé – déjà – par un 49-3 avant de sombrer face à la pandémie de Covid. Une fois celle-ci passée, l’élection présidentielle de 2022 avait timidement acté la nécessité de faire une nouvelle réforme. Elisabeth Borne s’y est attelée avec le succès que l’on sait.

La promulgation de la loi de 2023 massivement contestée dans la rue n’a toutefois pas éteint la polémique. D’un côté les syndicats ont continué à marquer leur opposition et ceux de la SNCF, entre autres, sont parvenus à « contourner » le report d’âge par un accord social, au grand dam du gouvernement qui, en rétorsion, n’a pas renouvelé le mandait du PDG de l’entreprise ferroviaire Jean-Pierre Farandou. D’un autre côté, des études sur l’impact de la réforme ont pointé ses effets bien plus modestes qu’attendu sur la résorption des déficits et la limitation des dépenses quand elle ne pénalise pas certains salariés comme les seniors.

Neuf mois après l’entrée en vigueur de la réforme, les élections législatives anticipées de l’été dernier ont refait des retraites un thème majeur d’affrontement entre l’exécutif sortant et les oppositions. Le Nouveau Front populaire a ainsi proposé d’« abroger immédiatement » le report de l’âge légal, ajoutant même « l’objectif commun du droit à la retraite à 60 ans. » Le RN plaidait de son côté en faveur d’une abrogation, avant de faire volte-face en expliquant que la réforme serait révisée plus tard. Dans la nouvelle Assemblée élue, plus éclatée que jamais, les oppositions ont tenté en vain d’abroger la réforme lors de leurs niches parlementaires ; une entreprise bloquée par l’obstruction des macronistes.

La nomination de François Bayrou à Matignon laissait espérer une évolution, mais le centriste – qui estimait pourtant que « rien n’a été clairement expliqué » avec la réforme de 2023 – a refusé à la gauche le gel de la réforme qu’elle réclamait. Le nouveau Premier ministre s’est toutefois dit prêt à « trouver des compromis » avec les partenaires sociaux et a rappelé qu’il était un militant… de la retraite à points Retour à la case départ…

Reste que basculer de l’actuel régime général à un régime à points nécessiterait des années de lissage et encore faudrait-il que tous les syndicats soient d’accord, ce qui n’est pas le cas. La situation est pourtant urgente compte tenu de la démographie française. Des alternatives de financements existent. On pourrait même imaginer muscler le fonds de réserve pour les retraites justement créé par le gouvernement Jospin en 1999.

Mais il y a de fortes chances qu’à la prochaine élection présidentielle, on parle encore – au détriment de tant d’autres sujets – des retraites, cette réforme maudite…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 28 décembre 2024)


Le bras de fer

 

ukraine

 

On a si souvent parlé de tournant dans la guerre en Ukraine lorsqu’un événement d’ampleur semblait rebattre les cartes avant de n’en rien faire qu’on est désormais méfiant avec cette notion au vu de l’évolution imprévisible de ce conflit atypique, à la fois hybride et de haute intensité.

Il y a eu l’inattendue et remarquable résilience ukrainienne dès les premiers jours de l’invasion russe, cette Blitzkrieg qui, selon Vladimir Poutine, devait durer trois jours pour prendre Kiev et qui s’est très vite enlisée face à la détermination des Ukrainiens et de leur président-courage Volodymyr Zelensky. Il y a eu l’importance capitale de l’usage des drones, aériens ou maritimes, dans chaque camp. Il y a eu la contre-offensive ukrainienne qui s’est fracassée sur les dents de dragons russes le long de la ligne de front. Il y a eu les massacres de Boutcha et d’Izium, les déportations d’enfants ukrainiens, les bombardements massifs des villes et villages ukrainiens, autant de crimes de guerre qui ont révulsé les opinions publiques. Il y a eu les menaces nucléaires de Poutine et l’arrivée de soldats nord-coréens, la mutinerie de Prigojine et de ses mercenaires de Wagner et l’incursion ukrainienne dans la région russe de Koursk. Autant d’événements qui ont jalonné les bientôt trois années de guerre ; autant de tournants qui n’ont pas suffisamment infléchi le cours du conflit pour espérer entrevoir son arrêt.

