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Éditos

Belle prise

Photo by Sebastian Pociecha on Unsplash
La photo, publiée sur le compte Twitter de la fédération nationale des chasseurs, avait fait sensation. Le 15 décembre dernier, en pleine nuit, Emmanuel Macron était venu saluer des présidents de fédérations de chasse ayant traqué le sanglier lors d'une « battue de régulation » sur le domaine du château de Chambord, organisée par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Une première pour un président de la République depuis au moins quarante ans. Pour Emmanuel Macron, qui fêtait alors ses 40 ans, il s'agissait là de délivrer un message limpide sur sa vision de la chasse. Vision historique, environnementale et, bien sûr, politique.

Vision historique, d'évidence. Emmanuel Macron, depuis son élection, s'est attaché à redonner du lustre à la fonction présidentielle en usant – au risque de s'attirer des critiques en dérive monarchique – de tous les fastes patrimoniaux de la République. Le Louvre, Versailles et donc Chambord, dont le domaine forestier giboyant fut aussi celui des chasses présidentielles que même François Mitterrand – qui détestait la chasse – se retint de supprimer. Durant la campagne présidentielle, le candidat Macron avait promis de rouvrir ces chasses présidentielles supprimées par Nicolas Sarkozy en 2010 et de faire de Chambord un outil diplomatique au service du rayonnement de la France. « Je serai le Président qui développera la chasse, vous pourrez toujours compter sur moi », avait lancé, ce soir glacial de décembre, Emmanuel Macron au tableau de chasse, se posant en héritier de François Ier, le « père des veneurs. » Mais le Président, féru d'Histoire, sait aussi que le droit de chasse est devenu un acquis du peuple depuis la Révolution de 1789…

Vision environnementale, assurément. Dès janvier 2017, Emmanuel Macron, issu d'une famille qui compte des chasseurs, insistait sur la « dimension ancestrale de la chasse » et notamment son rôle dans « la préservation de la biodiversité. » Loin de la caricature du chasseur tirant sur tout ce qui bouge, donc ; loin aussi de la majorité des Français qui, dans un récent sondage, disaient ne pas se sentir en sécurité dans la nature en période de chasse ; loin, enfin, des arguments des écologistes qui voient dans les chasseurs, justement, une menace pour la biodiversité. Emmanuel Macron devra manier le « en même temps » pour concilier ces positions irréconciliables…

Vision politique enfin. Même si la cartographie du vote des chasseurs – 1,2 million – est très loin d'être uniforme et recouvre toutes les familles politiques, Emmanuel Macron a vu très tôt l'intérêt qu'il y avait à ne pas froisser les chasseurs, qui constituent un puissant lobby. Pour celui que d'aucuns ne voient que comme le Président des villes et des start-up, pour les élus ruraux qui s'estiment maltraités par l'exécutif depuis un an, les chasseurs peuvent permettre à Emmanuel Macron de renouer avec les territoires où La République en marche est encore mal implantée.

À un an des Européennes et à deux ans des municipales, la réforme de la chasse engagée hier se comprend ainsi à travers cette triple lecture. Une réforme qui, pour le Président, fait des chasseurs une belle prise.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 28 août 2018)

Bon élève

Jean-Michel Blanquer. Photo MEN


En présentant Alain Juppé à sa succession à la présidence du RPR, en 1994, Jacques Chirac avait qualifié le futur maire de Bordeaux de « meilleur d'entre nous. » Vingt-quatre ans plus tard, Emmanuel Macron pourrait sans fard reprendre à son compte la formule devenue célèbre pour l'appliquer à son ministre de l'Éducation nationale. Car en un peu plus d'un an, Jean-Michel Blanquer est devenu une pièce maîtresse pour le président de la République. Alors qu'un récent sondage montrait qu'un tiers des ministres du gouvernement d'Édouard Philippe est quasi totalement inconnu des Français, Jean-Michel Blanquer est, lui, très vite sorti de l'anonymat à peine installé rue de Grenelle, devenant un ministre phare du gouvernement, plébiscité à droite et parfois à gauche, plutôt apprécié par les syndicats enseignants et les parents d'élèves, habitués des Unes laudatives des hebdomadaires et très apprécié de Brigitte Macron.

C'est que l'ancien haut fonctionnaire, plusieurs fois recteur, qui a fait toute sa carrière au sein du ministère de l'Éducation nationale, notamment à l'époque de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, est aujourd'hui le bon élève du macronisme, incarnant mieux que n'importe lequel de ses collègues le «en même temps» qui a porté Emmanuel Macron à l'Élysée. À droite, Blanquer est salué pour son discours sur des valeurs conservatrices comme l'uniforme à l'école, la dictée quotidienne, la défense des langues mortes, le choix de la méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture, le retour de la semaine à quatre jours après la controversée réforme des rythmes scolaires, ou encore ses positions sur le portable à l'école ou l'écriture inclusive. À gauche, on reste beaucoup plus prudent, reconnaissant toutefois, mais du bout des lèvres, quelques mesures plus sociales comme les classes de CP à 12 élèves dans les zones REP + ou la prime de 3 000 € promise aux professeurs dans ces mêmes quartiers.

