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S'adapter maintenant

 

canicule

Depuis 1947, la France a connu 50 vagues de chaleur nationales, dont 33 depuis les années 2000. Nous allons connaître le 51e épisode à partir de ce week-end avec des températures dépassant les 40 °C, particulièrement dans notre région. Cet épisode confirme une accélération dans la survenue de ces vagues qui sont plus longues, plus précoces et plus intenses. Et il faut se préparer à vivre dans les années à venir avec ces températures dignes de l’Afrique du Nord : le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait, selon les projections, être multiplié par cinq à l’horizon 2050 (dans le cas d’un réchauffement à + 2,7 °C) et par dix à l’horizon 2100 (si + 4 °C). Des épisodes qui pourraient commencer dès la mi-mai et durer jusqu’en octobre, notamment dans le sud de la France.

Autant dire que s’adapter à ce bouleversement exacerbé par le dérèglement climatique dû essentiellement aux activités humaines n’est plus une option, ni même une priorité mais un impératif existentiel. N’en déplaise aux populistes qui trouvent qu’on en fait trop ou aux trumpistes climatosceptiques qui, eux, préfèrent casser le thermomètre. L’Administration Trump vient de demander à la Nasa d’abandonner deux satellites de mesure du CO2 – utile aux scientifiques du monde entier – et les rapports sur le climat sont expurgés des sites web officiels des agences américaines…

S’adapter à cette réalité du changement climatique demande évidemment du courage politique et les solutions à mettre en œuvre sont aussi délicates que complexes, car il faut veiller à la faisabilité et l’acceptabilité sociale de chaque mesure. Mais nous n’avons pas le choix. En France, Météo-France a renforcé ses alertes de vigilance et Santé Publique France effectue une veille sanitaire saisonnière et diffuse ses conseils aux populations en cas de vague de chaleurs ; conseils largement relayés par les élus locaux, les médecins et la presse.

Né dans la douleur après plusieurs reports, le 3e Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), présenté en mars 2025, prévoit des actions pour renforcer la résilience des secteurs sensibles : hôpitaux, écoles, transports, agriculture, secours, en insistant sur la prévention, l’ajustement des infrastructures et la sensibilisation des populations. Sans doute faudra-t-il aller encore plus loin dans l’aménagement des territoires et des bâtiments : végétaliser davantage les espaces urbains pour lutter contre les « îlots de chaleur », mieux protéger et isoler les bâtiments et en finir avec les passoires thermiques, adapter le réseau de transports.

Mais le changement climatique nous conduira aussi à repenser notre agriculture, nos industries, notre système de santé, en un mot tout notre quotidien. Autant dire que le chantier, profond, transversal et forcément coûteux imposera de faire des choix bien plus difficiles que de boucler le budget 2026. Entreprises, collectivités, société civile, tous doivent être sans attendre à la hauteur et s’adapter maintenant pour les générations futures…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 9 août 2025)

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