Et pourtant, 2025 pourrait être une année charnière. L’investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis le 20 janvier ouvrira un nouveau chapitre puisque le Républicain élu le 5 novembre dernier a assuré pouvoir mettre fin au conflit « en 24 heures » ou en tout cas en quelques mois. Trump rêve d’entamer son mandat avec un coup diplomatique, du niveau des accords d’Abraham entre Israël et plusieurs pays arabes lors de son premier mandat. Le futur président isolationniste, qui ne veut plus payer pour l’Ukraine ni pour l’Otan si les Européens n’augmentent pas leur cotisation à l’Alliance atlantique, espère mettre autour de la table des négociations Volodymr Zelensky et Vladimir Poutine.

« J’ai un plan très précis pour arrêter l’Ukraine et la Russie », avait fanfaronné l’ancien président américain en septembre, en indiquant qu’il ne le dévoilerait pas afin de garder l’effet de « surprise ». Et pour l’heure, ce plan reste bien mystérieux même si des déclarations de l’entourage de Trump évoquent une « zone démilitarisée » le long de la ligne de front de quelque 1 300 kilomètres, et des garanties de neutralité données par les Ukrainiens aux Russes, c’est-à-dire pas d’adhésion à l’Otan ni à l’Union européenne.

Reste à savoir si Trump a réellement les moyens de ses ambitions face à la rouerie d’un Poutine. Opter pour une résolution rapide du conflit reviendrait à ce que l’Ukraine doive céder des territoires à la Russie – qui en occupe environ 20 % – ce qui donnerait l’impression d’une victoire de Vladimir Poutine. A contrario, se donner plus de temps pourrait prolonger une guerre qui épuise les forces des Ukrainiens. Cessez-le-feu, guerre gelée comme entre les deux Corée, escalade militaire ou traité de paix : les scénarios possibles, on le voit, ne sont pas aussi binaires que Donald Trump l’aimerait.

Le futur président américain, adepte des « deals », pourrait être tenté par un mano a mano avec Poutine avec lequel il entretient des relations ambiguës. Et pour l’heure, personne ne sait comment ce bras de fer entre le milliardaire américain et l’ex-agent du KGB pourrait tourner…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 27 décembre 2024)

 

Barnier bis...

Bayrou

En pleine journée de deuil national pour Mayotte et un énième report aussi déplorable qu’irrespectueux des Français, ces derniers apprécieront-ils le « cadeau de Noël » du gouvernement Bayrou, alors que 65 % disaient ne pas lui faire confiance pour nommer une équipe qui « corresponde à leurs attentes » ? En tout cas, comme les cadeaux que l’on reçoit avec la grimace, la joie de recevoir ne devrait pas l’emporter sur le plaisir d’offrir.

Car, à dire vrai, ce gouvernement Bayrou ressemble furieusement à un gouvernement Barnier Bis… puisque soutenu par le même « socle commun » comprenant les partis présidentiels Renaissance, MoDem et Horizons, associés aux Républicains. Un socle fragile, toujours miné par les ambitions présidentielles de ses chefs, Attal, Wauquiez, Philippe, et peut-être quelques autres comme le revenant Darmanin… et toujours sous surveillance d’un Rassemblement national qui a pesé sur la composition du gouvernement pour écarter Xavier Bertrand, bête noire de Marine Le Pen.

Le maire de Pau rêvait d’un gouvernement composé avec un tiers de droite, un tiers de centre et un tiers de gauche. C’est raté. Son équipe « resserrée » penche, comme celle de son prédécesseur, très nettement à droite, lestée par le maintien du très clivant Bruno Retailleau, devenu incontournable au ministère de l’Intérieur. Là où Michel Barnier ne voulait pas un gouvernement de personnalités – c’était réussi, la plupart des ministres étaient inconnus des Français – François Bayrou voulait miser sur des poids lourds politiques expérimentés. Beaucoup font leur retour au premier plan comme l’ancienne Première ministre Elisabeth Borne à l’Éducation nationale, l’ex-ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à la Justice ou le retour surprise aux Outre-mer de Manuel Valls. 

