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Maillon faible

moteurCFM56

Plus de vingt ans après le drame, les Français se rappellent encore avec émotion de l’accident tragique du Concorde en juillet 2000 à Gonesse, qui avait coûté la vie à 113 personnes et mis fin à la longue carrière du supersonique. Ils se rappellent peut-être moins que le crash a été en partie provoqué par une pièce contrefaite. Un avion de Continental Airlines qui précédait le Concorde sur la piste de décollage avait, en effet, perdu une lamelle. En roulant dessus, l’un des pneus du Concorde éclate et les débris perforent ses réservoirs pleins… Continental était pourtant la 6e compagnie aérienne mondiale.

Aujourd’hui, l’affaire récente impliquant la société AOG Technics met à nouveau en lumière l’étendue de ce problème de pièces contrefaites. Cette entreprise britannique – qu’une enquête de Bloomberg qualifie de société fantôme avec des employés fictifs – est soupçonnée d’avoir truqué des documents de certification accompagnant des pièces à l’origine inconnue pour la maintenance des moteurs CFM56. Produits par CFM International (une coentreprise entre le français Safran et l’américain GE), ces moteurs équipent de nombreux appareils de Boeing et d’Airbus. Après que l’alerte a été donnée l’été dernier par un atelier de maintenance de moteurs, CFM a alerté les autorités de régulation, la FFA américaine et l’EASA européenne qui ont demandé à toutes les compagnies aériennes de vérifier si certaines pièces leur avaient été livrées par AOG Technics et déclenché une enquête pour déterminer l’ampleur de la fraude, à ce jour inconnue.

Cette affaire, qui tétanise le secteur, n’est hélas pas isolée. Selon l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), jusqu’à 5 à 10 % des pièces utilisées dans l’aviation commerciale sont des contrefaçons. Cela représente ainsi des milliers de pièces potentiellement dangereuses dans des avions qui volent chaque jour… Que ce soient des pièces réparées à moindre coût sans respecter les spécifications ou des pièces récupérées frauduleusement sur des avions accidentés et remises sur le marché par des réseaux de distribution peu scrupuleux. Des composants vitaux tels que les moteurs, les systèmes de freinage ou les commandes de vol peuvent être compromis, mettant en péril la sécurité des passagers et des membres d’équipage.

Même si la contrefaçon dans l’aéronautique est sans commune mesure avec celle qui sévit dans l’automobile, et même si le secteur aérien a renforcé les contrôles depuis 20 ans, il y a tout de même urgence à réagir à plusieurs niveaux contre ce qui apparaît être un maillon faible de la sécurité aérienne depuis des décennies. Les compagnies aériennes doivent renforcer leurs procédures d’approvisionnement en s’assurant de la traçabilité des pièces et en vérifiant l’authenticité des fournisseurs. Une coopération internationale est également nécessaire pour contrer ce problème mondial : les gouvernements, les régulateurs et les agences de l’aviation doivent travailler ensemble pour mettre en place des normes et des réglementations strictes.

Enfin, les fabricants de pièces d’avion doivent investir dans des technologies à même de marquer et de mieux suivre leurs produits pour rendre plus difficile la contrefaçon et faciliter la détection des pièces contrefaites. L’utilisation de la blockchain, de puces RFID peut y contribuer. Toutes ces actions renforceront la confiance dans les pièces utilisées dans l’aviation, et, partant, celle des passagers et des membres d’équipages.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 23 octobre 2023)

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