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Éditos

Colères

 

sdf

Si les affaires de squat qui ont émaillé ces dernières années l’actualité suscitent autant de réactions fortes, de polémiques et d’émotions – plus que de raison – c’est parce qu’elles sont la résultante du choc de deux colères.

La première est celle des propriétaires qui se retrouvent dépossédés de leurs biens et sont plongés, particulièrement lorsqu’il s’agit de personnes âgées, dans une vraie détresse, eux dont la maison ou l’appartement – fut-il une résidence secondaire – constitue souvent le seul patrimoine, le fruit d’une vie de travail qu’ils veulent transmettre à leurs enfants. Confrontés à la lenteur de la justice, aux chausse-trappes d’une administration tatillonne et compliquée, ces petits propriétaires victimes – car ce sont rarement des millionnaires ou de grandes sociétés – s’épuisent, souvent seuls, dans des années de procédures coûteuses avant de récupérer leur bien.

De l’autre côté, il y a aussi une autre colère. Car au-delà des occupations qui peuvent être militantes, politiques et revendicatives, les squatteurs occupent les lieux vacants – ou qu’ils croient vacants – parce qu’ils n’ont souvent tout simplement pas le choix s’ils ne veulent pas être à la rue. Enferrés dans une précarité étouffante, qu’ils soient migrants ou citoyens frappés par l’exclusion sociale de plus ou moins longue date, ils sont confrontés à un mal-logement chronique qui mériterait plus d’attention.

Pour apaiser ces deux colères, il devrait y avoir une réponse de l’Etat et de la classe politique à la hauteur, c’est-à-dire une politique du logement réellement ambitieuse, une application stricte des lois votées, notamment celle du droit au logement opposable, et des expérimentations innovantes. Malheureusement, dans ce qui devrait être une priorité de la nation, on assiste trop souvent aux caricatures qui nourrissent les extrêmes, aux fausses promesses et à l’instauration de mesurettes gadget.

Gouverner c’est choisir dit-on. "Gouverner, c’est d’abord loger son peuple", rétorquait l’abbé Pierre, qui était, lui aussi, un homme en colère face à la misère. Il serait temps d’y réfléchir…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 30 mai 2021)

L'atout France

vacances

L’été 2021 suivra-t-il le même chemin que l’été 2020 ? L’année dernière, heureux d’être sortis de leur premier confinement mais encore inquiets face à cette redoutable épidémie Covid-19 pour laquelle des barrières sanitaires étaient dressées contre les voyageurs dans le monde, les Français avaient joué la carte de vacances d’été à la maison. L’occasion de découvrir ou redécouvrir en famille ou entre amis les trésors de notre patrimoine culturel et naturel, la beauté de nos montagnes, des petites criques ou des grands espaces. Il aura fallu une pandémie mondiale pour nous rendre compte de ce que venaient chercher les étrangers chez nous, faisant de la France la première destination touristique mondiale. Si les professionnels, hôteliers, restaurateurs, gérants de camping, de centre de loisirs ou organisateurs de festivals ou d’événement culturels ont été durement touchés, ils ont aussi pu compter sur la clientèle française.

Un phénomène qui a été particulièrement remarqué en Occitanie, les nuitées des clientèles françaises ayant augmenté de 28 % sur l’été 2020, un record au niveau national. Et la région a même progressé de +1 % tous marchés confondus, la seule progression sur l’ensemble des destinations méditerranéennes, devant la Côte d’Azur…

Cette année, la situation est bien différente. La campagne de vaccination s’accélère, certains Français seront déjà entièrement vaccinés d’ici juillet, les chiffres de l’épidémie baissent en Europe et nombre de nos voisins – Espagne, Italie ou Grèce – nous font les yeux doux pour nous convier chez eux. Mais si l’on peut tenter de repartir en voyage à l’étranger, le prix des tests PCR obligatoires chez nos voisins douche les enthousiasmes. Car si en France, ils sont gratuits – on l’oublierait presque ! – à l’étranger ils coûtent de 60 à 200 €…

Dès lors, l’été 2021 pourrait bien être un nouvel été bleu-blanc-rouge. C’est le leitmotiv du gouvernement comme de tous les comités régionaux ou départementaux du tourisme qui se sont démenés pour proposer des offres attrayantes et parfois des aides financières. Les professionnels du tourisme, qui se relèvent d’une année de fermeture éprouvante, sont eux aussi prêts, dans le respect de stricts protocoles sanitaires, à nous accueillir pour des vacances d’été qui seront aussi des vacances solidaires.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 29 mai 2021)

Repenser le travail

teletravail

La crise sanitaire de la Covid-19 aura bouleversé nos vies comme l’organisation de notre société et l’un des faits majeurs provoqués par la pandémie aura sans nul doute été le recours au télétravail. Plébiscité par une large majorité de Français mais détesté par certains, le télétravail a débarqué dans nos vies professionnelles en mars 2020 alors même que cette pratique restait marginale, particulièrement en France où la culture très ancrée du présentéisme et les craintes sur un manque de productivité cantonnaient le télétravail à quelque 7 % seulement de salariés. Du jour au lendemain, pour endiguer la propagation du coronavirus, il a fallu s’y mettre, avec souvent beaucoup de système D pour pallier le manque de réseaux, de matériel ou de formation. Malgré cette précipitation, cela a fonctionné et les salariés – dont le métier permettait de le faire – ont découvert les joies et les difficultés du travail à domicile.