Il y a tout de même quelque chose de consternant de voir l’ancien Premier ministre socialiste, qui ne cessait depuis 2017 de multiplier les offres de services à la Macronie – en vain – faire fi du front républicain qui s’était dressé contre le RN l’été dernier et accepter de rejoindre un gouvernement dont la survie dépend de l’extrême droite. Celle-là même qui a mis son veto sur Xavier Bertrand et qui menace de son épée de Damoclès le nouveau gouvernement…

Avec une telle équipe – fut-elle de fortes personnalités connues – avec la même majorité étriquée du « socle commun » dont les partis ont montré leur incapacité à travailler en cohérence, avec, enfin, une Assemblée dont les oppositions sont les mêmes que celles qui ont fait chuter Michel Barnier, les Français sont en droit de se demander si le gouvernement Bayrou passera l’hiver.

D’autant plus que pour franchir « l’Himalaya » que constituera la confection du Budget 2025, François Bayrou ne semble pas vouloir bouger d’un iota de la politique macroniste sanctionnée dans les urnes l’été dernier et reste soumis au diktat d’Emmanuel Macron sur la politique de l’offre ou la très contestée réforme des retraites de 2023. Face aux formations du Nouveau front populaire – coalition arrivée en tête des législatives – le Premier ministre a à peine esquissé vendredi dernier une vague conférence sociale pendant plusieurs mois mais sans suspendre la réforme…

Sur le reste, le François Bayrou semble s’inscrire dans les pas de Michel Barnier et pourrait donc subir le même sort de la censure. À moins que son discours de politique générale, le 14 janvier, montre une inflexion, une émancipation par rapport à Emmanuel Macron, et un changement de méthode pour espérer réparer et réconcilier un pays de plus en plus marqué par une fatigue démocratique…


Solidarität

 

Magdebourg

L’attentat qui a frappé l’Allemagne vendredi soir, faisant au moins cinq morts et plusieurs dizaines de blessé sur le marché de Noël de Magdebourg, a suscité une onde de choc dans le pays, dans le monde mais aussi plus particulièrement en France. Parce que notre pays a aussi connu des attentats de masse de cette nature avec l’attaque terroriste de Nice le 14 juillet 2016 qui avait fait 84 morts et 458 blessés, ou celle survenue sur le marché de Noël de Strasbourg, le 11 décembre 2018, qui avait fait 5 morts et 11 blessés ; parce que, depuis plus de 60 ans et la réconciliation scellée entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, nos liens d’amitié avec l’Allemagne sont toujours plus puissants que des divergences politiques ponctuelles ; l’émotion des Allemands est aussi la nôtre et notre solidarité est totale pour qu’un peuple qui se retrouve plongé dans l’horreur terroriste puisse surmonter cette terrible épreuve.

Huit ans après un attentat similaire sur le marché de Noël de Berlin, le 19 décembre 2016, l’Allemagne est donc à nouveau secouée à un moment particulier de son histoire. Des élections législatives anticipées doivent, en effet, avoir lieu le 23 février prochain et la campagne électorale se déroule dans un contexte tendu où l’extrême droite, si longtemps circonscrite par un solide cordon sanitaire, pense son heure arrivée. En 2016, celle-ci avait utilisé l’attentat de Berlin pour dénoncer la politique migratoire d’Angela Merkel, cette chancelière qui avait accueilli plus d’un million de réfugiés syriens, sauvant ainsi l’honneur de l’Europe. Cette fois aussi, après plusieurs attentats commis ces derniers mois par des étrangers, le parti d’extrême droite AfD a bondi sur le drame, alors que la question de l’immigration jouera un rôle important dans le scrutin.

Le profil du suspect devrait au contraire imposer la prudence quant à ses motivations réelles. Installé en Allemagne depuis 2006, ce médecin originaire d’Arabie saoudite exerçait dans une commune voisine de Magdebourg et disposait du statut de réfugié. Il n’était pas connu pour des sympathies avec la mouvance jihadiste, mais au contraire par ses prises de position fréquentes sur les réseaux sociaux proches de l’extrême droite. D’un côté, cet homme de 50 ans avait rompu avec l’islam et dénonçait les « dangers » d’une islamisation de l’Allemagne, de l’autre il aidait des demandeurs d’asile. Les enquêteurs devront tirer au clair ce profil singulier et paradoxal.

L’autre question concernera aussi la sécurité du marché de Noël. En Allemagne comme en France, ce type d’événements est très sécurisé avec notamment des plots de béton contre, justement, les voitures béliers. Comment la voiture a-t-elle pu pénétrer dans la rue noire de monde ? Et comment les services de renseignements n’ont pas détecté la menace ?

