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Éditos

Talon d’Achille

 

electricite

Voilà un scénario qui semblait impensable à voir en Europe : tout un pays, puis un deuxième, privés d’électricité pendant plusieurs heures et devenus ainsi spectateurs de leur paralysie. Plus de transports, de train ou de métro, plus de télévision, d’internet ou de téléphone mobile, plus de système de paiement par carte bancaire ou d’ascenseurs, des commerces à l’arrêt, des supermarchés évacués en urgence, des facultés renvoyant leurs étudiants chez eux, des hôpitaux fonctionnant au ralenti sur leurs groupes électrogènes, etc. Et dans les rues, des scènes insolites d’habitants inquiets en quête d’informations, agglutinés autour d’un bon vieux poste de radio à piles, seul appareil capable de recevoir les informations qui arrivent d’habitude si naturellement par des notifications sur les smartphones.

L’Espagne et le Portugal, mais aussi toute l’Europe avec eux, ont mesuré lundi et hier combien nos sociétés hyperconnectées sont fragiles, combien le réseau électrique – cette colonne vertébrale dont on oublie l’existence – peut être un talon d’Achille pour l’activité économique comme pour la vie tout court.

Peu importe à vrai dire le scénario qui sera retenu pour expliquer ce qui s’est passé, l’enchaînement des dysfonctionnements et blocages qui ont conduit deux pays au bord du chaos. Le black-out de la péninsule ibérique, historique par son ampleur, doit sonner comme un signal d’alerte pour les Européens. Si ces derniers mois, ils se sont engagés dans l’édification d’une défense commune avec un plan de réarmement de 800 milliards d’euros, nécessaire pour faire face à la nouvelle donne géopolitique mondiale, ils peuvent d’ores et déjà s’interroger sur les financements qui doivent être mobilisés pour entretenir, moderniser et sécuriser les réseaux électriques européens et les moyens de production.

Il est évidemment heureux de constater que la solidarité européenne a parfaitement joué son rôle pour sortir l’Espagne et le Portugal de l’ornière, mais face aux besoins en électricité de demain, pour les voitures électriques comme pour les centres de données de l’intelligence artificielle, il y a urgence à faire plus pour bâtir des réseaux efficaces et sûrs, en ayant qui plus est à l’esprit la nécessité qu’on ne saurait oublier la transition énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique.

Le black-out en Espagne et au Portugal interroge évidemment aussi en France, ou la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPR) a fait lundi l’objet d’un débat très politicien à l’Assemblée nationale. L’organisation de notre réseau fait qu’un black-out aussi important que celui de lundi semble peu probable. Il n’empêche que dans son « Schéma décennal de développement du réseau » qui fixe les orientations pour l’évolution du réseau public de transport d’électricité à l’horizon 2040, RTE décrit des mesures pour éviter un black-out. RTE vise une résilience accrue du réseau par la modernisation massive des infrastructures électriques et télécoms, l’industrialisation du pilotage local automatisé, la sécurisation face aux risques extrêmes (black-out, cyberattaque) et une optimisation fine de l’exploitation du réseau existant. Tout cela a évidemment un coût.

Mais au-delà du transport de l’électricité, c’est bien sûr la production d’électricité qui est au cœur des enjeux. La France doit ainsi s’interroger sur sa production dans laquelle le nucléaire – dont le parc existant pourrait être davantage exploité – joue un rôle clé à côté des autres énergies renouvelables. Ce sujet mérite un vrai débat.. éclairé.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 30 avril 2025)

Derrière la farce

Trump

En 1941, Bertold Brecht écrit la pièce La résistible ascension d’Arturo Ui, une parabole satirique retraçant la montée d’Adolf Hitler au pouvoir, mais transposée dans l’univers des gangsters de Chicago à l’époque de la prohibition ; pièce dont l’épilogue est resté célèbre – « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ». Brecht utilise alors la farce pour dénoncer les mécanismes qui ont conduit Hitler au pouvoir et susciter une réflexion sur ce qui s’est passé et comment cela aurait pu être évité. Avec le retour de Donald Trump à la Maison blanche, Brecht aurait été bien embêté parce que la farce, pour le coup, est devenue consubstantielle de la nouvelle présidence. Depuis plus de 100 jours, en effet, nous sommes tous embarqués par Trump dans une téléréalité qui prêterait à sourire si le destin du monde n’était pas en jeu.

