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Urgence démographique

 

baby

Présentées dans la torpeur de l’été, les statistiques démographiques de l’Insee devraient pourtant tous nous inquiéter et nous réveiller. Avec une baisse de 2,2 % du nombre quotidien de naissances moyen entre le premier semestre 2024 et celui de 2025, la France devrait atteindre une nouvelle fois son plus bas niveau depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, et cela pour la quatrième année consécutive, sans que l’on perçoive la possibilité d’un retournement prochain de situation.

Dans le même temps, en cumul de janvier à juin, le nombre de décès quotidien moyen est plus élevé en 2025 qu’il ne l’était un an auparavant : + 2,5 %. Implacable logique d’un solde naturel qui montre d’un côté une France qui ne fait pas assez d’enfants, de l’autre une France dont la population vieillit à grande vitesse. Au 1er janvier 2025, 21,8 % des habitants avaient au moins 65 ans, contre 16,3 % en 2005 ; les personnes âgées d’au moins 75 ans représentent désormais 10,7 % de la population, contre 8 % vingt ans plus tôt. Selon l’Insee, en 2040, il y aurait 51 personnes de 65 ans ou plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans, contre 37 en 2021 ; les baby-boomers nourrissant logiquement ce papy-boom.

Cette situation de déclin de la natalité et de vieillissement accéléré de la pyramide des âges, que l’on retrouve dans beaucoup d’autres pays européens mais aussi en Chine ou au Japon, a évidemment de lourdes conséquences socio-économiques sur l’emploi, le financement de la protection sociale comme du grand âge, le système de santé ou encore les politiques migratoires. Pour redresser leur natalité, les gouvernements cherchent la parade sans pour l’heure avoir trouvé la martingale : aides massives aux parents, extension des congés parentaux, accompagnement des futurs parents, allocations familiales versées dès le premier enfant, remise en cause de leur universalité en les conditionnant aux revenus ? Les pistes sont nombreuses pour réussir ce qu’Emmanuel Macron avait appelé le « réarmement démographique » en janvier 2024, mais elles sont d’évidence insuffisantes pour que les Français retrouvent vraiment l’envie d’avoir des enfants.

Ce désir d’enfant a nettement reculé en 20 ans selon une étude de l’Ined parue début juillet en raison des obstacles économiques ou biologiques des potentiels parents, de la difficulté persistante pour les femmes de s’engager dans la maternité sans être pénalisées dans leur carrière, ou encore en raison d’une angoisse écologique face à l’état du monde qui conduit à renoncer à faire un enfant. Si le Comité national d’éthique a souligné qu’il était « impératif » pour la société d’accompagner les couples, il a également rappelé qu’il fallait respecter la décision personnelle de chacun d’avoir ou non des enfants. Utile rappel à l’heure où certains, à l’extrême droite du spectre politique, rêvent de renvoyer les femmes à la maison et les réduire au rôle de mères…

Endiguer le déclin de la natalité et se préparer à une société du grand âge ne peuvent se satisfaire de mesurettes mais ont besoin d’une large vision d’ensemble intergénérationnelle, d’un vrai projet de société à long terme que le gouvernement actuel, encalminé dans la préparation de son Budget 2026 court-termiste et dépourvu de majorité au Parlement, n’est pas en mesure de proposer. En revanche, un tel projet devrait être au cœur de la prochaine présidentielle.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 août 2025)

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