Enfin, ce drame souligne la fragilité des sociétés démocratiques qui doivent en permanence trouver un équilibre entre sécurisation de l’espace public et lutte contre les attaques terroristes ou tout type d’ingérence étrangères – Elon Musk soutient l’AfD – et protection des libertés publiques qui leur sont consubstantielles.

L’Allemagne aujourd’hui est dans la peine mais, comme la France, trouvera les forces résilientes pour se relever. Car comme le disait le poète allemand Hölderin, « là où croit le péril, croît aussi ce qui sauve… »

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 22 décembre 2024)

Der Anschlag, der am Freitagabend Deutschland auf dem Magdeburger Weihnachtsmarkt erschütterte und mindestens fünf Tote und mehrere Dutzend Verletzte forderte, löste eine Schockwelle im Land, in der Welt, aber insbesondere auch in Frankreich aus. Denn auch unser Land hat mit dem Terroranschlag in Nizza am 14. Juli 2016 mit 84 Toten und 458 Verletzten oder dem Terroranschlag auf dem Straßburger Weihnachtsmarkt am 11. Dezember 2018 mit 5 Toten und 458 Verletzten Massenanschläge dieser Art erlebt 11 verletzt; denn seit mehr als 60 Jahren und der besiegelten Aussöhnung zwischen Charles de Gaulle und Konrad Adenauer waren unsere freundschaftlichen Bindungen zu Deutschland immer stärker als gelegentliche politische Differenzen; Die Emotionen der Deutschen sind auch unsere und unsere Solidarität ist total, damit ein Volk, das in terroristische Schrecken gestürzt ist, diese schreckliche Tortur überwinden kann.

Acht Jahre nach einem ähnlichen Anschlag auf den Berliner Weihnachtsmarkt am 19. Dezember 2016 steht Deutschland erneut vor einem besonderen Moment seiner Geschichte. Tatsächlich müssen am 23. Februar vorgezogene Parlamentswahlen stattfinden, und der Wahlkampf findet in einem angespannten Kontext statt, in dem die extreme Rechte, die so lange von einem soliden Cordon Santé begrenzt war, glaubt, dass ihre Zeit gekommen sei. 2016 nutzte sie den Anschlag von Berlin, um die Migrationspolitik von Angela Merkel anzuprangern, der Kanzlerin, die mehr als eine Million syrische Flüchtlinge aufgenommen und damit die Ehre Europas gerettet hatte. Nach mehreren Angriffen von Ausländern in den letzten Monaten hat sich auch dieses Mal die rechtsextreme Partei AfD auf das Drama gestürzt, während die Frage der Einwanderung bei der Wahl eine wichtige Rolle spielen wird.

Im Gegenteil, das Profil des Verdächtigen sollte Vorsicht im Hinblick auf seine wahren Beweggründe erfordern. Der seit 2006 in Deutschland lebende Arzt aus Saudi-Arabien praktizierte in der Nachbarstadt Magdeburg und hatte Flüchtlingsstatus. Er war nicht für seine Sympathien für die dschihadistische Bewegung bekannt, sondern im Gegenteil für seine häufigen Positionen in sozialen Netzwerken, die der extremen Rechten nahe stehen. Einerseits hatte der 50-Jährige mit dem Islam gebrochen und die „Gefahren“ einer Islamisierung Deutschlands angeprangert, andererseits half er Asylbewerbern. Die Ermittler müssen dieses einzigartige und paradoxe Profil klären.

Die andere Frage wird auch die Sicherheit des Weihnachtsmarktes betreffen. Sowohl in Deutschland als auch in Frankreich ist diese Art von Veranstaltung sehr sicher, insbesondere mit Betonblöcken gegen rammende Autos. Wie kam das Auto in die überfüllte Straße? Und warum haben die Geheimdienste die Bedrohung nicht erkannt?

Schließlich macht dieses Drama die Fragilität demokratischer Gesellschaften deutlich, die ständig ein Gleichgewicht zwischen der Sicherung des öffentlichen Raums und der Bekämpfung von Terroranschlägen oder jeglicher Art ausländischer Einmischung – Elon Musk unterstützt die AfD – und dem Schutz öffentlicher Freiheiten finden müssen, die damit einhergehen .

Deutschland ist heute in Schwierigkeiten, wird aber ebenso wie Frankreich die belastbare Kraft aufbringen, wieder aufzustehen. Denn wie die deutsche Dichterin Hölderin sagte: „Wo die Gefahr wächst, wächst auch das Rettende …“


C'est fou...

