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Rêve et réalité

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Personne ne sait comment le conflit qui s’est ouvert entre Israël et l’Iran, avec les frappes massives et historiques du premier sur le second le 13 juin denier, se terminera. Personne ne sait pour l’heure quelles conséquences économiques et géopolitiques pourraient provoquer à court et moyen termes un tel conflit s’il était amené à durer et à s’étendre. Personne ne sait si le peuple iranien pourrait ou non se soulever contre l’implacable régime des mollahs comme l’exhorte à le faire Benjamin Netanyahu. Et, surtout, personne ne sait ce que va faire réellement Donald Trump vers lequel tous les regards se tournent.

Même s’il en a été informé, le président américain a, d’évidence, été pris de court par la spectaculaire offensive israélienne contre l’Iran, qu’il n’a pu différer alors que des négociations sur le nucléaire iranien se déroulaient sous la houlette – et la pression croissante – des États-Unis. Avec l’offensive de Benjamin Netanyahu, Donald Trump se voit surtout contraint de revoir ses priorités pour répondre à une question aussi simple que vertigineuse : faut-il frapper l’Iran ?

Question simple car seule la force de frappe de l’armée américaine est en mesure de venir à bout des installations nucléaires iraniennes enfouies dans les montagnes et ainsi protégées des attaques israéliennes. Question vertigineuse ensuite car cela suppose donc d’engager les États-Unis dans une guerre, alors même que Donald Trump s’est fait réélire en promettant qu’avec lui, les États-Unis ne seraient plus les gendarmes du monde, ne connaîtraient plus de fiasco comme leur retrait d’Afghanistan en 2021 et que sa seule priorité serait America First, l’Amérique d’abord. Mieux, lors de son investiture le 20 janvier dernier, Trump martelait « Notre puissance mettra fin à toutes les guerres et apportera un nouvel esprit d’unité dans un monde en colère, violent et totalement imprévisible. »

Cinq mois plus tard, le monde est bien plus violent et imprévisible que Donald Trump ne l’avait imaginé et le président américain, qui n’aime rien tant que les discours simplistes, est confronté à toute la complexité des relations internationales quand il s’agit de bâtir la paix.

Lui président avait promis de mettre fin à la guerre en Ukraine en 24 heures ? Le conflit né de l’agression de la Russie perdure et Vladimir Poutine semble totalement sourd aux flatteries de son homologue américain, accentuant les bombardements sur l’Ukraine. Lui président avait promis de résoudre le conflit entre Israël et le Hamas en imaginant notamment une improbable Riviera en lieu et place d’une bande de Gaza ravagée par les bombes ? Israël continue ses opérations qui indignent le monde.

Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump se rêvait en faiseur de paix en maniant une sorte de « mercantilisme géopolitique » pour négocier rapidement des « deals » au détriment d’un véritable travail de fond diplomatique. Mais cette logique transactionnelle atteint ses limites. « En fin de compte, la réalité l’emporte sur le rêve, même s’il faut un certain temps », relève son ex-conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, devenu un contempteur du trumpisme.

Pour Donald Trump, ces questions de politique étrangère sont d’autant plus dangereuses qu’elles divisent profondément sa base électorale MAGA. Avant d’agir, le président américain devrait aussi se rappeler que les guerres préventives qui font fi du droit international finissent toujours mal ; on l’a vu en 2003 avec l’intervention américaine en Irak lancée sur le mensonge des armes de destructions massives. Mais celui qui a torpillé l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama en 2015 peut-il aujourd’hui faire preuve de pondération ?

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du mercredi 18 juin 2025)

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