Accéder au contenu principal

La poutre travaille...

 

lesRépublicains

"La poutre travaille encore, laissons-la travailler. Laisser travailler la poutre, c’est bien souvent le moyen de ne pas l’avoir dans l’œil." La métaphore un rien obscure qu’avait utilisée Edouard Philippe le 18 novembre 2017 devant les cadres de La République en Marche pour évoquer la recomposition du paysage politique "loin d’être achevée" cinq mois après l’élection à l’Elysée d’Emmanuel Macron, semble être toujours d’actualité. Alors que certains pensaient que le big bang dégagiste du Nouveau monde était derrière eux, crise du Covid oblige, force est de constater qu’à un an de la présidentielle, il n’a jamais été autant d’actualité et que la "poutre" continue bel et bien de travailler, au détriment de la droite.

Le retrait de la liste LREM aux régionales en Région Sud au profit du LR Renaud Muselier, annoncé par Jean Castex lui-même – donc avec l’onction de l’Elysée – est assurément un sacré coup de Jarnac du Président, passé maître dans l’art de la triangulation. Au vu de la zizanie que cette décision vient de semer chez les Républicains et des réactions outragées des barons du parti le coup est plutôt réussi. D’autant plus que le cas d’école en PACA pourrait se reproduire dans plusieurs autres régions.

Reste que ce fin coup de stratégie politique pourrait avoir, tel un boomerang, des conséquences ravageuses sur l’avenir. Pour la majorité présidentielle, il s’agit là certes d’une bonne opération, mais qui ne peut masquer une terrible faiblesse : comme pour les municipales, LREM est incapable de partir seule à la conquête d’une région. Autrement dit, depuis 2017, le parti n’a pas su structurer son ancrage local. Problématique à un an de la présidentielle.

De leur côté, les Républicains, privés d’un leader charismatique présidentiable, seul à même de fédérer les chapelles au nom du culte du chef, se retrouvent affaiblis comme jamais, écartelés entre ceux qui sont tentés de rejoindre le Rassemblement national ou Debout la France, et ceux qui se reconnaissent dans le centre droit qu’incarne le macronisme, dont la plupart des ministres de poids viennent des propres rangs de LR et qui siphonne chaque jour un peu plus une large partie de l’électorat de la droite…

À l’instar du PS en 2017, Les Républicains, piégés par le chef de l’Etat dans leurs propres contradictions, se retrouvent ainsi fracturés et menacés comme la gauche sinon de disparition du moins de marginalisation. Le manque de travail idéologique et programmatique depuis 2017 les empêche aujourd’hui de plus en plus d’apparaître comme la force d’alternance à Emmanuel Macron, qui se rêve seul face aux extrêmes.

Dans ce contexte, le Rassemblement national boit du petit-lait et comme il avait jadis imaginé la pseudo-collusion "UMPS" entre l’UMP et le PS, le voilà qui glose depuis dimanche sur "les Républicains en marche…", préparant d’évidence un peu plus le duel Macron-Le Pen que prédisent les sondages mais dont les Français ne veulent pas.

La poutre travaille, certes, mais chacun devrait prendre garde que la charpente de notre démocratie ne s’effondre…

Posts les plus consultés de ce blog

Question d'éthique

  Photo Pierre Challier Un scandale est parfois nécessaire pour qu’éclate au grand jour une vérité jusqu’alors tue, fût-elle bien connue d’un grand nombre d’acteurs, et que de salutaires changements s’opèrent, des réformes trop longtemps repoussées ne voient enfin le jour. Celui qui a touché le Centre du don des corps de l’Université Paris-Descartes en novembre 2019, lorsqu’un charnier a été découvert en son sein, est incontestablement de ceux-là. Pendant des années – l’instruction judiciaire déterminera depuis quand – les corps de défunts qui avaient choisi de leur vivant de se donner à la science ont été maltraités. Plusieurs documents, notamment photographiques, ont montré que cette maltraitance était devenue au fil des ans normalisée, voire institutionnalisée, au mépris de toutes les exigences éthiques et juridiques, au mépris, surtout, de la dignité que l’on se fait du corps humain et du respect que l’on doit à tout homme, y compris après sa mort. L’affaire a profondément choqué l

Retrouver confiance

Une grande majorité de Français est sans doute en mesure de raconter une mauvaise expérience vécue avec un artisan – certains en ont même fait des livres comme le prix Goncourt Jean-Paul Dubois avec son savoureux "Vous plaisantez M. Tanner". Un devis où des prestations connexes ont été "oubliées", un montant final à payer qui a subitement gonflé, mais aussi des prestations qui ne sont pas à la hauteur et qui imposeront plus tard de refaire ce qui a été mal fait, etc. Le sentiment de s’être fait arnaquer est d’autant plus fort lorsque l’appel à l’artisan s’est fait dans une situation d’urgence ou de faiblesse : une fuite d’eau qui menace d’importants dégâts un appartement, un accident qui prive l’usage de sa voiture, et bien sûr un problème de serrure qui vous bloque à l’extérieur de votre logement ou vous empêche de bien le fermer… Ces comportements ne sont bien évidemment pas ceux de tous les artisans, mais les agissements de quelques brebis galeuses nuisent à

La clé du conflit

L’ « opération spéciale » lancée par Vladimir Poutine le 24 février pour « libérer » les Ukrainiens du Donbass et au-delà, et « dénazifier » un pays prétendument aux mains de dirigeants corrompus devait être une Blitzkrieg rondement menée : en trois jours le pays devait tomber. Las ! Trois mois plus tard, la guerre qu’a déclenchée le maître du Kremlin est toujours bien présente avec son cortège d’horreurs et de malheurs, de crimes de guerre et de destructions de villes entières, véritablement rasées, de millions de réfugiés jetés sur les routes de l’exil et de morts par centaines. Vladimir Poutine pensait pouvoir réitérer ce qu’il avait fait en Crimée en 2014, une invasion militaire express sans résistance et la mise devant le fait accompli de la communauté internationale, qui n’avait alors que mollement protesté avec des sanctions économiques et financières quasiment indolores. Mais le président russe a sans doute préjugé de ses forces et mal compris que le monde qu’il rêve depuis lon