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Articles

Affichage des articles du 2019

Sortir du diagnostic

En 1995, Jacques Chirac lance sa campagne présidentielle avec une expression qui sera son marqueur dans la course à l'Elysée pour ne pas dire son slogan : la fracture sociale. En 2003, un an après son élection face à Jean-Marie Le Pen, il reviendra d'ailleurs dessus, estimant que cette fracture sociale – contre laquelle il avait finalement peu fait durant son premier mandat – menaçait «de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse.»

En 2004, le géographe Christophe Guilluy publie « Atlas des nouvelles fractures sociales », coécrit avec Christophe Noyé, puis en 2010, « Fractures françaises ». Deux ouvrages dans lesquels le chercheur explore le thème de la France périphérique, ces zones périurbaines qui s'étendent à l'ombre des grandes villes et jusqu'au milieu rural et qui prennent de plein fouet les conséquences de la mondialisation dont elles sont les perdantes. Avec un corollaire : cette France des invisibles se réfugie de plus en…

Prise de risque

L'annonce par Airbus de l'arrêt de son gros-porteur A380 n'est certes pas une surprise. Dans ces colonnes, nous disions déjà la semaine dernière combien le superjumbo était en sursis, ne répondant plus aux besoins des compagnies aériennes dans un marché mondial qui a profondément évolué ces dernières années. Avant de quitter l'entreprise après 28 ans dans l'aéronautique et la Défense, Tom Enders a donc préféré trancher clairement pour l'arrêt du programme, plutôt que de laisser perdurer un espoir illusoire de rebond ; et acter de fait un terrible échec commercial pour le plus gros avion civil du monde. Quand la production de l'A380 sera définitivement interrompue en 2021, seuls 250 exemplaires auront été vendus…

Le président exécutif d'Airbus, qui laissera son siège à l'issue de l'assemblée générale du 10 avril prochain, reconnaît d'ailleurs que le lancement de l'A380 au tournant du siècle – qui aura coûté quelque 30 milliards d'eur…

Colères

Le mouvement des Gilets jaunes, on l'a dit maintes fois est inédit. Inédit dans son mode d'action avec l'occupation de ronds-points et des manifestations hebdomadaires chaque samedi depuis le 17 novembre 2018 ; inédit par sa composition sociologique avec des femmes et des hommes qui s'estimaient – et s'estiment toujours – méprisés, oubliées et invisibles ; inédit par sa défiance radicale envers les élites, les politiques, les syndicats ou les médias. Mais ce mouvement est aussi inédit par ses conséquences directes sur la marche du pays.

Certes, toute manifestation ou journée de grève recherche bien souvent la paralysie de l'activité comme moyen de pression pour faire avancer des revendications. Mais là où cette paralysie, orchestrée par des syndicats structurés, est habituellement limitée dans le temps, elle semble sans fin pour le mouvement protéiforme des Gilets jaunes. Depuis 13 semaines, en effet, les manifestations se succèdent, perturbant l'activité …

Responsabilité

Le retrait prochain des troupes américaines de Syrie, tel un jeu de dominos, a des répercussions profondes, dont le retour dans l'Hexagone de quelque 150 jihadistes français dont des familles jusqu'à présent détenus en Syrie et en Irak. Ainsi, la France vient d'être contrainte de changer de doctrine à leur égard. Jusqu'alors, en effet, le gouvernement français s'était toujours opposé à leur retour – sauf pour les mineurs –, estimant qu'ils devaient être jugés sur place et y purger leur peine, sous réserve de bénéficier d'un procès équitable. Désormais, le rapatriement de ces ressortissants français est inéluctable, fut-il facilité par des avions américains. Le retour de ces jihadistes constitue ainsi un véritable défi pour la France, mais aussi un casse-tête politique face à l'extrême sensibilité de l'opinion publique sur le sujet.

Car les Français restent durablement marqués par les attentats terroristes perpétrés par Daech sur notre sol, de l'…

Symboles

La confirmation hier par la compagnie aérienne australienne Qantas qu'elle annulait la commande de huit Airbus A380 marque un nouveau revers pour le superjumbo du constructeur aéronautique européen. Un gros porteur dont la pérennité est désormais suspendue, sans beaucoup d'illusions, à une négociation avec la compagnie Emirates, qui avait passé une méga-commande de 36 A380. L'histoire semble désormais jouée et l'A380 va vraisemblablement – sauf surprise venue de Chine ou d'Inde – tirer bientôt sa révérence, devenant le symbole d'un terrible et douloureux échec commercial, mais aussi devenant une page importante de l'histoire aéronautique mondiale.