Tous les matins, on en vient à se demander ce que Trump a bien pu dire sur son réseau social Truth social, tous les jours on guette ses décisions où le dramatique le dispute au burlesque. Trump a ainsi été capable de licencier des dizaines de milliers de fonctionnaires, d’expulser des milliers d’immigrés pourtant indispensables à l’économie américaine, d’imposer l’interdiction de centaines de mots comme femme ou climat sur les sites web fédéraux ou dans les recherches scientifiques, de s’attaquer à la liberté académique des universités comme aux minorités… et, en même temps, le successeur de Lincoln prend sans rire un décret pour « libérer » le débit d’eau des pommeaux de douche afin de prendre soin de ses « magnifiques cheveux », file passer un week-end sur son golf alors que les Bourses chutent après l’annonce de ses surtaxes douanières, ou assiste à un combat de MMA…

La tornade Trump semble en roue libre, et le président, submergé par son hubris, capable de dire tout et son contraire, multipliant les volte-face, sur le soutien à l’Ukraine comme sur les droits de douane. Chaque reculade est même présentée par Trump et ses soutiens fanatisés comme une stratégie géniale forcément incomprise pensée par celui qui s’autoproclame faiseur de deal… mais qui n’a pour l’instant rien « dealé » pour mettre fin à la guerre en Ukraine ou à celle de Gaza.

Ce cirque commence à afficher de premières fissures. Les millionnaires qui ont porté Donald Trump au pouvoir – en tournant cyniquement le dos à leurs engagements progressistes passés – commencent à s’inquiéter de la « démondialisation » derrière la guerre commerciale et des risques de récession. Même Elon Musk, zélé tronçonneur en chef du Département de l’efficacité gouvernementale, commence à se poser des questions sur le bien-fondé d’une politique ultra-protectionniste venue tout droit du siècle dernier et qui nuit à ses affaires.

Mais au-delà du tourbillon dans le lequel Trump entraîne le monde et qui focalise l’attention, cette stratégie du chaos est aussi mûrement pensée par des idéologues ultraconservateurs – le vice-président JD Vance en tête ou Curtis Yarvin, théoricien des « Lumières noires » – qui entendent profondément et durablement modifier les États-Unis. Derrière la farce existe un plan, le Projet 2025, coordonné par la Heritage Foundation, influente fondation conservatrice, qui inspire même jusqu’en Europe. Durant la campagne présidentielle, Trump avait assuré que ce n’était pas son projet. Et pourtant, de la purge de l’administration fédérale au renforcement du pouvoir exécutif en passant par de violentes réformes sociétales (sur l’IVG, les droits des LGBT), une dérégulation économique et climatique, une remise en cause des sciences ou encore une politique étrangère isolationniste, on retrouve dans les 100 jours toutes les idées du Projet 2025, pensées pour être difficilement réversible.

Les progressistes américains et les démocrates, anesthésiés depuis la défaite de Kamala Harris, seraient bien inspirés de se réveiller et se rappeler ce que disait Brecht : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

(Editorial publié dans La Dépêche du Dimanche du 27 avril 2025)

Jeunesse en danger

 

nantes

 

La mort d’une lycéenne à Nantes, poignardée hier par un camarade qui a blessé trois autres élèves dans un déchaînement de violence nous glace d’effroi. Comment un tel drame a-t-il pu se produire ? Comment un jeune homme peut-il préméditer un tel acte pour résoudre un différend avec la victime ou pour des motifs idéologiques extrêmes ? Comment cet élève inconnu des services de police a-t-il pu emporter deux couteaux en nourrissant le projet de se venger ou de se faire justice, et frapper sans hésitation ses camarades, pour blesser, pour tuer, avant d’être maîtrisé ? Comment en est-on arrivé à un tel niveau de violence qui rappelle – toutes proportions gardées bien sûr – celui des tueries de masse que l’on voit survenir régulièrement dans les lycées américains ?

L’école devrait être un sanctuaire, hermétique aux maux de la société, mais cela fait longtemps que l’on sait qu’il ne s’agit que d’un vœu pieux. École et société sont interconnectées, ce qui se passe à l’extérieur se vit aussi à l’intérieur ; ce qui se vit dans la classe ou la cour de récréation suit les élèves jusqu’à la maison. C’est d’autant plus vrai que cette interconnexion se joue aussi dans la sphère numérique, qui se moque de ces frontières. Les élèves vivent leur jeunesse IRL (in real life, dans la vie réelle), autant qu’en ligne sur les réseaux sociaux. Dans la première, les parents, les enseignants, la communauté éducative peuvent encore intervenir sur ce qu’ils voient, mais dans la seconde ? Dans l’intimité de leur chambre, sur leur ordinateur, ou n’importe où seuls face à leur smartphone, à quoi les adolescents s’exposent-ils ? À quels contenus, à quels échanges, à quels défis sont-ils confrontés, seuls face à de froids algorithmes de recommandation, seuls face au cyberharcèlement qui s’immisce sans entraves, seuls face à des vidéos, des articles violents ou facteurs de haine, si peu modérés par les géants du numérique, qui les poussent à mal se considérer eux-mêmes et à mal considérer les autres ?

