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Histoires d'eau



L’histoire, dit-on, est un éternel recommencement. Les inondations aussi serait-on tenté de dire après l’épisode de crues qui vient de frapper le sud-ouest. Car depuis des siècles, les rivières et les fleuves sortent de leur lit, causant des morts, des milliers de sinistrés, des dégâts considérables. Et posent aux hommes les mêmes questions sur la meilleure façon de se prémunir de ces calamités. « Contre le retour de telles abominations, l’homme est-il désarmé ? Ne peut-on point, ne doit-on point entreprendre au plus tôt de vastes travaux de défense ? », s’interrogeait déjà, en 1930, Maurice Pardé, hydrologue et géographe, professeur à l’université de Grenoble, dans un article de la Revue de Géographie Alpine consacré à « La crue catastrophique de mars 1930 dans le sud-ouest de la France. »

Presque 90 ans plus tard, on voit que les mêmes questions surgissent sur le reboisement, la possibilité de construire réservoirs ou digues, la nécessité de bâtir des « édifices plus solides et des ponts plus hauts ». Maurice Pardé évoquait même la question cruciale de l’annonce des crues et soulignait que « beaucoup de riverains ont aussi commis l’imprudence, bien chèrement payée, de ne pas ajouter foi aux pronostics alarmants »… Il expliquait aussi l’importance des études hydrométéorologiques et des moyens financiers qu’il fallait dégager.

Mais depuis, la science hydrologique, balbutiante au début du XXe siècle, a largement montré son efficacité. Nos connaissances de ces phénomènes se sont considérablement agrandies… au moins autant que l’aménagement urbain et l’artificialisation des terres. En 2019, face à un réchauffement climatique qui intensifie plus qu’il ne multiplie les catastrophes météorologiques, il devient urgent de nous adapter sans attendre : adapter nos modes de vie, nos territoires, nos constructions. Pour cela, une vaste réflexion doit nous amener à revoir les modalités d’aménagement sans entraver le développement socio-économique, stabiliser des zones à risques existantes en tenant compte des particularités locales, et informer et sensibiliser toujours mieux les populations. Il y aura toujours des inondations mais, contrairement à 1930, nous avons davantage de moyens d’y répondre. Il faut que la volonté, notamment politique, suive.

(Commentaire publié dans La Dépêche du Midi du mardi 17 décembre 2019)

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