Technomedia

Numérique · médias · sciences · intelligence artificielle

Éditos

Saison en demi-teinte

 

été

Un an après la formidable « parenthèse enchantée » des Jeux olympiques de Paris qui ont mis la France sur le devant de la scène et fait rêver le monde entier, la saison touristique estivale 2025 était très attendue. Les perspectives étaient d’ailleurs prometteuses. Fin juin, le ministère du tourisme avait présenté des chiffres en hausse depuis le début de l’année et des projections estivales très encourageantes, soutenues par un engouement durable pour les destinations françaises et un effet JO alors toujours perceptible.

Par exemple fin avril, les recettes générées par les visiteurs étrangers depuis le début 2025 atteignaient 21,4 milliards d’euros, en hausse de 8 % par rapport à 2024, le solde du tourisme international s’élevant à + 4,1 milliards d’euros, en très forte progression (+ 25,4 % sur un an). Les carnets de réservation de location pour la saison d’été étaient en hausse de 16 %, 8 Français sur 10 déclaraient partir cet été, à 75 % en France, et les prévisions d’arrivées aériennes internationales annonçaient une progression de 4,7 % sur la période juin-août 2025 par rapport à 2024. On allait voir ce qu’on allait voir…

Las ! Les promesses de juin ne se sont malheureusement pas toutes concrétisées et le bilan de la saison s’annonce en demi-teinte. Dans un contexte d’incertitude politique et budgétaire, les Français ont resserré leur budget et peut-être même revu leurs plans initiaux. Le budget moyen consacré aux vacances a affiché une baisse pour la première fois depuis 5 ans, atteignant 1 143 euros par personne, soit 73 euros de moins que l’année dernière. Et beaucoup de Français ont décidé de partir moins longtemps… ou ailleurs chez nos voisins, notamment espagnols qui affichent des prix inférieurs en moyenne de 30 % par rapport à des destinations françaises équivalentes. Quand, en France, en quatre ans, les prix ont augmenté de 27 % dans le secteur du tourisme et d’environ 25 % dans l’hôtellerie-restauration… Pas étonnant dès lors de voir des stations balnéaires presque désertées faire grise mine, des restaurateurs et hôteliers déplorer un manque de clients.

La saison 2025 est toutefois contrastée d’une région à l’autre et au sein même d’une région. Certains s’en sortent bien – le littoral occitan est de ceux-là – d’autres moins bien face à des touristes qui recherchent le meilleur rapport qualité-prix. Reste maintenant à voir ce que donneront les « septembristes » voire les « octobristes » qui sont chaque année plus nombreux.

La France devrait toutefois rester la première destination touristique mondiale en nombre de visiteurs – 102 millions estimés pour cette année – mais la concurrence de l’Espagne s’intensifie et l’écart se creuse en faveur de notre voisin sur le plan des recettes touristiques. Ainsi, un an après les JO, la France, à l’instar des athlètes, ne doit pas s’endormir sur ses lauriers. Elle doit se remettre en question, recalibrer ses offres pour mieux répondre à la demande, notamment domestique, être agile pour coller aux nouvelles attentes d’une clientèle plus exigeante. Bref, aller plus vite, plus haut, plus fort…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 30 août 2025)

Airbus, modèle à suivre

 

A320

Le moins que l’on puisse dire est qu’Airbus a le triomphe discret. L’avionneur européen aurait pourtant bien le droit de sabrer le champagne : l’A320, son appareil vedette, est devenu l’avion le plus vendu au monde ; devançant ainsi son grand rival, le Boeing B737. Avec 12 151 livraisons cumulées à la fin juillet, contre 12 019 exemplaires pour le B737 à la même date, Airbus franchit un seuil symbolique, attendu depuis plusieurs années, que les pionniers de l’aventure Airbus n’imaginaient sans doute pas. L’A320 était arrivé, en effet, sur un marché où Boeing était solidement installé depuis 20 ans.

L’avionneur européen, qui devrait d’ailleurs conserver cette position de leader au vu de son carnet de commandes, engrange là les dividendes de choix audacieux. L’A320 a d’emblée été un avion révolutionnaire embarquant des technologies jamais vues entre les commandes de vol électriques, le mini-manche latéral pour le pilotage, le « glass cockpit » présentant toutes les informations de vol sur des écrans et non des cadrans et enfin le pilotage à deux – une vraie rupture contre laquelle les pilotes d’Air Inter firent grève. Depuis son lancement, Airbus n’a cessé d’améliorer son avion, créant une véritable famille d’appareils avec des versions agrandies du mono couloir (XL et XLR). Et il a surtout réussi la bascule cruciale de la remotorisation avec la gamme NEO, qui offre une consommation de kérosène réduite de 15 %. Coup de génie et coup dur pour Boeing.

Airbus va maintenant devoir penser à la suite et imaginer le successeur de l’A320, un avion encore plus « vert », avec une efficacité énergétique améliorée de 20 à 30 % et une capacité à utiliser jusqu’à 100 % de carburants durables SAF (Sustainable Aviation Fuel). Les ingénieurs planchent sur un nouveau moteur et des ailes révolutionnaires repliables. Le temps presse, le patron d’Airbus, Guillaume Faury, a promis que le successeur de l’A320 arriverait « entre 2035 et 2040. » C’est demain…

Le succès de l’A320, qui fait légitimement la fierté de toute la communauté aéronautique toulousaine, est aussi autant un exemple qu’une leçon pour l’Europe. À l’heure où la croissance européenne s’essouffle et où les écarts de productivité avec les États-Unis et la Chine se creusent, le modèle Airbus, qui combine volonté politique, coopération européenne, savoir-faire technologique et industriel – autant dire une vraie vision stratégique – peut être une source d’inspiration pour d’autres secteurs clés pour l’avenir de l’Union européenne. Plusieurs tentatives ont d’ailleurs été entreprises, notamment dans l’armement, l’espace, l’automobile, la pharmacie ou les semi-conducteurs. Souvent d’ailleurs, chefs d’État et de gouvernement ont mentionné Airbus comme source d’inspiration pour faire l’Airbus des batteries, du rail…

Dans un monde où l’ordre géopolitique est en pleine tempête, il est temps que l’Europe accélère comme l’a demandé l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi en plaidant pour des investissements massifs, un plan Marshall du XXIe siècle. Dans son rapport sur la compétitivité de l’Europe, il a alerté : sans marché unique achevé, sans investissements communs massifs et sans gouvernance plus efficace au lieu du chacun pour soi, l’Europe restera condamnée à l’impuissance économique et politique. Airbus apporte la preuve que quand les bonnes conditions sont réunies, le succès est au bout de la piste.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 29 août 2025)

Photo Airbus, A. Pecchi.

