À moins de deux mois des élections municipales, le marché immobilier français donne des signes de réveil. Après trois années de chute historique, 2025 a, en effet, marqué un frémissement : davantage de transactions, des prix stabilisés, un crédit redevenu accessible pour une partie des ménages. Mais cette reprise reste encore fragile, presque sous perfusion. Et surtout, elle se heurte à une double menace : l’immobilisme politique et une crise de l’offre devenue structurelle.
Les chiffres livrés ce mois-ci par la FNAIM sont sans ambiguïté. Avec 940 000 ventes de logements anciens en 2025, le marché progresse de 11 % sur un an, sans retrouver pour autant le sommet de 2021. Les prix, eux, n’augmentent que marginalement (+ 0,8 %), à peine au niveau de l’inflation. Une reprise technique, donc, plus qu’un véritable rebond. Car derrière ces indicateurs rassurants, la confiance reste vacillante, plombée par la hausse des droits de mutation, la pénurie de logements locatifs et une fiscalité immobilière devenue instable et illisible.
Surtout, l’ascenseur résidentiel est grippé. La détente des taux, stabilisés autour de 3,2 %, a surtout profité aux ménages les plus solvables. Les primo-accédants, de leur côté, reviennent, mais l’accès au crédit demeure trop sélectif, laissant de côté une large partie des classes moyennes. Et la fracture territoriale est toujours là : certaines villes moyennes ou en périphérie redémarrent quand d’autres décrochent. Cette géographie masque ainsi une réalité plus profonde : la France manque de logements, tout simplement.
La dernière enquête Ipsos pour la Fondation du logement rappelle en parallèle l’urgence sociale liée au logement. Un Français sur cinq a connu des difficultés pour payer son logement en 2025, contre 13 % seulement trois ans plus tôt. Le logement s’impose ainsi comme la première source d’angoisse budgétaire des ménages, devant l’énergie ou l’alimentation.
Or, à l’approche des municipales puis de la présidentielle, le secteur est placé sous cloche. La construction ralentit, les décisions structurantes sont différées et l’action publique se réduit à un empilement de dispositifs parfois contradictoires : encadrement des loyers, fiscalité mouvante, incitations suspendues ou réinventées. L’annonce par Sébastien Lecornu d’un objectif de deux millions de logements d’ici 2030 marque, certes, une inflexion de discours bienvenue. Mais l’histoire récente invite à la prudence : sans stratégie globale, sans stabilité réglementaire et sans choc de confiance, l’objectif restera incantatoire.
La reprise est là, réelle mais ténue et elle peut encore s’enrayer. Le logement, première dépense des Français et pilier de la cohésion sociale, ne peut plus être géré au rythme des calendriers électoraux. À défaut d’un cap clair et durable, la fragile embellie immobilière de 2025 risque de n’avoir été qu’un sursis.
(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 29 janvier 2026)