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Derrière la vitrine

 

vache

 

Il devait être comme à chaque édition un grand moment de fête, mais le salon de l’agriculture sera cette année bien triste, peut-être à l’image d’une agriculture française qui, de crise en crise, peine à redéfinir son modèle dans un monde bousculé par une nouvelle géopolitique mondiale plus agressive. En effet, pour la première fois depuis sa création en 1964, la « plus grande ferme de France » n’aura pas ses bovins, dont l’égérie du Salon, la vache Biguine, de la race Brahman, qui voulait donner un coup de projecteur et de chapeau aux éleveurs ultramarins. Cette décision crève-cœur a été prise par les organismes de sélection des races bovines, qui ont choisi, malgré l’accord des autorités, de ne pas présenter de bovins au concours général agricole et refusé la présence, même symbolique, de quelques vaches, en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire bovine (DNC), cette crise sanitaire qui s’est muée en crise tout court.

Des boycotts en solidarité avec les éleveurs de bovins ont depuis émergé, comme ceux des Chambres d’agriculture des Ardennes ou de l’Ariège, notamment, et potentiellement d’autres acteurs qui font le déplacement chaque année à Paris pour montrer leur savoir-faire et la qualité de leur production. « Certaines formations syndicales et politiques ont appelé au boycott pour semer le bazar », a tancé la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui, décidément, semble aussi en décalage qu’au début de la crise de la DNC où elle avait mis du temps à exprimer un peu de compassion envers les éleveurs éprouvés.

Le salon, pourtant, se tiendra bien en dépit de l’absence de bovins, les organisateurs voulant transformer cela en opportunité de soutien à l’agriculture. Car le SIA 2026 reste toujours pertinent comme vitrine des solutions face aux crises – sanitaire, économique, climatique –, en promouvant innovations, transmission et souveraineté alimentaire. Il constitue aussi un lieu de rencontre unique entre les agriculteurs et les Français, et un lieu de rendez-vous incontournable entre les professionnels et les politiques qui, tous, défileront entre les stands en évitant de se défiler pour proposer leurs solutions.

Les solutions aux crises de l’agriculture française sont justement le leitmotiv du salon dont le thème, « Générations solutions », veut mettre en lumière les jeunes paysans qui construisent l’agriculture de demain, alors qu’un tiers des agriculteurs français partira à la retraite d’ici 2030. Un bouleversement qui s’ajoute à la perte vertigineuse des petites exploitations : entre 1988 et 2020, 90 % des départements français ont perdu plus de la moitié de leurs fermes ; 40 000 ont disparu dans les trois dernières années. En conséquence, les exploitations de 200 hectares ou plus représentent désormais une ferme sur dix. Une situation qui pourrait s’accélérer et peser sur l’emploi, sur la diversification, sur la biodiversité.

Au final, le salon sera la vitrine d’une agriculture en train de changer profondément, parfois brutalement et même injustement quand les agriculteurs subissent une concurrence déloyale. Et pour la première fois depuis 50 ans, la balance commerciale de l’Hexagone dans l’agroalimentaire sera probablement déficitaire. Une bascule historique qui doit appeler des réponses à la hauteur pour que les prochains salons retrouvent le sourire.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 23 janvier 2026)

 
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