Péché d'orgueil

 

bayrou

Au lendemain de sa décision surprise de se soumettre à un vote de confiance des députés le 8 septembre prochain – vote qu’en l’état des déclarations des formations politiques, il est assuré de perdre – François Bayrou le kamikaze veut croire qu’il peut encore convaincre ses opposants de changer d’avis et ainsi réaliser une spectaculaire remontada. D’aucuns parmi ses partisans saluent à l’envi depuis lundi le « panache » du Premier ministre et son « courage » de mettre enfin les responsables politiques devant leurs « responsabilités ». Hier encore devant la CFDT, François Bayrou, engagé dans un baroud d’honneur, martelait que le choix se ferait dans 13 jours au Palais Bourbon entre « le chaos ou la confiance », « le chaos ou la responsabilité ». Ce « moi ou le chaos » ne convaincra sans doute ni les oppositions, ni les Français.

Car plus que le panache, c’est le péché d’orgueil mâtiné d’un coup politique qui semble avoir guidé le madré Béarnais. Si la situation est aussi apocalyptique qu’il le dit et le répète – elle est effectivement grave et personne ne le conteste – pourquoi, en homme d’État, ne pas se battre pied à pied et défendre son budget et le bien-fondé de ses mesures impopulaires devant l’Assemblée en octobre ? Expliquer en quoi elles sont justes, efficaces et irremplaçables ?

À l’humiliation d’une possible censure telle que celle infligée à Michel Barnier, François Bayrou a préféré choisir la date de sa chute, coupant l’herbe sous le pied des parlementaires d’opposition et de tous ceux qui appellent à bloquer le pays le 10 septembre. Le Premier ministre est persuadé qu’en quittant ainsi Matignon, l’histoire lui saura gré de sa constance et en fera l’héritier de Pierre Mendès-France – c’est osé. Un départ la tête haute qui pourrait même, qui sait, nourrir l’ambition présidentielle qui ne l’a jamais vraiment quitté…

Reste qu’en décidant de précipiter son départ, François Bayrou acte l’échec de sa méthode. Au lieu de présenter mi-juillet des mesures dures et en faire d’office une base de discussion avec les oppositions, pourquoi ne pas avoir fait l’inverse, discuter d’abord et chercher des compromis pour proposer un autre budget ? Erreur fatale qui aurait pu être rattrapée en amendant son projet, en promettant comme il l’a esquissé lundi qu’il aurait pu ne pas utiliser le 49-3 pour laisser le Parlement co-construire le budget. En décidant de se soumettre à un vote de confiance avant le débat budgétaire, François Bayrou s’est aliéné cette possibilité.

Lundi après-midi le Premier ministre a expliqué sa décision en parlant de « clarification », le même terme utilisé en juin 2024 par Emmanuel Macron pour justifier la dissolution. On connaît la suite : une assemblée plus chaotique et divisée que jamais et un brouillard politique dans lequel se diluent la crédibilité du pays et la confiance des citoyens dans leurs représentants. Le 8 septembre au soir, le brouillard sera un peu plus épais et Emmanuel Macron – qui ne devrait pas retenter une dissolution – aura la lourde tâche de le dissiper en cherchant le nom de son cinquième Premier ministre en trois ans et en espérant que cette perle rare puisse tenir jusqu’à l’élection présidentielle…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 27 août 2025)

La dernière séance ?

  

cinema

« La lumière revient déjà, Et le film est terminé, Je réveille mon voisin, Il dort comme un nouveau-né, Je relève mon strapontin, J’ai une envie de bailler, C’était la dernière séquence, C’était la dernière séance, Et le rideau sur l’écran est tombé… » On a tous en mémoire cette chanson d’Eddie Mitchell, qui présenta ensuite pendant de longues années sur la « 3 » l’émission éponyme qui a fait découvrir à beaucoup des dizaines de films, westerns épiques, classiques en noir et blanc.

La nostalgie ouatée et rassérénante de ces cinémas Paradiso à l’ancienne, du Rex au Family, du Club au Royal, avec l’ouvreuse, sa lampe de poche et son panier de friandises, la publicité Jean-Mineur et ses « réclames », les bandes-annonces des films à venir, parfois même un entracte après un court métrage ; tout cela va-t-il vraiment passer de la fiction à la réalité, tout cela peut-il disparaître au pays des frères lumières, de Truffaut, de Godard, qui a fait de l’exception culturelle un élément clé de notre identité et de notre patrimoine ?

La question, mondiale, se pose maintenant depuis plusieurs années et l’arrivée des plateformes de vidéo à la demande. Netflix, Disney +, Prime Vidéo, Apple TV +, Paramount et tant d’autres se sont aujourd’hui durablement installées dans nos vies, particulièrement depuis les confinements imposés par la crise sanitaire du Covid-19. Aujourd’hui, se faire une toile, c’est souvent rester dans le douillet cocon de son salon, devant un téléviseur dont la taille ne cesse de grandir pendant que son prix baisse. Pourquoi s’embêter à aller au cinéma, supporter parfois des voisins bruyants et, surtout, s’acquitter d’un billet dont le prix n’a cessé de grimper et dépasse parfois… l’abonnement mensuel des plateformes de VOD ?

Les cinémas, durement éprouvés par la baisse de fréquentation des années Covid, ont pourtant multiplié les initiatives pour offrir une expérience et tenter d’attirer – de conserver – les spectateurs : écrans XXL ou Imax, son Dolby qui en met plein les oreilles, image laser au piqué époustouflant, fauteuils moelleux parfois à deux places, etc. Des technologies, des aménagements très coûteux qui se répercutent logiquement sur le ticket d’entrée. Les grands réseaux ont bien créé des cartes de fidélité, des abonnements illimités ; les petites salles ont elles aussi beaucoup investi, parfois avec le soutien financier des collectivités.

Mais la baisse de fréquentation est là, en dépit de certains rebonds remarquables lorsque sort un blockbuster américain très attendu ou survient un film-surprise comme « Un petit truc en plus ». Le public français défend d’ailleurs les productions nationales, la part de marché des films français depuis le début de l’année est estimée à 37,1 % contre 36 % pour les films américains. Et la Fête du cinéma, bien qu’en retrait de 35,8 % cette année par rapport à l’édition 2024, reste à un niveau supérieur à la moyenne d’avant la crise sanitaire (+ 2,6 % par rapport à la moyenne des éditions 2017, 2018 et 2019).

Le cinéma est aujourd’hui une industrie à un tournant de son existence, que ce soit dans la production des films, qui a vu les géants de la Silicon Valley débarquer chez les majors et les réseaux sociaux imposer de nouveaux codes, que ce soit dans la distribution et la diffusion avec les plateformes.