 

perrier

À la lumière des dernières révélations qui pourraient aboutir à l’arrêt de la production de la plus emblématique eau minérale de France, on est tenté de reprendre un des slogans publicitaires de la marque : Perrier, c’est fou !

Fou effectivement d’imaginer la fin de la saga Perrier commencée au XIXe siècle grâce au savoir du docteur Perrier et au talent d’entrepreneur du britannique St John Harmsworth qui inventa la forme de la célèbre petite bouteille verte. Car Perrier, c’est la France. Imagine-t-on une table de café en terrasse l’été sans son Perrier rondelle ? La table d’une brasserie sans sa bouteille verte ? Perrier est d’autant plus entrée au patrimoine national que la marque, depuis toujours, a su marquer les esprits avec des publicités iconiques. Quarante ans après, on a toujours en tête le lion de Jean-Paul Goude. Perrier fait incontestablement partie d’un panthéon économique et intime, et illustre un certain art de vivre à la française.

Mais ce qui est fou également, ce sont bien sûr les circonstances qui pourraient conduire à un arrêt de la production et qui confine au scandale sanitaire voire au scandale d’État. Un rapport confidentiel de l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Occitanie, révélé cette semaine par Le Monde et Radio France, conclu, en effet, que Nestlé Waters, propriétaire de Perrier depuis 1992, doit envisager la fin de la production d’eau minérale naturelle sur son site de Vergèze, où travaille un millier de salariés, en raison de risques sanitaires. L’ARS a estimé que la microfiltration, dont la réglementation a été assouplie par le gouvernement en 2023, n’est « pas réglementaire » car elle a un « effet désinfectant avéré ». Le rapport mentionne aussi un « risque virologique », les microfiltres n’ayant pas « d’effet de rétention sur les virus ».

Voilà Nestlé à nouveau au cœur d’une polémique sur la qualité de ses eaux. Le géant suisse – également propriétaire des marques Vittel, Contrex et Hépar – avait déjà dû cesser d’exploiter en avril un de ses forages gardois à la demande de l’État et détruire au moins deux millions de bouteilles après la découverte de bactéries d’origine fécale. En septembre, il a accepté de payer une amende de 2 millions d’euros dans le cadre d’une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) pour éviter un procès concernant des traitements interdits administrés pendant de nombreuses années à des eaux vendues comme « de source » ou « minérales naturelles ». L’ONG Foodwatch, qui conteste cet accord judiciaire pour éteindre les poursuites, a déposé plaintes contre X pour « tromperie » afin de relancer l’affaire.

Une affaire qui met également en difficulté le gouvernement Borne, puisque le risque viral semble avoir été négligé, en dépit des alertes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Une commission d’enquête sénatoriale « sur les politiques publiques en matière de contrôle des traitements des eaux minérales naturelles et de source » a déjà rendu un rapport accablant le 16 octobre dernier, déplorant « le manque de transparence de certains acteurs privés comme publics auquel s’est heurtée la mission et, surtout, la lenteur de la mise en conformité de l’industriel en l’absence de mesures plus volontaristes de l’État. » Le rapporteur PS Alexandre Ouizille, souhaite désormais pouvoir « remonter jusqu’au bout de la chaîne de décision ».

Il est effectivement plus que temps de retrouver de la transparence et de sanctionner lourdement tous ceux qui font passer la recherche du profit avant la santé de leurs clients comme ceux qui permettent de tels manquements réglementaires et éthiques.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 21 décembre 2024)


Derrière le drame

rugby

Il y a un an au Royaume-Uni, le cabinet d’avocats Ryland Garth secouait le monde du rugby en portant une class action (action de groupe) de près de 450 rugbymen, dont 140 anciens internationaux, contre les fédérations anglaise et galloise, et World Rugby – l’organisme international qui gère le rugby à XV et le rugby à sept. Les joueurs accusaient les instances d’avoir négligé leur santé, particulièrement à cause des commotions cérébrales subies à répétition… « Nos recherches démontrent que 400 joueurs sont morts de façon prématurée ces dix dernières années, et c’était dû à des dommages au cerveau », assurait le cabinet, qui représente depuis fin octobre quelque 850 joueurs et attend des premières audiences en justice en février 2025.

