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La colère et les larmes

 

crans

 

Trente jours après l’incendie qui a ravagé le bar Le Constellation dans la station suisse de Crans-Montana, faisant 40 morts, dont une moitié de mineurs, et 116 blessés graves, dont beaucoup de grands brûlés, nous sommes partagés entre la colère et les larmes.

La colère, d’abord, en découvrant les rebondissements qui apparaissent au fil de l’enquête. Au centre de celle-ci, les propriétaires français du bar, Jacques et Jessica Moretti. Des Thénardiers pour lesquels il semble que la priorité des priorités était de dégager à tout prix de leurs établissements le maximum de profits, au mépris de la sécurité. Les dernières conversations révélées par la presse, les témoignages d’anciens employés, les dernières images des caméras de surveillance dont l’une montre qu’une issue de secours était volontairement bloquée par une chaise, sont édifiants. À cette désinvolture dont le couple va devoir répondre devant la justice suisse s’est ajoutée l’indignité de vouloir se dédouaner en rendant responsable de l’incendie l’employée qui manipulait les feux de Bengale et qui n’est plus là pour se défendre.

Mais, outre les propriétaires, la justice doit aussi remonter le fil des dysfonctionnements et notamment ceux concernant les contrôles. L’ancien responsable de la sécurité et l’actuel chef du service de la sécurité publique de la commune de Crans-Montana sont dans le collimateur de la justice qui leur demandera pourquoi, en dix ans, le Constellation n’a été contrôlé que trois fois ; la dernière en 2020 ? Pourquoi, aussi, les rapports d’inspection pointaient, à chaque fois depuis 2015, de nombreux défauts entre un escalier d’issue de secours en bois, des salariés non-formés ou l’emplacement d’extincteurs non-indiqués… ? Dès le lendemain du drame, les autorités locales avaient d’ailleurs elles-mêmes avoué un manque de contrôles… « Qui a fermé les yeux ? », demande Me Giudicelli, avocat de deux victimes grièvement blessées.

Cette défaillance des contrôles en Suisse a des répercussions en France où il existe aussi des bars similaires au Constellation qui se prennent pour des discothèques sans respecter la législation auxquelles ces dernières sont soumises. Il y a sans doute urgence, en Suisse comme en France, à reclassifier systématiquement ces « bars dansants », leur imposer un registre de sécurité à jour et la traçabilité de contrôles périodiques obligatoires. Et enfin à se pencher sur l’interdiction ou l’encadrement drastique des effets pyrotechniques en sous-sol…

Rendre justice, tirer les leçons du drame sont deux actions capitales qu’attendent les familles dont la colère est avivée par les larmes. À la difficulté de faire le deuil de ceux qui ont péri, à l’angoisse de devoir vivre et revivre cette nuit tragique du premier de l’an pour les rescapés, s’ajoute l’indicible souffrance des blessés brûlés et de leur famille. Ces jeunes gens ne sont qu’au début d’un parcours médical long, complexe, éprouvant, incertain ; leurs parents font face à une fatigue morale, à des difficultés logistiques et financières aussi insupportables qu’injustes.

L’émotion intacte de l’opinion en Europe doit se traduire par une solidarité à leur égard pour les aider à tenir. Tenir parce que, comme l’ont assuré ces derniers jours de grands brûlés, derrière la douleur et le découragement, les larmes et la colère, percent l’espoir et la vie.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du vendredi 30 janvier 2026)

 

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