Certains sacrifieraient bien les coûteuses salles de cinéma, mais sans elle, sans se retrouver tous ensemble dans le noir pour vibrer, pleurer, rire ou s’émouvoir, cela sera-t-il encore du cinéma ? Il nous appartient de faire en sorte que la dernière séquence ne soit pas la dernière séance…

(Éditorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 23 août 2025)

 

Cure... d'austérité ?

 

thermes

François Bayrou n’est pas – heureusement – Javier Milei, le fantasque président argentin qui tronçonne à tout va dans les dépenses de l’État et la fonction publique de son pays. Mais le Premier ministre, en quête effrénée de 44 milliards d’euros pour boucler son budget 2026 dont 5,5 pour les comptes de la Sécurité sociale, multiplie les coups de scalpel et de rabot qui, mis bout à bout, constituent de plus en plus d’irritants pour les syndicats, les oppositions et finalement les Français – dont 87 % pensent que le Budget Bayrou nuira à leur pouvoir d’achat.

À la suppression de deux jours fériés, celle de l’abattement fiscal pour les retraités, le doublement des franchises médicales, la réforme du transport sanitaire en taxi ou le serrage de vis sur les arrêts maladie pourrait donc s’ajouter la remise en cause du remboursement à 100 % des cures thermales et des médicaments dont le service médical rendu est faible pour les patients en Affection longue durée (ALD).

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement tente de s’attaquer au thermalisme au prétexte qu’il serait coûteux et médicalement pas assez efficace, ce que conteste fermement le Conseil National des Établissements Thermaux (CNETh), qui avance 60 études cliniques prouvant le contraire. Ce qui surprend avec le gouvernement Bayrou, c’est que plutôt que de chercher à faire des réformes structurelles majeures de l’appareil d’État ou rechercher des leviers – et notamment de nouvelles recettes –, il préfère multiplier des mesures ciblées – et pense-t-il peut-être indolores – qui ramènent des économies plutôt modestes. Ainsi, si les cures thermales, aujourd’hui dans le collimateur, ont coûté 350 millions d’euros à l’Assurance maladie en 2023, elles ne représentent, selon le CNETh, que 0,1 % du budget de la santé. Une goutte d’eau… S’il faut bien sûr s’attaquer aux abus s’il y en a, peut-être améliorer le système de prise en charge ou s’inspirer au besoin de ce qui se fait chez nos voisins, on ne peut cibler le thermalisme sans mesurer tout ce qu’il représente en dehors du seul aspect sanitaire.

Il y a le poids économique de la filière, auquel l’Occitanie, première région thermale de France est sensible : quelque 4 milliards d’euros de richesse globale créée, plus de 25 000 emplois en France et des retombées économiques indispensables pour des territoires ruraux et de montagne qui ont souvent été délaissés. Et puis il y a l’histoire et le lien ancestral noué entre les terres thermales, les populations qui y vivent et les curistes du monde entier qui y séjournent.

À travers le thermalisme, c’est bien toute l’histoire du pays qui se dessine, depuis l’époque romaine jusqu’à aujourd’hui en passant par l’essor des stations thermales au XIXe siècle qui ont contribué à la renommée de la France – Napoléon III ne s’y trompa pas. Les stations thermales, qui ont inspiré diplomates, écrivains ou cinéastes, où l’on vient se soigner, se reposer, se ressourcer, ne peuvent se résumer à une ligne comptable que l’on pourrait froidement rayer d’un trait au non d’une cure… d’austérité. Il y a derrière elles une part de cet art de vivre à la française qui forge notre identité et nos territoires. Et ça, ça n’a pas de prix.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 22 août 2025)


Laxisme coupable

 

internet

« Un homme tué par un homme effraye la pensée, un homme tué par les hommes la consterne. » On repense à cette phrase de Victor Hugo lorsqu’il s’agit de se pencher sur le destin tragique de Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, 46 ans, mort en direct sur internet dans des circonstances que la justice devra éclaircir. Mais quelle que soit la raison médicale de son décès, c’est l’environnement qui y a conduit qui nous consterne et nous effraye.

Voilà un homme qui a subi pendant des mois des brimades et des humiliations de la part de deux « amis », encouragés par des dizaines de milliers d’internautes, au mieux public silencieux se délectant de ce spectacle dégradant diffusé en direct, au pire acteurs vicieux suggérant de nouveaux supplices à infliger au malheureux – dont on peut douter que son consentement ait été libre et éclairé – et, pire, payant pour leur réalisation. Si le rôle direct des intéressés qui se sont livrés à cet avilissement sera établi par les enquêteurs, rien de tout cela n’aurait été possible sans le laxisme de la plateforme australienne Kick et l’apathie des pouvoirs publics, pourtant dûment alertés depuis décembre 2024 après une enquête de Mediapart.

Se réfugiant – comme Elon Musk, les soutiens de Donald Trump et nombre de figures populistes d’extrême droite en Europe – derrière le respect absolu d’une liberté d’expression qui n’est rien d’autre qu’un feu vert pour dire tout et n’importe quoi, propos sexistes, homophobes, antisémites ou racistes, Kick a fait de l’humiliation, des contenus violents et choquants son fonds de commerce. Si comme toutes les plateformes numériques, elle n’est pas responsable a priori des contenus mis en ligne, les législations française et européenne lui imposent d’agir « promptement » pour retirer tout contenu manifestement illicite qui lui est signalé, comme la diffusion de violences en direct.

Ses propres conditions d’utilisation font d’ailleurs état de cette obligation, Kick affirmant que « les démonstrations flagrantes d’agression non désirée qui entraînent ou sont susceptibles d’entraîner des dommages ne sont pas tolérées et le harcèlement d’autrui est interdit. » Une prévention, d’évidence, toute théorique, puisque dans la pratique Kick affiche une modération très laxiste et ne retire des contenus que dans des cas extrêmes.

Les pouvoirs publics portent aussi une responsabilité dans cette affaire et le député Arthur Delaporte, qui a récemment présidé la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, a raison lorsqu’il évoque « une défaillance » de leur part. Comment expliquer, en effet, qu’alertés depuis décembre de la situation inquiétante de Jean Pormanove, ni la ministre chargée du Numérique, ni l’Arcom ne soient intervenus pour faire cesser des pratiques attentatoires à la dignité humaine ?

L’affaire Pormanove doit désormais nous servir collectivement d’électrochoc. A l’heure où le temps passé sur les écrans s’allonge, réguler ce qui y est diffusé n’est pas de la censure mais un impératif démocratique et de protection de la jeunesse qui doit nous amener à demander des comptes aux plateformes de réseaux sociaux. À leurs algorithmes qui privilégient systématiquement les contenus les plus polarisants et clivants, quitte à amplifier et manipuler des informations, il faut opposer notre conception du débat public où la liberté d’expression est bornée par des lois.