Cette affaire britannique illustre l’ampleur d’un phénomène mondial, qui ne concerne d’ailleurs pas seulement le rugby mais aussi d’autres sports de contact. Le monde du rugby, toutefois, est celui qui est en première ligne, car il a été marqué par de nombreux drames qui ont bouleversé tous les amoureux de l’ovalie. Face à ce qui reste un fléau, les instances du rugby et les autorités ont pris des mesures depuis plus de dix ans. Un protocole commotion a été institué en 2012 pour permettre au corps médical d’examiner chaque joueur susceptible d’avoir subi une commotion cérébrale pendant les rencontres. Trois questionnaires baptisés HIA (Head Injury Assessment) et comprenant notamment des tests de mémoire et d’équilibre sont prévus.

Ce socle a ensuite été renforcé par plusieurs dispositions, qui distinguent par ailleurs les joueurs de plus ou moins de 19 ans : interdiction pour un joueur concerné de revenir avant un certain délai sur le terrain, hausse du nombre de changements de joueur autorisé par match, afin de limiter les blessures, ou encore le carton bleu de l’arbitre à un joueur qui présente un signe évident de commotion. Un groupe de travail, piloté par les services de la direction des sports du ministère et regroupant le ministère de la Santé, le mouvement sportif et les sociétés savantes concernées, a été mis en place pour émettre des recommandations générales pour la pratique sportive en France – tous sports confondus.

En parallèle, la connaissance de l’effet des chocs subis par les rugbymen durant un match a fait des progrès. En 2014 le CHU de Toulouse avait mis en place la première consultation spécialisée pour les joueurs de rugby victimes de commotion cérébrale. L’heure était alors à la sensibilisation, car en l’absence de perte de connaissance, la commotion cérébrale peut passer inaperçue. Dix ans plus tard, la question de la préservation de la santé des sportifs commotionnés est toujours là et s’est étendue à d’autres disciplines que le rugby (judo, boxe, handball…). L’enjeu est désormais de pouvoir prédire les conséquences à long terme des commotions et aussi d’offrir aux amateurs un suivi aussi bon que celui dont bénéficient les professionnels.

En dépit de toutes ces mesures de protection et des avancées de la recherche, le risque zéro n’existe pas et des drames surviennent toujours, comme celui qui a injustement frappé Mathias Dantin, un joueur de 17 ans du stade Bagnérais, en décembre 2022. Au-delà du procès du joueur qui l’a plaqué et l’a rendu tétraplégique, le courage et le combat de Mathias doivent nous interpeller et nous amener à continuer à tout faire pour que le rugby ne se laisse pas déborder par la violence de certains et soit plus sûr et plus ferme dans ses règles et sa pratique.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 17 décembre 2024)


C'est possible !

france

Et si, en dépit de tout, les Français finissaient par retrouver le moral ? Poser cette hypothèse est peut-être présomptueux tant les enquêtes, études, sondages et rapports en tout genre nous disent combien les Français font grise mine et sont pessimistes sur l’avenir. Le mois dernier, l’Insee nous apprenait ainsi qu’après un léger rebond, la confiance des ménages s’était dégradée à nouveau : à 90, l’indicateur qui la synthétise a diminué de trois points, restant au-dessous de sa moyenne de 100 entre janvier 1987 et décembre 2023… Ce mois-ci, l’enquête « Quels communs dans une société française en tension ? », réalisée par BVA Xsight et la Fondation Jean-Jaurès, révélait un mal-être profond au sein de la population. Une lassitude collective qui s’accompagne d’un sentiment d’enfermement : un Français sur deux se sent prisonnier de sa propre vie.

Quelques jours plus tard, c’est la vaste enquête « Fractures françaises » d’Ipsos qui mettait en lumière une défiance record envers nos institutions. Trois quarts des Français n’ont pas confiance dans la présidence de la République, un chiffre en hausse de 7 points en un an. L’Assemblée nationale n’est pas épargnée, avec 74 % de défiance également. Quant aux partis politiques, ils atteignent le score alarmant de 86 % de défiance. L’interminable feuilleton de la nomination du Premier ministre après la censure de Michel Barnier, encore décalée de 24 heures hier soir, n’arrangera pas les choses. Et hier, la Fondation Jean-Jaurès a publié une note préoccupante sur « l’exode informationnel » des Français : des millions de nos concitoyens ont décidé de fuir « un écosystème médiatique saturé d’informations répétitives, anxiogènes et conflictuelles ». N’en jetez plus !

