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Bon élève

Jean-Michel Blanquer. Photo MEN


En présentant Alain Juppé à sa succession à la présidence du RPR, en 1994, Jacques Chirac avait qualifié le futur maire de Bordeaux de « meilleur d'entre nous. » Vingt-quatre ans plus tard, Emmanuel Macron pourrait sans fard reprendre à son compte la formule devenue célèbre pour l'appliquer à son ministre de l'Éducation nationale. Car en un peu plus d'un an, Jean-Michel Blanquer est devenu une pièce maîtresse pour le président de la République. Alors qu'un récent sondage montrait qu'un tiers des ministres du gouvernement d'Édouard Philippe est quasi totalement inconnu des Français, Jean-Michel Blanquer est, lui, très vite sorti de l'anonymat à peine installé rue de Grenelle, devenant un ministre phare du gouvernement, plébiscité à droite et parfois à gauche, plutôt apprécié par les syndicats enseignants et les parents d'élèves, habitués des Unes laudatives des hebdomadaires et très apprécié de Brigitte Macron.

C'est que l'ancien haut fonctionnaire, plusieurs fois recteur, qui a fait toute sa carrière au sein du ministère de l'Éducation nationale, notamment à l'époque de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, est aujourd'hui le bon élève du macronisme, incarnant mieux que n'importe lequel de ses collègues le «en même temps» qui a porté Emmanuel Macron à l'Élysée. À droite, Blanquer est salué pour son discours sur des valeurs conservatrices comme l'uniforme à l'école, la dictée quotidienne, la défense des langues mortes, le choix de la méthode syllabique pour l'apprentissage de la lecture, le retour de la semaine à quatre jours après la controversée réforme des rythmes scolaires, ou encore ses positions sur le portable à l'école ou l'écriture inclusive. À gauche, on reste beaucoup plus prudent, reconnaissant toutefois, mais du bout des lèvres, quelques mesures plus sociales comme les classes de CP à 12 élèves dans les zones REP + ou la prime de 3 000 € promise aux professeurs dans ces mêmes quartiers.

Après un an d'exercice, les enseignants portent, eux, un regard plus contrasté sur le ministre, observant, parfois avec intérêt, ses initiatives sur les programmes scolaires ou son appétence pour des sujets comme les neurosciences, mais restant inquiets sur le traitement qu'il leur réserve en termes de revalorisation salariale notamment. Jean-Michel Blanquer peut enfin aussi se targuer du regard porté sur son action par ses prédécesseurs qui saluent sa détermination à réformer le «mammouth». Jack Lang parle ainsi d'un «homme de qualité», Xavier Darcos d'un homme «nettement mieux préparé que lui (ne l'a été) pour faire le job».

Si Jean-Michel Blanquer met volontairement en avant son profil de technicien pragmatique, de spécialiste au-dessus de la mêlée, éloigné des chapelles qui lestent l'Éducation nationale, il n'en reste pas moins qu'il est aussi – et de plus en plus – un ministre politique. Un ministre au parcours idéologique marqué à droite, dont les positions peuvent se faire parfois beaucoup plus dures et dogmatiques que bienveillantes, par exemple lorsqu'il s'agit de pourfendre les pédagogistes réputés de gauche ou de détricoter sans ménagement l'action de celle qui l'a précédé, Najat Vallaud-Belkacem.

Celui dont l'entourage dit qu'il n'a d'autre ambition que de rester cinq ans dans son ministère – ce qui serait historique – devra alors se garder du péché d'orgueil qui caractérise parfois les «meilleurs d'entre nous» : celui de croire, seul, avoir raison sur tout.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du 22 août 2018)

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