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Joie amère

ours


Au moins dix petits oursons seraient nés dans les Pyrénées cette année. Voilà une nouvelle qui va ravir les partisans de la réintroduction de l'ours entamée en 1996, et affliger les éleveurs du Massif qui n'en peuvent plus de devoir cohabiter avec le plantigrade. Pour les premiers, ces naissances ne sont certes pas une surprise puisque les deux ourses slovènes introduites l'an passé en Béarn dans des conditions houleuses, Claverina et Sorita, étaient gravides. Mais ces nouvelles naissances – même si deux des oursons n'auraient pas survécu – confortent le programme qui aurait pu, faute de nouvelles réintroductions, mettre en péril la présence de l'ours en Pyrénées Occidentales, où il ne reste que deux mâles. Les associations de défense des ursidés, qui martèlent qu'une cohabitation homme-ours est possible comme en Slovénie, n'en restent toutefois pas là et viennent d'ailleurs d'attaquer l'Etat fin octobre. Elles contestent devant la justice administrative les principales mesures de la feuille de route «Pastoralisme et ours» de l'Etat, notamment l'effarouchement systématique des ours en cas de menaces et la «surindemnisation» des éleveurs… Ces derniers apprécieront. Opposés aux réintroductions de l'an passé, les éleveurs et beaucoup d'élus locaux ont l'impression de n'être ni écoutés, ni entendus par l'État. Eux dénoncent l'insuffisance et la mise en œuvre inappropriée des mesures d'effarouchement demandées. Et lors du récent congrès de l'Association nationale des élus de la montagne (Anem), une motion a été adoptée, réclamant d'améliorer les démarches du protocole «ours à problèmes» et d'abandonner définitivement l'introduction d'ours…

Vingt-trois ans après l'arrivée de Ziva dans les Pyrénées, le dossier ours est donc toujours aussi clivant et aucun des gouvernements qui se sont succédé n'a su mettre en place les conditions d'un dialogue fructueux pour résoudre cette aporie. La cohabitation entre l'homme et l'ours est pourtant réalisable : la mission d'inspection des ministères de l'Agriculture et de l'Écologie a rendu un rapport en ce sens en mars dernier. Encore faut-il y mettre suffisamment de moyens budgétaires et sans doute inclure la réflexion dans le cadre plus large de l'aménagement du massif pyrénéen. La mode est aux Grenelles, alors pourquoi pas un vrai Grenelle sur l'ours ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 4 novembre 2019)

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