L'échec, c'est finalement celui d'un avion mal-né qui a accumulé les déconvenues au moment même où le paysage aérien mondial s'est retrouvé chamboulé. L'idée de départ était pourtant séduisante : le plus gros avion commercial du monde avec ses deux ponts, ses quatre réacteurs, capable d'em…

L'alerte

L'enquête sur le complotisme que viennent de publier la Fondation Jean-Jaurès et l'organisme Conspiracy watch est capitale dans le sens où elle permet de mettre des chiffres sur un phénomène ancien dont l'ampleur constitue désormais une réelle menace pour la démocratie, en France comme ailleurs dans le monde.

Jusqu'à présent, les thèses complotistes restaient circonscrites à quelques cercles d'hurluberlus, particulièrement aux Etats-Unis où, au nom du premier amendement de la Constitution qui garantit une absolue liberté d'expression, tout un tas de théories ont pu se développer sans ambages. La Terre est plate, le monde est gouverné par la secte des Illuminati, les Américains ne sont jamais allés sur la Lune, etc.

Une digue contre ces élucubrations avait été bâtie au fil des ans par la classe politique dans sa majorité et par les médias. Cette digue a commencé à se fissurer en 2016 au moment de la campagne électorale présidentielle américaine qui a vu la vict…

Démocratie sociale ou directe ?

Le Grand débat national censé répondre à la crise des Gilets jaunes en est à peine au quart de sa durée que, déjà, c'est son issue qui occupe tous les esprits. Quelle peut-être la forme que prendra la restitution des milliers de contributions qui auront été collectées sur tout le territoire et sur internet ? Que décidera Emmanuel Macron pour présenter et expliciter ses choix actant, a-t-il promis, «des conséquences profondes» ? D'ores et déjà, deux pistes sont sur la table et, à dire vrai, deux visions de sortie de la crise.

La première, horizontale, est l'organisation d'un Grenelle. L'évocation de ce simple mot convoque le souvenir de la sortie de crise de Mai-68. Du 25 au 27 mai 1968, le ministère des Affaires sociales, sis rue de Grenelle à Paris, accueille l'ensemble des organisations syndicales pour déboucher sur les accords éponymes historiques. Ces accords de Grenelle actent des avancées sociales majeures : hausse du Smic et des salaires, réduction du t…

Fracture(s) numérique(s)

Lorsque l'on évoque la fracture numérique, on pense immédiatement à ces territoires ruraux, voire à certains quartiers urbains, qui ne bénéficient pas de connexions à internet à haute vitesse. Réseau mobile absent ou trop faible pour capter quoi que ce soit ; ADSL au débit anémique ; fibre optique absente : autant de handicaps pour les PME, les élus et les simples Français qui se sentent citoyens d'une seconde zone où les nouveaux usages numériques, économiques, éducatifs, administratifs ou ludiques leur sont compliqués voire interdits. Cette fracture-là est grave, certes, mais elle se résorbe petit à petit grâce à l'engagement – encore trop lent pour les Français concernés – de l'Etat, des collectivités locales et des opérateurs.

Il est en revanche une autre fracture numérique, beaucoup plus discrète et pourtant capitale : la capacité de chacun à tirer parti d'internet pour profiter des services qui, jour après jour, deviennent incontournables dans une société co…

Concession(s)

La hausse annuelle des tarifs de péage, qui va grever un peu plus le budget des automobilistes, tombe au plus mal pour le gouvernement, qui tente de résoudre la crise des Gilets jaunes dont l'origine de la colère est, certes, liée au coût des carburants mais aussi, justement, au prix des péages. D'ailleurs, depuis le 17 novembre, les péages un peu partout en France ont été souvent pris pour cible, occupés pour des opérations «barrières levées» et pour certains incendiés comme à Narbonne.

Elisabeth Borne, la ministre des Transports – qui connaît parfaitement le dossier pour avoir été directrice des concessions chez Eiffage en 2007 – a bien tenté d'amoindrir l'impact de cette hausse annoncée en demandant aux sociétés d'autoroutes de faire un effort. Las, ces dernières n'ont consenti que la mise en place de tarifs préférentiels sur les trajets domicile-travail. Une bien maigre concession…

Car les sociétés d'autoroutes sont tout simplement dans leur bon droit,…

Le juste prix

Les Français qui vont faire leurs courses ce week-end vont constater une hausse significative des prix de certains produits alimentaires de grandes marques. Une hausse qui s'établit en moyenne à 6,3 % et qui est la conséquence directe d'une mesure-clé de la loi Alimentation qui entre en vigueur ce 1er février : les enseignes n'ont plus le droit de vendre à prix coûtant et le seuil de revente à perte est relevé de 10 %. Cette mesure a été prise pour tenter d'en finir avec la guerre des prix à laquelle se livrent les tout-puissants géants de la grande distribution et pour que, in fine, les producteurs soient enfin mieux rémunérés.