Les joies des débuts lorsqu’il s’est agi de trouver de nouvelles marques, se réjouir d’éviter les trajets domicile-bureau, se découvrir plus autonome et, très souvent, beaucoup plus productif. Les difficultés aussi lorsque le télétravail s’est fait avec la classe à la maison des enfants dans un appartement trop petit, à côté d’un conjoint avec lequel on n’avait pas l’habitude de vivre 24 heures sur 24, sans les liens informels avec les collègues à la machine à café ou avec une pression accrue d’un encadrement intermédiaire dérouté quant à sa propre utilité.

Cette année de télétravail a aussi accéléré la numérisation des entreprises françaises, activé une réflexion sur les organisations, redéfini les priorités personnelles et professionnelles des salariés et aussi redonné aux villes moyennes et aux campagnes un nouvel atout d’attractivité pour les télétravailleurs, pour peu qu’elles disposent de connexions à internet fiables. À l’heure où la règle du 100 % de télétravail préconisée par le gouvernement pour les entreprises qui le pouvaient va prendre fin le 9 juin avec la 2e phase du déconfinement, l’heure est désormais au bilan, tant pour les salariés que pour les employeurs et le moins qu’on puisse dire, c’est que le retour au bureau ne signera pas un retour à la vie professionnelle d’avant.

Entre le 100 % télétravail et le 100 % présentiel, il reste à inventer une forme hybride, flexible, presque à la carte, mêlant présence au bureau et plusieurs jours en télétravail. Cela ne pourra se faire qu’avec une vraie concertation entre patronat et syndicats. Mais cette réflexion peut être une chance, l’occasion de repenser les organisations pour les rendre plus efficaces et moins corsetées, plus créatives et moins uniformes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 28 mai 2021)

Convaincre

 

vaccin

La campagne de vaccination française contre le Covid-19, on le sait, est une course de vitesse contre le virus. Vacciner le plus possible pour atteindre l’immunité collective est, comme pour tout vaccin, la règle clé. Une règle aujourd’hui comprise par une majorité de Français qui, selon les enquêtes d’opinion, se montrent largement favorables à la vaccination, perçue comme le sésame de sortie de la crise. Mais une règle confrontée au côté insaisissable de l’épidémie : la présence des variants – anglais, sud-africain, brésilien, indien, ou d’autres à venir – a repoussé le taux de la population vaccinée pour atteindre l’immunité collective. De 60 % aux débuts de l’épidémie, on est maintenant à 80 voire 90 %. Des taux difficiles à atteindre compte tenu de la persistance de personnes qui, en toute bonne foi, hésitent à se faire vacciner, ou qui, par idéologie, refusent catégoriquement le vaccin.

Dès lors, face au ralentissement prévisible de la campagne de vaccination en raison de ce « plafond de verre », se pose la question de la vaccination obligatoire, qu’a soulevée mardi l’Académie de médecine, qui préconise une obligation progressive pour certains métiers et pour certains publics, notamment les enfants et adolescents. Si une courte majorité de Français semble y souscrire, une vaccination obligatoire pose un vrai dilemme sanitaire, éthique et forcément politique. Face à une France qui, fin décembre dernier, était très méfiante, Emmanuel Macron avait décidé que la vaccination anti-Covid ne serait pas obligatoire. Cette ligne de conduite doit-elle changer ? Faut-il considérer le vaccin anti-Covid-19 comme étant du même niveau que les 11 vaccins obligatoires pour les nourrissons ?

La vaccination – qui a fait ses preuves contre la variole au début du XXe siècle, la diphtérie, le tétanos ou la poliomyélite – relève à la fois de l’individuel et du collectif : on se protège soi-même contre une maladie, mais on protège aussi les autres. Cette réflexion intime se pose à chacun d’entre nous et se confronte aux impératifs de santé publique. Alors qu’il reste encore des publics désireux de se faire vacciner, l’exécutif a fait le choix, raisonnable pour l’heure, de convaincre plutôt que de contraindre.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 27 mai 2021)

Réforme réussie

 

bercy

Comme tout grand changement, l’instauration du prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source avait connu, on s’en souvient des hésitations avant de faire le grand saut. Mise en chantier pendant le quinquennat de François Hollande, cette réforme devait entrer en vigueur le 1er janvier 2018, mais Emmanuel Macron, une fois installé à l’Elysée, avait décidé de se donner un peu plus de temps pour mettre en œuvre ce prélèvement à la source redoutablement complexe, mais pourtant déjà en vigueur depuis longtemps chez plusieurs de nos voisins européens.