Il y a quelques semaines, Netflix a mis en ligne la série britannique « Adolescence » qui raconte de façon implacable le meurtre d’une jeune fille par un camarade de classe de 13 ans d’apparence si normale et si sage, mais qui s’est laissé influencer par des discours masculinistes et misogynes sur les réseaux sociaux, seul dans sa chambre, sans que ni ses parents, ni ses enseignants n’aient rien vu de ce mal-être. En quatre épisodes, la série, qui décortique les mécanismes de cette radicalisation vers la violence, a provoqué un électrochoc au Royaume-Uni jusqu’à la chambre des Communes, où le Premier ministre Keir Starmer a confié s’être lancé dans le visionnage de la série avec ses deux enfants et soutient depuis sa diffusion dans les écoles du pays, marqué par des affaires similaires ces derniers mois.

Une série peut être utile pour prendre conscience de tels phénomènes qui finissent dramatiquement, mais elle ne saurait être suffisante. C’est à la société tout entière, pas seulement les parents ou les enseignants, qu’il appartient aujourd’hui de réagir. François Bayrou « en appelle à un sursaut collectif » face à la « violence endémique » dans « une partie de notre jeunesse ». À tous les niveaux, la société doit agir pour la jeunesse en danger. Il y a urgence.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 25 avril 2025)

 

Le mystère et l'enfer

Zacchello

Lors des affaires de disparition, les enquêteurs expliquent souvent que les 48 premières heures sont déterminantes. Car lorsque les jours, les semaines, les mois passent, l’espoir s’amenuise. L’affaire Laure Zacchello – qui fait écho à tant d’autres dossiers dont celui de Delphine Jubillar dans le Tarn – est dans cet entre-deux.

Dix mois après la disparition de cette mère de trois enfants, le 21 juin 2024 à Urrugne, dans le Pays basque, l’espoir de la retrouver saine et sauve s’est peu à peu envolé. « Aujourd’hui, cet espoir est vain, sauf pour retrouver son corps afin de lui offrir une sépulture digne », explique dans nos colonnes l’avocat des parents de l’ancienne infirmière militaire qui s’était reconvertie en « psychogénéalogiste » et avait déménagé du bassin d’Arcachon au Pays basque à la demande de son mari. Un mari qui reste au cœur des investigations. Alexis Juret avait été retrouvé le jour de la disparition, inconscient et blessé à la tête sur la terrasse de la maison familiale, avec un parpaing à proximité et des ecchymoses. Rapidement, la police a soupçonné une mise en scène de celui qui affirme ne pas se souvenir des événements. L’accumulation d’éléments troublants – disparition de deux armes à feu du domicile, un pistolet automatique et un pistolet-mitrailleur, découverte de traces de sang, résidus de poudre sur les vêtements du mari, témoignages de l’entourage évoquant la peur constante de Laure – a conduit la justice à mettre en examen le mari pour homicide volontaire sur conjoint et à le placer en détention provisoire le 26 juin dernier.

Les investigations se poursuivent, mais malgré d’importantes recherches dans la région, Laure Zacchello reste introuvable à ce jour. Les enquêteurs continuent leur travail, notamment en explorant le profil singulier et l’emploi du temps d’Alexis Juret, ancien réserviste de la gendarmerie jusqu’en 2020 et adepte de survivalisme – qui clame toujours son innocence.

Dix mois après son déclenchement, l’affaire Zacchello reste pour l’heure un mystère dont la clé pourrait être au cœur du couple qui était en instance de divorce, Laure désirant cette séparation, Alexis la refusant fermement, peut-être violemment. Pas physiquement, mais psychologiquement. Plusieurs témoignages attestent que Laure Zacchello vivait dans la peur de son mari depuis plusieurs mois au point de transporter systématiquement une caméra portative dans son sac ou de bloquer sa porte avec une chaise pour se protéger de celui qui lui avait déjà fait plusieurs scènes.

Cette emprise psychologique a longtemps été ignorée ou minorée. La France a progressivement intégré cette notion dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, principalement à travers la reconnaissance des violences psychologiques et du harcèlement moral dans le couple. Depuis 2010, le Code pénal sanctionne les violences psychologiques répétées, même en l’absence de violences physiques, et, cette année, l’Assemblée nationale a validé un projet de loi introduisant le concept de « contrôle coercitif » dans le Code pénal, inspiré du modèle britannique.

En attendant que la vérité de l’affaire d’Urrugne émerge et que l’on retrouve Laure Zacchello, l’affaire permet d’interpeller la société tout entière sur les ravages des violences psychologiques, cet enfer silencieux dans lequel se démènent tant de femmes.

(Éditorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 21 avril 2025)


Le vrai miracle de Lourdes

 

lourdes

Une 72e guérison miraculeuse vient d’être reconnue par l’Église catholique, en l’occurrence celle d’une italienne de 67 ans, Antonietta Raco, qui attendait cette reconnaissance depuis son pèlerinage à Lourdes en 2009 après lequel elle s’est remise sans explication d’une sclérose latérale primitive qui la clouait sur un fauteur roulant. Un nouveau miracle qui réjouira les uns et interrogera les autres.

Pour l’Église catholique, cette reconnaissance officialisée mercredi par Mgr Vincenzo Carmine Orofino, évêque du diocèse de Tursi-Lagonegro, dans la province italienne de Matera, l’une des plus vieilles et envoûtantes villes du monde, apparaît comme une bonne nouvelle dans une période où les mauvaises n’ont cessé de s’accumuler. Le rapport, il y a trois ans et demi, de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) qui avait identifié a minima quelque 330 000 victimes, puis cette année les révélations en série sur les agressions et violences à Notre-Dame-de-Bétharram et dans plusieurs autres établissements catholiques et depuis jeudi les nouvelles révélations sur l’Abbé Pierre ont donné une image terrible de l’institution. Un miracle en pleine semaine pascale permet au clergé français de retrouver le sourire et aux fidèles de se reconcentrer sur leur foi.

Le 72e miracle de Lourdes est aussi une bonne nouvelle pour la ville. « Ce qu’il nous faut, c’est un nouveau miracle », nous expliquait au début des années 2000 un hôtelier de la ville à une époque où chacun espérait un successeur à Jean-Pierre Bély, déclaré miraculeusement guéri de sa sclérose en plaques en 1999. Dans la deuxième ville hôtelière de France, où l’économie dépend à 90 % du tourisme et particulièrement des pèlerins, un miracle est à même de déclencher un surcroît de fréquentation. Une fréquentation bienvenue pour une ville durement affectée par la pandémie de Covid et qui s’est engagée depuis, via un plan spécial de 100 millions d’euros, à se moderniser et se diversifier.

Enfin, un nouveau miracle questionne forcément la médecine et la science. Comment des personnes qu’on croyait jusqu’alors incurables retrouvent le plein usage de leur corps ? Par quel mystère triomphent-elles de la maladie là où la médecine semblait avoir échoué ? Ces questions sont là depuis que Lourdes est devenue un sanctuaire ; la foi questionne ainsi depuis un siècle et demi la raison et vice-versa. Le 25 juillet 1894, le grand écrivain Émile Zola lui-même s’empare du sujet, exprime son scepticisme dans « Mon Voyage à Lourdes » puis dénonce dans son roman « Lourdes », ouvrage à charge, les vices et les escroqueries qui règnent selon lui dans la cité mariale. Mais ce « J’accuse »-là se heurte aux malades miraculés examinés par le Bureau médical créé en 1883… Depuis, le questionnement de la science perdure face à ces guérisons miraculeuses « en l’état des connaissances scientifiques », même si une étude menée en 1993 sur 128 années a établi que le nombre de guérisons inexpliquées à Lourdes serait finalement du même ordre de grandeur que celui constaté… en milieu hospitalier.

Mais au final, l’essentiel n’est peut-être pas là et le message de Lourdes n’est pas dans le miracle lui-même sur lequel vont digresser religieux, hôteliers ou médecins. Le vrai message de cette petite ville au pied des Pyrénées est sa capacité à avoir su créer un endroit unique où chacun, malade ou valide, croyant ou athée, riche ou pauvre est pareillement accueilli et considéré. La célébration de cette fraternité-là à une époque où elle fait tant défaut, de cet humanisme-là, de plus en plus attaqué dans le monde : voilà le vrai miracle de Lourdes.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du samedi 19 avril 2025)


Le monde tel qu'il est

 

trump

 

Après la pandémie de Covid-19 qui l’avait durablement ébranlé, le secteur aérien mondial entre dans une nouvelle zone de turbulences qui aurait pu être évitée puisqu’elle n’est le fait que de la décision d’un seul homme : Donald Trump. Le président américain s’est, en effet, lancé dans une guerre commerciale globale en rehaussant les taxes douanières de tous les produits entrants aux États-Unis, après de nébuleux calculs dont certains disent qu’ils viennent d’une formule concoctée par une intelligence artificielle. Mais à peine Donald Trump avait-il annoncé ses surtaxes de 10 à 57 % début avril qu’il décrétait, devant l’effroi des milieux économiques et les chutes des Bourses, une pause de 90 jours en les ramenant à 10 % sauf pour la Chine. L’ennemi commercial des États-Unis a écopé de 145 %, un taux qui peut atteindre 245 % dans certains secteurs. Sans surprise, Xi Jinping a pris des mesures de rétorsion en taxant les produits américains à 125 %.