Si l'intention était évidemment louable au moment de l'adoption de la loi, c'est peu dire qu'elle tombe mal. Alors que la crise des Gilets jaunes a démarré après la hausse de quelques centimes du prix du litre des carburants, la hausse de prix de nombreux produits alimentaires ne va-t-elle pas raviver l'exaspération des Fra…

Brexit sans fin

À soixante jours de la date officielle de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, on a l'impression chaque jour de vivre un Brexit sans fin… où les certitudes de la veille sont remises en cause dès le lendemain au gré de volte-face aussi spectaculaires qu'incompréhensibles. Après avoir subi une défaite historique et humiliante mi-janvier sur un accord de Brexit dont elle ne cessait d'expliquer qu'il était «le meilleur possible» et n'était «pas renégociable», voilà l'insubmersible Theresa May qui est parvenue à obtenir du parlement de Westminster… un nouveau vote pour renégocier le «backstop», ce fameux «filet de sécurité» devant éviter le retour d'une frontière physique entre le nord et le sud de l'Irlande. Une renégociation qui serait la condition à la signature britannique de l'accord de divorce d'avec l'Union européenne. Et la Première ministre d'assurer repartir à Bruxelles pour encore négocier des aménagements «alternatifs…

Equlibre

Le sens de l'Etat demande, on le sait, beaucoup de sang-froid, et s'accommode mal de la précipitation. On se souvient qu'aux plus belles heures du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le moindre fait divers tragique ayant ému l'opinion se traduisait les semaines suivantes par l'annonce d'une nouvelle loi… En voulant répondre aux violences – contre les commerces, les bâtiments publics et les forces de l'ordre – qui émaillent les manifestations de Gilets jaunes chaque samedi depuis le 17 novembre dernier, le gouvernement est bien évidemment dans son rôle. Mais il aurait sans doute dû y réfléchir à deux fois avant de reprendre à son compte – pour gagner du temps et rassurer les Français – une proposition de loi de la droite sénatoriale, rédigée par des parlementaires tenants de la ligne du «toujours plus» en matière sécuritaire. Voté par le Sénat en octobre 2018, ce texte, qui se voulait une réponse aux «Black blocs», a été écrit par Bruno Retailleau, président du…

Turbulences

La décision du groupe chinois Casil Europe de mettre en vente ses parts dans l'aéroport Toulouse-Blagnac, révélée mardi par La Dépêche du Midi, constitue un nouveau rebondissement dans la saga de la privatisation de l'aéroport toulousain. Surtout, les turbulences économiques et politiques qu'elle engendre vont bien au-delà de la Ville rose et deviennent un épineux dossier national dont le gouvernement se serait sans doute bien passé.

À Toulouse, d'abord. La décision de l'actionnaire chinois – majoritaire avec 49,9 % – de se désengager du 3e aéroport français de province, plonge tous les acteurs dans l'incertitude, même si depuis l'arrivée de Casil, doutes et rumeurs courraient sur les projets réels des Chinois. En tout cas, cette décision confirme a posteriori les sévères remarques émises par la Cour des Comptes en novembre dernier sur les conditions de cette privatisation partielle, qui fut la première du genre en France. Dans leur rapport, les magistrats…

Parcoursup du combattant

Depuis hier, des centaines de milliers de lycéens français doivent exprimer leurs vœux pour la suite de leurs études sur la plateforme Parcoursup qui inaugure là sa deuxième année de fonctionnement. Après avoir succédé à Admission post-bac (APB) – qui connaissait son lot de dysfonctionnements – sans avoir toutefois fait la preuve qu'elle fonctionnait mieux, Parcoursup a été modifié afin d'éviter les écueils de la première mouture, marquée par de longues listes d'attente pour certaines des quelque 14 000 formations proposées. Des modifications pour rendre le système plus rapide, moins discriminant géographiquement, avec un calendrier plus resserré mais qui restent à la marge. Le gouvernement entend bien, en effet, maintenir les principes qu'il s'était donnés : pas de tirage au sort et priorité aux meilleurs élèves et aux meilleurs dossiers quand la demande excède les capacités d'accueil dans une formation.

Dès lors les mêmes critiques se font entendre cette ann…

Passion française

Année après année, depuis plus d'un siècle, la sortie d'une nouvelle édition du Guide Michelin reste un événement sur la planète de la gastronomie. Le Guide illustre, en effet, combien la bonne chère encensée depuis Rabelais, ses Gastrolâtres et son Gargantua, reste toujours cette passion française qui fait notre fierté et notre réputation partout dans le monde.