Le temps passant, fin août 2018, à quatre mois de l’échéance, le Président, craignant des bugs techniques et administratifs, avait laissé planer le doute sur un nouveau report et demandé à son ministre qui était dans les starting-blocks de faire d’ultimes vérifications… La réforme est finalement bel et bien entrée en vigueur, sans accrocs, le 1er janvier 2019… comme elle est entrée dans les mœurs.

Pour les contribuables qui paient l’impôt sur le revenu, le prélèvement à la source a incontestablement apporté plus de lisibilité, en temps réel, sur ce qui leur reste en net à la fin du mois à partir de leur salaire. Et pour l’Etat, la réforme a même permis de récupérer 2 milliards d’euros supplémentaires en coupant l’herbe sous le pied des petits (ou gros) fraudeurs à la déclaration de revenus… Cette année, la réforme franchit un nouveau cap avec la déclaration automatique des revenus pour près de 12 millions de foyers fiscaux, qui n’ont donc pas à envoyer par courrier ou via internet leur déclaration signée.

Deux ans après son entrée en vigueur, la réforme du prélèvement à la source – que Valéry Giscard d’Estaing avait tenté, en vain, de mettre en œuvre en 1973, tout comme Michel Rocard dans les années 90 au moment de la création de la CSG et Dominique de Villepin en 2006 – a levé toutes les réticences, notamment celle des chefs d’entreprise, artisans en tête, qui estimaient ne pas avoir à se transformer en "percepteurs d’impôts".

Cette réforme, approuvée rapidement par une large majorité de Français, a peut-être aussi permis de mieux comprendre la collecte de l’impôt et de renforcer le consentement à l’impôt. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la politique keynésienne du "quoi qu’il en coûte" permet aussi de voir plus concrètement où passent nos impôts. L’État-providence – que Joe Biden remet au goût du jour de façon spectaculaire aux Etats-Unis – peut ainsi s’appuyer sur des dispositifs de collecte plus clairs.

Reste que l’outil n’est pas une fin en soi et ne saurait seul déterminer une politique fiscale qui, en France reste l’une des plus imposante au monde selon le dernier rapport de l’OCDE, avec un taux de prélèvements de 46,6 %…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 24 mai 2021)

Impasse

 

ours

Le 19 mai prochain, cela fera vingt-cinq ans que l’ourse slovène Ziva a été amenée devant les caméras dans les Pyrénées, sur la commune de Melles, en Haute-Garonne. Le 19 mai 1996, il s’agissait là du premier lâcher organisé dans le cadre d’un plan de réintroduction européen pour sauver l’ours brun, dont on ne comptait alors les représentants que sur les doigts des deux mains. Entre les éleveurs opposés à l’ours et les associations environnementales, le dialogue a très vite viré à la foire d’empoigne et aux caricatures. Bobos écolos contre paysans butés, défenseurs de la biodiversité contre partisans d’un maintien d’une activité pastorale ancestrale. Et gare à celui qui tardait à choisir son camp. Face à face, deux logiques, deux visions irréconciliables.

Ving-cinq ans plus tard il serait faux de dire que l’on en est au même point. La population d’ursidés a considérablement augmenté, l’image de l’ours et son impact touristique sont désormais consubstantiels aux Pyrénées. Et de l’autre côté les éleveurs se sont mieux organisés pour valoriser leur production, obtenir des labels de qualité qui font, là aussi, incontestablement, la marque et la fierté des Pyrénées.

Mais les deux camps se regardent toujours en chiens de faïence, prêts à rugir lorsqu’un ours est retrouvé mort ou des troupeaux attaqués, précipitant dès lors les gouvernements dans des abîmes de perplexité lorsqu’il s’agit de poursuivre le programme de réintroduction dans lequel la France s’est engagée.

L’ours des Pyrénées reste un dossier miné où la nuance peine à trouver sa place et où la cohabitation apaisée entre l’ours et l’homme – celle-là même qui marche si bien en Slovénie – paraît impossible en France.

Alors lorsqu’un nouveau Projet européen Life de protection de l’ours des Pyrénées est en approche pour être lancé en septembre prochain sur six ans, les esprits s’échauffent à nouveau et le bras de fer entre pro et anti repart de plus belle. Le plan, qui prévoit 8 millions d’euros, financés à 75 % par l’Europe, paraît pourtant équilibré : pérenniser une population viable d’ours bruns d’un côté, améliorer des corridors écologiques et les moyens de protection des troupeaux de l’autre, avec au centre la création d’un Centre de ressources sur l’ours et le lancement d’une médiation territoriale. Parviendra-t-elle à sortir de l’impasse ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 17 mai 2021)

Garder l'espoir

 

jubillar
Photo DDM, Marie-Pierre Volle

Cinq mois déjà. Cinq mois de mystère. Cinq mois de questions, d’angoisse qui étreignent les proches de Delphine Jubillar, l’infirmière de Cagnac-les-Mines, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre dernier et dont on est depuis sans nouvelles. Disparition volontaire ? Mauvaise rencontre ? Qu’est devenue cette jeune mère de famille ? Que lui est-il arrivé ? Quelle vérité se cache derrière cette affaire ? Autant de questions qui mobilisent les enquêteurs et inquiètent la famille et les proches de la jeune femme qui la décrivent, aujourd’hui dans nos colonnes, comme une maman dévouée et dynamique, une amie joyeuse et pleine de vie. Une amie qu’on n’entend surtout pas oublier. 