Donald Trump, qui estime avoir réussi son coup en obligeant les pays à venir négocier en tête à tête des conditions plus avantageuses, espère sortir vainqueur de son bras de fer avec la Chine. Le président américain est persuadé qu’il ouvrira un nouvel âge d’or pour l’Amérique en s’inspirant de l’un de ses prédécesseurs, McKinley, qui avait lui aussi augmenté les droits de douane… avant toutefois de reconnaître qu’ils avaient nui à l’Amérique. Un siècle plus tard, cette vieille recette protectionniste ne marchera pas davantage, d’autant plus que l’économie mondiale est aujourd’hui globalisée et les chaînes de valeurs profondément imbriquées. Donald Trump s’est déjà heurté à cette réalité-là en revenant sur les taxes concernant les produits high-tech comme les iPhone, fabriqués en Chine et en Asie non pas seulement parce que le coût du travail y est moindre qu’aux États-Unis, mais parce que ces pays disposent désormais d’ingénieurs de haut niveau et d’un savoir-faire incontournable, comme l’a expliqué récemment Tim Cook, le PDG d’Apple.

Il en va pareillement avec le secteur aérien. Boeing, fragilisé ces dernières années par d’innombrables déboires techniques, dispose de chaînes de production mondialisées, avec de nombreux composants importés des pays désormais visés par des droits de douane. Cela renchérira le coût de fabrication de chaque appareil, rendant l’avionneur moins compétitif même sur son propre marché. Boeing mise principalement sur la localisation de sa chaîne d’approvisionnement, la gestion proactive des stocks et la flexibilité commerciale pour amortir l’impact des droits de douane, mais que faire face aux représailles de Pékin qui a décidé de suspendre toute réception d’avions fabriqués par l’Américain mais aussi d’interdire l’importation de pièces détachées ? Air China, China Eastern Airlines et China Southern Airlines ne réceptionneront pas respectivement 45, 53 et 81 appareils que Boeing devait leur livrer entre 2025 et 2027. Un coup dur financier mais aussi économique à plus long terme, car Boeing ne peut pas se priver du marché chinois, amené à devenir le premier mondial d’ici quelques années.

Reste que la décision de Pékin est à double tranchant. Si elle déclenche une catastrophe financière et industrielle chez l’avionneur américain, elle fragilise aussi les compagnies chinoises qui ne pourront pas répondre à la forte demande domestique. Airbus ne peut pas compenser les commandes et une absence de Boeing, et les avions chinois ne sont pas prêts.

Au final, Donald Trump – qui a décidé de surtaxer l’aérien au mépris d’ailleurs de l’accord sur le commerce des aéronefs civils, entré en vigueur en janvier 1980, qui instituait une absence de droits de douane – devra sortir de sa réalité alternative et revenir à la réalité du monde tel qu’il est…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 18 avril 2025)

 

Pas qu'un fait divers

 

Agathe

La disparition d’Agathe Hilairet, une jeune femme de 28 ans qui n’a plus donné signe de vie depuis qu’elle a quitté jeudi 10 avril le domicile de ses parents à Vivonne, à 20 km au sud de Poitiers, pour aller courir, n’est pas qu’un fait divers de plus à même d’occuper les heures d’antenne de chaînes d’information en continu. Cette disparition interpelle, en effet, les Français à plusieurs niveaux.

Le premier, local presque intime, appelle évidemment notre solidarité avec les proches d’Agathe, ses parents, ses amis, aujourd’hui rongés par l’inquiétude mais ardemment habités par l’espoir de la retrouver saine et sauve. Nos pensées vont vers eux et nos encouragements vers les forces de l’ordre, pompiers, gendarmes, plongeurs, maîtres-chiens qui, très rapidement, ont déployé avec de nombreux citoyens bénévoles des moyens conséquents pour ratisser la zone de la disparition ; opérations toujours longues, complexes et incertaines. Le temps presse et le moindre témoignage – 90 signalements ont été reçus par les enquêteurs après la diffusion d’un appel à témoins – peut être capital pour découvrir ce qui a pu se passer en plein jour le 10 avril dernier.

Le second niveau est que cette disparition résonne, hélas, avec d’autres affaires similaires qui ont eu lieu ces dernières années partout en France, avec les mêmes questionnements, les mêmes angoisses de proches dont la dignité et courage forcent le respect, et les mêmes inquiétudes quant au dénouement qui prend parfois des mois à se concrétiser – lorsqu’il se concrétise. À Toulouse, la disparition d’Agathe Hilairet rappelle ainsi le douloureux souvenir de Patricia Bouchon, qui avait profondément bouleversé et ému l’opinion dans la région. Cette secrétaire juridique de 49 ans et mère de famille, avait disparu le 14 février 2011 alors qu’elle était partie, comme Agathe, faire son son jogging matinal à Bouloc. Son corps avait été retrouvé 42 jours plus tard et un homme a été condamné en appel en 2023 à 20 ans de réclusion pour son meurtre.

