L’été politique 2024 post-dissolution avait été électrique et plein de suspense avec l’interminable et rocambolesque quête d’un Premier ministre. L’été 2025 est, lui, léthargique et sans aucun suspense, car la censure du gouvernement Bayrou à l’automne sur le Budget 2026 se dessine un peu plus chaque jour.
D’abord parce qu’à huit mois des municipales et dans la perspective de la présidentielle de 2027, les oppositions ont tout intérêt à cultiver leurs singularités et se montrer, justement, frontalement opposées à la politique de François Bayrou. Ensuite parce que le Premier ministre s’obstine à croire qu’il peut avoir raison tout seul et que seul son plan d’économies de 44 milliards d’euros, dont les mesures de rigueur ont été présentées mi-juillet, est à même de commencer à combler le déficit abyssal et la dette colossale qui ne cesse de croître.
Faute d’avoir réussi à convaincre les partis comme les partenaires sociaux, François Bayrou s’est mis en tête de jouer l’opinion. Revendiquant sans pudeur l’héritage de Pierre Mendès-France, le Premier ministre a décidé de lancer une chaîne YouTube et un podcast pour faire de la pédagogie et expliquer son Budget aux Français, puis de réactiver la plateforme Agora et de créer une adresse électronique pour recueillir leurs avis et idées. « Je ne laisserai pas se construire, se mettre en place un conflit entre les responsables du gouvernement, le pouvoir et les Français » assure François Bayrou.
Mais cette communication lancée au cœur de l’été semble laisser les Français indifférents, car ils ont bien compris et l’esprit et la lettre du projet budgétaire. 72 % d’entre eux estiment que « même s’il faut réduire la dette, les efforts demandés sont trop importants ». Trop importants et surtout trop injustes : car c’est bien l’inéquité du budget, qui fait globalement porter l’effort sur la classe moyenne et préserve les plus riches, qui hérisse les Français, abîme le consentement essentiel à l’impôt et provoque une colère qui s’agrège dans des mouvements protéiformes (Nicolas qui paie, les Gueux…) ; ceux-ci rappelant les débuts du mouvement des Gilets jaunes.
Au final, compte tenu de l’urgence à redresser les comptes, on aurait pu attendre mieux de François Bayrou, surtout sur un sujet, la dette, dont il s’est fait l’inlassable lanceur d’alerte. Pourtant lesté d’une longue carrière politique – ou peut-être à cause de celle-ci – le Premier ministre n’a pas fait preuve d’audace, s’accrochant à la vieille idée très thatchérienne qu’ « il n’y a pas d’alternative » (there is no alternative, le fameux TINA). Mais le rôle de la politique, justement, est de construire des alternatives, et sur le Budget elles existent : de la taxe Zucman au questionnement des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises versés sans contrepartie selon un rapport sénatorial en passant par le lancement de vraies réformes structurantes pour moderniser l’État. En lieu et place, François Bayrou, qui s’est fait le gardien des dogmes macronistes, est parvenu à braquer les partenaires sociaux et à inquiéter un peu plus les Français entre la suppression de deux jours fériés, une énième réforme de l’assurance-chômage, le doublement des franchises médicales, etc.
François Bayrou peut encore éviter la censure, tout simplement en revenant aux fondamentaux de la vie démocratique et parlementaire, ce qui supposerait de laisser le débat se tenir au Parlement, d’accepter des compromis plutôt que de s’y dire ouvert sans jamais y donner suite, et de laisser, enfin, les députés voter plutôt que d’utiliser, une fois encore, l’article 49-3…
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 18 août 2025)