Ainsi cinq mois après, la solidarité se manifestera une nouvelle fois ce dimanche avec une battue citoyenne autour du lac de Cagnac-les-Mines. Arpenter des lieux où Delphine aurait pu passer, rechercher le moindre indice, l’infime anomalie qui pourrait ouvrir une nouvelle piste. Ne rien laisser de côté, ne surtout pas se décourager, se serrer les coudes pour ne pas oublier.

L’oubli, c’est bien ce contre quoi se battent les proches de Delphine Jubillar, comme avant eux tous ceux qui ont été frappés par une disparition incompréhensible. La volonté que la lumière puisse être faite et que le "dossier Jubillar" ne devienne pas un énième "cold case", ces affaires non-résolues qui seraient entre 200 et 300 en France. Des affaires qui viennent de faire l’objet d’un rapport remis récemment au Garde des Sceaux, qui préconise des mesures fortes, notamment sur les analyses génétiques à systématiser ou le recensement des affaires non résolues en vue de leur croisement. La disparition de Delphine Jubillar n’appartient pas à ces cold cases, c’est la conviction de tous ceux qui seront mobilisés ce dimanche et qui portent l’espoir de tous.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 16 mai 2021)

L'arme à l'oeil

 

fusil

Le drame que vivent depuis mardi les Cévennes, les habitants des Plantiers et des villages paisibles alentour a quelque chose d’irréel. Cette vaste chasse à l’homme, cette traque de celui qui a abattu froidement son patron et un employé d’une scierie avant de prendre la fuite dans la nature, apparemment surarmé, fait, en effet, davantage penser à ces faits divers américains que suivent en temps réel des chaînes de télévision spécialisées, ou à certains films d’action à la Rambo, qu’aux affaires qui surviennent en France ou en Europe. La différence tient peut-être au rapport de la société à la violence ; elle tient aussi à la façon dont les armes circulent au sein de nos sociétés. Aux Etats-Unis, le port d’armes est garanti par le 2e amendement de la Constitution et soutenu par un puissant lobby, la NRA. Et les contrôles, variables d’un Etat à l’autre, restent à l’évidence insuffisants pour empêcher les fusillades qui, trop régulièrement, endeuillent des centaines de familles chaque année.

En France heureusement, la détention et le port d’armes sont mieux réglementés, mais sont-ils pour autant exempts de failles ? Quelle que soit l’issue de la traque de Valentin Marcone, l’affaire du double meurtre des Cévennes sera sans doute l’occasion de se poser la question. Ce jeune homme, visiblement fragile psychologiquement avec « un comportement de type paranoïaque » selon les mots du procureur de la République d’Alès, a pu se procurer son arsenal apparemment en toute légalité – l’enquête le dira. Grand amateur d’armes de poing et de fusil à longue portée, le licencié de tir a partagé sa passion sur les réseaux sociaux sans éveiller le moindre soupçon, et passé vraisemblablement commande de certaines de ses armes sur internet auprès d’armureries ayant pignon sur web, sans éveiller le moindre soupçon ni la moindre inquiétude quant à son état psychologique.

Certains pourront toujours arguer qu’il reste un cas isolé, qu’il est impossible de sonder l’état d’esprit et les intentions d’un acheteur d’armes en règle voire qu’il aurait tout aussi bien pu se procurer des armes clandestinement. Les familles des victimes ne se satisferont sans doute pas de tels arguments, ni la société avec elles…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 14 mai 2021)

Evasion

 

pluie

C’est peu dire que nous aurions aimé profiter de ce long week-end de pont de l’Ascension sous le soleil, se retrouver en famille ou entre amis pour un bon repas dans le jardin, peut-être autour d’un premier barbecue ; avant de préparer la réouverture tant attendue, mercredi 19 mai prochain, des cafés et restaurants qui disposent de terrasses. La météo maussade qui s’annonce pour les jours à venir va en décider autrement avec des températures basses et des averses à foison.

Mais ce mauvais temps ne devrait cette fois pas entamer l’enthousiasme des Français. Car après une année de restrictions sanitaires, entre couvre-feux et confinements, la « libération » est à portée de main, renforcée de plus par la vaccination qui ouvre de nouvelles perspectives.

