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Articles

Affichage des articles du janvier, 2026

Tenir Parole

  Que vaut la parole de l’État ? Non pas celle de ceux qui sont de passage à sa tête ; on a vu combien elle pouvait être friable et changeante avec un Sébastien Lecornu jurer en octobre ne pas utiliser le 49.3 pour faire adopter le budget et qui revient benoîtement sur sa promesse trois mois plus tard. Non, que vaut la parole de la puissance publique qui, lorsqu’elle a été prononcée, actée, signée, doit être tenue parce qu’elle engage dans un cadre démocratique clair des projets, des décisions concrètes pour les Français ? On peut se poser légitimement la question quand on voit l’État impécunieux et criblé de dettes envoyer des ballons d’essai, commander un énième rapport au Conseil d’orientation des infrastructures, pour laisser entendre qu’il ne pourrait pas honorer sa promesse de financer à hauteur de 40 % les 14,3 milliards d’euros des LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax – 166 M€ par an, soit 0,03 % du budget de l’État – et qu’il faudrait pl...

Justice à bout

  Il y a, dans la justice française, une scène et des coulisses. La scène, ce sont les grands procès pénaux, terroristes notamment : solennels, rigoureux, exemplaires. Les procès du Bataclan, des affaires Pélicot ou Jubillar, ou encore ceux de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen montrent une institution capable de traiter des milliers d’actes, d’écouter des centaines de victimes et de témoins, de tenir le temps long, finalement d’incarner réellement l’État de droit dans ce qu’il a de plus noble. Mais derrière ce décor, les coulisses racontent une autre histoire : celle d’une justice du quotidien à bout de souffle, engorgée, contrainte, et parfois invisible. En effet, chaque année, des millions de plaintes affluent. Trop pour des parquets saturés, trop pour des services d’enquête sous tension, trop pour une machine judiciaire structurellement sous-dimensionnée. Résultat : des classements sans suite en masse, des délais qui s’étirent sur des mois voire des années, et d...

Cercle vertueux

  Chacun d’entre nous a déjà été confronté à un centre-ville où des commerces ont fermé boutique, où les rideaux baissés sont plus nombreux dans une rue que les vitrines éclairées, où les immeubles finissent par se vider de leurs commerces au rez-de-chaussée puis de leurs habitants. Avec un taux de vacance commerciale estimé à 14 % en 2024, contre 6 % en 2010, les centres-villes traversent, c’est peu de le dire, une phase de fragilisation structurelle profonde. Profonde mais pas inéluctable. Certes, la concurrence des zones commerciales en périphérie des villes est redoutable depuis plusieurs décennies. Que faire, en effet, face à des centres commerciaux XXL dont le stationnement est gratuit, avec un foisonnement d’offre alimentaire, de services ou d’habillement, de vastes hypermarchés aux références sans fin, des galeries commerciales aux enseignes très diverses… et qui imitent parfois les rues d’un centre-ville, un comble ! Par comparaison, le commerce de centre-vi...

Nouvel an, nouveau monde

  « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». La célèbre phrase d’Antonio Gramsci, homme politique, journaliste et penseur italien né en 1891, a été si souvent citée à tort et à travers, ignorée ici, récupérée là, qu’elle en a presque perdu de sa force. Gramsci refusait l’économicisme – qui suppose que tout relève de l’économie – et avançait l’importance du rôle de la culture et des idées, de leur appropriation et de la bataille autour de l’hégémonie culturelle. Cette bataille-là autour, finalement, de la vision du monde que l’on veut est actuellement à l’œuvre et 2026 s’ouvre ainsi sur une période de grandes incertitudes. Le vieux monde se meurt, c’est d’abord celui de l’ordre international né après la Seconde Guerre mondiale. Jamais le multilatéralisme n’a reçu autant de coups, particulièrement venu de ceux qui jusqu’ici en étaient les défenseurs, les États-Unis. Le retour d’un Donald Trump avide de r...