L’Europe s’y emploie en imposant des règles… que Donald Trump et les géants de la Silicon Valley voudraient voir supprimées. Il faut au contraire plus que jamais tenir bon pour que la dignité d’un homme ne soit pas jetée en pâture pour quelques clics et beaucoup de dollars.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 21 août 2025)

Chère rentrée...

 

rentree

Les prix de la rentrée scolaire sont-ils en hausse ou en baisse cette année ? Les parents d’élèves ont de quoi être interloqués puisque les études se contredisent : d’un côté, l’UFC-Que Choisir a annoncé une hausse des prix de 2 %, de l’autre le cabinet d’études Nielsen IQ a affirmé que le prix des fournitures baisse de plus de 3 % dans les supermarchés, 6 % dans les magasins spécialisés. Et hier l’association Familles de France a assuré que le coût moyen de la rentrée 2025-2026 recule de 5,53 %. Une chose est certaine, on reste loin des quelque +10 % constatés en 2023, lorsque les fournitures scolaires subissaient l’envolée des tarifs des matières premières. Pour autant, que les prix chutent jusqu’à – 6 % ou augmentent de +2 %, le coût de la rentrée représente une importante dépense dans le budget des familles.

Pour faire baisser la facture, plusieurs leviers sont activés. Recycler le matériel de l’année passée, comparer les prix pour obtenir les meilleurs tarifs à la fois dans les hypermarchés physiques et sur internet (en prenant garde aux frais de livraison qui peuvent être élevés et aux délais pour être livré), opter pour des achats mutualisés avec des plateformes dédiées, des achats groupés ou des bourses mises en place par les fédérations de parents d’élèves… autant de pistes désormais bien rodées par les parents.

L’État est également à leur côté, depuis 1974, avec l’allocation de rentrée scolaire (ARS), versée ce mardi, qui bénéficie à plus de 5 millions d’enfants de 6 à 18 ans et 3 millions de foyers. Son montant varie entre 420 et 460 euros sous conditions de revenus. Comme chaque année, il devrait se trouver quelques hurluberlus pour reprendre, comme l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en 2021, la fake news – maintes fois démentie par les chiffres – selon laquelle l’ARS sert à acheter des écrans plats…

Mieux vaut s’intéresser au débat, récurrent lui aussi, soulevé par la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), principale organisation de parents, qui réclame la gratuité des fournitures scolaires, tout simplement pour respecter la promesse constitutionnelle d’une école laïque publique et gratuite. Évidemment, à l’heure où il est en quête de 44 milliards d’euros d’économies pour son Budget 2026, l’État impécunieux ne risque pas de donner satisfaction à la FCPE. Et pourtant, face à une précarité qui menace beaucoup de familles, miser sur l’éducation et les conditions de son exercice serait un vrai choix politique. D’ailleurs, sans attendre l’État, de nombreuses collectivités locales ont fait ce choix de justice sociale en rendant les fournitures scolaires gratuites en totalité ou en partie. De Paris à Marseille, de Bordeaux à Lille, plusieurs grandes villes livrent ainsi des kits de rentrée aux élèves.

En Occitanie, la Région revendique « la rentrée la moins chère de France » pour ses lycéens en jouant sur les fournitures mais aussi ce qu’il y a autour (péri-scolaire, transports…). Faire en sorte que l’origine sociale ou géographique ne soit pas un frein à la réussite scolaire, voilà un projet qui devrait tous nous rassembler.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 19 août 2025)

Il y a des alternatives...

bayrou


L’été politique 2024 post-dissolution avait été électrique et plein de suspense avec l’interminable et rocambolesque quête d’un Premier ministre. L’été 2025 est, lui, léthargique et sans aucun suspense, car la censure du gouvernement Bayrou à l’automne sur le Budget 2026 se dessine un peu plus chaque jour.

D’abord parce qu’à huit mois des municipales et dans la perspective de la présidentielle de 2027, les oppositions ont tout intérêt à cultiver leurs singularités et se montrer, justement, frontalement opposées à la politique de François Bayrou. Ensuite parce que le Premier ministre s’obstine à croire qu’il peut avoir raison tout seul et que seul son plan d’économies de 44 milliards d’euros, dont les mesures de rigueur ont été présentées mi-juillet, est à même de commencer à combler le déficit abyssal et la dette colossale qui ne cesse de croître.

Faute d’avoir réussi à convaincre les partis comme les partenaires sociaux, François Bayrou s’est mis en tête de jouer l’opinion. Revendiquant sans pudeur l’héritage de Pierre Mendès-France, le Premier ministre a décidé de lancer une chaîne YouTube et un podcast pour faire de la pédagogie et expliquer son Budget aux Français, puis de réactiver la plateforme Agora et de créer une adresse électronique pour recueillir leurs avis et idées. « Je ne laisserai pas se construire, se mettre en place un conflit entre les responsables du gouvernement, le pouvoir et les Français » assure François Bayrou.

Mais cette communication lancée au cœur de l’été semble laisser les Français indifférents, car ils ont bien compris et l’esprit et la lettre du projet budgétaire. 72 % d’entre eux estiment que « même s’il faut réduire la dette, les efforts demandés sont trop importants ». Trop importants et surtout trop injustes : car c’est bien l’inéquité du budget, qui fait globalement porter l’effort sur la classe moyenne et préserve les plus riches, qui hérisse les Français, abîme le consentement essentiel à l’impôt et provoque une colère qui s’agrège dans des mouvements protéiformes (Nicolas qui paie, les Gueux…) ; ceux-ci rappelant les débuts du mouvement des Gilets jaunes.

Au final, compte tenu de l’urgence à redresser les comptes, on aurait pu attendre mieux de François Bayrou, surtout sur un sujet, la dette, dont il s’est fait l’inlassable lanceur d’alerte. Pourtant lesté d’une longue carrière politique – ou peut-être à cause de celle-ci – le Premier ministre n’a pas fait preuve d’audace, s’accrochant à la vieille idée très thatchérienne qu’ « il n’y a pas d’alternative » (there is no alternative, le fameux TINA). Mais le rôle de la politique, justement, est de construire des alternatives, et sur le Budget elles existent : de la taxe Zucman au questionnement des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises versés sans contrepartie selon un rapport sénatorial en passant par le lancement de vraies réformes structurantes pour moderniser l’État. En lieu et place, François Bayrou, qui s’est fait le gardien des dogmes macronistes, est parvenu à braquer les partenaires sociaux et à inquiéter un peu plus les Français entre la suppression de deux jours fériés, une énième réforme de l’assurance-chômage, le doublement des franchises médicales, etc.