Les Français ont plus que jamais envie d’évasion, d’horizons lointains ou nouveaux, de changer d’air, de s’ouvrir l’esprit, de souffler et ce n’est pas la météo qui va les en empêcher.

Pour ce week-end comme pour l’été à venir qui, lui, s’annonce plus chaud, les plateformes de réservations de maisons, d’appartements, de gîtes, d’hôtels ou de campings connaissent de fortes fréquentations. Et comme l’an passé, compte tenu de la situation sanitaire dans le monde, cet été devrait être majoritairement franco-français. Atout France, l’agence de développement touristique de la France, et l’association des Régions de France viennent d’ailleurs de lancer une campagne pour un été bleu-blanc-rouge. Une chance pour tous les professionnels du tourisme durement éprouvés par la crise et les fermetures ; une chance aussi pour tous les acteurs de la culture qui nous ont tant manqué ; et une chance pour chacun d’entre nous de redécouvrir les trésors de notre pays tout en soutenant son économie.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 13 mai 2021)

Vaccination pour tous

 

vaccin

En se fixant l’objectif d’atteindre 20 millions de Français ayant reçu une 1ère injection de vaccin anti-Covid mi-mai puis 30 millions mi-juin, l’exécutif s’est mécaniquement imposé une pression importante sur sa campagne vaccinale qui, depuis son lancement en début d’année, a essuyé, comme ailleurs en Europe, de nombreuses difficultés. Entre la polémique sur les effets secondaires des vaccins à vecteur viral AstraZeneca et dans une moindre mesure Janssen – qui ont suscité une défiance dans l’opinion – les livraisons de doses, le manque de créneaux dans certains centres, la campagne de vaccination française est éminemment complexe là où les variants du coronavirus nous obligent à aller vite. Mais elle avance, notamment avec l’ajustement du calendrier et l’élargissement à de nouveaux publics en attendant la date du 15 juin pour la vaccination généralisée. Et lorsque l’on regarde nos voisins européens, il n’y a pas à rougir.

Plutôt que le chiffre de 20 millions qui sera atteint dans quelques jours, il faudrait davantage se concentrer sur deux aspects qui touchent à la vaccination mais aussi à la sortie de crise. À l’heure où chacun est invité à se connecter sur Doctolib ou ViteMaDose pour réserver des créneaux, il ne faudrait pas oublier les publics en précarité numérique, personnes ne disposant pas de connexion à internet ou manquant de compétence de base pour manier les outils informatiques – cet illectronisme compte 13 millions de Français. « Les exclus du numérique seront-ils les exclus de la vaccination ? » s’interrogent ainsi les associations WeTechCare et Emmaüs Connect qui luttent contre la fracture numérique.

Autre élément à prendre en compte : les inégalités sociales et territoriales. On a vu ces dernières semaines des personnes âgées éligibles aux vaccins mais vivant seules dans leurs villages, loin des centres de vaccination. Heureusement, certaines collectivités ont lancé des vacci-bus pour les atteindre.

Prendre en compte ces publics fragiles, désireux de se faire vacciner, est non seulement une exigence d’égalité citoyenne mais aussi un élément clé pour tenter d’atteindre l’immunité collective. Une immunité collective de plus en plus compromise avec des variants qui repoussent le taux nécessaire de personnes vaccinées ou immunisées. D’où la nécessité de tout faire pour arriver à la vaccination pour tous, vite.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 12 mai 2021)

Derrière les records

 

silure


Pas une année ne passe sans que la presse quotidienne régionale, et donc La Dépêche, ne publie dans ses pages les exploits de pêcheurs qui se sont mesurés au "monstre" de nos rivières que constitue aujourd’hui le silure. Au terme d’un combat homérique à la Moby Dick, les pêcheurs exposent devant les objectifs des photographes ou dans des vidéos à succès postées sur internet ces impressionnants poissons qui atteignent désormais 2,80 mètres de long selon le dernier record du monde enregistré en mars dernier en Italie, dans le Pô.

Mentionné dans l’histoire naturelle de Buffon éditée au XVIIIe siècle, le silure a vu son territoire s’agrandir notamment via des réintroductions par l’homme pour la pisciculture et la pêche. À la fin du XIXe siècle, il s’établit dans les fleuves d’Europe de l’Est avant d’arriver en France, colonisant la Saône dans les années 60 puis les bassins de la Seine, de la Loire et enfin de la Garonne dans les années 80. Le silure, à la tête démesurée, petits yeux et longues "moustaches", est ainsi devenu familier des Français, fascinant les adultes, effrayant les enfants et charriant nombre de mythes comme celui du Moyen-Age qui en fait un mangeur d’hommes – qu’il n’est évidemment pas.

