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Éditos

Le spectre du Covid

 

hantavirus

Des hommes et des femmes en combinaisons blanches ou bleues, harnachés et masqués devant des ambulances sur le tarmac d’un aéroport des Canaries ; le retour des infectiologues, virologues et médecins sur les plateaux des chaînes d’information en continu ; les déclarations rassurantes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et les réunions de crise des gouvernements européens pour répéter qu’il n’y a pas de crise. Tout, dans le foyer d’hantavirus qui a frappé le MV Hondius, rappelle les premières heures du Covid-19 qui avait mis le monde à genoux.

L’hantavirus, qui doit son nom à la rivière coréenne Hantaan après un premier épisode épidémique survenu pendant la guerre de Corée (1950-1953), n’est pas le coronavirus, rappelle à raison l’OMS. Son mode de transmission, sa contagiosité et sa dynamique épidémique sont très différents. Présent sur tous les continents, notamment en Asie et en Europe, il est surveillé dans les zones où il est endémique. Mais les images, elles, réveillent une mémoire collective encore à vif. Malgré ces différences, l’hantavirus rappelle les heures difficiles du Covid et suscite dans l’opinion une compréhensible inquiétude en raison de sa plus forte létalité et de l’absence de traitement comme de vaccin.

Il convient pour l’heure de conserver son sang-froid en attendant de voir l’évolution de la situation. Ce qui n’empêche pas de se poser la question de notre préparation et de savoir si les leçons de la pandémie du Covid ont réellement été retenues. Le Covid n’a pas seulement révélé la fragilité des systèmes de santé. Il a montré combien nos sociétés modernes demeurent vulnérables face aux crises biologiques globalisées. Après la pandémie, un consensus international s’était péniblement dégagé autour d’un traité mondial destiné à mieux préparer le monde aux futures pandémies qui ne manqueront pas d’émerger. Pour l’heure, les actes – et les financements – semblent peiner à suivre les bonnes intentions. On n’a pu que constater que les protocoles d’accueil des passagers du MV Hondius sont différents d’un pays à l’autre et aucunement harmonisés.

Cette crise révèle aussi l’affaiblissement inquiétant de la coopération sanitaire internationale, au moment même où les États-Unis du vaccinosceptique Robert Kennedy Jr. ont choisi de prendre leurs distances avec l’OMS. Les Centers for Disease Control and Prevention, longtemps considérés comme une référence mondiale en matière de santé publique, sont quasiment absents au grand dam de nombreux experts américains.

Surtout, ce médiatique foyer d’hantavirus du MV Hondius intervient quelques semaines à peine après le sommet One Health (Une seule santé) organisé à Lyon par la France. Ce sommet a rappelé que la santé humaine ne peut plus être pensée séparément de la santé animale et de l’état des écosystèmes. Changement climatique, perte de biodiversité, pollutions, zoonoses ou résistances antimicrobiennes sont désormais des phénomènes interconnectés qui exigent une réponse systémique. Derrière le foyer du MV Hondius, c’est en réalité la question de notre rapport au vivant qui ressurgit.

Depuis plusieurs années, les scientifiques alertent sur l’accélération des zoonoses favorisée par la déforestation, l’effondrement de la biodiversité ou encore l’intensification des échanges mondiaux. Si le sommet a proposé un calendrier d’actions, il s’est toutefois achevé sans mesure emblématique ni financements réellement sécurisés. Car les réponses à apporter impliqueraient de profonds bouleversements dans l’organisation de nos sociétés, dans l’agriculture et nécessiteraient des investissements massifs.

Pour l’heure, ni les uns ni les autres ne semblent véritablement engagés. Et derrière l’hantavirus se profilent peut-être déjà la prochaine crise sanitaire mondiale… et notre persistante incapacité à la prévenir.