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Haut les masques

 

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Depuis le début de l’épidémie de coronavirus en France, le masque apparaît pour le gouvernement comme le sparadrap du capitaine Haddock. Impossible pour l’exécutif de se débarrasser de cet épineux sujet pour passer à autre chose : de polémique en polémique, le masque empoisonne la vie du gouvernement, celui d’Edouard Philippe hier, celui de Jean Castex aujourd’hui. Sans doute est-ce là la conséquence d’un "péché originel", celui qui consista en un mensonge de communication – un mensonge d’Etat assurent les oppositions – : affirmer mordicus que le masque ne servait à rien pour le grand public… pour cacher en réalité une pénurie due à l’absence de renouvellement des stocks. Depuis, le gouvernement a heureusement opéré un virage à 180 degrés et admis que le masque était bien, avec le respect des gestes barrière et la distanciation physique, la seule arme dont nous disposions pour lutter efficacement contre la propagation du coronavirus, faute de traitement efficace et d’un vaccin.

Mais si le gouvernement suit les avis des experts – Organisation mondiale de la Santé, Académie de médecine, Haute autorité de Santé ou Comité Covid-19 – quant aux préconisations du port obligatoire du masque, c’est souvent avec retard et de façon très disparate. Jean Castex, chantre des "territoires" et du règlement des problèmes au plus près du terrain, a fait du cas par cas l’alpha et l’oméga de sa politique sur les masques. La méthode sera sans doute efficace sur d’autres dossiers, mais sur celui-ci, elle ajoute plus de confusion qu’elle n’apporte de clarté. D’une ville à l’autre, les règles du port du masque varient ainsi en fonction des horaires, des lieux visés, occasionnant parfois des situations ubuesques où le masque peut être obligatoire ou pas le long d’une même rue. Les dérogations accordables par les préfets sont aussi sujettes à controverses : on a vu récemment l’autorisation octroyée au Puy du Fou de tenir un spectacle devant 9 000 personnes quand des centaines d’entreprises culturelles ont interdiction d’aller au-delà de 5 000 entrées. Quant aux nouvelles règles concernant le port du masque au travail – lieu qui représenterait 25 % des clusters – là aussi, la "recommandation" gouvernementale et non l’obligation crée une situation floue.

Si on ajoute la multiplication des incidents avec ceux qui refusent de porter le masque – voyant dans ce geste altruiste une atteinte à leur liberté – et la question du coût des masques pour les Français, on voit bien qu’il y a, à l’heure où la résurgence de l’épidémie angoisse légitimement les Français, un urgent besoin de clarification et de simplification. En imposant le masque partout, Toulouse a montré la voie…

Les experts prédisent que le virus est encore là pour longtemps. Il va donc falloir s’habituer à porter un masque, et réorganiser en conséquence notre vie quotidienne, privée et professionnelle, sans tarder, quel que soit le lieu où l’on habite. Les Français y semblent prêts selon les sondages, voyant dans le port du masque une mesure de bon sens. Jean Castex, qui se présente justement depuis sa nomination comme un homme de bon sens avec la volonté d’éviter un reconfinement, a l’occasion de sortir de l’ambiguïté en tenant un langage de vérité et en prenant une décision nationale, claire et nette…

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du jeudi 22 août 2020)

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