Pourtant, derrière les records, les légendes et la mauvaise réputation qui colle à la peau de ce poisson considéré comme laid, l’étude du Silurus glanis peut être riche d’enseignements. D’abord pour mieux connaître les caractéristiques de ce poisson carnassier étonnant, capable de s’adapter à son milieu voire de modifier radicalement son comportement et son régime alimentaire. On se souvient de l’étude toulousaine qui a montré, en 2012 dans le Tarn, qu’il pouvait s’attaquer à des pigeons sur la berge de la rivière ! Ensuite pour mesurer scientifiquement s’il constitue un danger réel pour la biodiversité de nos rivières et notamment pour les poissons migrateurs. Certains considèrent le silure comme un super-prédateur capable d’avaler tout sur son passage, alose, lamproie ou saumon. D’autres au contraire estiment que le silure est le thermomètre de la santé de nos fleuves et rivières, bien davantage impactée par les activités humaines que par la présence de ce poisson géant.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 9 mai 2021)

Retrouvailles

 

restaurant

« Ce virus n’aime pas l’art de vivre à la française », avait résumé fin avril 2020 Emmanuel Macron en recevant en visioconférence depuis l’Elysée de grands chefs étoilés et les représentants d’un secteur de la restauration contraint à fermer ses établissements pour endiguer la première vague de l’épidémie de Covid-19. Un an plus tard, après avoir essuyé des couvre-feux et deux confinements, les bars et restaurants se préparent à la réouverture du 19 mai, en terrasses. Réouverture forcément complexe à mettre en œuvre entre la création et l’agrandissement d’espaces extérieurs, le réapprovisionnement des stocks, la cohésion à retrouver entre des salariés qui ne se sont parfois pas vus depuis des mois – certains qui ont quitté le métier doivent être remplacés non sans difficulté – et le respect du protocole sanitaire. Avec la crainte aussi que cette réouverture, comme à l’été 2020, ne dure qu’un temps avant une nouvelle vague et de nouvelles obligations de fermeture…

Si l’heure est à la « libération » tant attendue, elle n’est donc pas à l’euphorie car cette année épuisante a mis un coup au moral et à rude épreuve la solidité financière des bars et restaurants. Certes, les aides du « quoi qu’il en coûte » gouvernemental et celles des collectivités locales ont été bien utiles pour maintenir à flot les entreprises et pour aider à développer pour certaines une activité de click & collect ou de livraison de repas. Mais les mois à venir s’annoncent difficiles, et on sait que peut-être 40 % des cafés-restaurants pourraient in fine ne jamais se relever de l’épreuve du Covid-19 ; certains restaurateurs ont d’ailleurs décidé de jeter l’éponge ces dernières semaines. Au pays de la gastronomie, on mesure l’hécatombe que constitueront toutes ces faillites…

Raison de plus pour réussir la réouverture du 19 mai. Les Français, n’en doutons pas, seront au rendez-vous, tous les sondages montrent d’ailleurs que revenir au restaurant est dans leurs toutes premières priorités. Car s’il s’agit de sauver économiquement les établissements, il en va aussi de l’idée que l’on se fait de notre vie sociale. Du café crème du matin jusqu’au dîner en amoureux le soir, du déjeuner de travail au repas entre copains, du restaurant populaire de quartier à l’établissement étoilé, du café du commerce où l’on refait le monde à la grande brasserie où tout le monde défile, les cafés-restaurants font non seulement partie de notre culture nationale mais ils sont l’un des éléments irremplaçables de notre quotidien et de notre art de vivre. Les retrouvailles du 19 mai en seront sans nul doute la preuve.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 8 mai 2021)

Contre la montre

vaccin

 

Que ce soit pour honorer l’engagement – éminemment politique et personnel – d’atteindre mi-mai, soit dans moins de dix jours – 20 millions de Français ayant reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19. Que ce soit pour répondre aux demandes venant de plus en plus de Français hors critères désireux de se faire vacciner, dont certains font la queue devant les centres de vaccination en quête de doses non-utilisées en fin de journée. Que ce soit, enfin, pour atteindre le plus vite possible cette immunité collective, véritable sésame pour un retour à la vie d’avant, dont le taux est sans cesse repoussé par la virulence des variants – on parle désormais de la nécessité d’avoir 80 % de la population vaccinée.

Peu importe finalement la raison pour laquelle Emmanuel Macron a décidé, hier, d’accélérer une nouvelle fois le calendrier de la vaccination française en l’ouvrant aux mineurs à risques de 16 et 17 ans, puis dès lundi aux Français de plus de 50 ans et enfin dès mercredi à tout le monde, quel que soit son âge pour peu qu’il reste des doses. Le président de la République a eu évidemment raison d’élargir la vaccination à de nouveaux publics même si l’on n’est pas encore à la vaccination pour tous.

L’urgence sanitaire le commandait d’autant plus qu’à moins de deux semaines du déconfinement avec la réouverture des terrasses et des lieux culturels et sportifs, le niveau de l’épidémie en France est très élevé, beaucoup plus qu’à la sortie du premier confinement. Dès lors, pour éviter un rebond de l’épidémie et anticiper la 4e vague à laquelle s’attendent les épidémiologistes entre l’été et l’automne, la vaccination est un outil crucial, d’autant plus que les beaux jours de l’été conduisent, on le sait, à un relâchement des gestes barrières.