Enfin, en élargissant la focale, la disparition d’Agathe doit aussi interpeller sur la société que nous voulons et sur la place des femmes. Les disparitions de femmes, les agressions constituent autant d’alertes sur une liberté que l’on croyait acquise, mais qui reste trop souvent conditionnelle : celle d’exister pleinement, seule, dans l’espace public. Trop de femmes doivent encore réfléchir à l’heure, au lieu, à la tenue, au chemin qu’il faut emprunter pour aller courir. Trop de femmes doivent encore anticiper regards, commentaires, voire agressions pour prendre un métro ou un bus, rentrer chez elles la nuit, partir en voyage seules ou s’asseoir dans une salle de cinéma.

Peut-on tolérer en 2025 que leur indépendance puisse s’accompagner d’un sentiment de vulnérabilité dans l’espace public ? À l’heure où les discours masculinistes réactionnaires se diffusent massivement et voudraient renvoyer les femmes vers les siècles passés de soumission, il faut que des voix s’élèvent pour défendre et garantir un droit à la liberté de se déplacer en sécurité. Autant dire qu’un sursaut collectif est nécessaire. La disparition d’Agathe rappelle aussi cela ; elle n’est pas qu’un fait divers…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 17 avril 2025)

Inacceptable

 

eau

 

Sans l’emballement de l’actualité internationale autour des décisions et des revirements de Donald Trump, l’affaire Nestlé Waters aurait sans doute occupé les devants de la scène médiatique car ce dossier, qui s’étire dans une relative indifférence, va désormais au-delà du simple scandale sanitaire d’une multinationale qui se croit tout permis. Cette affaire constitue une triple déflagration : sanitaire, politique et économique.

Le scandale sanitaire, d’abord. Nestlé a reconnu avoir eu recours à des traitements non autorisés sur plusieurs de ses eaux minérales naturelles – microfiltration à 0,2 micron, ultraviolets, filtres à charbon actif – alors même que ces pratiques sont proscrites par la réglementation européenne. Ces techniques, utilisées pour masquer des contaminations potentielles, sont l’aveu d’un manquement fondamental : celui de garantir la pureté originelle des sources. Depuis 2022, des documents internes alertaient sur la « non-conformité de ces eaux ». En toute connaissance de cause, la firme a continué à commercialiser ses produits. La confiance des consommateurs, d’évidence, a été trahie.

Mais c’est le volet politique qui jette une ombre plus vaste sur ce dossier, car ce n’est plus seulement Nestlé qui a failli, c’est bien l’État. En janvier 2023, le Directeur général de la santé, les autorités sanitaires, l’Anses, l’IGAS, tous ont tiré la sonnette d’alarme. Tous ont recommandé de suspendre l’exploitation des sources concernées. Aucune de ces recommandations n’a été suivie. À la place : une concertation interministérielle, en février 2023, validée par des conseillers de l’Élysée, a donné son feu vert à la poursuite des activités, malgré les risques sanitaires et le potentiel contentieux européen. Ce n’est plus une négligence, c’est une caution.

En refusant de se présenter devant la commission d’enquête sénatoriale – alors qu’il est tenu de le faire comme n’importe quel citoyen – Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée et pilier du pouvoir macroniste, aggrave encore la crise de confiance. Le bras droit d’Emmanuel Macron se retranche derrière la « séparation des pouvoirs » et une sorte d’immunité qu’aucun texte ne lui confère, alors même qu’il a été directement impliqué dans des échanges avec Nestlé. L’impossibilité d’auditionner cet acteur clé du dossier nourrit dès lors des questions essentielles : l’Élysée savait-elle que Nestlé fraudait ? Si oui, a-t-elle couvert cette fraude, c’est-à-dire privilégié les profits de Nestlé au détriment des règles sanitaires qui protègent les Français ? Et pourquoi ?

Enfin, il y a le scandale économique illustré par la capacité d’une multinationale à peser sur des choix politiques et des règles établies. Le lobbying de Nestlé – à coups de promesses d’investissement ou de « chantage » à l’emploi – a été d’une efficacité redoutable pour infléchir les lignes rouges de la régulation sanitaire au point qu’il a semblé écrire lui-même les règles du jeu. L’Elysée martèle qu’il n’y a eu ni « entente » ni « connivence », Nestlé dément avoir exercé une forme de lobbying.