Dans cet océan de marasme, deux bonnes nouvelles, pourtant, allument une petite lumière au bout du tunnel de la sinistrose : Notre-Dame de Paris et les Jeux olympiques. La première, l’un des monuments les plus visités dont l’incendie en 2019 avait ému le monde, a été réouverte samedi dernier après seulement cinq ans de travaux, sa splendeur retrouvée suscitant une admiration mondiale méritée.

Les JO de Paris, qui ont fait naître cet été un engouement populaire et une vraie fierté française saluée partout dans le monde ont, eux, fini hier en beauté puisque le Comité d’organisation présidé par Tony Estanguet a annoncé dégager un excédent d’environ 27 millions d’euros là où certains prédisaient un dérapage financier comme c’est souvent le cas. Les Jeux de Paris deviennent ainsi synonymes d’une réussite logistique, sportive, artistique, écologique et donc financière. De quoi pousser un vrai cocorico.

Ces deux exemples sont surtout deux leçons pour nous tous et peut-être plus encore pour notre classe politique qui se déchire depuis la dissolution ratée. Quand on a un objectif précis, un cap clair, un horizon galvanisant et ambitieux, quand chacun est respecté, considéré à sa juste valeur, motivé pour donner le meilleur de lui-même, alors les Français savent se retrouver sur l’essentiel, font vivre cette fraternité souvent malmenée et parfois oubliée et rendent possible ce qu’ils pensaient impossible. Ne dit-on pas qu’impossible n’est pas Français ?


Feuilleton

medicament


Le retour des rhumes avec leur cortège de nez bouchés, de maux de gorge et de tête incite les Français à se tourner vers des médicaments dont les noms, après des années de publicité, sont entrés dans le vocabulaire hivernal : Actifed Rhume, Humex, RhinAdvil, Dolirhume, etc. Abordables, ces médicaments sont devenus les alliés des enrhumés d’autant plus facilement que leur efficacité est réelle pour un soulagement rapide.

Seulement voilà, comme tout médicament, il peut y avoir des effets secondaires et ceux de cette famille de médicaments – les vasoconstricteurs – s’ils restent évidemment rares, ne sont pas bénins puisqu’il s’agit d’infarctus du myocarde ou d’accidents vasculaires cérébraux. A ces effets secondaires-là, connus de longue date, de récentes études viennent y ajouter de nouveaux risques neurologiques, confirmés par l’Agence européenne du médicament (EMA). Au point que le bénéfice-risque de huit médicaments se pose cette année de façon encore plus aiguë qu’auparavant…

Car les alertes sur ces médicaments ne sont pas nouvelles. Depuis plusieurs années, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) évoque leurs risques. Il y a deux ans déjà, l’Agence avait appelé les Français à la vigilance. « Ce type de médicament ne doit pas être utilisé en première intention en cas de rhume », rappelait-elle en novembre 2022. Un an plus tard, l’ANSM ne pouvait que constater que son appel n’avait pas été entendu et que les (mauvaises) habitudes avaient perduré. À l’automne 2023, elle décide alors de passer à l’étape supérieure et déconseille l’utilisation des vasoconstricteurs compte tenu de « la gravité de ces accidents et (de) la persistance des cas – en dépit des actions déjà mises en place. » L’ANSM avait reçu le soutien des médecins et des pharmaciens. Les médicaments pointés du doigt se sont alors retrouvés non pas sur un présentoir mais derrière le comptoir ; les autorités espérant que le passage par le pharmacien ferait œuvre de pédagogie.

Peine perdue. Dans un avis publié hier, l’ANSM, qui a constaté une hausse des ventes de ces médicaments depuis septembre, a décidé qu’à compter de ce mercredi 11 décembre, une ordonnance devra obligatoirement être présentée pour obtenir en pharmacie ces vasoconstricteurs contenant de la pseudoéphédrine. « Au regard d’une part des très nombreuses contre-indications, précautions d’emploi et des effets indésirables connus de la pseudoéphédrine, et d’autre part du caractère bénin du rhume, nous considérons que la possibilité d’obtenir ces médicaments sans avis médical fait courir un risque trop important aux patients », écrit l’ANSM. Une nouvelle alerte donc qui interroge désormais sur ce que sera la prochaine étape l’année prochaine…

Cette affaire soulève en tout cas plusieurs sujets qui dépassent le seul cadre des vasoconstricteurs. D’abord l’importance, cruciale, de la réévaluation des bénéfices-risques des médicaments en fonction des connaissances scientifiques et médicales. De ce côté-là, l’ANSM joue parfaitement son rôle. Ensuite, cette affaire met en lumière l’automédication : déjà renforcée par la crise Covid, elle prospère sur fond de réelles difficultés d’accès à un médecin généraliste, ce que ne manque pas de souligner NèreS, l’organisation professionnelle qui représente les fabricants de médicaments sans ordonnance.