Cette course à la vaccination dans laquelle nous sommes engagés, avec toutes les difficultés logistiques et de livraison de doses que nous connaissons, ne doit pas aussi nous détourner de sa dimension internationale. L’éradication de l’épidémie ne pourra se faire, en effet, qu’avec une vaccination mondiale massive. Force est de constater que pour l’heure, seule une poignée de pays vaccine leur population. Un égoïsme, dénoncé par l’OMS, qui pourrait toutefois changer avec la levée des brevets sur les vaccins. L’ironie aura été que ce sont les Etats-Unis – qui n’ont exporté que 1,6% des doses produites  sur leur sol contre 50% pour l’Europe – qui en soient aujourd’hui les ardents défenseurs. L’Europe devrait suivre pour faire des vaccins un bien commun mondial contre un cette terrible maladie mondiale qui a fait 3,2 millions de morts.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 7 mai 2021)

Positive attitude

 

19mai

C’est un court film de 59 secondes, aux allures de clip publicitaire pour compagnies aériennes ou offices de tourisme de pays ensoleillés. On y voit des Français rouvrir portes et fenêtres et retrouver le plaisir d’être ensemble, à la terrasse d’un restaurant, dans un cinéma, un musée, une salle de sport, un concert ou un stade. En surimpression, les dates des 3 et 19 mai, des 9 et 30 juin. Ce petit film décline en fait « l’agenda des réouvertures » tel que défini par Emmanuel Macron dans son interview à La Dépêche et à la presse régionale la semaine dernière.

Le chef de l’Etat l’a posté sur ses comptes de réseaux sociaux dimanche, commenté simplement d’un « Nous retrouver ». Le clip a été vu sur Twitter plus de 2,7 millions de fois… mais cette communication a fait grincer quelques dents, notamment chez les soignants qui luttent toujours dans des hôpitaux sous pression contre l’épidémie de Covid-19.

Une épidémie à un niveau toujours plus élevé que chez nos voisins européens et qui fait tout de même près de 250 décès chaque jour. Le film ne dit rien de cette réalité-là, ni même de la vaccination ; tout juste ajoute-t-il un astérisque sur sa dernière image renvoyant, comme au bas de page d’un contrat, à une condition aux réouvertures : « sauf situation sanitaire départementale dégradée ».

Emmanuel Macron pèche-t-il dès lors par optimisme ? Cède-t-il à la « positive attitude » que vantait en son temps Jean-Pierre Raffarin ? A l’heure où les variants du coronavirus restent préoccupants et peuvent – comme en décembre avec le variant anglais – provoquer une nouvelle flambée épidémique, le chef de l’Etat n’est-il pas trop confiant ? Pour l’heure, la décrue qui semble s’amorcer est lente, fragile mais réelle. Et ces derniers mois, les prévisions parfois catastrophiques et anxiogènes des épidémiologistes ne se sont pas toujours réalisées. De quoi conforter dans ses choix et ses paris Emmanuel Macron, qui s’est affranchi des seuls avis des scientifiques pour prendre en compte presque à égalité d’autres critères, économiques et sociaux notamment.

Surtout, si le chef de l’Etat tient à son double objectif de vaccination et de réouvertures, c’est qu’il sait qu’après plus d’un an de privation de liberté, les Français ont atteint les limites d’acceptabilité de ces contraintes et que, le moment venu, en sortie de crise et à l’heure de l’élection présidentielle, ils lui sauront gré d’avoir tenu ses engagements.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 6 mai 2021)

La poutre travaille...

 

lesRépublicains

"La poutre travaille encore, laissons-la travailler. Laisser travailler la poutre, c’est bien souvent le moyen de ne pas l’avoir dans l’œil." La métaphore un rien obscure qu’avait utilisée Edouard Philippe le 18 novembre 2017 devant les cadres de La République en Marche pour évoquer la recomposition du paysage politique "loin d’être achevée" cinq mois après l’élection à l’Elysée d’Emmanuel Macron, semble être toujours d’actualité. Alors que certains pensaient que le big bang dégagiste du Nouveau monde était derrière eux, crise du Covid oblige, force est de constater qu’à un an de la présidentielle, il n’a jamais été autant d’actualité et que la "poutre" continue bel et bien de travailler, au détriment de la droite.

Le retrait de la liste LREM aux régionales en Région Sud au profit du LR Renaud Muselier, annoncé par Jean Castex lui-même – donc avec l’onction de l’Elysée – est assurément un sacré coup de Jarnac du Président, passé maître dans l’art de la triangulation. Au vu de la zizanie que cette décision vient de semer chez les Républicains et des réactions outragées des barons du parti le coup est plutôt réussi. D’autant plus que le cas d’école en PACA pourrait se reproduire dans plusieurs autres régions.