François Bayrou peut encore éviter la censure, tout simplement en revenant aux fondamentaux de la vie démocratique et parlementaire, ce qui supposerait de laisser le débat se tenir au Parlement, d’accepter des compromis plutôt que de s’y dire ouvert sans jamais y donner suite, et de laisser, enfin, les députés voter plutôt que d’utiliser, une fois encore, l’article 49-3…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 août 2025)


Sous surveillance

 

cambriolage

 

Selon les chiffres du service statistique du ministère de l’Intérieur publiés en juillet, la France a enregistré près de 218 000 cambriolages de logements en 2024, soit l’équivalent de 600 intrusions par jour. Après la parenthèse de 2020 – année où le confinement avait cloué les malfaiteurs comme les honnêtes gens chez eux – la courbe est repartie à la hausse : + 3 % en 2023 par rapport à 2022, pour un niveau proche de celui de 2019. Mais le premier semestre 2025 marque un infléchissement : 117 000 logements cambriolés, soit 5,7 % de moins qu’un an plus tôt.

Ce repli ne doit rien au hasard. L’État a durci le ton. Depuis février, le Plan d’action départemental de restauration de la sécurité au quotidien (PADRSQ) cible notamment les cambriolages avec un diagnostic précis, des partenariats locaux et un maillage policier renforcé. En Île-de-France, l’extension de la vidéosurveillance et l’usage d’applications collaboratives comme Voisins Vigilants & Solidaires produisent leurs effets : dans le 15e arrondissement de Paris, les effractions ont reculé de 17 % en six mois. Les campagnes de prévention, rappelant des gestes simples – fermer systématiquement les accès, prévenir ses voisins, vérifier ses équipements – complètent le dispositif, tandis que les systèmes d’alarme doivent désormais répondre à des normes strictes.

Reste que l’été demeure la saison reine des cambrioleurs. Près de 60 % des effractions surviennent en l’absence des occupants et les vacances estivales offrent un terrain de chasse idéal. Les réseaux sociaux, véritables vitrines involontaires, trahissent d’ailleurs parfois des absences prolongées, vite repérées par les malfrats. Les autorités misent bien sur le programme « Tranquillité vacances » – patrouilles de police ou de gendarmerie – pour contenir cette vulnérabilité saisonnière… à condition que les particuliers se signalent.

Les cambriolages n’épargnent en tout cas plus personne. Loin d’être cantonnés aux grandes villes, ils concernent aussi les zones rurales. Des départements naguère préservés – Isère, Gironde, Ain, Haute-Garonne – dépassent aujourd’hui la moyenne nationale. Quant aux résidences secondaires, notamment dans les régions touristiques, elles sont proportionnellement plus exposées.

Face à la menace, les particuliers répliquent massivement. Alarmes connectées, caméras intelligentes, télésurveillance : le marché explose. Verisure, Netatmo ou Orange Maison Protégée rivalisent d’offres estivales. Les kits sans fil, pilotables à distance et compatibles avec les assistants vocaux, traduisent une adaptation rapide aux méthodes des cambrioleurs. Les statistiques sont éloquentes : un logement équipé d’un système certifié réduit son risque d’effraction de 40 à 60 %.

Pour autant, la bataille reste inachevée. Avec un taux d’élucidation qui progresse à peine – 10 % des affaires résolues – la lutte contre les cambriolages demeure un combat d’endurance, où se conjuguent maillage policier, coopération citoyenne et culture de la prévention. L’été prochain dira si l’arsenal déployé en 2025 a véritablement inversé la tendance… ou s’il n’a fait que retarder l’inévitable retour à la hausse d’un fléau en perpétuelle mutation.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 16 août 2025)

 

Le risque du moindre mal

Trump Poutine


Le sommet organisé à la va-vite en Alaska entre les États-Unis et la Russie peut-il vraiment parvenir à mettre fin à la guerre en Ukraine sans que celle-ci ne soit invitée à la table des négociations ? Ou ce tête-à-tête entre deux hommes qui croient à la loi du plus fort ne sera-t-il qu’un théâtre médiatique dont chacun tentera de tirer personnellement profit dans son pays et aux yeux du monde tandis que la guerre continuera irrémédiablement ?

Personne ne sait réellement ce qui ressortira de cette rencontre d’Anchorage entre un implacable ex-maître espion du KGB, adepte des kompromats et devenu expert de la guerre hybride, et un héritier milliardaire, sauvé de la faillite par la Russie dans les années 90 et lors de la crise de 2008, qui a fait de l’imprévisibilité, de la versatilité et du culot ses spécialités et qui rêve de décrocher le prix Nobel de la paix puis de passer à ce qui l’intéresse vraiment, faire du business avec la Russie.

Le monde va assister à ce vertigineux sommet en constatant toutefois que l’un des participants, Vladimir Poutine, en position de force, a déjà gagné la manche. En invitant le maître du Kremlin aux États-Unis, qui plus est sur une terre russe jusqu’en 1867, Donald Trump permet, en effet, à Vladimir Poutine, poursuivi pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale, de se défaire du statut de paria. Poutine obtient de traiter d’égal à égal avec Trump au nez et à la barbe des Ukrainiens et des Européens, sans avoir concédé quoi que ce soit à son homologue, en dépit des ultimatums, des menaces de nouvelles sanctions et des rodomontades nucléaires de Washington. Au contraire même, Vladimir Poutine a intensifié ses bombardements, comme jamais depuis 2022, sur une Ukraine de plus en plus épuisée et qui peine aujourd’hui à contenir l’avancée de l’armée russe dans le Donbass.

Toute la question est de savoir quelle ligne va adopter Trump. Va-t-il être sensible aux arguments de Kiev et des Européens, censés être ses alliés historiques, selon lesquels il ne peut y avoir de paix sans un cessez-le-feu préalable à des négociations dans lesquelles l’Ukraine sera seule à définir les contours de sa souveraineté territoriale et ses besoins de sécurité pour garantir son indépendance ? Ou va-t-il se laisser embobiner par Vladimir Poutine qui veut le convaincre – contre l’évidence – que l’Ukraine et les Européens sont des obstacles à la paix, et que la Russie doit obtenir des concessions territoriales de l’Ukraine – c’est-à-dire entériner l’invasion de 2022 ?