Après un an d'exercice, les enseignants portent, eux, un regard plus contrasté sur le ministre, observant, parfois avec intérêt, ses initiatives sur les programmes scolaires ou son appétence pour des sujets comme les neurosciences, mais restant inquiets sur le traitement qu'il leur réserve en termes de revalorisation salariale notamment. Jean-Michel Blanquer peut enfin aussi se targuer du regard porté sur son action par ses prédécesseurs qui saluent sa détermination à réformer le «mammouth». Jack Lang parle ainsi d'un «homme de qualité», Xavier Darcos d'un homme «nettement mieux préparé que lui (ne l'a été) pour faire le job».

Si Jean-Michel Blanquer met volontairement en avant son profil de technicien pragmatique, de spécialiste au-dessus de la mêlée, éloigné des chapelles qui lestent l'Éducation nationale, il n'en reste pas moins qu'il est aussi – et de plus en plus – un ministre politique. Un ministre au parcours idéologique marqué à droite, dont les positions peuvent se faire parfois beaucoup plus dures et dogmatiques que bienveillantes, par exemple lorsqu'il s'agit de pourfendre les pédagogistes réputés de gauche ou de détricoter sans ménagement l'action de celle qui l'a précédé, Najat Vallaud-Belkacem.

Celui dont l'entourage dit qu'il n'a d'autre ambition que de rester cinq ans dans son ministère – ce qui serait historique – devra alors se garder du péché d'orgueil qui caractérise parfois les «meilleurs d'entre nous» : celui de croire, seul, avoir raison sur tout.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 22 août 2018)

Eldodaro solaire

En misant désormais massivement sur l'énergie solaire, photovoltaïque essentiellement, mais aussi thermique, l'Humanité effectue comme un retour aux sources. Le soleil, déifié par les Égyptiens, la mythologie grecque ou romaine, les Aztèques ou les Incas, a accompagné de tout temps les hommes dans leur quotidien, leur apportant la vie avec son immense énergie, inépuisable, renouvelable. La seule d'ailleurs dont ont disposé les habitants de la Terre pendant des siècles avant que ceux-ci ne découvrent le charbon, le gaz puis l'atome. Mais le regain d'intérêt pour le solaire en ce début du XXIe siècle recèle de multiples enjeux : environnementaux évidemment, mais aussi politiques et diplomatiques, économiques et industriels.

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Enjeu environnemental, c'est bien sûr l'un des principaux atouts de l'énergie solaire. Face au réchauffement climatique et à l'urgence de limiter les émissions polluantes de gaz à effet de serre ou de CO2, les énergies renouvelables apparaissent comme une bonne solution. Par exemple, l'émission de CO2 d'un système photovoltaïque en France métropolitaine, s'élève à 55 g de CO2 par KWh produit. Et un tel système, dont les matériaux sont recyclables à 85 %, produit 10 à 30 fois l'énergie dépensée pour sa fabrication tout au long de son cycle de vie, selon l'Ademe. Pas étonnant, dès lors, que les pays participants à la COP 21 en décembre 2015 à Paris aient lancé l'Alliance solaire internationale (ASI). Cet organisme vise à créer une plate-forme de coopération entre les pays développés disposant de technologies dans le solaire et les 121 pays, notamment en développement, situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne.

L'intérêt écologique rejoint alors l'enjeu diplomatique puisque ce sont la France et l'Inde qui ont officiellement lancé en mars dernier l'Alliance et sont en première ligne sur le dossier, à l'heure où les États-Unis de Donald Trump se sont retirés des accords de Paris. L'objectif de l'Alliance, particulièrement ambitieux puisqu'il s'agit de mobiliser 1 000 milliards de dollars et de développer 1 000 GW de capacités solaires d'ici 2030, aiguise aussi les appétits.

Car derrière le développement du solaire se joue une bataille économique et industrielle mondiale, avec à la clé des millions d'emplois. La Chine y joue un rôle déterminant – six des dix plus grands fabricants de panneaux photovoltaïques sont chinois – d'autres pays comme Israël y apportent leur science.

Incontestablement la France a une carte à jouer. La patrie du physicien Antoine Becquerel, qui a découvert au XIXe siècle l'effet photovoltaïque, est, en effet, une pionnière du solaire. Le savoir-faire français s'était d'ailleurs illustré en Occitanie, en 1970, avec le four solaire d'Odeillo, près de Font-Romeu, l'un des plus grand du monde. En prolongeant la recherche scientifique avec l'Institut national de l'énergie solaire (Ines), en favorisant le développement d'une filière, en créant le cadre réglementaire capable de convaincre les Français, la France pourra tirer parti de cet eldorado à venir.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 21 août 2018)