Reste que ce fin coup de stratégie politique pourrait avoir, tel un boomerang, des conséquences ravageuses sur l’avenir. Pour la majorité présidentielle, il s’agit là certes d’une bonne opération, mais qui ne peut masquer une terrible faiblesse : comme pour les municipales, LREM est incapable de partir seule à la conquête d’une région. Autrement dit, depuis 2017, le parti n’a pas su structurer son ancrage local. Problématique à un an de la présidentielle.

De leur côté, les Républicains, privés d’un leader charismatique présidentiable, seul à même de fédérer les chapelles au nom du culte du chef, se retrouvent affaiblis comme jamais, écartelés entre ceux qui sont tentés de rejoindre le Rassemblement national ou Debout la France, et ceux qui se reconnaissent dans le centre droit qu’incarne le macronisme, dont la plupart des ministres de poids viennent des propres rangs de LR et qui siphonne chaque jour un peu plus une large partie de l’électorat de la droite…

À l’instar du PS en 2017, Les Républicains, piégés par le chef de l’Etat dans leurs propres contradictions, se retrouvent ainsi fracturés et menacés comme la gauche sinon de disparition du moins de marginalisation. Le manque de travail idéologique et programmatique depuis 2017 les empêche aujourd’hui de plus en plus d’apparaître comme la force d’alternance à Emmanuel Macron, qui se rêve seul face aux extrêmes.

Dans ce contexte, le Rassemblement national boit du petit-lait et comme il avait jadis imaginé la pseudo-collusion "UMPS" entre l’UMP et le PS, le voilà qui glose depuis dimanche sur "les Républicains en marche…", préparant d’évidence un peu plus le duel Macron-Le Pen que prédisent les sondages mais dont les Français ne veulent pas.

La poutre travaille, certes, mais chacun devrait prendre garde que la charpente de notre démocratie ne s’effondre…

Solidarité

 

senior

C’est une petite musique que l’on entend depuis quelque temps maintenant. Dans la sortie de la crise sanitaire, qui a durement éprouvé les Français et particulièrement la jeunesse, il faudrait mettre davantage à contribution les retraités. Ces seniors dont le niveau de vie moyen serait très – trop ? – confortable par rapport au reste de la population active ; ces aînés pour la santé desquels le pays s’est confiné trois fois ; ces vieux qui profiteraient de leur retraite pour passer des mois sous le soleil en voyage ou dans leur résidence secondaire ; ces personnes âgées pour lesquelles on aurait finalement sacrifié les jeunes.

Ces thèses, qui agitent les réseaux sociaux, se sont retrouvées dans la tribune que le philosophe libéral Gaspard Koenig a signée dans Les Echos le 20 janvier. "Vies prolongées contre vies gâchées : le vrai dilemme de la lutte anti-Covid", écrivait l’ancienne plume de Christine Lagarde. "Années gagnées sur la mort contre années perdues pour la vie : c’est en ces termes que devrait être posé le débat sur le confinement général. Les joyeux teufeurs de Woodstock font aujourd’hui partie des personnes à risque que nous protégeons en sacrifiant nos existences quotidiennes. Que cela dit-il de notre société ?" s’interrogeait Gaspard Koenig.

Plus récemment, c’est un tract de campagne pour les régionales en Île-de-France du candidat EELV Julien Bayou qui s’en prenait aux "Boomers", les Français nés durant le baby-boom d’après-Guerre. En surimpression d’une photo de seniors bronzés et tout sourire, le visuel proclamait "Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter", sous-entendant que ces derniers qui ont eu la belle vie ne voteraient aux élections que pour défendre uniquement leurs intérêts…

Ces analyses, ces positions, qui ne sont ni plus ni moins que de l’âgisme – discrimination aussi répandue que silencieuse –, ne résistent pourtant pas à la réalité de la situation des retraités ni à l’analyse de leur pouvoir d’achat réel. Faut-il rappeler qu’un senior sur deux déclare être en difficulté financière en dépit des diverses aides de l’Etat et des collectivités ? Faut-il rappeler aussi que les retraités sont des consommateurs, qu’ils s’impliquent dans la vie de la cité au sein d’une myriade d’associations, qu’ils aident autant qu’ils le peuvent, matériellement ou financièrement, leurs enfants et petits enfants ? Bref, que jusqu’au bout de leur vie, ils restent acteurs, actifs et surtout citoyens ?

Dresser les vieux contre les jeunes, favoriser les uns par rapport aux autres dans une sorte de guerre intergénérationnelle ne fera ni avancer le pays, ni ne réglera les problèmes économiques, en l’occurrence ceux du pouvoir d’achat global des Français. Les tenants du chacun pour soi libéral feraient bien d’y réfléchir, car eux aussi seront vieux un jour. Et ils seront sans doute heureux que la France soit restée fidèle à l’idée d’une société où la solidarité ne soit pas un vain mot.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 2 mai 2021)