Le 19 mai, la commission sénatoriale qui tente d’y voir clair, livrera ses conclusions et peut-être ses recommandations. Car au-delà de l’infraction au Code de la santé publique et la façon dont une telle fraude a pu se produire, il reste l’infraction à la morale républicaine, avec un système où l’on ment, où l’on cache, où l’on esquive, où l’on se défausse. Un système où la vérité, comme l’eau, peut être traitée, filtrée… jusqu’à disparaître. Un système qui est, clairement, inacceptable.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 11 avril 2025)

 

Briser le silence

 

bangkok

La lecture de notre enquête sur la disparition de Thanyarat, jeune mère thaïlandaise partie vivre près de Toulouse dans la commune de son mari français avec l’espoir d’une intégration durable, puis brutalement arrêtée à Bangkok en février 2024 dans des circonstances troubles, rappellera à beaucoup le film d’Alan Parler « Midnight Express » racontant l’histoire vraie d’un américain arrêté en Turquie pour contrebande de haschich, puis incarcéré dans la sinistre prison de Sagmalcilar. Les similitudes s’arrêtent toutefois là car notre affaire est nimbée de mystère. La jeune femme aurait été condamnée à 33 ans et immédiatement incarcérée à la centrale de Klong Prem, mais il n’y a aucun procès connu, aucune preuve versée dans le débat public, aucune ligne officielle confirmée. Seulement des rumeurs, des bribes… et un silence qu’on ne peut laisser s’installer quel que soit le sort de la jeune femme.

Si l’on prend pour acquis qu’elle est effectivement emprisonnée, cette affaire suscite un malaise à plusieurs titres, au premier rand desquels figurent l’indifférence froide des autorités. Parce qu’elle n’a pas renouvelé son titre de séjour avant de quitter le territoire français, l’État semble se dédouaner de son cas, comme si l’intégration – pourtant encouragée, promue et conditionnée à mille démarches que suivait sérieusement Thanyarat – pouvait s’effacer d’un trait de plume administratif. La France est pourtant prompte à défendre ses ressortissants dans d’autres contextes. Thanyarat – qui n’est ni journaliste otage, ni humanitaire détenue, ni homme d’affaires – n’est certes pas française, mais le parcours d’intégration qu’elle suivait mériterait qu’elle bénéficie d’une protection minimale en retour ou en tout cas d’une attention particulière du pays de son mari.

Cela est d’autant plus nécessaire qu’elle se retrouve incarcérée en Thaïlande où la justice opère selon des logiques souvent opaques, où la peine de mort est possible pour certains délits liés aux stupéfiants et où l’accès aux droits de la défense est tout sauf garanti.

Thanyarat est ainsi devenue l’illustration tragique d’un entre-deux juridique et moral. Trop étrangère pour bénéficier d’un soutien officiel, trop intégrée pour que son sort n’interpelle pas. Peut-on accepter qu’une jeune femme, présumée innocente, qui a montré son désir sincère de vivre en France soit ainsi abandonnée au bon vouloir d’un système judiciaire étranger, sans médiation, sans recours, sans regard ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 

Les vieux du volant

 

seniors

C’est un sujet récurrent qui revient dans l’actualité : le conditionnement du permis de conduire à une visite médicale. Et comme les fois précédentes, cette épineuse question est mal appréhendée puisqu’elle se traduit dans l’opinion par la crainte de voir imposé un contrôle médical couperet obligatoire qui concernerait prioritairement les seniors.

Chaque fois que le sujet revient sur la table, ces derniers se sentent pointés du doigt alors même qu’ils ne provoquent pas plus d’accidents de la route que d’autres tranches d’âge. Mais les clichés, au gré de faits divers spectaculaires ou tragiques, ont la vie dure et les vieux du volant sont supposés être des fous du volant potentiels, d’inconscients seniors qui ne devraient leur survie sur la route que grâce à la vigilance des autres automobilistes. Rien n’est plus faux évidemment.

La dernière enquête de la Fondation Vinci Autoroutes sur les seniors au volant, publiée ce mois-ci, montre bien au contraire qu’en avançant en âge, nombreux sont ceux qui adaptent leur comportement pour se sentir plus en sécurité sur la route et ne pas représenter un danger pour les autres usagers. 81 % roulent moins vite qu’auparavant et font plus de pauses lors des longs trajets, beaucoup renoncent à la conduite de nuit. Mieux, une large majorité (67 %) est consciente d’avoir des réflexes émoussés et souhaiterait bénéficier de mesures pour entretenir leurs capacités de conduite ou pour effectuer des stages de remise à niveau. L’envie de pouvoir continuer à conduire en sécurité pour eux-mêmes et les autres est d’autant plus forte que l’automobile est souvent un élément clé de leur vie quotidienne et sociale, sans laquelle ils seraient relégués dans un insupportable isolement. Et cela est particulièrement vrai en zone rurale ou, faute d’une alternative en transports en commun suffisants, la voiture est indispensable.