La situation n’est pas sans rappeler la conférence de Munich, en 1938, lorsque la Grande-Bretagne et la France avaient rencontré l’Allemagne hitlérienne pour résoudre la crise des Sudètes, en l’absence de la Tchécoslovaquie. Les accords de Munich avaient acté la cession des Sudètes au IIIe Reich, avec des garanties franco-anglaises sur l’intégrité du reste du pays. On connaît la suite : Hitler rompra l’accord. Comme Vladimir Poutine a déjà rompu l’accord de Minsk de 2014 ; tandis que l’Occident n’a de son côté jamais appliqué les garanties de sécurité promises à l’Ukraine en 1994…

D’aucuns disent aujourd’hui que des concessions territoriales ukrainiennes – des « échanges de territoires » évoqués par Trump – sont incontournables et seraient finalement un moindre mal pour arriver à une paix qui serait, de facto, imposée à l’Ukraine et très fragile face à l’expansionnisme de Poutine. « La faiblesse de l’argument du moindre mal, disait Hannah Arendt, a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. » Tel est le risque du sommet Trump-Poutine…

(Editorial publié dans La Dépêche du vendredi 15 août 2025)

Coups de soleil ! peau de chagrin

  

soleil

Des personnes, notamment des adolescentes, qui cherchent à obtenir des coups de soleil volontairement pour créer des marques ou des motifs sur leur peau, appelés « burn lines » ou « sun tattoos » : voilà la dernière tendance – la dernière folie – encouragée cet été par des vidéos sur des plateformes comme TikTok et Instagram. Des pratiques extrêmement dangereuses qui peuvent causer des dommages irréversibles à la peau et qui imposent, une nouvelle fois, d’alerter les vacanciers sur les dangers du soleil pour la peau.

Car depuis que le bronzage – jadis apanage des ouvriers et paysans qui passaient leurs journées au soleil alors que la peau laiteuse était, elle, le summum de la mode – est devenu la norme, l’envie d’avoir un teint hâlé le plus rapidement possible se fait au détriment de la santé. Et sans que l’on s’en rende compte immédiatement. L’exposition inconsidérée des corps consume notre capital soleil et ce sont des années plus tard que les dermatologues constatent la catastrophe avec des cancers de la peau. 85 % de ces cancers seraient ainsi liés à une surexposition au soleil.

Dans son dernier Panorama des cancers en France 2024, l’Institut national du cancer (INCa) livre des chiffres édifiants. Entre 1990 et 2023 le nombre de nouveaux cas et évolution du mélanome de la peau a bondi de + 444 % avec une variation annuelle moyenne de + 3,5 %. Avec 17 992 nouveaux cas recensés en 2023, Le mélanome de la peau est le 4e cancer le plus fréquent. Parmi les facteurs de risque figurent l’exposition au soleil ou aux ultraviolets artificiels et des antécédents de coups de soleil, notamment pendant l’enfance.

Ces données devraient inciter les Français à mieux prendre soin de leur peau. D’abord en se protégeant davantage, ce qui passe notamment par l’utilisation de crèmes solaires de qualité, dont l’application doit être suffisante et renouvelée tout au long de la journée. Ensuite en s’observant mieux. Dès lors que l’on constate un changement anormal sur sa peau, il faut consulter car plus le diagnostic se fera tôt, mieux ce sera. Un mélanome « simple » est opérable mais quand des métastases apparaissent, il faut partir sur d’autres traitements, notamment de l’immunothérapie, des traitements ciblés et sans doute demain des vaccins « thérapeutiques ».

Mais pouvoir consulter est devenu bien trop souvent un chemin de croix. Le délai moyen d’attente pour consulter un dermatologue en France est d’environ 95 jours, avec de fortes disparités selon les régions et une tendance à l’allongement ces dernières années. Et la pénurie de dermatologues n’explique pas tout. Quiconque a fait une recherche de rendez-vous sur une plateforme comme Doctolib constate que nombre de dermatologues se sont spécialisés dans la médecine esthétique. Une représentante de la profession, spécialiste du botox, expliquait récemment sur France 2 toute honte bue qu’il n’y avait absolument pas de lien… Sans convaincre.

L’urgence de la situation est officiellement reconnue, notamment par le ministère de la Santé, mais les mesures jugées nécessaires par les professionnels (augmentation forte des internes, réorganisation territoriale, généralisation de la télé-expertise) n’ont pas encore permis de résorber la crise. Face au danger du soleil et au risque de cancer de la peau, il serait temps que l’État hausse enfin le ton…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 12 août 2025)

 

S'adapter maintenant

 

canicule

Depuis 1947, la France a connu 50 vagues de chaleur nationales, dont 33 depuis les années 2000. Nous allons connaître le 51e épisode à partir de ce week-end avec des températures dépassant les 40 °C, particulièrement dans notre région. Cet épisode confirme une accélération dans la survenue de ces vagues qui sont plus longues, plus précoces et plus intenses. Et il faut se préparer à vivre dans les années à venir avec ces températures dignes de l’Afrique du Nord : le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait, selon les projections, être multiplié par cinq à l’horizon 2050 (dans le cas d’un réchauffement à + 2,7 °C) et par dix à l’horizon 2100 (si + 4 °C). Des épisodes qui pourraient commencer dès la mi-mai et durer jusqu’en octobre, notamment dans le sud de la France.

Autant dire que s’adapter à ce bouleversement exacerbé par le dérèglement climatique dû essentiellement aux activités humaines n’est plus une option, ni même une priorité mais un impératif existentiel. N’en déplaise aux populistes qui trouvent qu’on en fait trop ou aux trumpistes climatosceptiques qui, eux, préfèrent casser le thermomètre. L’Administration Trump vient de demander à la Nasa d’abandonner deux satellites de mesure du CO2 – utile aux scientifiques du monde entier – et les rapports sur le climat sont expurgés des sites web officiels des agences américaines…

S’adapter à cette réalité du changement climatique demande évidemment du courage politique et les solutions à mettre en œuvre sont aussi délicates que complexes, car il faut veiller à la faisabilité et l’acceptabilité sociale de chaque mesure. Mais nous n’avons pas le choix. En France, Météo-France a renforcé ses alertes de vigilance et Santé Publique France effectue une veille sanitaire saisonnière et diffuse ses conseils aux populations en cas de vague de chaleurs ; conseils largement relayés par les élus locaux, les médecins et la presse.

Né dans la douleur après plusieurs reports, le 3e Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), présenté en mars 2025, prévoit des actions pour renforcer la résilience des secteurs sensibles : hôpitaux, écoles, transports, agriculture, secours, en insistant sur la prévention, l’ajustement des infrastructures et la sensibilisation des populations. Sans doute faudra-t-il aller encore plus loin dans l’aménagement des territoires et des bâtiments : végétaliser davantage les espaces urbains pour lutter contre les « îlots de chaleur », mieux protéger et isoler les bâtiments et en finir avec les passoires thermiques, adapter le réseau de transports.