Positiver

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De Séville à Toulouse, de Vienne à Nîmes, de Berlin à Montpellier, c'est toute l'Europe qui suffoque sous les 40° d'une chaleur caniculaire qui devrait – espère-t-on – s'achever cette semaine, ce soir peut-être. Cette canicule aux conséquences bien concrètes sur la vie quotidienne, sur les organismes des plus fragiles d'entre nous, sur le rythme de l'économie, sur l'environnement avec la pollution atmosphérique qui s'ensuit ou encore sur le rendement des récoltes à venir, notamment de blé, illustre ce réchauffement climatique qui bouscule notre météo et notre façon de vivre. Vagues de chaleur ici, vagues de froid ailleurs à d'autres moments de l'année, fonte des glaces, hausse du niveau des mers, augmentation de l'intensité des ouragans. N'en jetez plus. Le yoyo climatique charrie son lot de catastrophes angoissantes. Autrefois cantonnés dans des films à grand spectacle, ces phénomènes climatiques semblent désormais aussi nombreux que nous nous sentons démunis face à eux.

Certes, après des décennies de négociations, la quasi-totalité des pays du monde s'était mise d'accord lors de la conférence sur le climat de Paris en 2015 pour limiter à 2 degrés la hausse des températures d'ici 2050. Mais cet objectif, auquel les États-Unis de Donald Trump ont renoncé en sortant de l'accord international, semble non seulement de plus en plus difficile à réaliser, mais aussi bien insuffisant pour répondre à l'urgence de la situation qui nécessiterait des mesures aussi contraignantes qu'impopulaires. Surtout, il est trop éloigné de notre quotidien et ne signifie finalement pas grand-chose pour l'opinion publique.

Pour autant le dérèglement climatique doit-il ne susciter que peurs et fatalité ? Ne peut-il pas être, a contrario, une extraordinaire opportunité pour changer nos comportements, trouver des solutions plus concrètes et immédiatement applicables ? Cette thèse est portée depuis plusieurs années par l'entrepreneur environnementaliste américain Paul Hawken, à l'origine du projet Drawdown (réduction) qui mobilise des scientifiques pour modéliser 100 solutions les plus efficaces pour lutter contre le réchauffement. Surtout Hawken, qui estime que l'Humanité est à la fois la cause et le remède du dérèglement climatique, tient un discours qui est tout sauf fataliste et anxiogène, et appelle les habitants de la Terre à se réveiller. Faire du réchauffement une bénédiction pour changer le monde plutôt qu'une malédiction difficilement conjurable : voilà un discours qu'on aimerait entendre plus souvent.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 7 août 2018)

Nouveau monde

soleil


36,6° à Montréal le 2 juillet. 41,1° à Kumagaya au Japon le 23 juillet. 48,9° à Chino dans l'agglomération de Los Angeles le 6 juillet, un record. 52,9° dans la Vallée de la Mort aux États-Unis le 24 juillet. Et même 25,2° sur le littoral de la mer de Barents, en Scandinavie, du jamais vu. Mais aussi plus près de nous, en Occitanie, 35° et 37° dans les Pyrénées-Orientales et l'Aude cette semaine, 36° à 39° dans l'Hérault ou le Gard. Sans compter les températures des jours à venir qui devraient tutoyer les 40° dans notre région…

Les épisodes caniculaires s'enchaînent cet été partout dans le monde, et il n'y a guère plus que Donald Trump et les climato-sceptiques pour nier la réalité d'un réchauffement climatique aux conséquences redoutables et bien concrètes pour l'environnement comme pour l'humanité. Des conséquences qui dessinent d'évidence un nouveau monde auquel les habitants de la Terre vont devoir s'habituer et, surtout s'adapter du mieux possible.

La hausse des températures crée, en effet, les conditions propices à de terribles sécheresses et au déclenchement d'incendies meurtriers comme on l'a vu tout récemment en Grèce ou en Californie, mais aussi à de nombreux phénomènes (montée des eaux, disparition d'une espèce animale sur six, recrudescence de maladies, etc.) qui conduiront à 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050.

La hausse des températures met aussi directement en danger des millions de personnes. Selon une étude scientifique publiée l'an dernier par la revue Nature, 30 % de la population mondiale est exposée, au moins vingt jours par an, à des températures et de l'humidité au-delà du seuil létal. Un taux qui grimperait à 48 % en 2100 si on parvient à réduire les émissions de gaz à effet de serre… et à 74 % si elles continuent à augmenter…

Selon plusieurs scénarios, d'ici 2050 – autant dire demain –, la France pourrait présenter des températures très élevées : 40° à Paris et jusqu'à 43° à Nîmes… De quoi bouleverser notre vie quotidienne, à la maison comme au travail, ainsi que la physionomie de nos régions, et, entre autres, notre vignoble…

Est-il trop tard pour réagir ? En 2015, la COP21 était parvenue à arracher un accord mondial : un objectif de maintenir le réchauffement climatique à moins de 2°. La prise de conscience étant acquise, il y a maintenant urgence de passer des paroles aux actes pour que le nouveau monde qui arrive ne soit pas un enfer climatique…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 2 août 2018)