Le débat récurrent sur la fin du permis à vie – que d’autres pays européens ont résolu depuis longtemps – mériterait au contraire d’élargir la focale au-delà du seul cercle des conducteurs seniors qui seront d’ailleurs de plus en plus nombreux – selon l’Insee, le nombre des 75 ans ou plus devrait croître de 5,7 millions à 12,1 millions de personnes soit 18 % de la population contre 9 % en 2019.

La vraie question est, en effet, l’instauration d’un contrôle des aptitudes physiques pour tout le monde à intervalles réguliers et cela dès le début de la vie de conducteur. C’est ce que proposent le Parlement et le Conseil européens dans leur réforme du permis de conduire validée ce mois-ci. Ils suggèrent aux États membres de faire passer un examen médical, notamment un examen de la vue et un examen cardiovasculaire, avant la première délivrance d’un permis de conduire puis de façon régulière. Charge aux États membres de définir les modalités des mesures entre convaincre de leur bien-fondé et contraindre.

Un autre point qui mériterait attention est la formation des conducteurs qui pourrait être améliorée et entretenue tout au long de la vie. Les seniors avec leurs années d’expérience pourraient d’ailleurs en remontrer à certains…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du dimanche 6 avril 2025)

Le monde selon Trump

 

trump

 

Après s’être attaqué à l’ordre international né après la seconde Guerre mondiale, épousant l’illibéralisme des régimes autoritaires et insultant ses propres alliés européens de l’Otan, partisans du multilatéralisme et de l’État de droit, Donald Trump s’attaque au commerce mondial et au libre-échange dont son pays, depuis les accords de Bretton Woods, était jusqu’à présent l’un de fers de lance.

Dans une mise en scène à laquelle le milliardaire star de téléréalité nous a habitués depuis son retour à la Maison Blanche – casquettes MAGA, distribution de stylos et signature XXL de décrets brandis devant les caméras et une assistance ravie – le président des États-Unis a donc mis à exécution ses menaces mercredi soir : une hausse spectaculaire des droits de douane, une véritable déclaration de guerre économique mondiale.

Fustigeant des droits de douane qui accableraient les produits américains, calculés de façon fantaisiste – mais quelle importance quand on est adepte des faits alternatifs – Donald Trump, qui pour une fois n’était pas flanqué d’Elon Musk, a détaillé le montant de surtaxes douanières allant de 10 % minimum à 50 % pour Saint-Pierre-et-Miquelon, 49 % pour le Cambodge en passant par 20 % pour l’Union européenne et 34 % pour la Chine. « Notre pays a été pillé, saccagé, violé et dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis », a martelé Trump, vantant une « déclaration d’indépendance économique » en ce « jour de la libération » et en promettant un nouvel « âge d’or », son mantra depuis sa campagne.

En précipitant le monde vers un retour aux années 30, en s’exonérant de l’avis de tous les économistes pour mettre en place son protectionnisme brutal, Donald Trump fait le pari qu’une politique de fermeture et de quasi-autarcie ramènera à cet âge d’or qui rendrait à l’Amérique sa richesse. Mais cette « démondialisation », cette violente rupture avec le libéralisme défendu depuis des décennies par les États-Unis est-elle crédible ? Les États-Unis peuvent-ils réellement se suffire à eux-mêmes, eux qui restent dépendants des autres dans plusieurs domaines à commencer, par exemple, par les terres rares que Donald Trump veut aller chercher en Ukraine ou au Groenland ? Et en répondant aux légitimes angoisses et colères de l’électorat populaire qui, jadis démocrate, a voté pour lui, ne prend-il pas le risque d’amputer le pouvoir d’achat de ces mêmes Américains ? Car ce sont bien les consommateurs qui finiront par payer les taxes douanières et par supporter un inéluctable retour de l’inflation…

Autoproclamé roi du deal, Donald Trump secoue l’économie mondiale en tapant fort du poing sur la table, espérant peut-être renégocier ensuite des accords bilatéraux à son avantage. Face à cette attitude de butor, la riposte doit être ferme. Le Canada et le Mexique ont montré que tenir tête à Trump pouvait le faire reculer. L’Europe pourra-t-elle faire de même ? Déjà sonnée par l’abandon des États-Unis en matière de défense, l’Union européenne a tout intérêt à rester unie pour construire une riposte économique claire, quitte à engager un bras de fer notamment sur les services numériques.

Car établir un rapport de force est la seule chose que comprend Donald Trump… qui peut aussi changer d’avis, comme son héros McKinley. Le « premier président impérialiste » des États-Unis, que Trump cite à tout bout de champ, avait aussi construit sa carrière politique sur des droits de douane agressifs, avant de reconnaître que cela avait nui aux États-Unis et de faire volte-face en plaidant pour l’accroissement des échanges… Gageons que Trump suive le même chemin.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 4 avril 2025)