Mais le changement climatique nous conduira aussi à repenser notre agriculture, nos industries, notre système de santé, en un mot tout notre quotidien. Autant dire que le chantier, profond, transversal et forcément coûteux imposera de faire des choix bien plus difficiles que de boucler le budget 2026. Entreprises, collectivités, société civile, tous doivent être sans attendre à la hauteur et s’adapter maintenant pour les générations futures…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 9 août 2025)

Mégamobilisation

 

feu

Face au mégafeu historique qui a ravagé l’Aude, tous ceux qui aiment ces Corbières, ce pays Cathare, ce Midi ensoleillé et riche de vie et de souvenirs, ont été saisis d’effroi. La solidarité nationale doit évidemment aller aux habitants sinistrés dont certains ont tout perdu, aux agriculteurs et viticulteurs qui voient des années de labeur réduites à néant, aux élus qui se démènent sans compter pour leurs villages aujourd’hui abîmés. Face à ce mégafeu qui n’était hier toujours pas fixé, on ne peut que saluer le courage et le professionnalisme des centaines de pompiers, au sol comme dans les airs, qui luttent sans relâche pour maîtriser le plus important incendie du XXIe siècle en France.

Le temps est à l’émotion, au soutien, à l’action. Celui des questions viendra, sur le niveau des moyens dont nous disposons, sur notre préparation de long terme face à des incendies amenés, hélas, à se multiplier à l’avenir.

Sur les moyens, il faut concrètement procéder au « réarmement puissant » qu’Emmanuel Macron appelait de ses vœux en octobre 2022 après un été déjà marqué par des incendies. Le gouvernement, en quête effrénée de 44 milliards d’euros d’économies pour son Budget 2026, s’enorgueillit de ne pas toucher au budget des Armées. On espère qu’il en sera de même pour celui des soldats du feu, alors qu’en février 2024, le gouvernement Attal, déjà en quête d’économies, a supprimé par décret les crédits devant servir à commander deux des quatre Canadairs prévus… François Bayrou a assuré mercredi qu’ils allaient être commandés.

Dont acte mais que de temps perdu. Cet équipement en moyens aériens de lutte contre les incendies doit aussi être vu à l’échelle européenne, car plusieurs pays sont chaque été touchés par des incendies. En finançant l’achat d’avions dans son programme RescUE, qui apporte une réponse commune aux catastrophes, l’Europe, si souvent critiquée, montre toute son utilité. Les projets d’avions bombardiers européens, portés par des start-up ou le géant Airbus sont aussi à saluer.

Mais avant de lutter contre un incendie, mieux vaut tout faire pour qu’il ne se déclenche pas. L’expérimentation actuelle de capteurs connectés par satellite près du Pont du Gard par Kinéis et Entente Valabre est à ce titre prometteuse. Cette détection ultra-précoce des incendies pourrait être rapidement étendue dans d’autres massifs forestiers partout en France.

Enfin, ces mégafeux posent des questions sur la façon dont l’homme a remodelé et occupe les paysages. « Bien sûr le réchauffement climatique impacte la planète mais cela n’est pas une réponse suffisante. Il y a depuis dix ans des alertes de Météo-France, qui ont mis en évidence la semi-aridification de la bande littorale allant de Sète à Perpignan. Cette zone agricole, viticole et touristique a été délaissée par négligence et par manque d’ambition », déplore le viticulteur bien connu Gérard Bertrand, qui appelle, à raison, un plan Marshall pour ramener l’eau. Il faudra aussi rajouter une réflexion sur l’impact de l’artificialisation des sols, l’arrachage des vignes ou l’importance du débroussaillage.

Le chantier est immense, mais le défi réalisable. Aux mégafeux doit répondre une mégamobilisation.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 8 août 2025)

Le grand bluff

 

trump poutine

Dans son bureau du Kremlin ou son luxueux palais du cap Idokopas – dont l’existence avait été révélée par l’opposant Alexeï Navalny – Vladimir Poutine doit rire sous cape. Ou à tout le moins sourire de voir Donald Trump, piqué au vif par une énième provocation anti-occidentale de Dmitri Medvedev, perdre son sang-froid et répondre du tac-au-tac à l’ex-président russe via réseaux sociaux interposés en affirmant qu’il positionnait des sous-marins nucléaires américains dans des zones « adaptées » proches de la Russie. Ce faisant, le Kremlin a eu beau jeu, dans un spectaculaire renversement de situation, d’endosser hier le costume de l’adulte dans la pièce face au dangereux va-t-en guerre américain. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, c’est pourtant bien Vladimir Poutine qui a souvent brandi la menace nucléaire contre l’Ukraine et ses alliés, sans évidemment et heureusement jamais passer à l’acte.

Si Donald Trump – qui rêvait de régler le conflit ukrainien en 24 heures – a cédé à la tentation de montrer les muscles à l’heure où ses ultimatums, décalés de semaines en semaines, semblent ignorés par Vladimir Poutine, ce n’est pourtant pas la première fois qu’il invoque la menace nucléaire. En 2018, au début de son premier mandat, Donald Trump avait expliqué à Kim Jong-un que son « bouton nucléaire » était « beaucoup plus gros et plus puissant » que celui du dirigeant nord-coréen, surnommé par lui « Rocket man. »

En 2018 comme aujourd’hui, il y a dans ces déclarations martiales des hâbleries et des coups de communication. Derrière ces mises en scène, Vladimir Poutine et Donald Trump savent bien que le principe même de l’arme nucléaire et de la dissuasion qu’elle emporte, est de ne pas y recourir, les deux puissances pouvant se neutraliser plusieurs fois l’une l’autre. Inutile même de préciser comme l’a fait Trump que des sous-marins allaient se rapprocher de la Russie alors qu’ils peuvent opérer de n’importe quel point du globe – ce qui est aussi valable pour les sous-marins russes qui naviguent partout.

Les menaces nucléaires proférées par Moscou ou Washington servent davantage à envoyer des messages, au monde et, surtout, auprès de leurs opinions publiques. On était habitué à ces fanfaronnades du côté de Poutine ; on ne peut que déplorer que Donald Trump se soit abaissé à répondre à Dmitri Medvedev, aujourd’hui vice-président et numéro deux sans grand pouvoir du Conseil de sécurité russe.

Reste toutefois une question : avec des dirigeants aussi imprévisibles, le risque d’un conflit atomique – aujourd’hui improbable – pourrait-il tout de même devenir envisageable, puisque les deux présidents ont, seuls, le pouvoir d’appuyer sur le bouton nucléaire ? Certains estiment que, poussé dans ses retranchements et acculé, Poutine pourrait utiliser une petite charge nucléaire contre l’Ukraine.

