Dans son bureau du Kremlin ou son luxueux palais du cap Idokopas – dont l’existence avait été révélée par l’opposant Alexeï Navalny – Vladimir Poutine doit rire sous cape. Ou à tout le moins sourire de voir Donald Trump, piqué au vif par une énième provocation anti-occidentale de Dmitri Medvedev, perdre son sang-froid et répondre du tac-au-tac à l’ex-président russe via réseaux sociaux interposés en affirmant qu’il positionnait des sous-marins nucléaires américains dans des zones « adaptées » proches de la Russie. Ce faisant, le Kremlin a eu beau jeu, dans un spectaculaire renversement de situation, d’endosser hier le costume de l’adulte dans la pièce face au dangereux va-t-en guerre américain. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, c’est pourtant bien Vladimir Poutine qui a souvent brandi la menace nucléaire contre l’Ukraine et ses alliés, sans évidemment et heureusement jamais passer à l’acte.
Si Donald Trump – qui rêvait de régler le conflit ukrainien en 24 heures – a cédé à la tentation de montrer les muscles à l’heure où ses ultimatums, décalés de semaines en semaines, semblent ignorés par Vladimir Poutine, ce n’est pourtant pas la première fois qu’il invoque la menace nucléaire. En 2018, au début de son premier mandat, Donald Trump avait expliqué à Kim Jong-un que son « bouton nucléaire » était « beaucoup plus gros et plus puissant » que celui du dirigeant nord-coréen, surnommé par lui « Rocket man. »
En 2018 comme aujourd’hui, il y a dans ces déclarations martiales des hâbleries et des coups de communication. Derrière ces mises en scène, Vladimir Poutine et Donald Trump savent bien que le principe même de l’arme nucléaire et de la dissuasion qu’elle emporte, est de ne pas y recourir, les deux puissances pouvant se neutraliser plusieurs fois l’une l’autre. Inutile même de préciser comme l’a fait Trump que des sous-marins allaient se rapprocher de la Russie alors qu’ils peuvent opérer de n’importe quel point du globe – ce qui est aussi valable pour les sous-marins russes qui naviguent partout.
Les menaces nucléaires proférées par Moscou ou Washington servent davantage à envoyer des messages, au monde et, surtout, auprès de leurs opinions publiques. On était habitué à ces fanfaronnades du côté de Poutine ; on ne peut que déplorer que Donald Trump se soit abaissé à répondre à Dmitri Medvedev, aujourd’hui vice-président et numéro deux sans grand pouvoir du Conseil de sécurité russe.
Reste toutefois une question : avec des dirigeants aussi imprévisibles, le risque d’un conflit atomique – aujourd’hui improbable – pourrait-il tout de même devenir envisageable, puisque les deux présidents ont, seuls, le pouvoir d’appuyer sur le bouton nucléaire ? Certains estiment que, poussé dans ses retranchements et acculé, Poutine pourrait utiliser une petite charge nucléaire contre l’Ukraine.
À l’heure où l’on commémore le 80e anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, il faut espérer que Trump et Poutine en restent au grand bluff, se ressaisissent et retrouvent le sens de l’Histoire, qui commande qu’on ne joue pas avec des missiles nucléaires, même pour une joute verbale…
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mardi 5 août 2025)