Accéder au contenu principal

Ne pas désespérer

 

fire

Ce n’est pas la première fois que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), créé en 1988, tire la sonnette d’alarme. Mais le président britannique de la COP26, Alok Sharma, a beau dire que ce sixième rapport est « l’avertissement le plus sévère jamais lancé » par l’institution sur le rôle du comportement humain dans le réchauffement de la planète, rien ne dit que le sursaut politique qui serait nécessaire pour corriger la dangereuse courbe de la hausse des températures sera cette fois au rendez-vous. 

Depuis la COP21 en 2015 qui déboucha sur l’historique Accord de Paris sur le climat, la prise de conscience semble s’être émoussée, les promesses des états tardent toujours à se concrétiser, la communication et le greenwashing prennent parfois le pas sur des actions réelles et puissantes, et des décisions aberrantes sont toujours en cours. Dernier exemple en date : Alok Sharma lui-même défend le projet controversé du Royaume-Uni d’autoriser de nouvelles explorations de gisements de gaz et de pétrole, en contradiction avec les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie pour limiter la hausse des températures à +1,5°…

D’évidence, seule une forte mobilisation citoyenne mondiale, qui dépasse le cercle des personnes sensibles à la cause environnementale, fera sans doute bouger les choses. Cet instant de bascule pourrait rapidement advenir, car le rapport du Giec intervient dans un moment où chacun peut mesurer concrètement des effets du réchauffement climatique, devenus « irréversibles ». On n’est plus sur les hypothèses à long terme des premiers constats, ou sur des événements sporadiques qui surviennent loin de chez nous. Désormais on voit concrètement à nos portes des catastrophes environnementales extrêmes : inondations en Allemagne et Belgique, méga-feux aux Etats-Unis, en Sibérie ou en Grèce, typhons en Asie, fonte accélérée des glaces… Autant de catastrophes qui jettent sur les routes de nouveaux réfugiés climatiques et qui devraient nous obliger à agir collectivement sans tarder avec au moins la même détermination que nous le faisons contre la pandémie de Covid-19.

Des solutions existent, combinant engagements politiques et innovations scientifiques et technologiques. Non pas celles qui veulent modifier et dominer le climat, mais plutôt celles qui veulent aider l’Homme à changer ses habitudes et entamer une transition écologique qui ne doit être ni punitive ni excluante. Partout dans le monde des initiatives vertueuses voient le jour, souvent ingénieuses et abordables. La Fondation Solar Impulse, présidée par l’explorateur Bertrand Piccard – qui sera le parrain en octobre du forum organisé par le Groupe La Dépêche, « Le Monde nouveau » – a déjà répertorié « 1 000 solutions pour la planète ». Il n’est peut-être pas encore trop tard pour tout. 

On peut encore agir et en tout cas ne pas désespérer.

(Editorial publié dans La Dépêche du Midi du lundi 10 août 2021)

Posts les plus consultés de ce blog

L'indécence et la dignité

C’est sans doute parce qu’elle avait le souriant visage de l’enfance, cheveux blonds et yeux bleus, parce qu’elle aurait pu être notre fille ou notre nièce, notre petite sœur ou notre cousine, une camarade ou la petite voisine. C’est pour toutes ces raisons que le meurtre barbare de la petite Lola a ému à ce point la France. Voir le destin tragique de cette bientôt adolescente qui avait la vie devant elle basculer à 12 ans dans l’horreur inimaginable d’un crime gratuit a soulevé le cœur de chacune et chacun d’entre nous. Et nous avons tous pensé à ses parents, à sa famille, à ses proches, à ses camarades de classe, à leur incommensurable douleur que notre solidarité bienveillante réconfortera mais n’éteindra pas. Tous ? Non, hélas. Dans les heures qui ont suivi le drame, certains ont instrumentalisé de façon odieuse la mort de cette enfant pour une basse récupération politique au prétexte que la suspecte du meurtre était de nationalité étrangère et visée par une obligation de quitter l

Sortir du déni

Des professeurs qui ne peuvent plus enseigner correctement l’histoire de la Shoah, de l’Antiquité ou certaines œuvres littéraires, dont les cours sur la liberté d’expression ou la laïcité sont contestés par certains de leurs élèves qui y voient des blasphèmes, des matières scientifiques auxquelles des élèves opposent les dogmes religieux ou les pires théories complotistes, des cours de sport ou de musique qui sont perturbés ou contournés au nom de pratiques religieuses ou en raison d’un sexisme d’un autre âge. Et des parents d’élèves qui s’immiscent de plus en plus pour contester le programme des enseignements et le fonctionnement des établissements, afin de soutenir leur progéniture contre leurs professeurs, réclamant bruyamment des sanctions disciplinaires ici, criant là à l’offense, aux discriminations, à l’islamophobie ou au racisme sur les réseaux sociaux et parfois devant de complaisantes caméras de télévision. Et n’hésitant pas à diffuser des messages haineux à l’encontre des en

La tactique de TikTok

À trop se concentrer sur les GAFAM, les géants Américains de la Silicon Valley que sont Google, Amazon, Facebook et dans une moindre mesure Apple et Microsoft, autant de sociétés aux PDG stars, on en a presque oublié que le monde recelait aussi d’autres géants du numérique, et notamment en Chine. Dans l’empire du milieu où internet est placé sous l’implacable contrôle du régime communiste qui manie surveillance et censure, on les appelle les BATX pour Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Quatre des plus grandes entreprises technologiques mondiales qui sont bien moins connues du grand public que leurs équivalents américains. Mais ça, c’était avant que ne débarque TikTok. Le réseau social de partage de vidéos courtes, adapté d’un réseau 100 % chinois, a, d’évidence, changé la donne. En six ans, il a conquis la planète et particulièrement la planète ado, les jeunes répondant du tac-au-tac à TikTok pour relever ses challenges, danser et chanter. Une tactique payante construite sur de puissan