À l’heure où l’on commémore le 80e anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, il faut espérer que Trump et Poutine en restent au grand bluff, se ressaisissent et retrouvent le sens de l’Histoire, qui commande qu’on ne joue pas avec des missiles nucléaires, même pour une joute verbale…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 5 août 2025)

Urgence démographique

 

baby

Présentées dans la torpeur de l’été, les statistiques démographiques de l’Insee devraient pourtant tous nous inquiéter et nous réveiller. Avec une baisse de 2,2 % du nombre quotidien de naissances moyen entre le premier semestre 2024 et celui de 2025, la France devrait atteindre une nouvelle fois son plus bas niveau depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et cela pour la quatrième année consécutive, sans que l’on perçoive la possibilité d’un retournement prochain de situation.

Dans le même temps, en cumul de janvier à juin, le nombre de décès quotidien moyen est plus élevé en 2025 qu’il ne l’était un an auparavant : + 2,5 %. Implacable logique d’un solde naturel qui montre d’un côté une France qui ne fait pas assez d’enfants, de l’autre une France dont la population vieillit à grande vitesse. Au 1er janvier 2025, 21,8 % des habitants avaient au moins 65 ans, contre 16,3 % en 2005 ; les personnes âgées d’au moins 75 ans représentent désormais 10,7 % de la population, contre 8 % vingt ans plus tôt. Selon l’Insee, en 2040, il y aurait 51 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, contre 37 en 2021 ; les baby-boomers nourrissant logiquement ce papy-boom.

Cette situation de déclin de la natalité et de vieillissement accéléré de la pyramide des âges, que l’on retrouve dans beaucoup d’autres pays européens mais aussi en Chine ou au Japon, a évidemment de lourdes conséquences socio-économiques sur l’emploi, le financement de la protection sociale comme du grand âge, le système de santé ou encore les politiques migratoires. Pour redresser leur natalité, les gouvernements cherchent la parade sans pour l’heure avoir trouvé la martingale : aides massives aux parents, extension des congés parentaux, accompagnement des futurs parents, allocations familiales versées dès le premier enfant, remise en cause de leur universalité en les conditionnant aux revenus ? Les pistes sont nombreuses pour réussir ce qu’Emmanuel Macron avait appelé le « réarmement démographique » en janvier 2024, mais elles sont d’évidence insuffisantes pour que les Français retrouvent vraiment l’envie d’avoir des enfants.

Ce désir d’enfant a nettement reculé en 20 ans selon une étude de l’Ined parue début juillet en raison des obstacles économiques ou biologiques des potentiels parents, de la difficulté persistante pour les femmes de s’engager dans la maternité sans être pénalisées dans leur carrière, ou encore en raison d’une angoisse écologique face à l’état du monde qui conduit à renoncer à faire un enfant. Si le Comité national d’éthique a souligné qu’il était « impératif » pour la société d’accompagner les couples, il a également rappelé qu’il fallait respecter la décision personnelle de chacun d’avoir ou non des enfants. Utile rappel à l’heure où certains, à l’extrême droite du spectre politique, rêvent de renvoyer les femmes à la maison et les réduire au rôle de mères…

Endiguer le déclin de la natalité et se préparer à une société du grand âge ne peuvent se satisfaire de mesurettes mais ont besoin d’une large vision d’ensemble intergénérationnelle, d’un vrai projet de société à long terme que le gouvernement actuel, encalminé dans la préparation de son Budget 2026 court-termiste et dépourvu de majorité au Parlement, n’est pas en mesure de proposer. En revanche, un tel projet devrait être au cœur de la prochaine présidentielle.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 août 2025)

Le vrai et le faux

  

contrefacon

En vacances à l’étranger comme en France, qui n’a jamais été tenté d’acheter sur un marché ou à un vendeur ambulant, un polo Lacoste, un sac Vuitton, Chanel ou Hermès, un parfum Guerlain ou Saint-Laurent, une montre Rolex, Patek Philippe ou Cartier à des prix défiant toute concurrence ? Bien sûr, chacun sait qu’il s’agit d’une contrefaçon de ces objets de luxe, à une lettre près sur le logo de la marque et parfois en tout point identique tant l’imitation est bluffante. On croit alors repartir l’esprit léger avec un souvenir d’été, qui brillera comme un vrai sur Instagram ou auprès des copains une fois de retour à la maison…

Même si la contrefaçon ne s’arrête pas à la maroquinerie ou au prêt-à-porter de luxe et touche tout un tas d’objets, des jouets aux outils, celle concernant les produits haut de gamme met à l’épreuve nos principes moraux avec l’irrésistible envie de s’afficher avec, d’exhiber même, des produits socialement valorisants, notamment pour les plus jeunes sur les réseaux sociaux qui exacerbent cette pression sociale.

Dans une enquête de l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (Unifab) et de l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI), publiée l’an dernier, 40 % des Français déclaraient ainsi avoir déjà acheté un produit contrefait, en particulier dans la maroquinerie, les vêtements ou les parfums. Et en même temps, une majorité d’entre eux désapprouve l’achat de contrefaçons, bien consciente que celles-ci représentent une menace pour l’économie et la création des entreprises qui conçoivent les vrais objets…

Afin de briser ce cercle vicieux qui voit chez les acheteurs de faux le gain psychologique l’emporter sur la culpabilité de transgresser la loi, les fabricants ont lancé cette année une campagne de sensibilisation en invitant les Français à découvrir l’histoire de produits victimes de contrefaçon. Et à ne pas être dupes des nouveaux mots qui apparaissent sur internet – clones, génériques – pour leur vendre de la contrefaçon derrière laquelle opèrent de tentaculaires et très organisés réseaux criminels.

Car la réalité des produits contrefaits – achetés en toute connaissance de cause ou après avoir été arnaqués – est bien là : non seulement ces copies illégales peuvent être dangereuses, notamment pour la santé, mais elles financent la grande criminalité internationale. Et cela de plus en plus à en juger par le nombre de saisies effectuées par les Douanes en 2024 : 21,47 millions d’objets ont été retirés du marché, en hausse pour la 5e année consécutive.

Face à ce triple fléau à la fois économique, sanitaire et sécuritaire, qui n’est pas sans rappeler celui des stupéfiants, un plan national anti-contrefaçons 2024-2026 a été présenté l’année dernière. Orienté vers l’identification et le démantèlement des réseaux organisés de fraude, ce plan s’appuie sur de nouveaux outils juridiques, notamment cyber, et des moyens renforcés tant pour lutter contre les contrefaçons venues de l’étranger que celles qui sont fabriquées dans des ateliers au sein même de l’Union européenne.

Mais la lutte contre la contrefaçon banalisée doit être l’affaire de tous et donc aussi des consommateurs qui doivent résister à la tentation et mettre en cohérence leurs valeurs avec leurs actes en préférant le vrai au faux…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 1er août 2025)