Événement pour le grand public d'abord qui conserve pour le célèbre Guide une affection parfois nostalgique d'un temps où ce livre rouge était la seule et unique référence pour qui voulait bien manger, dans les grandes villes ou au bord des nationales. Le Guide – qui avait au faîte de sa gloire inspiré le film de Claude Zidi L'Aile ou la cuisse avec Louis de Funès patron d'un guide… Duchemin – a par ailleurs toujours su se renouveler, notamment pour faire face à la concurrence d'internet et ses multiples sites web où chacun peut laisser son avis sur le restaurant où il vient de manger.

Évènement en…

Système(s)

Le procès du scandale de la viande de cheval qui s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Paris va bien au-delà d'un simple dossier d'escroquerie classique. Par son retentissement, son ampleur européenne – 13 pays concernés –, il dépasse la simple affaire audoise. Ce procès va devoir, en réalité, décrypter différents systèmes, industriels, médiatiques et politiques qui ont été au cœur d'un scandale agroalimentaire qui a marqué et choqué les Français ; et blessé aussi les professionnels de la région.

Système industriel d'abord, bien évidemment. Si quatre hommes soupçonnés d'avoir participé à cette escroquerie comparaissent à la barre, ce procès va permettre de revenir sur la façon dont les circuits de la viande fonctionnaient il y a six ans – et fonctionnent peut-être toujours encore. À la faveur des lasagnes à la viande de cheval, on a, en effet, découvert que le marché international de la viande, par certains aspects, faisait penser à celui…

L'avertissement

Une humiliation complète. Une défaite historique. Elle se bat pour sa survie. La presse britannique n'avait hier pas de mots assez durs pour décrire le vote dont le Parlement venait de rejeter l'accord sur le Brexit conclu entre sa Première ministre Theresa May et les 27 pays de l'Union européenne représentés par le Français Michel Barnier. Le Royaume-Uni se retrouve plongé dans l'incertitude la plus totale pour la suite et, de tous les scénarios, le «no deal», cette sortie sans accord, semble de plus en plus probable tant on voit mal comment pourrait émerger un «plan B.» L'hypothèse d'un nouveau référendum évoquée même hier par le pompier-pyromane Nigel Farrage, sinistre figure de proue du Brexit en 2016, relèverait autant de la farce que du déni de démocratie.

Mais à quelque chose, malheur est bon. À quatre mois des élections européennes de mai, le vote de Westminster apparaît, en effet, comme une leçon, un avertissement à tous les citoyens européens et surt…

Sortir de sa bulle

Le Grand débat national qui a été lancé hier dans l'Eure par Emmanuel Macron sera-t-il une « invention démocratique » selon l'expression du philosophe Bernard-Henri Lévy, une «agora où peuvent advenir le combat des idées et la conquête de nouveaux droits» ? Ou bien l'Histoire n'en retiendra-t-elle qu'un artifice de communication d'un exécutif aux abois, qui n'aura été le prélude qu'à une nouvelle crise politique et institutionnelle plus dure encore que celle ouverte par les Gilets jaunes il y a deux mois ? Impossible pour l'heure de faire un tel pronostic sur cet outil inédit dans la Ve République. Un outil dont la mise en œuvre soulève presque autant de questions que n'en contenait la lettre aux Français d'Emmanuel Macron.

Qui seront, vendredi, les cinq personnalités qui composeront le collège des garants de l'indépendance et de l'impartialité du Grand débat ? Les ministres Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu – qui ne sont pas à…

La forme et le fond

La forme, disait Victor Hugo, c'est le fond qui remonte à la surface. Dès lors on comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron et le gouvernement s'attachent à organiser le plus méticuleusement, le plus clairement et le plus précisément possible le cadre du Grand débat qui s'ouvre aujourd'hui pour deux mois afin de trouver une sortie à la crise des Gilets jaunes. Car l'exécutif sait qu'après l'épreuve orale – les vœux du Président – et l'épreuve écrite – la lettre aux Français d'Emmanuel Macron publiée hier notamment dans La Dépêche – il n'y aura pas de session de rattrapage… Ainsi, après la défection surprise de Chantal Jouanno du pilotage du Grand débat, Emmanuel Macron et Edouard Philippe jouent cartes sur table. Deux ministres – qui ont mouillé le maillot dans la crise des Gilets jaunes – vont copiloter le débat, un comité de sages sera garant de sa bonne tenue, des référents à l'impartialité indiscutable seront nommés dans chaque départemen…