Au final, ce nouvel épisode devrait tous nous interroger sur notre automédication, plus généralement sur notre consommation parfois déraisonnable de médicaments, et nous rappeler qu’un médicament n’est pas un produit comme un autre… et qu’un rhume guérit spontanément en 7 à 10 jours.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 11 décembre 2024)


Désespérance

macron

« La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes », déplorait Albert Camus. Que dirait le prix Nobel de littérature 1957 de la situation politique de la France s’il était encore en vie ? On n’ose l’imaginer…

L’adoption, mercredi soir, d’une motion de censure par deux des trois blocs qui composent l’Assemblée nationale – la gauche du Nouveau Front populaire, l’extrême droite du Rassemblement national et des ciottistes – signe l’échec de la méthode Barnier, celui de toutes les forces politiques de la représentation nationale sans exception et, bien sûr, celui du chef de l’État dont la dissolution, prise sur un coup de tête comme un caprice en réponse à sa défaite aux élections européennes, est bel et bien à l’origine de cette situation de blocage total.

L’ancien négociateur du Brexit, duquel on attendait beaucoup – trop sans doute – s’est heurté dès sa nomination aux petits calculs politiciens des partis, aux ambitions délétères des ténors du « socle commun » censé le soutenir et aux lignes rouges sans cesse repoussées de Marine Le Pen, qui avait pouvoir de vie ou de mort sur son gouvernement. Les députés – en tout cas ceux du front républicain, qui reste l’enseignement majeur des législatives anticipées – ont oublié le message des Français et ont été incapables de faire un pas, si petit soit-il, les uns vers les autres pour trouver quelques compromis à même d’assainir le déficit public abyssal du pays.

Bouffis d’orgueil et de certitudes, ils ont échoué à montrer que face au pouvoir monarchique de l’Elysée dans la Ve République, une voix parlementaire constructive efficiente pouvait exister. Quant au chef de l’État, qui s’est refusé à donner sa chance à un gouvernement de gauche l’été dernier par crainte qu’on remette en cause tout ou partie de sa politique nettement rejetée dans les urnes, le voilà revenu à la case départ. Fiasco intégral sur toute la ligne…

Que faire désormais pour sortir de la France de l’ornière sachant que la situation est figée puisqu’aucune dissolution ne peut avoir lieu avant juin 2025 ? Emmanuel Macron, qui, tel MacMahon en 1877, voit les demandes de démission se multiplier à son endroit, a pris la parole hier, droit dans ses bottes… pour finalement ne rien dire que les Français ne sachent déjà. Revenant sur la dissolution qu’il admet « incomprise », le chef de l’État, qui assure qu’il restera en poste jusqu’au terme de son mandat, déroule le fil des derniers mois en s’exonérant de toute responsabilité dans la situation actuelle, alors même que les Français en font le responsable numéro 1.

Faisant la leçon aux députés obsédés par des stratégies pour la présidentielle de 2027 et qui ont selon lui constitué un « front anti-républicain », Emmanuel Macron promet de nommer un Premier ministre à la tête d’un nébuleux « gouvernement d’intérêt général », qui aura finalement la même feuille de route que celle de Michel Barnier – avec les mêmes résultats ? Et le chef de l’État de conclure son allocution de 10 minutes chrono sur la réussite du chantier de Notre-Dame, qui rouvre demain, ou celle des JO de Paris comme exemples à suivre du génie français. Face à la gravité de la situation, c’est peu dire qu’on reste sur notre faim.

En visitant le chantier de Notre-Dame vendredi dernier, Emmanuel Macron a dit croire en « un choc d’espérance ». Pour l’heure et pour paraphraser Camus, les Français – dont deux études viennent de montrer la fatigue collective et la défiance politique – ressentent plutôt un choc de désespérance.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 6 décembre 2024)